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 Accords et âmes |Anastasia|

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Ezionallaitcamper ?

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MessageSujet: Accords et âmes |Anastasia|   Sam 30 Déc - 17:33


Ile de Soay - quelques jours avant Noël.

« Le bruit du verre qui éclate…
Et cette sensation que le temps s’étire et s’étiole en même temps…
Pour bien prendre conscience, bien réaliser ce qui est en train de se passer.»  


Le hurlement qui l’empêche de se concentrer sur le volant… Bien trop fort, bien trop présent pour lui laisser exécuter le moindre geste et empêcher ce qui va arriver.

Qu’il se taise donc celui qui hurle.

Alors que le temps se joue de lui et le martèle de regrets, il croise son regard. Elle aussi a compris. Que plus tard est trop tard et que maintenant est effrayant. Dans ses yeux il lit la peur et tout ce qu’ils ne feront plus. Puis elle les ferme fort, comme pour se préserver.
Clos les lacs limpides dans lesquels il aimait se perdre. Rideau baissé, regard voilé. Et surtout, ne les ouvre plus, ce qui t’attend n’est pas à voir.

Mais ses mains ne sont pas ses mains. Il ne les reconnait pas. Elles appartiennent à un autre. Spectres impuissants sur le volant, elles ne parviennent pas à redresser la situation qui dérape. La voiture poursuit sa route malgré ses efforts pour l’éviter et le fracas ne couvre pas le hurlement qui gagne en intensité.

Parce qu’elle s’est détachée quelques instants plus tôt pour attraper l’animal à l’arrière, il n’y a plus rien qui rattache la jeune femme à la vie. Alors que son corps fragile traverse le parebrise dans le crissement du verre qui cède, il prend conscience que sa gorge contractée est celle qui hurle depuis le début…



Quelque chose cognait. Comme le bruit mat du corps qui en poursuivant sa chute avait fini par heurter le sol. Il se redressa brusquement dans la pénombre, le souffle court et la peau moite, sous l’emprise du rêve. Passé le premier instant de panique, il identifia les lieux et réalisa que la seule chose qui cognait ici-bas était son cœur, lourd encore des battements rapides inculqués par la peur.
Reprenant peu à peu sa respiration, la tête douloureuse, il tâchait de repasser précautionneusement les images dans sa tête pour essayer de comprendre ce qui l’avait effrayé à ce point.

Le cadeau sur ses genoux. Une robe de soirée. Son sourire. Et comme si elle était dans la pièce avec lui, sa voix caressait encore ses oreilles de son accent anglais.

Il n’avait plus rêvé d’Anastasia depuis des mois. Comme si son esprit avait compris qu’il fallait enfin cesser de se torturer. S’il y pensait encore, il évitait soigneusement d’évoquer la jeune femme avant de chercher le sommeil. Il y avait dans les nuits des forces qui décuplaient les émotions et qui aurait d’un coup, d’un seul, abattu les plus solides résolutions qu’il s’était douloureusement fixées.

Cette nuit pourtant, elle était bien là. Plus réelle encore que s’il avait partagé cet instant avec elle.
Encore sous le choc, il se leva dans un silence pesant où seuls les craquements du plancher accompagnaient ses pas. Ce fut lorsque sa main tenta d’ouvrir le robinet qu’il constata qu’elle tremblait. Comme le reste de son corps. Entre torpeur et hébétude, il prit conscience qu’il avait froid et qu’il se sentait mal. Assailli par des vagues nauséeuses, il s’agrippa fermement aux bords du lavabo, s’attendant à être malade d’un moment à l’autre.
Inlassablement, les images de son rêve parcouraient son esprit, en boucle.

Les cris, Anastasia, le verre, partout.

Avec une obstination malsaine, il se força à visualiser la suite de la chute. Son corps brisé à travers la vitre de la voiture, désarticulée au sol telle une poupée constellée d’éclats.
Il redressa les yeux et croisa son reflet, dans la clarté spectrale de la lune. Plus pâle encore que l’astre, il avait la peau luisante et les yeux cerclés d’ombres. Les traits encore contractés d’une terreur qu’il ne parvenait à raisonner, il s’observa quelques minutes, cherchant ce qui n’allait pas.
Son cœur ne se calmait pas. Il poursuivait sa course folle tandis que son esprit s’entêtait lui aussi dans son visionnage d’images.

« Arrête ça. »

La voiture, les freins, son regard.

Autour du lavabo, la jointure de ses mains blanchissait. Quelque chose clochait, mais quoi ?

Il renversa la tête en arrière et inspira profondément pour tenter de chasser les visions qui le poursuivaient malgré son état de conscience. Fermer les yeux n’était pas une bonne idée, bien vite il se sentit chanceler, en proie à une perte d’équilibre. Il les rouvrit et s’acharna à assurer sa main sur le robinet d’eau fraîche pour qu’elle daigne cesser de trembler et œuvre comme il l’entendait. Le filet d’eau s’écoula enfin et il en recueillit au creux de ses mains pour s’en passer sur le visage. Le froid acheva de le réveiller et il supposa que tout serait fini.

Son visage, son expression, quelques mots mourant sur ses lèvres.

« Lesquels ? »

Il appliqua brutalement son front contre le miroir de la salle d’eau.
Et toujours les hurlements, comme s’il y était. Plus obstiné que persistant, le rêve semblait à tout prix vouloir se mêler à la réalité.
Elle était comme dans ses souvenirs, avec un quelque chose de différent cependant, qu’il ne parvenait à comprendre.
Abandonnant le soutien du lavabo, il recula de quelques pas et s’adossa au mur gelé.

Sortir du cauchemar à tout prix. Que tous ses efforts pour ne plus penser à son sourire ne se réduisent pas à l’imaginer mourir sous l’emprise d’une imagination qu’il se découvrait morbide.
Son dos frissonna contre le mur nu et il ressentit le besoin de rompre ce silence qui lui pesait et rendait d’autant plus réel ce hurlement.

Peut-être était-ce là le plus effrayant. Tous ces détails qui offraient au rêve une consistance de possible et de réalité. De l’heure indiquée par la voiture, aux cantiques de Noël à la radio. De la présence du petit chien à l’arrière, aux ongles qu’elle s’était rongés. De la voix d’un autre à ses côtés - celui qui criait et qui n’était pas lui- , au son des freins que l’on écrase. Les images se dessinaient, peu à peu, de plus en plus précises, quand les rêves étaient censés s’échapper peu à peu pour glisser entre les doigts du rêveur désormais éveillé. Il traçait les contours de l’horreur d’une main de maître alors qu’il réalisait peu à peu que tout avait l’air bien trop vrai, pour ne pas l’être.



HJ: Je suis probablement dingue.
Mais moins dingue que l’envie de jouer avec toi. Même si ça m’oblige à ouvrir un 12ème sujet.
Bonnes fêtes Anastasia.


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Stacydur

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MessageSujet: Re: Accords et âmes |Anastasia|   Sam 30 Déc - 22:05

Les paupières lestées de plomb, trop faibles pour se soulever. J'entends vaguement des bruits de voix. Que disent-elles ? Quelque part, je sais que ce sont des mots, qu'ils ont un sens et qu'assemblés les uns derrière les autres tels un collier de perle...une perle rouge, puis une jaune puis une verte. Une autre rouge... ces couleurs sont affreuses. Nom. Verbe. Complément. Un autre nom. Tous ensemble, ça doit bien vouloir dire quelque chose. Mais je n'arrive pas à m'accrocher assez longtemps pour réussir à capter autre chose qu'un vague bruit d'arrière-plan. Se concentrer. Non. Se rendormir. Tiens, un bip dans le lointain. Ou bien une sirène. Cette voix, je connais cette voix. Lui dire de se calmer. Cette voix me perfore les oreilles. Mal de crâne. Humidité sur ma joue. Un son qui n'est pas humain. Un... saucisse ? Ce mot s'accroche au devant de ma pensée. Saucisse ? Alors une saucisse pourrait parler. Mais ce ne sont pas des mots, pas de perles. C'est un, c'est un... Ma pensée se voile.

Une sensation engourdie de picotement devenu lancinant. Vif. Brutal. Brûlant. La douleur explose de partout. C'est humide, c'est chaud. Ça doit être rouge et c'est probablement du sang. Ça devrait m'affoler. Pourtant, je ressens juste une grande lassitude.

Le noir... Le noir m'appelle et je me coule dans ses bras.
Là, il n'y a plus de voix qui fait mal aux oreilles. Plus de tiraillement aigu sur ma peau. Plus de pensée parasite qui grignote ma concentration. Le noir est paisible. Le noir est repos. J'y glisse avec un soupir de soulagement. Au loin, de plus en plus loin, une de ces voix crie un prénom, je crois que c'est le mien. Ce n'est pas assez pour me donner envie de revenir. Le noir est un trop grand réconfort où la douleur s'évanouit. Où la pensée disparaît. Enfin.


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MessageSujet: Re: Accords et âmes |Anastasia|   Sam 6 Jan - 11:13

Des heures passées il ne garderait que quelques flashs où s'entremêlaient les visages et voix des bonnes âmes qui lui avaient apporté leur concours.
Des lieux - beaucoup - des odeurs et des minutes d'attentes insoutenables au sein de transports cahotants, bondés, roulants, naviguant et inconfortables.
Et dans le chaos de ce défilement insoutenable, la constante glacée qu'était la terreur d'arriver trop tard.

«Il est déjà trop tard.»

Tel un automate il déboula dans un hall, hagard, posa une question dont il n'entendit pas la réponse. Ses yeux avides guettait sur le visage d'une femme blonde et entre deux âges, le signe encourageant et apaisant qui signerait la fin de sa course folle. Il ne fut pas certain de poser la bonne question. Ses lèvres l'avait formulée avant même qu'il ne la réfléchisse. Il distingua cependant son nom et se laissa couler dans la probabilité qu'il avait su enchaîner deux mots sans se tromper.

Patienter, parce que tout se vérifiait. Attendre le cul sur une chaise que tranche le destin moqueur.
La tête entre les mains, il offrit - en punition - ses yeux aux flashs agressifs des gyrophares qui déambulaient dans la cour.

Derrière la vitre, une paire d'yeux l'observait, dont la tristesse animale faisait douloureusement écho à la sienne.


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MessageSujet: Re: Accords et âmes |Anastasia|   Dim 7 Jan - 20:55

Commission céréale...

Un flash lumineux sous mon crâne. Les oreilles qui bourdonnent. Un éclair de conscience derrière mes paupières fermées. Je suis...quelque part.  Je me sens faible, si faible. Tourbillon des pensées qui s'évanouissent quand le noir revient.



... pare-frise... accès-dent..

Nouveau flash. Tous les sens qui reviennent d'un coup. Douleur. Pas assez de volonté pour lutter contre ça. la douleur s'installe, trouble tout, jusqu'à la conscience de qui je suis. Noir à nouveau.



... sa fleur... Colgate. Judicaël...

Le mot fuse droit dans ma pensée. Judicaël. Je connais ce prénom. Pourquoi est-ce que je l'associe à une déchirure. A la panique qui monte. A l'angoisse ? Ça grimpe jusque dans ma poitrine, ça m'étouffe. Fermeture au noir.



... automobilité... transfission... phoque opératoire...

Tous les sens reviennent, mais je ne sens plus rien. Le toucher, je n'ai plus le toucher. Je voudrais ouvrir les yeux, ouvrir la bouche pour crier l'alerte, mais rien de moi ne répond à l'appel. Je crois que je suis...mais sans être vraiment. Je suis une conscience qui flotte, séparée de mon corps. Des bribes de mémoire me vrillent les souvenirs. J'ai mal jusque dans ma tête. je préfère encore... le noir.
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MessageSujet: Re: Accords et âmes |Anastasia|   Mar 30 Jan - 23:52

Il y a les odeurs et les sons. Reconnaissables et agressifs.
Odeurs de produits, de soins, de maladie, odeur de mort.

Et puis les bruits. Parfois vestiges pour ne pas déranger et tantôt déchirures à vifs de moments brisés; tels les pas feutrés des infirmiers, soudainement épris d'une course folle pour sauver une vie en voie de se perdre.

Et le silence. Jadis ami de ses journées et si réconfortant pour l'esprit, aujourd'hui morbide annonciateur de malheurs, voilé et couvert d'une pudeur de sinistre augure.

L'ensemble lui donnait la nausée. A moins que cette dernière ne l'ai pas quitté ces dernières 48 heures. Il se sentait incapable d'émettre le moindre jugement de temps ou de quoi que ce soit. Le bras étroitement refermé sur un pan de sa veste, il suivait un dos inconnu, dans un couloir impersonnel dont les lumières blafardes l'agressaient. Au milieu du blanc de la blouse, une queue de cheval tressautait au rythme des pas; blonde et fine, maintenue par un élastique rouge semblant arriver en bout de vie.

Droite, gauche. Gauche droite. Il gardait ses yeux fixés sur elle et toute son attention avec, pour qu'enfin cesse son imagination. Pour arrêter d'envisager le pire et laisser son esprit se faire porter comme l'était son corps, telle une poupée de chiffon. Pour ne plus rien ressentir de douloureux.

Alors que l'infirmière s'effaçait pour le laisser entrer dans la chambre, il s'entendit murmurer un vague remerciement qui n'existerait peut-être jamais ailleurs que dans un coin de son esprit torturé. Vaguement conscient de la présence d'autres personnes dans la pièce, il la traversa en quelques enjambés, son regard fou de douleur posé sur elle. Plus pâle encore que ses draps d'albâtre, les yeux clos sur ses rêves, son beau visage marbré de cicatrices, elle semblait plus vulnérable que jamais, brisée.
Son coeur se vrilla.

Deux pas de plus pour atteindre sa main, tandis que ses oreilles captaient quelques autres voix sans les comprendre vraiment. Il s'en empara, la trouvant minuscule et gelée dans la sienne honteusement chaude.


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Stacydur

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MessageSujet: Re: Accords et âmes |Anastasia|   Mar 6 Mar - 0:42

De sous la veste d'Ezio, un gémissement plaintif s'échappe, avant qu'un bout de museau ne pointe, dans l'indifférence générale. Tatiana, la sœur de Stacy, le souci gravé sur le visage, jette des regards surpris au celte sombre qui a surgi dans la petite chambre d'hôpital sans crier gare, entre deux longues périodes d'absorption sur son écran de téléphone, qu'elle consulte frénétiquement. Quant à Anastasia, ses paupières sont toujours scellées, que ce soit par l'anesthésie ou par la commotion cérébrale dont elle est victime.
Saucisse émet un autre petit glapissement apeuré et quitte les bras d'Ezio pour aller appliquer un grand coup de langue sur la peau de sa maitresse.



Un camp de bataille gigantesque squatte sous mon crâne. C'est Waterloo au temps de l'arme atomique. Ma pensée bombardée dans tous les sens peine à se remettre debout. C'est plein de réflexion qui s'éparpille, et moi tellement k.o. que je suis pas foutue d'y mettre de l'ordre.
Ma tête s'éteint encore quelques fois avant qu'une sensation n'attire vraiment mon attention. Un contact familier qui déclenche la troisième guerre mondiale dans mon cœur bien éprouvé. Ma gueule envrac réussit pas à reconnecter le toucher à un souvenir, mais soudain, j'ai presque envie de me battre et de chasser le brouillard. C'est trop dur. Mes paupières refusent de se soulever ou ma bouche de parler. J'arrive tout juste à serrer de deux doigts faiblards la main qui a capturé la mienne. Une longue sensation humide et chaude en réponse. Ma tête capte plus rien et décide que dormir est toujours plus facile que démêler ...tout ça.


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MessageSujet: Re: Accords et âmes |Anastasia|   Dim 18 Mar - 17:47

Une simple pression et son coeur manqua un battement. A peine un effleurement et déjà, il guettait la suite les yeux rivés sur les cils d’Anastasia toujours plus enclins à caresser ses joues qu’à s’ouvrir sur son regard espiègle.

« Sois une voie lisse devant moi ;»

D’espièglerie, il ne restait rien sur son visage abimé. Aucune couleur, aucun mouvement, seulement des traits figés et inertes dans une lutte au cours de laquelle il ne pouvait lui être d'aucune aide.
On lui avait dégagé le front des mèches de cheveux qui habituellement se disputaient la primeur de s'échapper de ses foulards, et sa bouche semblait si sage dans son immobilité qu’il lui fut difficile d’y reconnaître les lèvres qu’il avait de nombreuses fois profanées des siennes.

«Sois une toile directrice au-dessus de moi,»

Le petit animal avait brusquement quitté l’abri de sa veste pour ne laisser qu’une sensation de chaleur et d’absence là où il s’était blotti ces dernières minutes. N’ayant ni le coeur, ni la tête à l’en empêcher, Ezio le suivit vaguement des yeux alors qu’il sautait sur les draps immaculés. Le barde envoya sa main libre à la recherche de la tête du chien et lui accorda le réconfort de sa paume, quelques secondes. La petite bête sembla s’apaiser et se coucha là où il était, le museau entre les pattes.
Récupérant sa seconde main, le barde la laissa choir sur la première, emprisonnant jalousement les doigts d’Anastasia entre les siens.

«Sois un oeil percant derrière moi,»

Il perçut brièvement du mouvement derrière lui, mais ne se retourna pas. Surtout ne pas les voir, pas encore. Il se sentait incapable de parler, de soutenir le moindre regard sans laisser éclater l’angoisse qui l’étreignait. Et il lui semblait que si elle s’échappait, elle entrainerait la jeune femme dans son sillage.

Surtout, ne pas la rendre réelle et ne pas lui laisser de marge de manoeuvre, elle l’étoufferait.
Il garda le dos tourné et ferma les yeux pour la rejoindre un peu tout en conservant son trésor du bout de ses doigts et récitant inlassablement les paroles qui l’empêchaient de penser.

«Ce jour, cette nuit, à jamais.»*




*Prière écossaise des Voyages.

HJ: Missing you.


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MessageSujet: Re: Accords et âmes |Anastasia|   Dim 1 Avr - 17:49

Et au milieu de la bataille, une chaleur diffuse, plus douce... plus lumineuse. Une tiédeur qui enrobe au lieu d'un fracas destructeur. A nouveau, le brouillard reflue et un nouvel éclat de conscience me frappe. Non, m'entoure. Non, me soutient. Oh, et puis merde, pourquoi il faudrait mettre un nom sur chaque sensation ? Dans ma douleur, il y a une présence. Dans ma solitude, il y a un espoir. Dans mon noir, il y a une lueur. Mentalement, je tâtonne pour remonter jusqu'à la source, pour retrouver l'origine de la sensation. Ça part de mon cœur pour filer jusqu'à mes doigts, emprisonnés par deux paumes chaleureuses.

* Ezio *

Pourquoi et comment l'origine de cette certitude ?
Pourquoi et comment l'incapacité de ressentir autre chose qu'un soulagement immense et une émotion fervente ?
Pourquoi et comment mon cœur qui se met à battre la campagne comme un dingue ?

Pourquoi et comment mes paupières qui refusent de s'ouvrir ?
Elles sont lourdes, tellement lourdes qu'elles pourraient être lestées de plomb. Comme ces matins où ouvrir les yeux est une bataille dès le réveil. En pire.
Même ma main peine à m'obéir, cette fois-ci. J'aimerais lui dire que je sais qu'il est là. J'aimerais lui dire la gratitude de le savoir là. J'aimerais même lui dire la normalité de le sentir à côté de moi. Mes doigts immobiles refusent de jouer les interprètes. Alors, je bataille ferme avec ma bouche pour la dompter un peu, elle. Jusqu'à échapper quelques lettres dans un souffle épuisé :

. Ezio...

Je ne peux pas la voir de derrière mes yeux fermés, mais elle me le dira plus tard : à cet instant-là, ma sœur Olga, qui s'était approchée à pas de loup minuscules, se fige. Renonce à approcher cet homme étrange penché sur moi. Rejoint Tatiana pour se fondre dans une embrassade étouffée.
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MessageSujet: Re: Accords et âmes |Anastasia|   Sam 7 Avr - 17:30

Il avait envie de tout lui dire à la fois. Et rien aussi.

«Se taire et parler c’est possible ?»

Lui dire tout ce qu’il a tut, et lui dire de se taire.
Lui dire parler aussi. D’arrêter, de continuer.
Lui dire de prendre le temps et de se dépêcher, à la fois.

Il ressentait l’envie et même le besoin de partir sur le champs en courant et à la fois de rester cramponné à sa main.

Pouvait-on réellement avoir envie de sourire et de pleurer, aussi ?
Rien ne venait, comme toujours. Ni larmes, ni libération.
Le sourire peut-être vint, arraché par la surprise du premier mot prononcé.

Il est douloureux celui-là, il vient de loin et ne peut aller nulle part.

Il brûlait du besoin de lui dire de ne pas le prononcer - pas celui-là- tout en crevant d’envie qu’elle le répète encore et encore, sans y ajouter le moindre autre.

« Viens, reste, pars, attends, dis-moi, tais-toi…Dansez, riez, pleurez même. »

Était-elle un peu là, derrière ses paupières closes ? Hantait-elle les quais qui n’appartenaient qu’à eux ? Tous ces trains qu’ils n’auraient pas pris ? Ces frontières qu’on avait tracées entre leurs deux univers et qu’ils se jouaient à défier et franchir régulièrement ?

« Où es-tu ? ... »

Derrière lui, on s’embrassait et on pleurait.
De joie ? D’angoisse ? Peu importait.
Elle avait parlé.
On murmurait, on ne voulait certainement pas troubler.
Mais troubler quoi ?
Tout était déjà arraché, dévasté, ravagé, au point qu’il ne savait plus lui-même ce qu’il souhaitait dire ou même taire.

Alors, il ne dit rien.
Ses propres paroles le fuyaient, le narguaient, le provoquaient en le blessant.
Lui, le joueur de mots, incapable d’en saisir un seul au vol, pas même son nom, renonçait pour poser son front contre la main fraîche et attendre que cela passe.

«Et si cela ne passait pas ?»


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MessageSujet: Re: Accords et âmes |Anastasia|   Sam 14 Avr - 22:42

Vous savez, ce rêve où on tombe, on tombe ? Où on se réveille en sursaut avec la sensation de la chute, pour, très vite, être rassuré par le retour à la réalité ? Moi, je ne le sais pas encore, mais je suis sur le point de faire tout le contraire.

Ouvrir les yeux, quitter un calme étrange qui m'étreint mieux que les Russes n'entortillent leurs nouveaux-nés, et plonger droit dans les flammes de l'enfer. L'enfer blanc. Sur mes rétines péniblement dévoilées, il y a d'abord l'image d'Ezio Shepherd. Mon cœur qui s'emballe, parce qu'il a tout oublié depuis la dernière fois. Mon champ de vision prend de l'ampleur et je réalise où je suis, en plus d'avec qui. Le lit d'hôpital. La blancheur médicale. Ezio Shepherd, Olga et Tatiana dans la même pièce. Et mon corps qui m'envoie des signaux pour me dire que tout va de travers. Je comprends pas ce que je fais là. Je me rappelle de rien.

Juré, je suis pas le genre de fille impressionnable, mais là, je me prends un coup de flippe monumental. C'est plus fort que moi, réflexe, je fais tout pour le cacher, mais j'ai l'impression de plus pouvoir respirer tout à coup. Y a la machine qui suit mon cœur au mot près qui s'emballe tout à coup. Bip bip bip bibibipbip, toujours plus rapides. Et ma main qui serre celle d'Ezio à lui en faire blanchir la peau. Là, ça sert à rien de garder l'air impassible sous mes grands yeux paniqués, pourtant je m'y accroche coûte que coûte. Y a tout un tas d'images bizarres qui se mettent à me harceler. Du bruit. Du verre. De la douleur. Un grand brouillard recouvre le tout.
La petite boule chaude qui se serre contre moi gémit doucement.
Les mains d'Ezio auxquelles je me raccroche comme à ma propre vie. Sans oser l'affronter du regard. Il faut que je sache. Il faut que je comprenne. La douleur. L'étrange. Il le faut mais je n'y arrive pas. Je n'ose pas.


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