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 Life and death |Vesperina|

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Ezionallaitcamper ?

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MessageSujet: Life and death |Vesperina|   Mer 11 Oct - 16:17







Københavns Hovedbanegård





Blanche ou noire, noire puis blanche, de la pulpe de ses doigts il en caressait l’ivoire avec une tendresse infinie.




Ils s’étaient d’abord tous deux longuement observés, entre silences respectifs et chaos de la gare. Les yeux de l'un sur le bois de l'autre, dans une attirance probablement mutuelle.
Le brouhaha des conversations fournissait l’espace sonore suffisamment étoffé pour être prétexte à penser plus fort. Les yeux du barde parcoururent le tableau lumineux où les trains, les uns après les autres, s’annulaient ou marquaient leur retard. Il en ignorait la raison, bien que captant ça et là quelques hypothèses. Les voyageurs, en de longues files d’attentes impatientes, questionnaient, s’agitaient, demandaient réparation pour ces incidents aux conséquences dévastatrices sur leur programme, travail, horaires, rendez-vous...

Ezio haussa les épaules et se réinstalla plus confortablement dans son siège. Il avait finalement plus de temps que prévu devant lui. Combien exactement, il l’ignorait et s'en moquait un peu. Ses yeux glissèrent sur le panneau lumineux, attirés par une destination dans le sud de la France. Il soupira et entreprit de se raisonner dans un sourire un peu contrit. Ça ne passait pas.
Bien sûr, il allait bien. Calme et serein à nouveau, paisible et maître de lui comme il se devait d’être. Capable de capter à nouveau images, sons, beauté et tourments de ce qui l’entourait. Il ne dépérissait pas, mangeait, dormait presque, souriait, écrivait de nouveau et voyageait beaucoup. Certains, pour ne pas dire beaucoup , s’en serait contenté.

Et lui?

Il manquait toujours son ombre dans le tableau qui se composait. Si la nostalgie lui plaisait, il se sentait peut être moins vivant sans cette étrange effet qu’elle avait sur lui. Moins à fleur de peau. Moins eux.

Parfois une silhouette attirait son regard, mais bien vite, il savait. Ce n’était pas elle.

À contre coeur, il détourna les yeux de ses envies de folie et de destination où l’attendait la souffrance qui semblait manquer à sa vie. À nouveau, ils croisèrent le piano. Seul et ignoré de la foule, son tabouret désespérément vide, l’instrument avait pourtant résonné un peu plus tôt des essais timides d’une jeune femme rougissante qui avait fini par renoncer.
Abandonnant son sac et son violon à ses pieds, il posa sa main avec respect sur l’instrument solitaire. S’asseyant doucement sur le tabouret, il commença par laisser courir une main sur les touches, avec une pudeur qu’il offrait au piano plus qu’à la foule sonore. Bien vite, sa main gauche refusa de rester en reste et vint égrainer quelques accord pour accompagner sa compagne. Avec lenteur, s’éleva une mélodie douce et empreinte de nostalgie. Les notes  s’élevèrent dans le dôme de la gare centrale de Copenhague. Timides pour commencer, plus appuyées ensuite, elles s’intensifièrent  alors que se déroulait le scénario musical. Emporté par sa propre mélodie, Ezio en oubliait la foule, le bruit, les trains, la gare, le monde entier et laissait courir des mains agiles sur le clavier.
Il foulait d'autres lieux, côtoyait d'autres gens, échangeait d'autres regards et ressentait d'autres émotions. Parmi elles, celles des passants qui l'entouraient.  
Ceux qui n’étaient pas impatients au point d’avoir fuit, tournèrent la tête, puis une oreille et enfin les deux. Certains se rapprochèrent, beaucoup cessèrent de parler et se laissèrent à leur tour bercer par les émotions de la musique du barde. L’histoire était celle d’un homme qui par quelques hasards fantastiques se trouvait marié à une morte. Pleine de nostalgie et d’étrangetés, la musique pénétrait dans les coeurs et soulevait des émotions atypiques, tantôt languissantes, parfois tourbillonnantes.

Ô combien il était aisé de conter l’histoire des autres quand il était si difficile de parler de soi.

Le barde se prêta au jeu de longues minutes, transporté par le rebondissement des notes à travers le hall qui en était maintenant rempli. Les yeux fermés pendant que ses mains couraient sur les touches, il se balançait doucement au rythme d'un tempo qui n'appartenait qu'à lui. Intimes tous deux maintenant, l'homme et l'instrument ne semblait plus qu'un, dans toute l'intensité de la musique qui prenait toujours de l'ampleur pour sombrer à nouveau dans cette languissante nostalgie.
Hors des lieux et du temps, il s’arrêta soudainement alors que prenait fin la mélodie, les notes en suspend, avec un goût d’inachevé, comme bien des histoires finalement...
Les mains suspendues au-dessus de l’instrument, le barde demeura là un instant alors que des murmures de poursuite s’élevaient parmi les voyageurs.
Un appel dans les haut parleurs annonça l’arrivée d’un train qui avait échappé aux annulations grèves ou incidents techniques et la gare reprit son souffle en même temps que son activité ruchière.


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Dernière édition par Ezio Shepherd le Mer 11 Oct - 22:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Life and death |Vesperina|   Mer 11 Oct - 21:29

Le monde magique me faisait de plus en plus peur.

Comme si tout ce que je touchais de magique devenait incontrôlable et faisait n’importe quoi. Tout ce dont je m’approchais finissait par bruler ou disparaitre… Comme mes espoirs, à vrai dire… Et mon refuge. Tout semblait partir en volute de fumée, et je ne pouvais rien y faire. Mon sentiment d’insécurité lui, par contre, grandissait à mesure que les secondes passaient, et la sensation de m’étouffer dans la peur s’étendait elle aussi. Je n’arrivais même plus à parler sans devenir bègue… Et ce, alors que les seules personnes qui m’écoutaient, étaient Suki et ses petits, soit la chatte siamoise que j’avais achetée une semaine plus tôt.

J’ai donc agis dans la précipitation, comme je le fais toujours, et vérifiant que la minette avait encore de quoi se nourrir et de l’eau, j’ai pris le portauloin que j’avais commandé dans une boutique magique… J’en avais trois sur moi en plus de celui-là, trois destinations afin de pouvoir visiter de nouveaux endroits où vivre, loin du danger et de l’agitation. Et un pour rentrer ici.

Et comme d’habitude, rien ne s’est passé correctement.

Je suis bien arrivée sur Cagliari, mais je n’ai rien trouvé d’intéressant, ni de petites affaires intéressantes, ni d’offres d’emploi, rien. Alors j’ai vite renoncé. Si j’apprenais très facilement les langues, je ne voulais pas m’encombrer de plus si cela ne pouvait pas me servir… Et je commençais à avoir du mal à subvenir à mes besoins malgré la fortune laissée par mes parents pour mon héritage. Je ne vivais pas à outrance, mais j’avais des besoins, et une petite suite dans un hôtel, quand bien même ce soit agréable pour un séjour de courte durée, ça ne l’était pas pour vivre… Et je voulais un chez moi. Un endroit qui soit paisible, loin de toute l’horreur qui semblait vouloir me tomber dessus. Un havre de paix loin du monde.

J’ai renoncé à l’Italie, et j’ai utilisé l’artefact qui devait me conduire en Autriche. Les ennuis ont commencé… Je ne suis pas arrivée à Vienne, mais à Villach… et je me suis perdue… J’ai dû mettre une bonne heure pour trouver l’office de tourisme et ainsi me situer, mais ça avait été suffisant pour que la panique reprenne ses droits sur moi. Je me sentais fébrile, nauséeuse, haletante. J’ai pris quelques minutes pour me calmer, assise sur un banc, mais si la crise d’angoisse est passée, la honte d’avoir été vu ainsi par toutes sortes de passants m’a saisi… Je me suis mordue la lèvre pour retenir la tension, et j’ai esquivé un temps pour essayer de dénicher un coin tranquille où user du dernier portauloin pour visiter ce qui aurait dû être l’Allemagne…

Mes yeux se sont écarquillés d’horreurs quand j’ai atterris en France, au milieu d’un quartier chaud et purement moldu. Je me suis mise à courir sans savoir où j’allais pour m’éloigner. Je ne comprenais que peu le français, juste quelques mots par-ci par-là, et atterrir comme ça. Inutile de dire que j’ai fini par craquer et m’isoler entre deux murs pour laisser échapper toute la tension. Des larmes silencieuses, tandis que je comptais mentalement dans ma tête pour remettre mes pulsions cardiaques dans un ordre logique. J’avais faim, mais je savais que je ne pourrais rien avaler, je voulais juste rentrer et me coucher pour ne plus avoir affaire au monde extérieur.

Lorsque je fus calmée… du moins que je cessais de pleurer et ventiler, j’ai regardé le dernier pinceau, celui qui devait me conduire jusqu’à chez moi. J’ai fermé les yeux et je l’ai serré dans ma main avec espoir que ce dernier fonctionne… Jusqu’ à l’activation… J’ai été tirée par le nombril, tout s’est mis à tourner, et j’ai manqué de m’écraser au sol avec violence… J’ai presque mangé un trottoir… J’étais dans une ville, il faisait frais… Et les voix qui résonnaient non loin de moi n’avaient rien d’écossaises.

De ma main tremblante, j’ai frappé le bitume, en colère et désespérée… Il n’y avait plus d’artefact pour me ramener chez moi… Je devais me débrouiller avec les moyens du bord, encore, parce que Odin se moquait de moi. Oui. J’en étais certaine maintenant, j’avais dû lui faire quelque chose pour qu’il me vende ainsi à Loki. Ce n’était pas possible autrement… Les yeux encore brillants, tremblante et le souffle court, j’ai cherché à savoir où j’avais atterris. Les langues ne m’aidaient pas véritablement, je savais juste que j’étais dans un pays nordique… Pas loin de… de mon ancien chez moi…

À cette pensée, mon cœur se serra. La Finlande me manquait mais… Je ne pouvais pas y retourner, il n’y avait plus rien pour moi là-bas. Anya était partie dans une université américaine, et moi… Je n’avais plus de famille à rejoindre depuis longtemps… Observant les alentours pour me changer les idées, c’est un écriteau qui manqua de me rentrer dedans, ou l’inverse, qui me permit de savoir où j’étais… À côté d’une gare… Une grande… que je commençais à reconnaitre pour l’avoir empruntée deux fois dans mon enfance.

Copenhague…

On est loin, très loin d’Inverness… Et je commence à en avoir marre du monde sorcier… Si certes, j’ai dû y retourner parce que les évènements enflammés qui se produisaient autour de moi étaient moins dangereux de ce côté-là, c’était malgré tout une catastrophe. La baguette de ma mère plantée dans mes cheveux, j’ai resserré la prise sur mon sac à main, et je me suis avancée lentement. Les trains ne pouvaient pas apparaitre et disparaitre n’importe où, pas vrai ? Ils arrivaient forcément dans la gare de destination… Et là, je n’aurais pas de souci… Je devais juste aller en France, et ensuite… Ensuite je prendrais le tunnel sous la manche… Et j’irais ensuite vers Edimbourg… Heureusement que j’ai toujours de quoi payer en argent moldu aussi… Une carte bleue notamment.

Mais une fois entrée, la quantité de personne encore sur les quais et les bancs me donna des frissons d’appréhension. Qu’est-ce qu’il se passait ici ? Pourquoi est-ce qu’il y avait autant de monde ? Je ne me sentais définitivement pas à l’aise, avec mes yeux bien rouge, mon air perdu, fragile, mes mains tremblantes… J’avais l’impression que tous les regards convergeaient vers moi, et même si c’était faux, je me sentais en panique. Et il ne fallait pas, il fallait que je me calme, sinon ça allait de nouveau éclater, et je ne voulais pas… Je me suis rendue au guichet, et avec difficulté, j’ai demandé dans un anglais devenu tremblant, un billet pour la France. Une fois payé, et récupérant le papier, tremblante, je me suis crispée à la nouvelle annonce de retard. L’atmosphère autour de moi s’est réchauffée, et j’ai commencé à m’éloigner de la foule, me mettant assez loin, là où personne ne me verrait…

Il y avait un piano sur ma gauche. Mais je n’arrivais pas à me focaliser dessus, non, j’entendais les rires, les paroles, les diverses langues qui voulaient communiquer toutes en même temps, les lieux vivre, en fait. Et ma tête s’est mise à tourner violement. Je crois que j’aurais pu m’évanouir si cela n’avait pas soudainement écrasé tous les bruits autours.

Il y avait quelqu’un au piano.

C’était lent… doux… Un démarrage à une main, comme des arpèges cassés, bien qu’avec une pédale de résonnance… Puis l’autre main. De maigres accords délicats… J’avais fait de la musique jusqu’à mes 15 ans, du piano et du chant, un peu tous les jours, pour passer le temps. Lorsque les cours étaient terminés et que je n’avais plus rien à faire si ce n’est entendre à quel point mon frère était un bon élève à Durmstrang… C’était comme si tous les bruits autours avaient disparu, passé en sourdine, tandis que l’instrument chantait, apaisant. Je reconnaissais le morceau… Une histoire bien étrange… Qui pourtant, aurait pu ravir toutes les jeunes filles au cœur tendre. À la manière dont c’était tourné… J’aurais moi-même choisit la morte, car la compréhension et la tendresse avait été apprise par les deux individus…

Mais tout cessa avec une sorte de choc… L’histoire ne semblait pas terminée… Et la gare reprit ses droits sur ce monde, hélant les passagers d’un train en particulier qui semblait être toujours d’actualité contrairement aux autres dont le retard était annoncé sur tous les panneaux…

Le pianiste n’avait pas bougé, les mains suspendu dans les airs… J’ai fait quelques pas dans sa direction, je n’avais pas fière allure, avec mes yeux rouges, mon pull trop grand ressemblant à une robe, et mes cheveux en pétard liés par une baguette… Mais… ça ne pouvait pas se terminer comme ça… J’ai fait le tour de l’instrument, lentement, et j’ai tendu ma main droite tremblante dans la direction du clavier monochrome, la cinquième octave, des notes claires et hautes… J’ai repris son rythme, mais sur un autre morceau, du même compositeur… La complainte… Les deux œuvres se ressemblaient énormément, et j’ignorais pourquoi… Mais j’étais calme.

Pour la première fois depuis des mois, je me sentais bien, apaisée. C’est peut-être pour ça d’ailleurs, que je me suis approchée de cet inconnu. Habituellement, je fuyais la foule, le dialogue, et toute autre altercation avec des humains… Mais là… J’avais envie de partager quelque chose… Un morceau… Parce que même sans le connaitre, j’avais l’impression que l’émotion que je pouvais voir dans son regard concentré sur l’instrument, était une nostalgie qui nous était commune. Il m’avait aidé à me calmer… Et même s’il ne le savait pas… Je voulais lui rendre la pareille… L’aider en retour… J'ai alors fait ce que je refusais habituellement avec toutes les personnes que je croisais.

J'ai cherché son regard...
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MessageSujet: Re: Life and death |Vesperina|   Sam 14 Oct - 14:43

La petite main qui rejoint la sienne était aussi délicate et fluette qu’était grande et assurée celle qu’il offrait en balance. Alors qu’elle enfonçait quelques notes de ses doigts pâles et menus, il reconnut une variation du thème précédent. Il  l’avait déjà entendu, bien que ne le jouant pas. Doté d’une oreille absolue et maîtrisant parfaitement l’instrument il n’eut cependant aucun mal à accompagner sa partenaire providentielle.

Il reposa alors ses mains sur le clavier pour poursuivre la suite de l’histoire égrainée par cette apparition timide dont il sentit bien vite le regard à l’orée du sien.
Se tournant entièrement vers elle quand ses mains entamaient leur besogne, il capta de grands yeux clairs dans un visage qui faisait concurrence à l’ivoire du piano. De son regard turquoise suintait une fragilité qui toucha la sensibilité du barde. Ce dernier devina qu’il fallait là à la toute jeune femme une sacré dose de courage pour se révéler.

Quel défi s’était elle lancé?

Pour l’encourager à poursuivre, il lui sourit et plaqua à son tour quelques accords plus graves. Mais déjà les yeux de la petite musicienne s’étaient reposés sur ses doigts hésitants. Elle semblait, elle aussi plongée en immersion bien loin de la gare et sa foule. Dans les limbes les plus profondes qui existent, à savoir l’esprit.
Sa main glissait sur le piano avec la lenteur de ces souvenirs lointains que l’on touche du doigt sans parvenir à les saisir vraiment, peu assurée mais expressive au point de faire s’arrêter le temps et avec lui quelques autres voyageurs.

Alors qu’ils achevaient l’histoire restée en suspend - entre improvisations du barde et voix claire de la petite main - Ezio observait la jeune femme du coin de l’œil. Sans curiosité et tout à l’émotion du moment qu’ils partageaient tous deux, mais avec ce besoin qu’il avait de capter les instants dans leur entièreté. Il voulait se souvenir de l’image avec la musique. Cet étrange petit bout de femme, aussi menue qu’un manche de violon, enroulée dans un pull gris qui aurait pu appartenir à son père s’il avait été batteur au quidditch, le visage grave et appliqué - un peu effrayé peut-être - surmonté d’un regard bleu lagon.
A son cou tintait un petit pendentif en forme de croissant, seul apparat de la jeune femme dont les cheveux était relevés sur un le nuque gracile.
Il détourna les yeux à son tour pour ne pas mettre mal à l’aise cette âme à la timidité palpable.

Elle marqua la fin de leur duo en achevant la mélodie d’une façon plus raisonnable qu’il ne l’avait fait précédemment. Quelque chose semblait plus optimiste dans sa manière à elle d’achever l’histoire.

Après le dernier silence, lorsqu’il releva la pédale de l’instrument, il lui offrit à nouveau un regard complice. On tissait parfois des liens autour de la musique  sans échanger un mot, rien qu’en partageant un peu de cette intimité qu’il avait accordé à l’instrument seul, un peu plus tôt. Encore drapé de la magie des notes il fut tenté de conserver le mystère de cette rencontre en se levant et la quittant après un Merci des plus sincère qui se serait cantonné à un sourire et un regard empreints tous deux de gratitude.
Retenu par la grâce émouvante qui émanait de la fragile jeune fille, il resta cependant, gagné cette fois ci par une réelle curiosité concernant cette apparence aussi discrète et timide que surprenante. Il y avait quelque chose de touchant  dans cette minuscule petite femme cachée dans son pull, les yeux encore rouge d’un tourment passé, les doigts à nouveau tremblants et le regard peu assuré.

Il prit quelques secondes pour ne pas briser la magie trop brutalement et retourna à leur réel à travers le murmure d’un merci, dévoilé à voix basse comme on confesse un secret. Conservant un léger sourire il chercha à son tour son regard un peu fuyant et réprima l’envie de lui demander si elle allait bien. Machinalement, sa main gauche caressait le bois de l’instrument quand ses yeux déjà faisaient le tour des expressions de la jeune femme.

- Vous avez raison, il fallait l’achever... énonça-y-il gravement. L’histoire. Crût-il bon de préciser.

Devant ses grands yeux, il envisagea alors qu’elle ne parle pas anglais et sourit derechef pour se faire pardonner ses élucubrations à mi chemin entre deux réalités.


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MessageSujet: Re: Life and death |Vesperina|   Lun 16 Oct - 19:12

Je continuais de jouer…

C’était étrange, mais même en ayant croisé son regard et entraperçu un sourire, je ne me sentais pas aussi effrayée que d’habitude. C’était moi qui étais allée chercher ses yeux, comme un accord pour jouer avec lui, et si ce genre de contact me rendait crispée et inquiète, là, c’était… calme. Je ne me sentais pas en danger… Ses mains sont venues plaquer des accords plus graves, tout aussi lent que les miens, comme un consensus, et je me suis laissée aller. Restée debout, je jouais timidement la mélodie, du bout des doigts même, un peu tremblante en sentant les regards alentours se poser sur nous. Mais je me concentrais sur ma main, et sur les siennes, pour oublier la gare. Les gens n’étaient plus là, il n’y avait plus de train, plus d’annonce, juste le piano, lui, et moi. Et même si c’était bizarre, ma crise d’angoisse sembla très lointaine d’un coup.

Je ne me sentais plus à l’étroit. Mes poumons semblaient fonctionner correctement, et mes tremblements se faisaient moins nombreux. Je n’étais plus au bord des larmes, ni sur le point de paniquer pour rien. Je me sentais apaisée. Et je crois que cette sensation ne m’était pas revenue depuis longtemps… Depuis le départ d’Anya en fait… Lorsque pour célébrer son diplôme, nous avons passé une journée entière à faire des pâtisseries. La dernière fois que je m’étais sentie aussi bien, c’était avec elle. On dit que la musique adoucie les mœurs… Bon, bah ce n’étais pas vraiment ainsi, mais en tout cas, elle calmait les crises d’angoisses. Et ça faisait du bien. Certes, il y a toujours beaucoup de monde autour, et je dois toujours me débrouiller pour palier à mes problèmes urgents, mais je ne me laisse plus déborder par la terreur, et ça soulage un peu. J’ai l’impression de pouvoir réfléchir plus facilement…

Mais le résultat, c’était que j’allais encore un peu mieux, et que je n’arrivais toujours pas à rendre la pareille à l’homme qui jouait avec moi.

Je sentais son regard en biais sur moi, pourtant, il ne me gênait pas. Ce n’était pas désagréable, pour une fois. Je savais qu’il ne me jugeait pas, même si je ne savais pas pourquoi il me regardait, ce n’était pas mauvais. Et ça, je le prenais en compte. J’ignore s’il essayait de trouver pourquoi j’étais venue le reprendre sur son morceau, ni même si c’était pour voir comment j’étais lorsque je jouais de la musique, mais ce n’était pas mauvais. Gardant mes yeux sur le clavier, j’ai ralenti le rythme, et peu à peu, ma main s’est approchée des dernières notes, que j’ai caressé du bout des doigts, gardant la finale appuyée. C’était la fin du morceau, et je pouvais de nouveau sentir son regard se poser sur moi. C’est un merci murmuré tout bas qui manqua de me faire sursauter, le retour à la réalité était étrange, j’avais l’impression que tout mon être s’y refusait, que ce moment n’aurait pas encore dû s’arrêter, que je n’étais pas prête pour ça… Et je me demandais si, si ce n’était pas le cas, après tout… ?

J’ai à peine croiser son regard, je n’osais plus rien, l’audace disparaissant aussi vite que la musique. Je le fuyais à présent, même si j’avais eus le temps de constater cette nuance sombre, proche du chocolat noir… Mais très douce… Il souriait un peu et, si j’essayais de lui rendre cette douceur, cela devait donner une grimace pitoyable… Je n’aimais pas mon sourire, trop proche d’une réelle expression sur mon visage, trop réel… Il laissait entrevoir ce que je ressentais vraiment, et se voyait modifié et loin de ce que je voulais montrer… Trop vrai. Cependant, ma tentative probablement rater de sourire fut avortée par la reprise de parole du pianiste. Il avait une voix basse et profonde, c’était chaud et agréable… Comme le ronronnement d’un feu de cheminée… Oui, comparaison bizarre, mais c’était aussi proche de ce que j’entrevoyais… Il me disait avoir eu raison d’achever l’histoire… Avant de sourire de nouveau, mais quelque peu gêné cette fois-ci…

C’était bizarre…

D’entendre l’accent écossais dans un coin bien éloigné de l’écosse. Pourtant, ça ne me semblait pas être une mauvaise chose… Me remettre au finnois n’aurait fait que me rappeler ce que j’ai perdu, et l’Ecosse, même si elle me semble bien dangereuse à présent, est mon seul et dernier chez moi. Alors, aussi loin de tout, cela devient rassurant. En revanche… Les propos, eux, l’étaient un peu moins… Non pas dans le terme d’achever, mais dans la continuité… C’était… pessimiste… de croire que l’histoire s’était terminée… Non… Le morceau l’était, cette aventure aussi… Mais pas l’histoire… Du moins je l’espérais… De là d’où je viens, même la mort n’est pas une fin… Il n’y a de fin que si on le décide, et encore. Et pour cette histoire, même si à mes yeux le choix de la vivante n’était pas un bon choix en vue de ce que je savais des deux amantes, l’histoire n’était pas finie… Et… Malgré moi, je me suis sentie obligée de le dire… Ce n’était peut-être rien, mais… J’avais l’impression qu’il le fallait, que je devais lui dire que ce n’était pas terminé… C’était peut-être quelque chose dans sa musique, dans le choix de ce morceau, dans sa manière de le terminer la première fois, ou même dans sa voix et son regard… Mais… Je le devais.

« Vous-Vous vous trompez… » Evidemment, ce n’était pas aussi clair que cela le devrait, j’étais toujours tremblante, et mon accent nordique ressortait malgré moi. « Elle… L’histoire… Elle… Elle n’est pas finie… Juste… Elle commence… » Je me sentais ridicule, à chercher mes mots et à les bafouiller comme une petite fille ayant perdue son chemin, mais je ne pouvais pas faire mieux pour le moment… Pourtant, cette fois-ci, j’ai essayé de lui sourire avec douceur, parce que je voulais croire en mes paroles… Même si d’un point de vu extérieur, ça n’avait aucun sens.

Pour moi, il y en avait un...
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MessageSujet: Re: Life and death |Vesperina|   Lun 23 Oct - 11:03

En définitive, l’écossais ne semblait pas poser de souci majeur de compréhension à la jeune femme. Elle répondit dans un anglais tremblant - dont il ne savait s’il devait accorder les hésitations à de la timidité ou à une mauvaise maîtrise de la langue - rehaussé d’une pointe d’accent local. Intrigué tout autant qu’amusé, il l’écouta entrer dans son jeu et parler de cette histoire comptée à quatre mains sur un piano, dans le hall d’une gare bondée.

Il abandonna les caresses de l’instrument pour essuyer ses mains sur son jeans avant de retourner un regard interrogateur à la jeune femme. Ses yeux sombres se posèrent dans la clarté des autres, pour y percevoir quelques précisions informulées.

- Elle commence seulement? Renchérit-il.

De ce qu’il s’en souvenait, ce que pointait cette histoire était la confrontation entre l’amour à mort ou l’amour à vie. De ses aspirations poétiques, l’histoire s’amusait d’un jeu d’opposition entre une vie plus triste que la mort, elle-même dansée et célébrée comme à la Nouvelle Orléans. 

Elle interrogeait tout le long sur le choix à venir du héros. Aimer à jamais la vivante ou plonger dans la solitude de la morte pour une éternité encore plus longue que toujours.

Il songera avec une soudaine amertume que la mort, dans leur vie a eux, n’était pas aussi atteignable que dans les histoires. La pensée l’entraîna vers quelques interrogations sur ce qu’il aurait fait, lui, si on lui avait un jour offert cette possibilité. 

« Jusqu’à ce que la vie vous sépare. »

Car il s’agissait bien de ça finalement. La mort ne pouvait séparer si elle mettait, comme dans la réalité, un point final à toutes choses. La vie en revanche, vous entrainait dans le fait de poursuivre la route, sans l’autre. Là était la vraie différence.

Il chassa le nuage de brume qui se profilait en distinguant le doux sourire de la jeune femme à ses côtés. Il était maladroit, certes, mais empreint d’une sincérité chaleureuse et arracha le barde à ses mornes constats.

- Et comment se poursuit-elle? Les trois ne peuvent être heureux ... 

 »Qui se sacrifie ? Qui est sacrifié ? »

La fin de celle-ci - car il restait persuadé que pur l’un d’entre eux au moins, il s’agissait de ponctuer d’un point final cette histoire - était sous les auspices de l’amour plus puissant que tout, même l’amour. Le héros était ainsi poussé à nouveau dans les bras de sa promise bien vivante, sous l’oeil bienheureux de la défunte dont le sacrifice honorable était décourageant de bienséance.
N’était-ce pas là une fin pour elle ? La solitude perpétuelle engendrée par une mort sans fin.

De ses yeux sombres, observateurs, il quémandait à son tour une histoire qu’il ne saurait raconter de cette façon-là. La sienne se serait achevée dans une tragédie à la beauté mélancolique où les trois peut-être auraient renoncé.

Il sourit à nouveau pour effacer l’assombrissement de ses pensées et posa son regard sur le visage pâle de la petite musicienne. Il s’agissait là d’un bien étrange sujet à aborder avec une inconnue. Le type même qui ne laissait personne indifférent mais dont on pouvait distinguer les stigmates sur ceux qui en avait côtoyé l’essence même. Il semblait à Ezio que la jeune femme avait bien des choses à dire à propos de la vie et la mort.

- Je suis curieux d’entendre votre avis. Il me semble que pour l’un des trois il s’agit bien de la fin. Du moins, celle de ses espoirs. S’interrogea-t-il.

Tout résidait finalement dans ce que l’on mettait derrière le mot « fin ». Puisque la mort elle-même ne semblait plus irrémédiable. Que pouvait être l’achèvement, si ce n’était une nouvelle parenthèse ou un nouveau chapitre.

« A jamais à toi.»

Elle avait toujours eu ce goût pour graver chacun des supports que la vie lui offrait. Arbres, bureau, table, chaise, pierre… tout y passait. Proverbes, inscriptions, dessins, initiales et quelques mots.

« A jamais à toi. »

Vingt-quatre années plus tard l’inscription était encore visible dans les entrailles de l’île et le serait encore pour longtemps. Il la voyait parfaitement, entailles dans la roche tout autant que dans son coeur.

Déjà à l’époque il n’avait eu d’yeux et de réaction que pour le « à toi ». L’appartenance déjà le rebutait.
Il n’avait pas vu le « à jamais ».

Ce même « à jamais » dont la mort même ne semblait vouloir marquer la fin.

« Alors la fin, qu’est-ce ? »

La fin comme on tourne une page. La fin comme quand on en aime une autre. La fin comme on renonce. La fin comme on atteint son but. La fin comme on n’espère plus rien.

- Votre train est en retard aussi je suppose ? Enfin, dans le meilleur des cas... Précisa-t-il en lui offrant un oeil compatissant.


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MessageSujet: Re: Life and death |Vesperina|   Lun 6 Nov - 0:29

Je ne me sentais toujours pas à l’aise, pourtant, je croyais en mes paroles, et je voulais convaincre mon vis-à-vis de la véracité de ces dernières. Même si cela signifiait croiser une fois encore son regard sombre. J’ai rosit d’ailleurs à cet échange, mais je n’avais pas pour habitude de regarder les gens dans les yeux, encore moins les inconnus. Il semblait s’interroger sur mes mots, et je pouvais le comprendre, mais je n’osais rien dire pour le moment. En fait, j’espérais cesser de bégayer pour pouvoir former des phrases correctes sans trembler, mais c’était compliqué. Il semblait surpris que je puisse affirmer tout juste le commencement… Pourtant, l’amour n’était qu’un commencement, et la vie ne s’achevait pas sur la mort, la preuve avec les fantômes… Même si je n’étais pas certaine de pouvoir en parler, étant donné que j’ignorais si mon vis-à-vis était moldu ou sorcier…

Mais sa nature ne changeait rien pour le moment. Il semblait avoir besoin d’entendre ces mots, comme si la mélancolie que j’avais furtivement aperçu dans ses yeux et la frustration dans la fin de sa première vision du morceau, semblaient tenter de l’engloutir à chaque seconde. Je pouvais comprendre que l’histoire contée pouvait suscitée l’émotion, et parfois même la tirer au point d’en emporter des larmes, mais pas de rester aussi présente dans le cœur de la personne, elle avait des doutes. À moins que le conte ne puisse faire écho à son propre vécu… Et si je n’allais définitivement pas demander à cet homme de me raconter sa vie, j’éprouvais malgré tout de la compassion à son égard, et je voulais l’aider comme il l’avait fait pour moi, même si c’était inconscient de sa part…

J’avais l’impression en revanche, que ma réponse l’avait encore plus tourmenté que si je n’avais rien dit… Il semblait se plonger dans de longues pensées étranges, et si je ne pouvais pas suivre le fil conducteur de ces dernières, je tenais cependant à expliquer ma pensée, et mes mots. Il demandait comment se poursuivait l’histoire, car les trois individus ne pouvaient être heureux… S’il n’avait pas tort quant au ménage à trois impossible, le bonheur ne venait pas forcément d’un amour de ce genre. Le sacrifice n’était pas une fin pour la demoiselle défunte, cela signifiait juste que son amour pour le jeune homme était plus fort que son égoïsme, et ainsi, se complaisait-elle à le voir sourire. Quelque chose cependant, m’empêchait de la voir disparaitre… Peut-être car dans l’histoire, la défunte se changeait en une centaine de papillons bleus et s’envolait dans la nuit.

Je me suis mordue la lèvre en constatant qu’il me souriait de nouveau et me fixait, de la gêne se matérialisa sur mon visage en donnant cette teinte rose à mes joues trop pâles. Il reprit alors, disant qu’il était curieux de connaitre mon avis, car pour lui, cela signifiait la fin pour la morte et ses espoirs… Je me suis perdue une seconde sur les mots que je devais employer, la langue, et l’accord… Mais j’ai sursauté à la nouvelle question. Mon train ? Hein ? Ah, oui… Je suis dans la gare de Copenhague, je ne suis pas en écosse, et je dois rejoindre la France avant de retrouver le pays qui m’a accueilli. J’ai secoué la tête pour reprendre mes esprits et me re-situer dans le contexte, histoire de ne pas perdre le fil, avant de répondre, toujours d’une voix frêle.

« Oui… Mais ce n’est pas… Pas si grave… Le train. » Précisais-je, avant de dévier à nouveau la conversation sur ce sujet philosophique que je n’avais jamais abordé avec quiconque… « Quant à… à ce que j’entrevois dans cette histoire… C’est… Eh bien… La… La défunte, n’a pas disparue… Et le… Le papillon est un messager… C’est… C’est pourquoi je pense qu’en fait… Elle est… devenue la… la messagère de leur transport et… Ensuite… Puisqu’elle aimait… elle ne pouvait pas souffrir, et donc… Connaitre le bonheur de l’être aimé, c’était être heureuse à son tour… Il lui a… apporté la paix… Le fait que… que si son espoir d’aimer était vrai alors… L’amour aussi… à travers toutes les frontières… Et ce, malgré ses premiers vœux bafoués… »

Je me suis sentie rougir comme une adolescente, j’étais allée très loin dans mes explications, et ça ressemblait au discours d’une petite fille… Mais l’espoir était quelque chose d’incroyablement puissant… Et c’était l’espoir d’être heureuse un jour qui me maintenait personnellement en vie. J’ai alors reprit, d’une voix plus convaincue, et légèrement plus forte malgré mon accent.

« Tant qu’il y a de l’espoir, il n’y aura pas de fin… » Cette théorie que j’avançais, se montrait dans toutes les périodes de guerres et de conflits du monde. Tant qu’il y avait de l’espoir, rien n’était couru d’avance. Et je partais du principe que ce fait s’appliquait aussi aux émotions. Car moi-même, j’avais espoir de devenir quelqu’un, loin de mon anxiété et de mes problèmes liés à ma vraie nature… Ma fuite, n’était pas un renoncement, je compte bien aller jusqu’au bout de ce que je veux… Mais je ne me sens plus assez en sécurité en Ecosse pour le moment… Et je dois trouver mon Havre… Peu importe où qu’il soit et avec qui…

Je le trouverai.

hors jeu:
 
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MessageSujet: Re: Life and death |Vesperina|   Lun 20 Nov - 15:03

La gêne teintait ses joues pâles d’un rose qui la faisait soudainement paraître moins fragile. Il se dégageait de ce petit être une sensation de force intérieure sous-jacente n’attendant qu’un signe pour être libérée. Comme si elle était encore au stade du pré épanouissement. Il détourna un instant ses yeux d’elle afin de lui offrir le temps de respirer sans être oppressée d’un regard.
Il la laissa terminer en contemplant les gens qui passaient. Son immobilité totale, seule, traduisait l’intérêt qu’il portait à ses paroles, puisque son regard n’osait se reporter sur elle de peur de la troubler.
Lorsqu’il lui sembla qu’elle n’ajouterait plus rien, il se tourna à nouveau vers elle et lui risqua un nouveau sourire.

- Je suis d’accord. Pour l’espoir. Précisa-t-il de sa voix grave. - Tant qu’il est présent rien n’est fini. Mais dès lors qu’il n’est plus, je crois qu’il ne peut y avoir de suite. En quoi que ce soit.

Il était étrange de la voir se débattre avec ses convictions. Etonnant de l’observer dans une timidité palpable, si farouchement volontaire à défendre ce en quoi elle croyait.

Qui pouvait-elle être ? Avec discrétion, il poursuivit son observation. Une peau d’albâtre et d’immenses yeux à la couleur des rivages tropicaux. Jolie, sans aucun doute, de la taille d’une Saoirse à vue de nez – la timidité en plus - , un peu maigrichonne et pas bien vieille. Elle arborait une masse de cheveux sombres contrastant avec sa peau et rendant l’estimation de ses origines difficiles, retenue par une… baguette.
Surpris, il s’attarda un instant sur l’ustensile capillaire pour confirmer cette impression. Du chêne à première vue… Il tenta de masquer la surprise, bien que celle-ci ait probablement fait un passage éclair sur son visage sérieux.
Détachant son regard de la jeune femme, il se leva du tabouret du piano, prétextant le besoin de s’étirer et déplia sa grande silhouette.

Il l’avait envisagée jeune femme un peu perdue, et ne parvenait pas à faire coller l’image d’une sorcière à la jeune musicienne. Savait-elle seulement ce qu’elle portait dans les cheveux ?

Evidemment.

La conversation soudainement, lui parut plus lointaine. Il n’avait pas envie, une fois de plus de réaliser à quel point le destin s’amusait à le comparer à un papillon attiré par la flamme pour s’y brûler les ailes. La magie semblait toujours le rappeler à elle.

Il allait s’excuser et partir, puis se ravisa en la regardant à nouveau.

Habituellement, il se considérait plutôt bon juge des âmes – à quelques erreurs manifestes près. Et il ne parvenait décidément pas à envisager la jeune femme brandissant baguette et sortilèges. Si d’ordinaire il aimait à se prêter au jeu de parler avec des gens sans en approfondir l’identité, il se sentit soudainement curieux de savoir d’où pouvait venir ce petit paradoxe ambulant.  
Un dernier regard circulaire à la gare en mouvance acheva de le convaincre et il reporta son attention sur elle.

- Finalement, la question c’est en quoi avons-nous espoir… Conclu-t-il gravement. Et pour vous ? Quel est-il ? Glissa-t-il en lui souriant. - Vous pensez que l’amour qu’on porte à un autre est plus fort que tout ? Qu’il peut porter l’espoir à bout de bras indéfiniment ?

Autant de questions intimes qu’on ne posait pas à la légère. Il lui semblait pourtant bien plus évident d’y répondre à l’inconnu de la gare, qu’à un invité plus que passager dans sa vie. Peut-être était-ce pour cela qu’il affectionnait particulièrement ces rencontres et ces invitations à ne partager qu’un aujourd’hui et laisser demain à un autre. On ne risquait pas de se livrer à se perdre.

N’y tenant plus, il désigna avec malice la crinière de la jeune femme qu’il surplombait d’une bonne tête et ajouta à voix basse.

- Très jolie coiffure.


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MessageSujet: Re: Life and death |Vesperina|   Ven 24 Nov - 1:06

Je ne pouvais que remercier le brun de ne pas m’avoir interrompue dans mon discours, sans quoi j’aurais probablement commencé à bafouiller et je n’aurais pas terminé mes phrases. Par ailleurs, il m’avait apparemment quitté des yeux, mais sans pour autant m’ignorer. Je ne sais pas pourquoi, mais cet individu me semblait désormais très proche d’un soleil. J’avais l’impression qu’il avait brillé autrefois, avec chaleur et puissance, mais qu’il s’était éteint sans qu’on en sache pour l’instant la raison… Et le sourire qu’il porta à mon égard suite à mes paroles me confirma cette impression… C’était un soleil, un soleil que la vie avait éteint… Mais qui, j’en étais plus que certaine, pouvait encore briller… Je ne savais pas comment, ni pourquoi, mais j’en étais certaine… Et ce malgré ma difficulté à le regarder dans les yeux…

Il annonça finalement, toujours avec ce sourire que je trouvais empreint de douceur, qu’il était d’accord avec ma pensée sur l’espoir… Que tant que ce dernier était présent, rien n’était fini, mais dès qu’il n’était plus, il n’y avait plus de suite… Que tout était fini… Et en cela… Je commençais à entrevoir avec plus de facilité la raison pour laquelle je comparais cet homme à un soleil… Comme lui, l’espoir s’éteignait… Telle une flamme mourante dans la cheminée d’un passé inconnu. J’ai alors soudainement capté son regard… Quand ce dernier ne me captait plus vraiment… Il semblait me dévisager… Ou plutôt essayer de me comprendre, et il a eu un arrêt sur ma chevelure emmêlées autour de la baguette de ma mère… Je me suis sentis rosir de cette attention, surprise aussi qu’il semble avoir été… légèrement stupéfait l’espace d’une seconde par ma coiffure… Cela ressemblait pourtant à n’importe quel pic à cheveux moldu… sans les si nombreuses perles clinquantes…

Il quitta soudainement son observation pour se redresser… Qu’il était grand… Il s’étira alors… Et sembla vouloir faire quelque chose, même si je ne sais pas quoi… Pendant un instant, j’ai eus… L’impression qu’il pouvait disparaitre à tout moment, comme un fantôme ou une illusion… Mais il ne disparut pas, contrairement à ce que je croyais, et son regard revint se poser sur moi… Cet homme était… bizarre… Mais en même temps… attirant… Je rosis à cette pensée. Pas attirant dans ce sens-là, plutôt dans le sens qu’il semblait être un mystère de douceur à percer. Je ne savais rien de lui, rien, à part qu’il était un voyageur, qu’il jouait admirablement bien du piano, et qu’il avait sût m’apaiser là ou aucune solution habituelle ne fonctionnait. J’avais une dette envers lui, mais plus les secondes passaient, et plus je me perdais dans ce que je devais faire. Je n’avais pas d’idée, peu importe qu’il semble sombrer… Peu importe ma peur, ma nature ou autre, je voulais aider cet homme, lui apporter un peu de chaleur… Faire en sorte que la toute petite flamme qui semblait brûler en lui ne s’éteigne pas…

Il reprit alors la parole, disant que la véritable question, c’était en quoi nous forgions notre espoir… Puis, il m’apostropha presque, demandant ce qu’était à mes yeux, l’espoir… S’il était lié à l’amour que l’on porte à un autre… Le rendant ainsi plus fort que tout… Que l’amour pouvait porter l’espoir à bout de bras… C’était étrange, mais je me suis sentie soudainement mal-à-l’aise… Comme si ces simples questions pouvaient lui permettre de lire en moi comme avec la légilimencie… Est-ce que j’y croyais… ? J’étais soudainement perdue… Ce n’était pas l’amour pour mes parents qui m’avait permise de vivre… ça j’en étais sure… Puisque c’était justement l’absence de compassion à mon égard qui m’avait rendue si peu confiante… Je n’hésitais plus à l’admettre… Ma… Mon absence de magie les avait détournés de moi, leur fierté se plaçant sur mon frère ainé… Et moi… J’étais juste un élément du décor…

Alors pourquoi avais-je poursuivit… ?

« Tu as le droit de vivre, Vesperina… Ce n’est pas parce que tu n’es pas comme ta famille, que tu n’en as pas le droit, et plus encore, tu as le droit d’être heureuse, Freya le dirait ! Tous les enfants de Freya ont le droit au bonheur, toi aussi… » M’avait dit cette petite tête blonde de treize ans… Anya… Petite folle aux grands yeux verts… Elle m’avait ensuite offert un mille-feuille… Puis nous avions quitté le banc sur lequel je m’étais apitoyée sur mon sort… Et c’était finalement cette petite fille qui avait raison, nous avions tous droit au bonheur… Nous avions tous le droit d’espérer, car c’était là une façon de s’attendre à voir surgir le bonheur, d’un coin de rue. Qu’il soit sous la forme d’un amour passionné, tendre, ou d’une vie pleine de joie et de chaleur. L’espoir de vivre… Finalement… Ce havre de paix que je recherchais… Je le cherchais pour pouvoir vivre comme je le désirais… Pour forger mon propre bonheur… Et cet espoir était légitime… Même si certains… maintenant disparus, me l’avaient retiré pendant des années.

J’allais répondre, rebondir sur mes convictions, lorsqu’une nouvelle phrase franchit les lèvres du pianiste… Et mes convictions s’écrasèrent aussi soudainement qu’elles étaient apparues… Jolie coiffure… Ses yeux brillaient… Il montrait la baguette de ma mère dont je me servais pour attacher mes cheveux… Il savait ce que ça représentait… À ses yeux, j’étais une congénères… Une consœur… Une sorcière… Mon cœur rata un battement, je me suis sentie nauséeuse, la tête qui tourne. Non, il ne fallait pas, il ne devrait pas… Je ne suis qu’une imposture… Une menteuse… Le destin s’acharnait pas vrai… ? D’abord un écossais, puis un sorcier… Non… Je voulais qu’il reste un inconnu, loin de tout ce qui liait la magie. Je ne voulais pas… Je voulais juste être moi… Ne pas recroiser quelqu’un qui allait me rappeler que… Que… Que je n’étais rien…

"Je... Je..."

J’ai commencé à ventiler… La gorge sèche et les larmes aux yeux… Je n’ai pas répondu, j’ai couru… Le plus vite et le plus loin possible… C’est-à-dire pas très loin… je me suis cachée derrière un pilier, juste à côté de l’escalier de service menant à la voie qui était de l’autre côté… Il fallait que je me calme, et ce coin était vide. Je me suis donc permise de glisser jusqu’au sol, mains sur la tête, pour essayer de calmer la crise de panique qui me submergeait… Je sentais la chaleur augmenter autour de moi… Il fallait que je reste calme… Ce n’était pas grave, je ne reverrais jamais cet homme, il ne pourra rien dire, il ne se souviendra pas de moi… Oui, tout ira bien… On s’en fiche… c’est rien… Il a juste remarqué une baguette magique dans mes cheveux, il ne me reverra pas, il s’en fiche que je sois une sorcière ou… Ou…

Cracmole…

Les doigts crispés sur le haut de mon crâne, je tirais sur ma chevelure, mais ça ne servait à rien… Je n’arrivais pas à calmer l’anxiété et l’angoisse qui m’envahissait… Le piano ne faisait plus d’effet, je n’avais plus ma boite à musique non plus, perdue sur un banc il y a quelques jours… Je n’avais plus aucun soutient et… Mon sac… ? Là-bas… ? MERDE ! J’en ai marre… J’ai senti les larmes se mettre à couler sur mes joues vivement, et, secouée de spasmes, j’ai éclatée… ça suffit Vesperina, Stop ! calmes toi ! C’est plus possible… Tu ne peux pas rester comme ça… Pourtant, cette crainte d'être démasquée était toujours là, omniprésente dans chacun de mes soupirs, et me voilà cachée de la seule personne qui s'était pourtant inquiétée de mon avis... Certes, sur un débat sombre et presque morbide... Mais voilà... J'avais fui quelqu'un qui m'avait aidé, alors que moi-même je désirais lui rendre la pareille, et ce, parce que cette stupide anxiété me parasite depuis... Depuis... Depuis décembre 2012... Depuis l’incendie... Et je sais que si je ne me calme pas maintenant... Un nouveau feu se déclenchera...

Et tout sera de ma faute...
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MessageSujet: Re: Life and death |Vesperina|   Dim 17 Déc - 14:41

Et l’air s’était empli en électricité. De la petite magicienne des notes et sa fragilité, il ne restait plus que l’impression de sa présence et l’ombre fugace de ses talons tournés vers la fuite.
Le fantôme de la panique avait laissé son empreinte sur son visage d’albâtre lorsqu’il avait évoqué la coiffure. Et elle avait disparu, ne laissant que sur place cette électricité et une sensation d’angoisse qui s’enroula autour du barde, comme une corde à son cou.

La surprise passée, il recueilli précieusement l’émotion tout en tachant de ne pas se laisser lui-même envahir. Quelque chose était allé de travers.
Ses yeux caressèrent le long du sillage d’angoisse laissé derrière elle, et résigné, il s’apprêtait à poser le point final de cette étrange rencontre. On avait glissé de l’arpège à la fausse note en quelques mots. Du mystère d’un piano partagé à la déchirure en quelques lignes seulement.

« Et tout ça pour une baguette. » Songea-t-il non sans amertume.

Persuadé que sa remarque à propos de la coiffure de la jeune femme avait été le déclencheur de cette soudaine panique, il se refusa néanmoins à envisager le pourquoi de telles réactions. Il ne désirait pas savoir. Préférait conserver l’image de la fragile musicienne sans appuyer le doigt sur ses failles qui quelque part, s’accordaient bien trop aux siennes.

Il chassa vivement les hypothèses insistantes qui n’avaient de cesse de tenter de pénétrer son esprit malgré lui et se tourna à nouveau vers le piano pour récupérer ses affaires. C’est là qu’il avisa le sac.

L’émotion avait été telle qu’elle avait tout abandonné. Conscient qu’elle ne pourrait aller plus loin sans lui, il capitula pour le point final et se contenta d’apposer une virgule auprès de cette étrange rencontre.

Glissant le sien dans son dos, muni de son instrument dans une main, il s’empara de la besace de l’autre avant de parcourir des yeux le point de fuite de la jeune femme. Elle avait été engloutie par un pilier de pierre. Il tenta sa chance en s’y dirigeant.

Recroquevillée, les mains enserrant sa tête, elle se balançait compulsivement en respirant avec difficulté. A nouveau, une bouffée d’angoisse l’envahit. Il s’appliqua à inspirer calmement, peu désireux d’éponger une telle souffrance. Abandonnant à son tour les bagages – de plus en plus nombreux – qui lui peuplaient les mains, il s’accroupi face à la jeune femme, touché par sa détresse et ses larmes.


Posant doucement ses mains sur les bras de la jeune femme, il tenta une fois encore de capter son regard fuyant. A travers des cils perlés de larmes, il lui semblait qu’on avait ouvert les rideaux sur la mer…

- Je ne voulais pas vous effrayer. Murmura-t-il.  

L’entendait-elle seulement ?

Il savait jouer de la voix et en était conscient. S’il n’avait pas l’âme d’un chef ou d’un meneur, il savait néanmoins qu’on l’écoutait lorsqu’il parlait. Parce que ses tons chauds et graves laissaient transparaître une assurance qui n’éclatait que lorsqu’il utilisait sa voix pour les autres. Elle était douce et apaisante et il la maniait avec le talent d’un chef d’orchestre. Aussi, continua-t-il à parler, peu importait qu’elle ne saisisse pas l’entièreté de ses propos.

- Si j’ai dit quoi que ce soit qui vous ai blessé ou effrayé, croyez-bien que j’en suis navré. Je n’y ferai plus allusion si vous ne le souhaitez pas. Croyez-moi, je peux comprendre. Entonna-t-il chaudement. Je sais aussi que vous allez arriver à vous maitriser, vous en êtes capable. Respirez calmement… et pensez à un lieu où rien ni personne ne peut vous faire du mal. Je ne vous connais absolument pas, j’ignore jusqu’à votre nom, mais je suis certain que vous êtes forte. Les plus grandes forces sont souvent dissimulées derrière une apparente fragilité…

Autour d’elle, une chaleur irradiante - qui augurait d’une catastrophe imminente si elle ne maitrisait pas la puissance qui émanait d’elle – atteignit le barde qui frissonna. Il glissa une main sur celle de la jeune femme et eut l’impression de s’y brûler vivement alors que des images aux couleurs vives s’invitaient à son esprit. Le crépitement d’un feu ainsi que des hurlements envahirent ses oreilles tandis que tous ses sens s’accordaient vers la terreur.
Dans un réflexe, il retira sa main et posa un regard interdit sur la jeune femme, le souffle court. Elle poursuivait ses lamentations, n’ayant pas attesté de la même vision que lui.
Avec précaution, il reposa sa main sur l’épaule de la jeune femme, évitant le contact peau à peau.

- Tant qu’il y a de l’espoir, il n’y a pas de fin. Rappelez-vous. Lui murmura-t-il gravement.

Toute la détresse de la jeune femme le fouettait de ses ailes, tordant son cœur comme un chiffon humide et crispant ses mâchoires alors qu’il devinait une blessure profonde.
Autour d’eux, la foule, toujours plus nombreuse, de voyageurs agacés, pressés, bafoués, déçus et en colère. Il laissa ses yeux courir un instant autour de leur pilier avant de froncer les sourcils et de prendre sa décision.

- Vous savez ce qu’on va faire ? Demanda-t-il avec douceur. On va se lever doucement, inspirer profondément et sortir de la gare. Les portes ne sont qu’à quelques pas. Désigna-t-il d’un mouvement de tête. Une fois dehors, ça ira mieux. L’air vous fera du bien et nous imaginerons ensemble ce qu’a bien pu faire la défunte après cet ersatz de point final. Je suis à peu près certain qu’elle avait encore un rôle à jouer. Venez. Insista-t-il paisiblement tout en amorçant un mouvement pour se redresser. Une main douce et ferme se referma sur le bras de la jeune musicienne pour l’entrainer dans sa suite.


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MessageSujet: Re: Life and death |Vesperina|   Mar 9 Jan - 4:02

Le cœur battant et la tête qui tourne, je me sentais partir en avant, sujette à un malaise.

J’avais peur, j’étais crispée, j’avais beau essayer de me répéter mentalement que tout irait bien, rien ne s’arrangeait. Je pleurais sans cesse, j’hoquetais, j’avais la tête qui tourne, et presque envie de vomir. Je ne me supportais plus, ces crises que je faisais… Je n’arrêtais pas d’en faire, de subir ces troubles de l’anxiétés comme ils disaient tous… Eux, ces psychomages et psychiatres. Je ne leur parlais jamais du ‘avant’, mais ils me parlaient de situation de stress intense, de submersion, d’angoisse refoulée, de tendance à l’exagération et au stress. Je ne pouvais qu’acquiescer, car c’était toujours ce ‘avant’ que je voyais lorsque je prenais peur. La crainte d’être découverte pour ce que je suis, car c’était ma nature qui avait conduit ma famille à me repousser ainsi jusqu’à ce que j’atteigne mes limites. C’était cette nature si ignoble qui me touchait qui les avait emportés… Elle… Et mes émotions instables…

Mon cœur trop fragile n’avait pas réussi à encaisser plus de douleur de leur part.

De la part de ceux qui, normalement, auraient dû être de mon côté, me soutenir, me montrer que je valais la peine malgré tout. Que ce sang impie qui coulait dans mes veines ne faisait pas de moi une ignare seulement bonne à mourir. Haletante contre le pilier qui me servait de rempart avec le monde extérieur, je pouvais sentir mes ongles tirer sur ma chevelure noire, défaire de moitié la tenue de ma baguette, et s’enfoncer sur mon crâne. Je voulais que tout cela cesse, que les cris, l’horreur, la chaleur, s’éteignent comme lorsque l'on s’éveille d’un cauchemar et que tout est oublié dans l’instant. Comme cet effet tranquillisant qu'avait eut ma boite à musique sur moi lorsque je l'écoutais durant des heures... Mais rien ne vient, plus rien ne parvient à me calmer, car je ne vais pas bien. Plus rien ne va dans ma vie misérable. Personne à mes cotés, pas de travail, pas de maison, pas d'appartenance à quoi que ce soit...

Je ne vais nulle part, et je n’ai nulle part où revenir non plus.

Bloquée dans un temps où le danger est partout, ou ma nature m’handicape, et ma crainte me torture. Bloquée seule dans ce monde où la solitude est une tare douloureuse et envahissante comme le poison de l’aconit contamine les jardins fleuris. Car la pire chose en ce monde, c'était d'y vivre...

Perdue dans cet océan de douleur, je ne vis pas immédiatement que quelqu’un s’était avancée. C’est lorsque le peu de lumière accessible sous ma frange brune devint terne que je compris… Une ombre, une silhouette, une présence… Il y a avait aussi des objets pas loin de moi, mais les larmes qui coulaient toujours de mes yeux m’empêchaient de voir correctement ces derniers. Cependant, lorsque la silhouette se mit à ma hauteur, là, j’ai bien vu… Même s’il était flou, je reconnaissais l’homme qui avait joué ce morceau si triste des Noces funèbres. Plus encore, cet homme qui m’avait calmé d’une crise d’angoisse avec sa musique, juste avant d’en créer une nouvelle en m’apostrophant au sujet de ma coiffure, soit la porteuse de ma baguette… Je me suis crispée sèchement en sentant ses grandes mains sur mes avant-bras, et j’ai soudainement relevée la tête pour croiser son regard… mais cet acte, tandis qu’il me disait n’avoir pas voulu m’effrayer, me faisait encore plus peur… Sans le vouloir, l’anxiété grimpait de plus belle.

Pourtant, peu à peu, sa voix, douce et grave, semblait vouloir m’apaiser…

J’y voyais une étrange ressemblance avec le grand roux que j’avais rencontré l’année passée… Cette manière de parler comme si on chuchotait des secrets à un enfant, mais avec la sérénité du monde… Mon cœur commença à ralentir le rythme, et malgré mes larmes, je posais enfin, et réellement, mes yeux, sur la cause de tout ceci. Je crois bien qu’il me demandait pardon pour cette frayeur, que ce n’était pas voulu… Et maintenant que je l’écoutais, je me rendais bien compte que mes craintes n’étaient pas fondées… J’avais complètement perdue les pédales… J’avais sur réagit à cela, j’étais partie dans des délires idiots et stupides sans raison… Mais quelque chose parmi ses paroles, me fit un effet des plus étrange, et j’en eus le souffle coupé.  C’était comme si l’émotion suscitée par ses mots avait ravivé en moi une douleur profonde, comme une plaie qui, infectée, s’est seulement refermée avec le temps, et venait juste de se rouvrir sèchement.

Je ne vous connais absolument pas, j’ignore jusqu’à votre nom, mais je suis certain que vous êtes forte.

Pourquoi ? Pourquoi est-ce que c’était un inconnu qui me le disait ? Et pourquoi avais-je envie de le croire au même titre que j’avais cru ma famille pendant des années au sujet de ma faiblesse, de mon inutilité, de ma faille ? Durant toutes ces années, j’avais hoché la tête, accepté ces horreurs, j’y croyais… Et j’y croyais d’ailleurs toujours en constatant mon état dramatique et mes crises d’angoisse mais… Lui…

Lui, qui m’avait apaisé une première fois avec ses notes de piano, puis effrayé, et ce, malgré mon envie étrange de l’aider à sourire à son tour… Qui faisait… que j’avais envie d’y croire ? Ce n’était pas logique… Et même si je ne le croyais pas, et qu’il se trompait purement et simplement, j’avais envie de le croire. Et tout cela, résonnait en écho avec les anciennes paroles sorties d’entre les lèvres de ceux que j’avais condamné avec le feu de ma douleur… Et cette pensée fit réchauffer l’air autour de moi. Je sentis à peine sa main se poser sur la mienne, que l’horreur traversa l’espace d’une seconde le regard brun du pianiste avant qu’il ne repose cette même main sur mon épaule. Ça non plus, je ne l’ai pas compris. Même lorsqu’il répéta mes propres mots…

Je parvins juste à déglutir douloureusement, la gorge nouée, pour relever la tête de nouveau et croiser l’espace d’un instant son regard. Et malgré moi, je l’ai soudainement trouvé beau… Très beau… Un simple étranger, musicien des rues probablement puisqu’il jouait dans la gare, avec tous un tas de sac sur le dos… Et pourtant, même si je n’avais engagé la discussion que peu de temps avant de m’enfuir, il avait tenu à me retrouver… Et maintenant, il essayait de me calmer…

Cet homme, peu importe son nom, était bon, foncièrement bon… Et même si je savais que je n’avais aucun pouvoir particulier hormis celui de faire des catastrophes, que ce soit avec le peu d’éclat de magie que je possédais, ou au naturel… Je pouvais presque voir cet homme briller de douceur et de bonté. C’est d’ailleurs probablement la raison pour laquelle je me suis laissée entraîner malgré mes hoquets et mes larmes. Je n’arrivais plus à détacher mes yeux des siens, presque hypnotisée par cet homme qui me semblait être la gentillesse incarnée…

Je ne sais pas non plus pourquoi, mais il m’inspirait confiance, et les mots que j’avais cru plus tôt, lorsque je parlais d’espoir me revenaient par vague avec sa voix basse et ses tentatives de me calmer. Finalement, même s’il était beau, il était surtout très bizarre… Je ne suis pas sure cependant, mais il me semble avoir hoché la tête en tremblant avant de me redresser avec lui. Mes jambes tremblaient un peu, engourdies par la position que j’avais prise plus tôt… De l’air frais disait-il… Nous avions le temps avec tous ces retards, et pour une fois, je ne m’inquiétais pas de rentrer ou de ne pas rentrer, justement. J’étais juste inquiète de savoir pourquoi il était aussi gentil…

Finalement… Bien que la situation soit différente, cet homme brun ressemblait un peu au rouquin de l’été dernier… Lui aussi, m’avait marqué avec cette façon de me parler pour me calmer et m'emmener au loin… Le pianiste, au moins, ne m’avait pas prise pour un animal… Mais le problème restait le même, j’étais toujours en pleine crise… Et je suivais un inconnu dans faire d’histoire… Pire…

Je l’aurais suivis jusqu’au bout du monde…

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MessageSujet: Re: Life and death |Vesperina|   Jeu 1 Fév - 13:53

L’extérieur de la gare était aussi animé que l’intérieur. Le soleil d’automne offrait la lumière dorée et basse des jours menant à l’hiver qu’il affectionnait tant, bien loin de la luminosité agressive de l’été. Ezio laissa son regard courir sur les rues, les gens, tout en maintenant la jeune femme à ses côtés.
Parfois, elle lui jetait un regard clair dans lequel il décelait une kyrielle d’émotions vives qui le saisissaient comme si elles étaient siennes. Culpabilité, regrets, angoisse, gratitude, embarras et peur. Beaucoup.
A chaque fois, elle détournait à nouveau les yeux et conservait cette attitude mutique qui laissait entrevoir quelques-unes de ses pensées informulées.

Alors qu’ils avaient traversé la gare, il avait eu l’impression d’être observé comme un homme profitant de la faiblesse de la jeune fille et il craignit même un instant qu’on ne vienne lui poser quelques questions en suédois dont il n’aurait su que faire. Les regards avaient été nombreux et appuyés, guettant probablement un signe d’elle pour se jeter sur lui et l’offrir en pâture à la foule. Il avait haussé les épaules à la plupart d’entre eux et même souri à quelques-uns.

Ayant déposé son sac et son violon à la consigne, il avait fini par l’entrainer dehors, où l’atmosphère moins confinée et grouillante serait plus propice au calme qu’elle avait besoin de retrouver. La chaleur et l’électricité ressenties plus tôt étaient encore gravées dans son épiderme, si bien qu’il n’avait pensé qu’à une chose, calmer au plus vite la jeune femme.

Il continuait à lui parler alors qu’ils longeaient la rue qui traversait les voies tout en repensant aux images qui l’avaient assaillies lorsqu’il l’avait touchée.
Du feu, des cris. Peut-être les siens. La chaleur. Et ce sentiment de culpabilité.

Tout en poursuivant son discours sur la ville et les jardins du Tivoli qu’ils longeaient maintenant, il se risqua à l’observer de nouveau. Peu importait qu’elle ne réponde pas, qu’elle reprenne son souffle, son envol, ses esprits, sa vie et tout ce que quelqu’un ou quelque chose semblait lui avoir ôté.  
Elle paraissait toujours terrorisée, si bien qu’il commençait à se demander s’il pourrait finir par l’apaiser un peu. Elle le suivait pourtant, farouche de cette détermination qui alignait autant de courage à ses peurs.

Qu’avait dont traversé ce petit soldat pour être à ce point effrayé ?

Il épuisa Andersen et sa sirène, Gefjon et son mythe en laissant le timbre de sa voix grave œuvrer où les mots ne le pouvaient. Son débit tranquille et bas, ses intonations caressantes et sereines savaient apaiser les tourments et guérir les maux. Il en usa et abusa jusqu’à ce qu’il la sente moins à même d’exploser telle une petite bombe humaine, fragile, instable mais à la puissance dévastatrice.
Ils poursuivirent ainsi leur route à travers les ruelles, gagnant le canal de Nyhavn où les couleurs des façades se reflétaient dans les eaux calmes.
Là, les gens profitaient des quelques rayons de soleil et de l’ambiance calme pour prendre une bière sur les quais, parfois à même le sol quand les terrasses des bars étaient pleines. Le soleil s’avançait tout juste entre deux édifices, à l’autre bout du canal, comme pour un dernier au-revoir au quartier qui basculerait bientôt à l’ombre. Ce qui ne découragerait probablement pas les profiteurs de vie. Le spectacle était saisissant et empreint d’une magie incandescente toute particulière.
Le barde marqua un temps d’arrêt pour contempler l’astre un court instant. Il y avait des moments suspendus dans le temps qui nécessitaient de sa part une photographie mentale. Un arrêt dans le déroulement d’une journée, pour marquer une émotion, un présent, un souvenir.
Il se tourna ensuite vers la jeune fille, dont le visage pâle éclairé par ce soleil rasant paraissait encore plus dévoré par ses immenses yeux clairs.

- Je m’appelle Ezio. Finit-il par lâcher en essayant de capter son attention à travers quelque chose de plus personnel que les légendes de la ville.  Et je suis barde. Je ne vous poserai pas de questions sur vous, si vous ne souhaitez pas y répondre. Je vous ai déjà trouvé quelques prénoms... Sourit-il doucement en songeant à son jeu favori.

Il lâcha son bras un instant pour porter une main à ses yeux et profiter du soleil encore un peu tout en cherchant ses mots. Il ne voulait pas l’effrayer plus qu’il ne l’avait fait jusque-là.

- Je ne vous demanderai pas non plus ce qui vous effraie tant.Ajouta-t-il doucement. Mais si vous en avez envie, je sais aussi me taire et écouter. Parlez seulement si vous le souhaitez ou gardez vos secrets puisqu’ils vous appartiennent. Mais surtout, ne vous trouvez pas lâche. Le courageux n’est pas celui qui n’a peur de rien, mais celui qui avance malgré elles.

« Avance. » C’est ce que n’avait eu de cesse de lui répéter Beltrov.  « Avance ». Il avait longtemps cru qu’avancer lui permettrai de ne plus avoir peur de ce qui le terrorisait. Et avec le temps, il avait fini par comprendre qu’avancer ne laisserait jamais ses peurs derrière lui mais lui permettait de continuer avec elles. De ne jamais se laisser couler et d’apprendre à vivre avec. On ne guérissait pas de ses peurs. On les apprivoisait.

- Je suis heureux que ayez avancé jusqu’ici avec moi. 


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MessageSujet: Re: Life and death |Vesperina|   Dim 4 Fév - 6:14

Les choses ne se déroulaient jamais véritablement comme je le désirais…

Pourtant, aujourd’hui, je commençais à me demander si je n’avais pas commis, dans une vie passée, un terrible méfait à l’encontre d’Odin, car tout ce que je vivais me donnait l’impression d’être un fardeau pour le monde entier et de devoir culpabiliser de l’être. Pourtant, même si je culpabilisais énormément de prendre le temps de ce pianiste au doux regard, je ne pouvais absolument pas nier le fait qu’il était bon, et que sa présence m’apaisait.

L’extérieur de la gare, bien que tout aussi animé, semblait cependant plus acceptable pour ma respiration saccadée et mon cœur battant. Le fait est que nous étions à l’air libre, que l’air frais de l’automne apportait avec lui des saveurs douces, et que sa prise sur mes épaules était toujours aussi forte de sens. Il m’arrivait de le fixer pour essayer de comprendre pourquoi il faisait tout cela pour moi, je ressentais un mélange de stupéfaction, de reconnaissance et de tendresse pour une personne dont je ne connaissais même pas le nom.

Puis, évidemment, la culpabilité de lui faire perdre son temps revenait… Et je me rappelais les termes qu’employaient ma famille à mon sujet… sur le fait que je prenais de leur temps sans jamais le rendre… et là, les regrets m’assaillaient… L’envie de pleurer revenait, et avec elle… la crainte de faire flamber quelque chose par inadvertance.

Rien que pour ça, je me détestais… je m’en voulais tellement, que si j’en avais eus la force, je me serais détachée de lui et enfuis, pour ne pas avoir à lui devoir ce bien-être qu’il m’offrait. Je savais qu’il n’était pas comme ma famille décédée, cela se lisait sur chacun des traits de son visage, et dans ses iris anthracite, mais je n’y pouvais rien. Je lui devais quelque chose, à mon sens, pour avoir perdu son temps avec moi, pour avoir… je ne sais pas… juste été là… C’était la seconde fois qu’il me remettait d’aplomb, même si la première, il ne le savait pas.

Finalement, je crois que j’admirais cet homme et sa qualité d’aider son prochain sans arrière-pensée. Je m’étais enfuis, et même si je n’allais pas bien, rien ne l’obligeait à venir me retrouver pour m’aider à me calmer, surtout vu ce qu’il s’était passé… mais il l’avait fait. Il était foncièrement bon, et quand bien même je n’étais pas une véritable sorcière, je pouvais presque voir cette aura de bonté flotter autour de lui. Et ce, même si depuis que nous avions déposa les affaires à la consigne, il ne s’arrêtait plus de parler de cette voix basse et agréable.

Oui, il parlait, il me disait de me calmer, que je n’avais rien à craindre, puis il me faisait des discours pour me présenter les lieux, les places, les jardins, leurs beautés, la température agréable de l’automne. Il ne tarissait jamais d’information sur la ville et ses alentours, et, je pense que, en faisant cela, je veux dire, en changeant de sujet, il m’aidait un peu à passer à autre chose… Même si c’était long, je commençais à l’écouter pour de bon, comme un enfant écoute sagement le conteur d’histoire…

Et c’était plus ou moins ce qu’il semblait être ensuite. Allant et venant sur toutes les histoires qu’il semblait connaitre, je me focalisais surtout sur le timbre apaisant de sa voix… Oui… J’avais clairement l’impression de me retrouver face à cet éleveur écossais de salamandre… Ils avaient tous deux cette manière étrange de parler… Une manière qui, peut-être, était écossaise finalement… Mais c’était agréable… Et étrangement, je me sentais plus en sécurité avec ce parfait inconnu que dans ma propre chambre.

La route se poursuivait… Nous avions le temps… Du moins j’avais le temps… Et les couleurs aussi, changeaient. Il y avait de jolis reflets causés par l’eau, et mon regard s’attarda quelque peu sur eux, bien que je suive toujours consciencieusement le pianiste et conteur d’histoire. Il y avait de la vie et des couleurs partout, on était bien loin de l’obscurité dans laquelle je me murais, cette obscurité qui avait pourtant suivit les flammes…

Mon guide s’arrêta alors quelques secondes pour contempler quelque chose, que je supposais être l’astre, et je me permis durant cet arrêt, de l’observer lui… à la dérobée, évidemment. Sauf que… La chance était contre moi, car il tourna, à ce moment précis, la tête vers moi. J’ai écarquillé les yeux, prise sur le fait, et je me suis sentie rougir. Ce n’était pas poli de dévisager les gens ainsi. J’ai donc rapidement voulu détourner le regard, mais sa voix à reprit… Loin de tous les contes et descriptifs qu’il avait pu me faire au début…

Ezio…

C’était un très beau prénom, et je dois admettre que je ne m’attendais pas à l’entendre un jour. Normalement, les gens se présentent avant d’entamer la discussion, mais cette rencontre était vraiment loin d’être normale… Et… Nous non plus, nous ne l’étions pas… Parce qu’il était définitivement quelqu’un d’atypique, et moi… J’étais… Une cracmole avec un semblant de magie qui avait cramé sa famille dans un excès de colère ? Joli curriculum…

Je clignais des yeux cependant à ce qu’il disait de lui, surprise et surtout… Je ne saurais le dire… J’avais l’impression d’apprendre à connaitre cet individu incroyablement bon à travers ces quelques mots. Savoir que derrière ses qualités altruistes se cachait malgré tout un être humain qui respire… ça le rendait encore plus vivant… Et… Barde ? ... Ce n’est pas un moldu… Cet emploi n’existe plus depuis… au moins un siècle, et encore…

Mais ce n’était pas vraiment très grave, parce qu’il était barde, et qu’il était bizarre, et qu’il me faisait me sentir bien alors que je ne savais même plus comment contrôler mes crises de paniques… Même si c’était juste en racontant tout et n’importe quoi, ou en faisant courir ses doigts sur un piano au milieu d’une gare bondée. Il disait qu’il ne me poserait pas de question à mon sujet… Qu’il ne poserait d’ailleurs pas de question à mon sujet, qu’il avait d’ailleurs déjà trouvé quelques prénoms… Probablement au cas où je ne veuille pas lui donner le mien…

Malgré moi, j’ai étiré un début de sourire à cela… Je respirais plus calmement, et cette folie légère me plaisait bien… Cet homme, ce sorcier, ou ce barde, quel que soit ce qu’il était, était quelqu’un d’appréciable. Il a relâché mon bras pour venir couvrir ses yeux et retourner à sa contemplation du soleil, moi ? Je le contemplais lui… Lui, et ses étranges réactions.

Sa voix retentit de nouveau, il précisait de nouveau qu’il ne demanderait rien à mon sujet, du moins sur ce qui m’avait effrayé… Et maintenant que j’étais calme, je me rendais compte que l’anxiété me faisait sur réagir sans raison. Je n’étais plus lucide du tout dans ces moment-là, et un rien devenait une explosion dangereuse. Lui, disait que si j’en avais envie, il pouvait se taire et m’écouter, mais que j’étais libre de ce choix… C’était étrange de recevoir ces paroles là d’un inconnu. J’étais libre de choisir… Rester secrète, ou exprimer ce que j’avais sur le cœur…

Ezio disait que je ne devais surtout pas me voir lâche. Que le courageux n’était pas celui qui n’avait peur de rien, mais celui qui avançait avec ses peurs… Je clignais plusieurs fois des yeux à cette réplique, semblable à celle que l’on m’avait donné il y a longtemps. Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la conviction qu’il existe quelque chose de plus important encore que la peur.

Je laissais alors mon regard se perdre dans le vague tandis qu’il disait être heureux que j’eu avancé jusqu’ici avec lui… J’ignore si j’ai rougit ou non de cette réplique, mais je me souviens que lorsque j’ai relevé la tête vers le géant au cœur d’or, ma décision était prise. Il avait apaisé mes craintes, il avait calmé mon souffle, tarit mes larmes… Il avait le droit de savoir pourquoi il avait perdu son temps… Du moins… d’en savoir un peu…

« … Vesperina… » Ma voix était quelque peu engourdie d’avoir trop pleuré plus tôt, et tremblante, parce que cela me faisait bizarre…

« Par deux fois… Vous m’avez apaisé aujourd’hui… Ezio… » Je me suis mordue la lèvre, timide, avant de laisser un sourire hésitant se dessiner sur mes lèvres tout en fixant l’horizon. « Et vous n’aviez même pas remarqué la première… Vous n’êtes pas juste barde… Ou bien les bardes sont-ils des anges… ? » Je tremblais un peu, de cette audace qui n’était pas vraiment moi, ou plutôt… qui aurait pu être moi et que je taisais naturellement.

Mes épaules s’affaissèrent naturellement, tandis que mes yeux piquaient, et que je conservais mon regard perdu au loin pour ne plus l’observer lui, et rester concentrée sur ce que je disais. « Pour tout dire… Je crois… Je crois que chacun cherche sa place en ce monde… et voit… les difficultés à surmonter… différemment… Un endroit où vivre… Un métier qui permet de se nourrir… Une passion qui émerveille… Un vide à combler… Ou un deuil à surmonter… »

Je me tus, quelques secondes, le temps pour moi d’analyser ce que je disais, et ses réactions… « Mais parfois… On ne peut le faire seul… On a besoin d’une main tendue… Pas… Pas pour nous assister… Mais pour nous montrer que… Que nous ne sommes pas seul dans cette situation… Qu'il est possible d'avancer ensemble... » J’ai inspiré longuement, prenant le peu de courage que je possédais avec moi, pour relever la tête, croiser son regard, et lui sourire.

« Parce que ce ne sera la fin… Que lorsque nous l’aurons décidé… »
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