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anglo-saxon. 




 

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 La piste du Roi des rois [Ezio]

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MessageSujet: La piste du Roi des rois [Ezio]   Lun 11 Sep - 18:42

-Au fait Shepherd… Commença Aleksey d’une voix éteinte. Il toussa. Le sable s’engouffrait dans sa gorge, ses yeux. Seule ses combinaisons noires empêchaient l’intrusion du sable brulant. Et il était fatigué. Il n’avait de cesse de préparer des toniques magiques qui, en le renforçant pour une journée de plus l’avaient chaque jour davantage épuisé intérieurement. Ses pensées dérivaient sans cesse et il rêvait d’une couleur brune qu’il avait vu autrefois : noisette, aveline peut-être...

*

Jeudi 3 août, nuit du 4 août, le départ.

Alieksandr entendait encore la voix de moldue résonnant dans le hall comme amplifiée par « Sonorus » ( quoique mal lancé, il y avait du grésillement et la voix n’était pas toujours claire) :

« Le vol numéro XXXXXXX à destination de Téhéran. La porte d’embarquement XXX. Ladies and gentlemen... ». La très longue attente – si bien organisés qu’ils fussent les moldus mettaient un temps fou pour se préparer à couvrir, sans magie et par les airs la distance entre Inverness et Téhéran- était insupportable pour un sorcier tel que lui. Il y avait plus de six mille kilomètres, transbordés à travers un étonnant appareil aux angles lustrés et cylindriques, gigantesque et blanc, pourvu d’ailes titanesques et immobiles, et de rouleaux qui agissaient comme autant de bouches à feu ainsi que d’un grand nombre de siège en son intérieur. Un personnel diligent et sélectionné parmi la portion supérieure point de vue physique du genre humain y officiait et Aleksey, qui ne pouvait de se demander ce qu’il faisait là, se montrait fort civil avec les stewards et hôtesses, jouant à merveille son rôle de trekkeur insatiable d’aventure. Il en portait tout l’attirail sur lui comme sur son bagage: sacs à dos de marcheurs, lunettes noires, bottes et baskets renforcées de randonneurs. Avec son accent et ses airs d’aventuriers il se surprenait à intéresser des hôtesses qui, quoique fort professionnelles et très affairées répondaient à toutes ses blagues. Ce passage sur le terrain du flirt leur faisait oublier que lorsqu’on lui demandait sa carte d’embarquement il donnait ses papiers d’identités, qu’il ne savait pas ce qu’était un bagage à main et qu’il y avait eu un moment de flottement lorsqu’il avait du jeter discrètement un sortilège de confusion comme on manquait de se rendre compte, qu’il cachait à sa taille un fine trique de bois. Nerveux Al’ ? Pas du tout, juste qu’il n’aurait pas aimé se faire arrêter par la police moldue. Déjà qu’il avait dû se laisser palper...

Pourtant il avait déjà pris l’avion, pour moindre une durée certes. Un voyage oriental, un autre, enjambant les collines et forêts vers le Fleuve Rouge, au dessus des montagnes, par delà les eaux et les monts d’Occident. Sachant la durée du précèdent voyage, plus court, Menroth ne s’attendait pas à arriver dans le désert avant plusieurs jours.

Comme le transport, la recherche et la détention de plumes de Homa figuraient en classe A sur la liste des substances catégoriquement interdites au même titre que les œufs de dragon ( ce qui n’empêchait évidemment pas tout ce qui se trouvait sur ladite liste de se vendre le prix d’un royaume sous le manteau) pour l’aventure qui va suivre il avait fallu employer le mode moldu dans la plus grande discrétion. A Téhéran, ils avaient un contact. Il leur fallait déterminer le bon endroits, mais ils avaient pour eux un faisceaux d’indices concordant. Un peu d’hélicopter ( un avion à hélice) et ils seraient lâchés dans un vaste territoire désertique où disait-on au prix de quelques danger les plus rusés parvenaient à atteindre le Temple du Homa.

Mais notre narration va trop vite et je ne vous ai même pas présenté, comme le veut la tradition, ni les protagonistes de cette épopée, ni ce qui les avait motivé à quitter la tiédeur de leurs foyers ni mêmes je ne vous ai donné un avant-goût des probables péripéties qui se présenteront à eux là où ils iront.

*

Près du feu donc, lors du grand festival magico-moldu de Greenock, première édition, Alieksandr avait fait la connaissance d’Ezio Shepherd, barde de son état ( et accessoirement grand frère d’une jeune femme qu’il avait l’heur d’avoir rencontré et pour laquelle, sans qu’il ne se l’avoua bien il était pris d’affection). A ce moment il était en compagnie de son cousin Tobias et de son cousin Harlan. L’un était une star du Quidditch et l’autre le châtelain sorcier d’un vieux fief encore garni d’or. Étaient aussi présentes les sœurs Hopkins, deux superbes jeunes filles rousses qui furent à peu près tout le sel du récit que j’évoque ici et qui fut raconté en d’autres lieux. En effet, l’une fut à l’origine de ce que Tobias s’approcha de Shepherd et par voie de conséquence, qu’ Alieksandr et Shepherd se rencontrèrent et l’autre fut la raison pour laquelle la rencontre se prolongea. Pendant la soirée, outre les moldus à l’esprit chaviré qui fleurissaient comme la peste, parut sur la scène un conteur fantaisiste et intriguant, mage baroudeur entouré de ses Myrmidons. Et il exhuma de son habit fier un trésor superbe qui brilla au pale soleil de la nuit écossaise. Et quand il s’en fut allé il embrasé tant de questions et de convoitise que, raccompagnant les jeunes femmes à leurs tentes, Shepherd et Menroth ne purent aller s’étendre à leur tour, sans envoyer le cousin Tobias retrouver le voyageur.

Celui-ci fut amené à la tente d’Alieksandr par Tobias McKenzie et questionné tant qu’il voulut bien répondre. Puis l’on insista et, devant le manque de succès, on lui offrit un dernier verre de single malt, on répéta les questions et on le laissa partir. Le Homa dont la plume était le trésor subtil était une créature plus rare qu’un phénix. Ce phénix du désert du proche-Orient savait toutes langues de l’homme, il avait commandé à l’élévation au rang de dieu parmi les hommes des rois perses d’antan et des puissants Shah depuis les Achéménides, fils, filles, successeurs et descendants d’Haхāmaniš  (Achéménès ), le Roi Sage et premier roi des Perses. Le Homa était l’oiseau de la sagesse et de la connaissance.

Au final le récit était bancal et, malmené, il était revenu sur plusieurs de ses dires, s’était contredit au fur et à mesure des questions. Durant tout l’interrogatoire, mené par Tobias, Aleksey avait transmis en gaélique ses questions à son cousin, évitant le plus souvent de s’adresser directement au conteur comme pour éviter d’être charmé par une langue si habile. Et cela avait eu pour effet à la fois de mettre en confiance le porteur de la plume et de l’impressionner. Qui était donc cet écossais qui avait dressé sa tente frappée d’un « M » au centre de nombreuses tentes aux tartans divers et qui l’entouraient comme en ville on fait dresser autour du palais le bourg et les faubourgs ? Pourquoi passait-il par son « ministre », étrange zig plus célèbre que lui qui avait fait des prouesses sur son balai enchanté ? Qui était aussi ce brun au regard sombre qui les avait accompagné ?

Dès le début de l’entretien Alieksandr avait demandé à Tobias de transmettre le message suivant : « Demande lui, si en fin de compte, il me vend sa plume pour dix mille Gallions d’Or ». L’autre, outré, et sur la défensive avait fait mine de vouloir fuir, mais deux membres de la famille Menroth, qui s’étaient posté à l’entrée extérieure ouverte de la tente lui adressèrent deux sourires qui signifiaient qu’il ne valait mieux pas. Quant à transplaner c’était impossible dans cette partie du festival. Et il avait fait mine de vouloir négocier en se maudissant sans doute de s’être laissé embarquer par des sorciers aussi louches. Mais Aleksey était demeuré très calme et avait négocié patiemment jusqu’à abandonner comme on laisse filer contre trop fort, avec dignité, après s’être vu opposé une fin de non-recevoir pour une proposition à trente-cinq mille Gallions. Il aurait pût monter encore visiblement car l’argent ne semblait pas être un problème pour sa famille ( en réalité les Menroth d’Ecosse et de Londres avaient connu de biens meilleurs jours,  il y avait vingt ans que l’on vivait sur la fortune, presque à crédit, et celle-ci avait grandement décru par rapport aux jours fastes, mais l’on avait si bien appris à affecter posséder des réserves d’or illimitées…). Sans avoir eu le loisir de vérifier par ailleurs, Alieksandr imaginait qu’une plume aussi rare aurait été bradée en dessous de cinquante mille Gallions, fut-ce au marché noir et à bon prix. Surtout que, comme il l’ignorait à ce moment là, posséder une plume du Homa permettait de l’attirer. Son véritable but en négociant ainsi n’avait pas été d’acheter, mais de tester son interlocuteur pour estimer la véracité de l’artefact. Et il n’était pas déçu au vu des réactions du conteur qui n’aurait probablement pas vendu en dessous de soixante mille, peut-être quatre-vingt mille.

Lorsqu’il fut parti, Menroth partagea ses impressions avec Shepherd et McKenzie. Il croyait à la véracité de la plume (répondant ainsi à Shepherd qui le lui avait demandé un peu plus tôt) mais pas à tout le récit. Ceci dit, l’homme leur avait donné un contact sorcier sur place qui était un obscure trafiquant, lequel leur dégotterai peut-être un guide. En lui laissant trois cent Gallions d’or, Menroth estima qu’il n’en dirai pas plus.

Suite à cette rencontre, fortuite, hasardeuse et impromptue démarra, vous le comprenez désormais, une formidable aventure qui était depuis longtemps engagée et, à vrai dire sur le point de s’achever, lorsqu’Ezio et Alieksandr s’assirent ensemble, à la nuit tombée, emmitouflés pour se protéger des sables tourbillonnants du désert qui leurs fouettaient les yeux.

*
Avant de partir, Alieksandr avait confié à ses proches la charge de la préparation, principalement via son cousin Tobias qui ne cessait d’acquérir auprès de lui une place de plus en plus prépondérante (il était même probable qu’à son retour en Ewiland, Tobias ait trouvé et aménagé sa nouvelle demeure et qu’il y vive avec sa famille dans une dépendance). Bref, il avait chargé Tobias de lui trouver un moyen discret et rapide d’obtenir des papiers moldus à leurs effigies ( effigie c’était le cas de le dire tant il trouvait triste sa photo de passeport immobile). Il s’appelait donc Craig Gray ( ce qui selon lui avait tout du nom du parfait moldu), 22 ans, né à Glasgow le 12 août 94. Étudiant en Droit de l’Union Européenne ( Menroth n’avait qu’une idée assez vague de ce qu’était cette institution mais on l’avait assuré que personne ne lui poserait de question très poussée par peur de mourir d’ennui).

Il avait pris en charge le billet de Shepherd. A cette occasion il avait fait changer de l’or en monnaie magique du pays, dont les divisions comme suit étaient on ne peut plus simple pour un sorcier : 1 unité pour 58 et 1 unité de 58 pour 21. En monnaie moldue ça se compliquait ( on n’utilisait plus la division par 100 initiale de 1 rial =100 shials – tant mieux, allez donc vous remémorer une soustraction pareille- mais une encore plus pernicieuse de 10 rials valant 1 toman, sachant que 10000 toman ou 100000 rials ne valaient même pas 8 mornilles). Aleksey en avait profité pour demander innocemment à Tobias s’il connaissait le Juge Shepherd ( qu’il savait être le père de Saoirse et soupçonnait être celui d’Ezio si, comme il le pensait, son nouveau compagnon était le frère de la journaliste). Malheureusement Tobias qui connaissait un peu le juge de réputation, ne sut lui dire quels étaient les noms des enfants. Il ne put évoquer la mère, une voyante célèbre qui avait nom Gabriela.

Ils avaient du matériel de voyage moldu tel que ceux-ci en emmèneraient eux-même pour un tel voyage : tentes ( qui lui paraissaient minuscules sans agrandissement magique), moustiquaires (à quoi bon quand on pouvait employer un charme répulsif?) et autres incongruités dont ils se débarrasseraient sitôt sur place mais qui servirait à ne pas attirer l’attention. Dans tout aéroport en effet, le ministère plaçait sans doute quelques hommes de son service pour surveiller. Menroth avait été assuré que ceux qui se trouveraient ce jour-ci à l’aéroport d’Inverness n’étaient pas des plus sagaces et il fut certain qu’ils avaient du sang de troll lorsqu’il les vit en tenue de policiers moldus jouer à faire sonner, comme émerveillés, un portique de sécurité au moyen de leurs armes de service.

Après l’attente dans l’aéroport, il y eut l’attente dans l’aéroport dans la salle d’embarquement. Puis il y eut l’embarquement : une petite marche sac au dos et lunettes d’aviateur sur le nez entre œillades aux hôtesses et regards pour l’engin qui allait les transporter. Puis, une fois installé sur son siège, il se trouva nez à nez avec un écran face à lui qu’il n’osa pas utiliser bien qu’il vit les moldus autour de lui le faire. Et, de peur de mourir idiot ou de paraître suspect il enfonça dans ses oreilles les petits bouts de plastiques qui servaient à entendre le son de...du… enfin de l’appareil, mais rien ne se passa. Il tapota l’écran qui changea plusieurs fois de couleur et finit par comprendre qu’il pouvait sélectionner ce qu’il voulait regarder et qu’il suffisait d’appuyer aux endroits correspondants pour avoir accès à des histoires jouées par des moldus qu’ils appelaient :

-Ah c’est donc ça un film !
Marmonna t-il surprit d’avoir réussi à lancer une histoire familière qui s’ouvrait de nuit, dans la banlieue de Londres par l’œil perçant d’un chat tigré perché sur un muret.

A ce moment passait une hôtesse aux cheveux bouclés qui lui avait déjà sourit deux fois de façon appuyée. Elle eut un froncement de sourcils, mais dut trouver stupide l’idée et improbable qu’Alieksandr fut pour la première fois de son existence en face d’un long métrage.

Shepherd était à ses côtés. Il discutait peu, se contentant de chercher à percer les mystères de l’écran devant lui et ne souhaitant pas trop parler à son voisin.

Lorsque l’avion décolla, il avait roulé sur plusieurs dizaines de mètres et avant de prendre son envol. La pression attaqua les tympans d’Alieksandr qui eut l’envie de transplaner mais résista.

*
Téhéran était une grande ville. Une grande ville, oui sans doute ; avec son mauvais air, sa saleté et ses odeurs de fond de rues. Comme les moldus savent les édifier. La misère n’y était pas pire qu’en bien des lieux et contrastait comme ailleurs. Des tours altières et lumineuses. Le bruit des voitures qui démarrent sans cesse. Les moldus et leur incapacité chronique à créer aucune harmonie. Menroth en toucha un mot à Shepherd. « Ces moldus n’ont jamais ont le goût de rien faire d’harmonieux qui ne soit pas décrépit. Leurs constructions n’embellissent que détruites ou abandonnées ».

Lorsqu’ils sortirent de l’aéroport après onze heure de vol et une escale à Amsterdam, Menroth, sac à dos sur l’épaule avait une furieuse envie de marcher. Il prit un pas pressé et sa démarche fluide et gracieuse était saccadée d’à-coups. Il était impatient de se mettre en chasse et de quitter cette atmosphère aussi bruyante que moldue.

Il n’y avait pas une femme dont on pouvait voir les cheveux. Les hôtesses y comprit qui durant le voyage avaient recouvert leurs cheveux pour sacrifier à la loi locale. L’aéroport portait le nom d’un officier du culte. Alieksandr se sentit mal à l’aise. Lui qui ne croyait qu’à la force des pouvoirs terrestres se sentait deux fois étranger en pays dévot.

Toujours vêtu comme pour le trek, il héla devant l’aéroport un taxi qui s’empressa de charger leurs bagages dans son coffre. Alieksandr monta à l’arrière aussitôt. L’autre démarra. Avec quelques mots d’anglais et d’arabe ils parvinrent à demander au chauffeur de les mener à l’hôtel duquel ils devaient pouvoir contacter leur homme.

L’Iran était un vaste pays d’après les cartes qu’avait étudiées l’ancien duelliste. Tout le nord ouest n’était que steppes et quelques forêts qui bordaient aussi la frontière nord. La stepper était éparpillée dans le sud et quasiment inexistante au centre du pays. A l’est et au sud c’était une terre sèche et rocailleuse, presque de désert, mais repos d’une faune vivace et sauvage qui s’appuyait sur la flore de ce climat, sèche, rare mais présente. Au sud du pays, la mer étirée le long des golfes : le golfe d’Oman, au-delà duquel se déroulait toute l’Arabie qu’il faudrait peut-être visiter si l’on ne pouvait se faire indiquer ici le Temple du Homa, le golfe persique qui irriguait l’Irak, en proie aux guerres moldues, le Koweit, l’Arabie Saoudite et tous les riches Émirats. Au nord, mais enclavé et ne couvrant que le centre de la frontière était encastrée la mer Caspienne. Par delà la frontière nord les pays du monde qui mélange l’Asie et l’Europe avec une solubilité parfaite. Il y avait en Iran deux zones désertiques, de tailles similaires, au total 2000 km² où pouvaient se trouver le Temple.

*

Après quelques discutions et notamment des rencontres dans les milieux mal famés il fut établi que la piste était sérieuse. Une partie des interlocuteurs resta muette. Même l’or n’eut pas raison de leur mutisme. Il y eut des avertissements mais surtout la sensation que les deux hommes, étrangers voulaient accéder à quelque secrets trop anciens et trop perses pour eux. On ne pouvait pas leur reprocher dit Alieksandr à Ezio lorsqu’il évoqua qu’il avait ressenti cela.

Ils s’en défièrent et quelques jours plus tard, il montèrent dans un hélicoptère, étrange coucou bruyant qui les abandonna sur une dune.

Pendant les quatre heures de voyages, le moldu qui pilotait et son co-pilote posèrent quelques questions sur la manière dont ils comptaient survivre dans le désert. Bien briefés les sorciers répondirent des phrases toutes prêtes sans trop éveiller les soupçons. Les moldus durent mettre leur automaticité sur le compte de la différence de langue.

Le bruit de l’hélicoptère les distrayait de la chaleur qui n’avait de cesse de monter. On leur avait recommandé de seyants vêtements noirs derniers cris qui les garderaient au frais et, bien qu’attirant la chaleur protégerait leurs peaux des rayons du soleil parmi les plus dangereux dardés sur planète.

*

Le désert de Lout, Dasht-e-Lout, était un endroit terrible. Sitôt abandonnés là, à l’ombre d’un grand monticule de pierre rouge, ils se rendirent compte de ce que 70°Celsius n’était pas une sinécure. A l’horizon, le désert du vide s’était refermé sur eux : avec son vide absolu. Il y avait là des formes de pierres, lointaines indistinctes, recouvertes de sables et la chaleur était si épaisse et si forte qu’on avait sans arrêt soif. Trop boire pouvait être dangereux. Ils avaient tous deux reçu les conseils des guides qui traversaient le désert. Aussi sans se fatiguer à parler, Aleksey, se mit en marche un peu au hasard, quittant la route pour les dunes. Il y avait 50.000 km² de désert ici, tous leurs indices et indics corroboraient la présence, ici, quelque part du Temple du Homa. D’aucuns devaient l’avoir trouvé. Et eux le trouveraient-ils ?

Ayant peu marché mais déjà souvent mouillé ses lèvres qui cuisaient littéralement, sentant presque bouillir l’eau de ses veines sous le feu du ciel, Alieksandr réalisa qu’en réalité, il n’était pas impossible qu’ils mourussent là. Il avait affermi son courage, soudé sa volonté, jeté un regard à son compagnon qui ne manquerait pas d’être époustouflé par la beauté des paysages. Lui ne se fichait pas non plus des paysages splendides, à couper le sort, mais il n’était pas là pour cela. Et lorsqu’il dirigeait son être vers quelque chose, c’était comme une armée entière levée, entraînée et battant campagne.

Sur son dos, il avait son sac, en tous points semblable à ceux des moldus qui contenait une vaste provision d’eau sans le paraître, des vêtements de rechanges, sa pharmacopée de route, plusieurs instruments de voyage, des cartes, quelques livres, une tente magique offrant le confort qu’une tente moldue n’aurait sut procurer, des réserves de nourriture, il avait encore un peu d’or et quelques ouvrages qui pouvait aider leur recherche. Attaché sur son bagage, qui n’était pas très lourd grâce à la magie, il y avait, roulé, un tapis de perse sur lequel il dormirait, lequel lui avait coûté une fortune mais était une véritable pièce de collection.

*

La quiétude du soir, ils avaient déjà beaucoup marché et même avancé dans leur quête. L’avantage du désert était que, malgré cinquante degré d’amplitude thermique, il en faisait encore entre dix et vingt et il n’y avait guerre besoin de feu. A peine avaient-ils illuminé leur campement sous sous un escarpement de lucioles en bocal. Pour cuire le repas, un coup de baguette. Aleksey ne préparait rien qui satisfasse les papilles, mais au moins l’on mangeait à sa faim depuis hier.

Pensant que son compagnon était plutôt un  taciturne, le jeune bulgare ne lui parlait que très peu depuis le début du voyage. C’était bizarre, il le trouvait aussi étranger qui familier. Une sorte d’alter ego peut-être, qui paraissait préférer la compagnie du silence.

Menroth, s’il ne parlait pas prenait peu de repos. Il s’endormait dès qu’il s’allongeait. Dormait quelques heures, quatre ou cinq. Lorsqu’il était sûr que Shepherd était endormi au profond des nuits, il l’appelait doucement. Puis il s’éloignait. Parvenu à cent pas il prenait sa forme chevaline et allait, en quelques minutes explorer des collines lointaines. Il revenait peu avant l’aube, toujours sous forme humaine.

La journée, il fallait marcher, étudier les signes sur les pierres dressées par la nature...ou par la magie. On leur avait dit que des symboles zoroastriens indiquaient la retraite du Temple. Ils en parlaient le soir, de ces signes. En regardant dans les ouvrages, ils s’étaient habitués à leur tracés inhabituel. Cette marque sur la pierre qu’on voyait à midi, était-ce le signe où l’érosion. On prononçait des formules, baguette pointée sur les pierres. On grattait le flanc des murs naturels pour trouver des cavités. Il fallait sans cesse étudier l’activité magique ambiante, faible mais point inexistante, comme endormie.

Le soir, on dressait campement à l’ombre, Aleksey transplanait pour épargner de l’énergie et chercher le meilleur endroit. Mais Shepherd se refusait à utiliser ses pouvoirs, même au plus fort de sa fatigue. On dressait de quoi s’abriter de la poussière, tente où il faisait une chaleur infernale malgré la magie, où simples étoffes dressés qui bruissaient sous le vent. Et on lançait quelques sorts pour protéger le camps de fortune et avec aussi l’espoir que les traces magiques attireraient l’oiseau.

Nuit et jour on scrutait le vol coloré sur le bleu du ciel.

Alieksandr seul avait une baguette. Il se chargeait donc des sorts traditionnels. Ezio, quand ça le chantait pratiquait une magie selon sa façon. Ce soir là, alors que le voyage touchait à sa fin ( et quand bien même nous n’avons encore rien raconté ou presque de l’aventure) Ezio et lui campaient sur le sable. Comme il observait du coin de l’oeil le barde, le bulgare voulut poser une question, mais se ravisa et en posa une autre...

-Au fait Sheperd.
Aleksey toussa, le sable sans doute.

Il reprit.

-Au fait Shepherd… Pourriez-vous m’en dire plus sur votre magie ?


Dernière édition par Alieksandre Menroth le Mar 19 Sep - 22:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Dim 17 Sep - 17:35

Les premières minutes, il fallait l’avouer, l’avaient un peu angoissé.
Déjà, il prêtait excuse à la chaleur du feu ce soir-là, à l’abus de substances dont les effets avaient probablement brouillé son esprit perturbé au préalable et au contexte enchanteur du festival pour avoir accepté telle aventure. Le goût pour les vieilles pierres, le besoin d’air, l’envie d’aller toucher de plus près – voilà qu’il allait rivaliser avec Saoirse ce besoin d’apposer ses mains partout – à moins que ce ne soit une nouvelle fuite en avant de ce qui l’attendait ensuite, Le tout avait probablement pris le pas sur l’entendement.


Dans l’aéroport bondé, oppressé par la respiration d’une foule qui semblait craindre à chaque instant que les lieux ne volent en éclats, le sac fouillé un nombre incalculable de fois, en compagnie d’un homme qui paraissait opter pour la mauvaise carte chaque fois qu’on lui en demandait une, il avait été sur le point de regretter l’aventure dans laquelle il s’était embarqué tout seul. Sur le point seulement.



Les reflets du feu dansaient sur la plume. Et si elle scintillait de couleurs irisées ce n’était pas uniquement dû au jeu de la lumière. Il y avait une aura, une énergie qu’il percevait mieux que quiconque qui s’échappait d’elle. Nombreux bardes étaient prédisposés à les entrevoir. Chez les humains, on appelait ça l’âme. Pour les initiés, il s’agissait de l’Awen. Sorte d’aura qui enveloppait l’être. Notablement brillante chez les bardes ou chez certains sorciers, on l’associait à la conjugaison de la magie et du don. Plus l’aura d’un barde était lumineuse, plus celui-ci était inspiré. Chez les sorciers, elle témoignait d’une forte concentration de magie, même lorsque le sujet n’était pas encore capable de la maîtriser. Les objets magiques avaient aussi cette lueur. Et cette plume, il en était persuadé, revêtait un caractère magique qu’aucun sortilège n’aurait pu imiter.
A partir du moment où elle était apparue sous ses yeux, il n’avait pu détacher son esprit de sa provenance. Si le récit de l’homme l’avait quelque peu amusé, il était plus que probable que la véracité résidait en son appartenance au Homa.

Le Homa...
Etrange créature croisée au détour d’un roman lorsqu’il avait tout juste sept ans. Il se souvenait parfaitement de l’instant, le livre ayant été illégalement emprunté à la bibliothèque sacrée de sa grand-mère Scàtha. La vieille dame – et le mot était faible comparé à celui qu’on pouvait employer à son sujet aujourd’hui – était une lectrice compulsive et une conservatrice hors pair. Sa maison croulait littéralement sous les ouvrages et aucune pièce ne pouvait se plaindre de ne posséder sa propre bibliothèque. Aucun. Elle gardait les livres les  plus précieux dans celle du salon qui avait toujours enchanté le jeune garçon qu’il était alors. Les rangées de livres s’élevaient jusqu’au plafond qu’ils venaient caresser de leurs tranches. Pour les atteindre, pas d’échelle, seulement sa baguette. Ce qui laissait - comme elle se plaisait à le claironner la vieille femme- ses précieux hors de portée des petites mains sales.
Ezio ne pouvait s’empêcher d’imaginer aujourd'hui qu’elle avait tenté par ce biais d'exacerber leur curiosité - e qu'elle avait parfaitement réussi. A commencer par la sienne. A bien des égards, il lui ressemblait. Il avait hérité d’elle son goût pour les histoires fantastiques, les légendes, les créatures et la lecture. C’était elle qui lui avait appris à lire à l’âge de 5 ans. C’était elle qui lui avait enseigné l’histoire de l’Ecosse et entamé sa curiosité concernant l’histoire de la Magie. Et si désormais elle semblait avoir perdu la tête et murmurait d’étranges propos en gaélique que tout le monde prenait pour de la sénilité, les observateurs attentifs notaient parfois quelques échanges de regards entre eux deux et quelques sourires qui n’appartenaient qu’à eux. Elle l’avait toujours préféré, il ‘avait toujours aimée.
C’était l’été 1991, la famille venait d’accueillir le dernier Shepherd – et non le moindre – et on avait jugé que les deux aînés pourraient aller expérimenter leurs jeux d’été un peu plus loin du domicile familial déjà bouleversé. Seul dans un salon silencieux et sombre Ezio avait passé quelques heures à contempler les centaines d’ouvrages sous ses yeux. Il s’était amusé à en déchiffrer les titres, avant que son oeil ne soit attiré par une couverture racornie indiquant un ouvrage lu et relu qui avait traversé les années. « L’oiseau des rois ». De sa logique d’enfant, il avait associé – à raison – cette usure  particulière à une multitude d’utilisations et cette dernière à un intérêt extrême. S’en était alors suivi l’incroyable entreprise d’empiler quelques meubles pour atteindre l’objet de convoitise. Déjà à l’époque, la baguette faisait défaut.



Passé les premières minutes de stress – Diablha, qu’elles avaient paru interminables à bien y réfléchir – il avait fini par s’amuser de la situation, voyant qu’Alieksandre palliait sa méconnaissance du monde moldu par une conjugaison – de mains expertes - d’enchantements impliquant aussi bien la magie que son charisme personnel. Il paraissait bien plus à l’aise que ce que le barde l’imaginait être. A plusieurs reprises il devina son impatience et incompréhension de ce monde étranger et pourtant l’homme en laissait peu paraître. Adressant la parole à chacun, plaisantant avec aisance, il offrait la vision d’un homme particulièrement prolixe, à l’amabilité et au charme certains.

De son côté, Ezio avait été plus réservé. Habitué à voyager seul et à bavarder au gré des rencontres sans avoir à entretenir une conversation sur plusieurs jours, il profitait de la place qu’occupait Alieksandre pour se mettre en retrait de leur duo et laisser seul son esprit bavasser au gré de ses pensées.
Les sourires qu’il avait commencés par retenir à chaque prouesse administrative de son acolyte finirent par s’échapper malgré lui et prirent parfois le pas sur son esprit taciturne. Il se surprit à attendre avec impatience le prochain contrôle pour observer les réactions de son compagnon. Quelques taquineries fusèrent alors qu’ils étaient seuls même si ,bien vite, le barde retournait à son silence studieux. Il aimait ,à chaque voyage, profiter de cette transition qu’offrait les moyens de transports moldus. Si le transplanage avait, certes, de nombreux avantages comme manière de se déplacer, il ne pouvait en aucun cas fournir cette immersion réelle de la transition entre deux mondes. Ezio était donc tout à l’imprégnation de la terre qu’il quittait - même s’il savait, pour une fois, devoir y revenir bien vite - et n’avait de cesse d’engloutir des yeux tout ce qui passait à portée de regards, d’en mémoriser chaque sonorité et d’apprivoiser les sensations les plus probantes.
Un pincement au cœur l’étreignit lorsqu’il se remémora son premier voyage en avion, débuté ici même, à Inverness.

L'une des fouilles avait failli mal tourner quand il avait fallu vider ses poches. Extirpant de son pantalon sombre – Saoirse si tu nous lis ce n'est que le début d'une longue épopée vestimentaire– tout un tas d’objets n’ayant rien à y faire, il intrigua le personnel chargé de sécurité qui l’observa d’un oeil soupçonneux. Son sac fut à nouveau examiné et il dut une fois encore se justifier sur le nombre de plantes qu’il transportait dans de petits sachets que l’on donna à humer à des chiens dressés à discerner ce qui relevait du thérapeutique ou non. D’un air détaché, il offrit un haussement d’épaules à son compagnon de voyage, suivit d’un regard enlevé signifiant « chacun son tour » que l’autre interpréta comme il le pu.

Une fois installés, le manège reprit et tandis qu’Alieksandre régalait l’auditoire de nouvelles plaisanteries, parfait dans son rôle de Trekkeur, Ezio poursuivit l’étude silencieuse de cet homme qui l’accompagnait. Ou qu'il accompagnait, il n'avait pas encore bien défini qui était vraiment à l'origine de cette aventure. Guettant habitudes, manies langagières, et autres indices découvrant sa personnalité, il s’appliquait à en savoir le plus possible avant d’entamer le gros du voyage et s’exposer à une collaboration de plusieurs jours. L’homme avait dévoilé tant de facettes différentes que le dessin de ce qu’il était réellement avait du mal à se contourer précisément. Il lui semblait, telle une aquarelle, capable de s’étendre sur tous les terrains pour peu qu’on lui fournisse un peu d’eau.

Le barde avait observé sans mots dire les offres qu’avait tentées son compagnon pour acquérir la plume se laissant, en premier lieu, prendre au piège avant de comprendre que Menroth n’avait pas réellement eu pour intention d’acheter cette dernière. Il esquissait peu à peu le portrait d’un homme rusé, autoritaire de surcroît, mais sachant user d’un charisme et d’une habileté de ses manières qui le rendait dangereusement séduisant dans ses possibilités. Il se questionna même non sans amusement, sur sa propre volonté à participer à l’aventure.

Il avait pu constater l’importance du cercle qui entourait l’homme, capable de dissuader quiconque d’aller à l’encontre de ses désirs, et n’avait pas émis de commentaires quant aux propos échangés en gaélique tout en se doutant fortement qu’avec l’accent qu’il possédait lui-même, l’autre n’ignorait pas qu’il le parlait également.
Il avait de même attesté qu’obtenir de faux papiers avait été une simple formalité pour l’homme, quand lui-même avait bataillé de longues semaines lorsqu’il avait dû s’en procurer pour Shannon.
Enfin, impressionné par l’équipement d'Alieksandre, il dut avouer que ses affaires à lui avaient piteuse mine face à l’éclatant achalandage dont les avait pourvus le jeune Menroth.

Et s’il ne partageait pas les constatations dépitées de Menroth pour l’architecture moldue, l’hélicoptère acheva de libérer son admiration. Tout, absolument tout, semblait à portée de main de cet homme. Il émanait de lui une impression de facilité déconcertante sans que Menroth ne paraisse particulièrement imbu de sa personne ou hautain. Il savait ce qu’il voulait et comment l’obtenir et il semblait aussi naturel qu’il méritait ce qu’il obtenait.
C’était la toute première fois qu’Ezio mettait les pieds dans ce type d’objet volant. Et s’il aimait l’avion, l’hélicoptère arracha le voile de réserve qui flottait habituellement sur le barde pour le laisser exprimer de nombreuses fois et à – très - haute voix à quel point c’était incroyable, fantastique, impressionnant, exceptionnel. Secrètement, il se prit à espérer que Menroth lui proposerait d’achever la descente en parachute. Il n’en fit rien.



Il avait froid. Terriblement froid. Ou chaud. Peut-être trop chaud finalement. A vrai dire, il ne savait plus faire la différence. Rarement son corps avait été mis à si rude épreuve. Et pourtant, des épreuves, il en avait essuyées quelques-unes avec son goût pour les contrées sauvages.
La marche n’avait jamais été un problème pour lui. Il aimait ça depuis son plus jeune âge, avait le goût de l’effort et appréciait les grands espaces. Sous un soleil aussi brûlant que celui du désert, l’exercice lui avait paru cependant bien plus difficile que dans ses montagnes. Il pensait qu’après l’Everest, tout serait d’une simplicité évidente. Et pourtant, ici, ses yeux rougissaient sous l’effet du sable et du soleil. Gavés de paysages somptueux à en devenir aveugles, il commençait à penser qu’il allait vraiment les perdre sur ce voyage. Et son esprit épuisé se disait qu’après de telles visions on pouvait décemment mourir.

La soif était omniprésente et sitôt sa bouteille rangée, il sentait sa gorge se contracter à nouveau, déjà en quête de rafraîchissement. Le soir, tous ses muscles étaient douloureux, sans exception. Son épaule tirait, lancinante, sous le poids de son sac et il avait même fini par accepter la proposition d’Alieksandre de l’alléger d’un sortilège, au bout de quelques semaines. La blessure réagissait aux frottements et était de nouveau rouge et gonflée, un an après.

Il dormait mal, comme à son habitude, en proie à des cauchemars qui chaque jour venaient le narguer de leur mort dans ce désert. Les choses les plus plausibles y côtoyaient les péripéties les plus folles où venaient se greffer les personnages les plus improbables. Parfois, il s’éveillait brusquement pour se trouver seul. A de nombreuses reprises, sa curiosité échafauda quelques théories fantasques, mais jamais, il ne posa une seule question à Menroth. S’il était curieux, il respectait aussi les secrets.

Il dessinait, beaucoup, même si ses yeux malmenés conduisaient désormais une main maladroite dont la précision des traits pouvait laisser à désirer. Il esquissait aussi bien les paysages traversés que les visions qui s’invitaient. Des oiseaux mythologiques et parfois, son compagnon dans des attitudes songeuses. Un portrait de Saoirse s’invita un soir, emmitouflée d’une grande écharpe, perchée sur un rocher. L’image le hantait encore.
Et puis il écrivait. Là aussi, il lui serait probablement douloureux de déchiffrer au retour, une écriture ensablée et parfois tremblante de crampes survenues par déshydratation. Des pensées, quelques vers, parfois deux trois mots seulement ou les impressions du jour qu’il savait témoigner de la dérive de son esprit. Souvent en marchant, il se sentait divaguer vers des pensées sans queue ni tête. Les coucher sur papier l’aidait à ne pas leur succomber et à garder un esprit un tant soit peu sain.

Et pourtant, malgré la fatigue, jamais son intérêt ne s’amenuisa. Alors que ses yeux brûlaient sous le vent, le soleil et la poussière, il ne pouvait s’empêcher de les garder grand ouverts pour s’imprégner de la majesté de lieux qu’il n’aurait jamais espérer fouler. Du sable qui dessinait d’étranges formes, des ruines, des pierres, des gravures, des témoignages du passé, autant de choses à voir qu’il souhaitait graver à jamais dans sa mémoire. Et si sa voix éreintée par la soif lui arrachait la gorge à chaque mot, il ne pouvait s’empêcher de commenter chaque symbole, d’échanger sur les légendes qui peuplaient les lieux, de conter l’histoire des ruines qu’ils croisaient et de s’enthousiasmer encore et encore sur les paysages traversés.
Parfois, il parlait seul. Non pas qu’Alieksandre ne réponde à ses propos, mais son esprit fatigué, avait tendance à dériver rapidement. Il réfléchissait à haute voix, dans plusieurs langues, récitait des poèmes pour avancer, fredonnait à voix basse pour se donner du courage et finissait par se demander à lui-même de se taire pour éviter de mourir dessécher. Retombait alors un silence qui semblait leur convenir à tous les deux. Ses pensées prenaient la relève et poursuivaient l'invention de textes dont il ne se souviendrait plus le soir, hélas.

Menroth maniait la baguette aussi bien que les mots et Ezio pu l’observer chaque soir, dresser quelques sortilèges de protection alors que de son côté, il récitait quelques formules en disposant prudemment ses propres artefacts druidiques. Il s’était bien gardé cette fois-ci d’emporter quoi que ce soit qui fasse partie du paysage, même si la couleur des pigments du sables suscitait chez lui le plus vif intérêt. Avec l’âge et les rencontres, il devenait plus prudent.

Ce soir-là, littéralement vautré dans une dune, la tête sur son sac, il laissait à ses yeux le soin de profiter de l’immensité guérisseuse du ciel et son obscurité bienvenue après la lumière crue du jour. Endolori des pieds aux cheveux, Ezio souriait doucement à la nuit, se demandant s’il était fou d’aimer à ce point les choses qui le faisait souffrir.

La toux de son compagnon l’extirpa de ses rêveries et le barde tourna alors le regard vers lui. Aliksandre, lui aussi, accusait le coup. Depuis le début de leur périple, le barde l’avait vu peu à peu changer de visage, ses traits se tiraient et malgré le change qu’il essayait de donner, Ezio se demandait s’il fallait s’en inquiéter ou non.

- Sur ma magie ?

La question le surprit. Etrangement, il lui sembla que l’autre avait changé d’avis en cours de route.
La magie, donc. Il ne donnait pas vraiment ce nom là à ses actes. Il se contentait d’user de vieilles formules ancestrales, murmurant à un feu de prendre alors qu’il frottait ses allumettes, glissant quelques pierres protectrices autour de leur camp, dégainant quelques plantes pour surmonter quelques maux, et restant à l’écoute de ce qu’offrait la nature pour savoir quoi faire.

- Je … suis barde, comme vous le savez. balbutia Ezio en haussant les épaules. Sa voix rendue rauque par les bouffées de sables, lui paraissait venir d'un autre homme.

Il ne pouvait s’empêcher de se demander où l’autre voulait en venir avant de finalement rallier l’idée qu’il éprouvait peut-être un intérêt dénué d’intentions particulières pour ces rituels qu’il le voyait pratiquer jour après jour.

- On nous enseigne, entre autres choses, à pratiquer ce que les sorciers appellent la magie blanche, sans baguette. Ce sont des rituels qui puisent leurs forces dans ce que la nature a à offrir. Guérison, protection … communication. Je ne fais qu’utiliser la magie qui existe déjà tout autour de nous, je ne créé rien de nouveau. Sourit timidement le barde en s’entendant se justifier.

Il passa une main rendue rêche par le soleil sur son visage avant d’ajouter avec un soupçon d’ironie.

- Je me passerai probablement bien de la magie du sable, actuellement. J’ai l’impression qu’il essaie de fusionner avec moi mais je doute que ce soit pour communiquer.

Le barde changea de position pour soulager son dos douloureux. Ils étaient là depuis des jours, à fouiller un désert de fond en sable et une partie de son être ressentait l’excitation de la proximité de l’atteinte du but. Il savait qu’il dormirait peu ce soir. Ses yeux sombres dévisagèrent lentement son compagnon dans l'obscurité. S’il ignorait ce qu’il pouvait faire de ses nuits, il était en revanche certain qu’il ne dormait pas. Jour après jour, il devinait la fatigue plus pesante de son compagnon.

- La plupart des rites s’appuient sur les éléments, mais nous sommes aussi centrés sur l’esprit. Ainsi, nous pouvons apaiser un esprit tourmenté…
Et il m’arrive aussi d’être plus réceptif à ce qui m’entoure.
Murmura-t-il, n’osant mettre à jour ce que l’autre s’acharnait à garder discret. [color=cornflowerblue]Vous avez l’air fatigué.[ /color] Lâcha-t-il finalement ex-abrupto en se redressant un peu.

Il eut alors la vision de l’image qu’il devait offrir de son côté, les yeux rougis, le visage tanné par le soleil, amaigri très certainement, vu ce qu’ils mangeaient l’un et l’autre, une barbe naissante couronnée de quelques ombres sous les yeux. Le tout, recouvert de sable. Et il parlait de fatigue.

- Plus fatigué que nécessaire. Ajouta-t-il en souriant comme s’il s’excusait de le constater. Est-ce que …je peux vous être utile ?


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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Lun 16 Oct - 15:28

La souffrance du corps était à la fois amollie par ses virées nocturnes et amplifiées par celles-ci. Il avait sous les pieds des coupures, et milles foulures dans les articulations. Le jour, cependant, il en était plus hardi, grimpant l’aplomb d’un roc pour reconnaître un promontoire nouveau et déjà aperçu, recouvert de signes. Et, à derechef vif et agile il sautait à terre non sans indiquer à Shepherd ce prochain bain d’ombre, et partait dynamique, mais comme engoncé dans une bulle de chaleur avec les mouvements soumis à une résistance semblable à celle d’une course immergée.

La vaillance et la détermination d’Aleksey, par à-coups, suante et combative faisaient écho à celles de son compagnon, non moins fermes et résolues. Shepherd pouvait cheminer longtemps avec l’allant d’un fol. Il affichait une souffrance de chaque instant. Il papillota de l’épaule jusqu’à ce que la magie n’allège son fardeau ( et pour ce barbe sans baguette c’était déjà un renoncement ). Son pas quoiqu’assez sûr avait du chancelant selon ce qu’en voyait Menroth. Il dodelinait parfois de la tête comme un mauvais dormeur, mais rien ne semblait pouvoir arrêter ce damné, mû comme un Inferius, qui creusait les sillons de ses routes à travers les déserts du monde. En vérité rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Il marchait comme on cours au combat, comme l’on se défenestre. En le regardant parfois du coin de l’oeil, Alieksandr pensa à Larsen, son Mangemort de père. Quelque part dans le temps et l’espace il savait que son père avait vécu pareille épreuve.

Pendant les pauses, il n’était pas rare que le barde dessinât. Les yeux enflés et rougis par le vent et le sable, les mains moites et tremblantes, il agissait en mouvements rendus difficiles par son état. On l’aurait dit lancé dans une mission christique. Il sacrifiait tout à l’aventure : corps, yeux et son art surtout. Alieksandr, dans ces moments, observait alentour à la recherches d’indices qui leur gouverneraient une piste pour fendre le secret du désert Iranien. Ou bien il s’affairait : là, creusant avec sa baguette pour estimer la hauteur du plateau sur lequel ils se trouvait, trouver de l’eau ou se renseigner sur leur position. Il regardait beaucoup le ciel nocturne pour cela. Mais les étoiles de l’orient étaient différentes de celles qu’il avait toujours connu et il lui fallait du temps pour s’adapter. D’autres fois il donnait du regard par senestre et dextre, comme pour monter la garde face au désert de Lut, ce personnage engourdi de vice qui n’avait qu’un seul objectif, cuire la terre. D’autres fois encore, il balayait le sable de la mire de sa baguette et en soulevait des monticules. Parfois, il entendit Shepherd qui se parlait à lui-même, tout un pied dans le délire. Il le surveillait alors et, par deux fois vint lui porter à boire.

On apercevait rarement des bêtes, mais Aleksey, dans ces moments de veille et de concentration semblait ou les sentir ou les attirer. Plusieurs fois, il scruta longuement un point indéterminé dont sortit un faucon sacré, que les locaux appelaient Balaban, comme il l’avait lu dans l’avion. Il arriva que, lorsqu’il fouillait le sol en jaillisse un nids de de serpents, entrelacs de mortels filins de cuirs sombres. Sans stress excessif ( il les gardait en joue) , il se débarrassait d’eux d’un sortilège ( soit en les scellant dans une cage de sable, soit en les embrasant d’une grande flamme soudaine). Il était nécessaire, ou du moins il semblait le penser de faire ce genre de vérifications avant de dormir quelque part car il dormait dans les ombres, qui étaient la retraites favorites des serpents, scorpions et autres salamandres. Le guépard d’Asie, maigre, cambré, in-repérable au vu de sa robe tachetée teinte désertique, était réputé roder dans les parages.

La flore n’avait pas disparu. Éparse partout et quoique rare et peu variée, elle était plus présente à l’Est, dans les dunes de Rig Yelan. Mais, puisqu’ils erraient comme deux loups solitaires collaborant pour un court instant, dans un environnement trop violent, il se passait parfois des heures, des jours, des nuits sans qu’ils ne puissent exactement établir leur position. Seuls les guidaient les signes lut sur les pierres, recopiés ou hâtivement déchiffrés et le besoin d’ombre.

Sa forme chevaline, quoi qu’inadaptée à l’environnement ( en plus il craignait d’être pris en chasse par un prédateur audacieux) donnait beaucoup d’air à Alieksandr. Galoper le libérait, il sentait à nouveau la fraîcheur du vent, il s’imaginait comme une jeune pousse d’arbre dans le premier matin du monde, sous la futaie des piliers de la terre, baobabs dantesques et sylves divins.
De faits ces virées lui donnaient l’idée du rythme de la vie du désert. Patiente, lente, fatiguée.

Ezio, pour les indices était un acharné. Il ouvrait ses yeux noircis et rougis par le sable en pleine tempête pour voir le moindre caractère effacé sur une pierre, était prêt à demeurer en plein péril aux heures dangereuses durant lesquelles l’astre diurne , haut, foudroie sans pitié le voyageur sot, pour la moindre trace sur le sable ou la pierre. Il avait connaissance d’autres histoires et se montrait une intarissable source de poésie, dans ce désert si sec qu’il en asséchait le cœur et le sang. Nul autre compagnon n’aurait mieux permis à Menroth de tenir le choc et de ne pas abandonner.

Cette soif de toutes les choses qui animait Ezio le faisait souvent sombrer dans ses crises durant lesquels, il parlait seul et se mouvait avec son incertitude habituelle. C’était ainsi en tous cas que le plus jeune des deux compagnons percevait son aîné.

Ce soir là, après avoir mis en place leur petit bivouac, ils discutaient.

-La magie blanche…

La fin de la phrase s’éteignit comme Alieksandr avalait sa salive. Quelle sécheresse ! La température avait chu si vite qu’il se sentait encore plus épuisé.

-Le sable, pour vous, c’est une magie ?
Le ton était surprit, mais cela perçait peu dans la voix très rauque qu’avait Alieksandr. Il effectuait de lent mouvements avec sa baguette et jouait à faire tournoyer un peut de sable devant lui.

Aleksey sentit peser sur lui l’attention des pupilles du barde. Il continua son occupation en faisant mine de ne pas comprendre que l’autre allait l’asticoter. L’air fatigué, hein… Il releva posément la tête avec un sourire satisfait, la bouche formant un trait recourbé coté droit. Leurs regards se croisèrent. Et Aleksey leva les sourcils, l’air de dire « Tu t’es vu » ?

Shepherd proposa son aide, en semblant se rendre compte de ce qu’il n’avait pas percé à jour l’ombre du bulgare.

-Aidez vous, Ezio. Je suis plus endurant que vous… Je ne tiens pas que grâce à la passion et à mes dessins…

Aleksey sut que c’était le moment le plus opportun. Il avait aperçu les esquisses du barde. Il s’était reconnu sur l’une d’elles. Mais ce qu’il l’avait frappé surtout, ç’avait été de reconnaître Saoirse. Shepherd avait beaucoup de talent.Même fixe, l’image ne laissait aucun doute.

-Au fait Shepherd… Je connais votre sœur.
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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Sam 28 Oct - 22:32

La magie du sable…

 « Délivrer aux yeux la beauté de mille pigments en infligeant mille douleurs. »

Il devait avouer, qu’il ne voyait plus le sable de la même façon, en cette même soirée. Ce qui lui avait jadis semblé être doux et accueillant, avait fait place à une substance particulièrement corrosive et intrusive qui n’avait aucune limite pour tenter de pénétrer à travers la peau. Cette mer d’argent qui, au début, avait offert ses couleurs mordorées à ses yeux avides, lui paraissait ce soir mille morceaux de verre destinés à user sa vue jusqu’à la cornée.

Perdu dans ses pensées, il sourit cependant.

Demain, il changerait d’avis en s’émerveillant à nouveau de ses reflets irisés. Il en était plus que persuadé.
Si le désert usait, il favorisait aussi l’inconstance de ses avis qui ne cessaient de revirer d’un sens à l’autre, entre danse macabre et paradoxe énorme. Cela lui convenait, l’immuable l’avait toujours beaucoup impressionné.

Malgré tout, il pouvait affirmer qu’il y avait de la magie dans le sable. Dans sa poussiéreuse façon de tourbillonner sous la baguette d’Alieksandre, mais aussi, sous leur pas, et dans sa majesté à couler entre les doigts, à égrainer le temps et à tracer au sol des empreintes alambiquées que le vent s’amusait à déformer à loisir, sitôt le moule envolé.

Même la plus maussade des humeurs ne saurait en effacer la magie. La sienne, comme celle d’un autre.

Dans la pénombre de la nuit qui s’abattait sur le désert, Ezio ne distinguait du visage d’Alieksandre que ce que la lumière de leur feu voulait bien lui révéler. Les ombres se découpaient sur ses traits pour le durcir un peu et gommer les joues qui le faisait paraître jeune. Dans la lueur dansante, il se dévoilait une autre page de l’homme qui l’accompagnait.
La fatigue était toujours là, mais la force se remarquait d’autant plus que le relief était adoucit par la lumière particulière de la flamme.
Le barde s’amusa de l’oeillade significative que lui adressa Menroth lorsqu’il aborda la fatigue. Les yeux de l’autre lui renvoyèrent, tel un miroir, l’image pitoyable qui émanait de son visage épuisé. Il répondit au sourire taquin par un autre sourire. Dans une autre vie, il ferait l’autoportrait du barde au désert. Quand il aurait plus de temps que nécessaire.

Haussant les épaules, il ne renchérit pas sur ses faiblesses et son endurance. Il commençait à discerner quelques éléments de la personnalité de son compagnon et se doutait que ses douleurs à l’épaule ne lui avaient pas échappées. Si le barde ne se plaignait pas, il aurait fallu être un piètre observateur pour ne pas remarquer qu’il avait régulièrement besoin de quelques plantes et appliquait certains soirs un cataplasme à l’endroit où la créature avait laissé son empreinte.

Néanmoins, il se sentait plutôt bien, malgré les douleurs inévitables d’un tel périple. Il se connaissait suffisamment pour percevoir où s’arrêterait sa robustesse, savait ses limites et entendait bien les repousser encore un peu sans causer de tort à quiconque.
Il découvrait la ténacité d’Alieksandre avec plaisir, puisqu’ils s’entrainaient l’un l’autre un peu plus loin chaque jour. Il trouva étrange ce soir que l’autre le mette en garde sur une possible rupture de sa part.
Peut-être l’avait-il vexé en proposant son aide.
Ou peut-être pas.
L’homme conservait une part de mystère que le barde admirait et ne souhaitait pas forcément mettre à jour.
Pour l'instant.

- Et encore, vous n’avez pas abordé la musique. Marmonna l’écossais en souriant derechef.

Lui souffler qu’il marchait depuis deux jours à la cadence du deuxième mouvement de la neuvième symphonie aurait certainement conforté l’autre dans la vision folle qu’il devait avoir de sa personne. Il n’existait pas pour lui de musique s’accordant mieux à l’obstination que celle-ci. Elle semblait taillée pour le marcheur tenace, pour l’insistant qui ne s’arrêterait qu’une fois son but atteint, dans un ostinato persuasif et profond dont les accélérations succédaient aux mouvements plus lents qui permettaient une reprise de souffle entre deux ascensions.
Deux jours qu’elle résonnait dans sa tête du début à la fin dans une boucle infernale qui semblait lui souffler « continue » à chaque esquisse d’un éventuel ralentissement.

Alors aux dessins et à la passion, il aurait pu ajouter la musique, sans honte.
Il garda néanmoins sa confession pour lui.

Le barde referma les yeux pour soulager ses paupière brûlantes, reposa sa tête sur son sac et en profita pour faire un état des lieux de son corps, soudainement effleuré par le doute de ne pas discerner les fameuses limites pour cause de passion. Cela arrivait, parfois.

Effectivement, elle était en grande partie ce qui le faisait tenir. Dans un désert comme dans la rue. Comme dans chacun des jours qu’il traversait depuis sa naissance.

Et quand la passion cesserait ? Il arrêterait. A quoi bon vivre sans.

Elle était selon lui le meilleur fil conducteur d’une vie. Aussi emmêlé et inextricable que solide. N’était-ce pas là la corde idéale pour franchir les étapes ?
Certains choisissaient de lui tourner le dos pour une vie plus équilibrée. Probablement moins douloureuse et plus constante. Il s’y refusait catégoriquement. C’était tout ou rien. Certainement plus bref, mais tellement plus intense. Voilà ce qui l’avait souvent confronté à son mentor. Si extérieurement, il savait se montrer placide et calme, intérieurement, il brûlait.

L’autre enchaina sur une voie des plus étranges qui fit rouvrir les yeux au barde avant qu’il n’ait pû lui demander ce qui le faisait tenir, en retour.

« Saoirse ? »

A nouveau, elle s’invitait dans l’aventure sans y être conviée. Elle avait le don d’apparaître aux moments les plus inattendus, dans les lieux les plus inopportuns. Quand elle ne surgissait pas dans son esprit pour quelques commentaires bien envoyés qu’il apparentait à sa conscience, elle glissait à travers la bouche d’un autre, créant un mouvement de surprise de sa part.
L’oeil sérieux, Ezio interrogea l’autre du regard et entama la longue danse d’un cheminement interrogatif à nouer l’esprit.

Pourquoi la mentionner maintenant ?

Pour quelle raison ne l’avait-il fait plus tôt, lorsqu’il avait donné son nom ?  

L’autre avait jeté ça en pâture, comme si ses mots étaient censés susciter une quelconque réaction chez lui. Il fut surpris de constater que … c’était bien le cas.

Il envisagea une liaison entre eux. Parce qu’Alieksandre Menroth pouvait tout à fait être le type d’homme qui plairait à Saoirse. Ce qui pourrait expliquer pourquoi cette information – capitale, visiblement – était ainsi murmurée un soir au coin du feu, comme une confidence. Pourtant l’homme n’avait pas précisé « je la connais bien » comme l’aurait fait un amant, ou même un ami. Il ne s’agissait là que d’un mot « bien », mais il faisait toute la différence. Alors pour quelle raison le nom de Saoirse venait-il s’associer à celui de Menroth ?

Haussant les épaules – une fois encore – le barde mit fin à des suppositions qui ne le regardaient pas. Il n’avait jamais fait preuve de curiosité à l’égard de la vie privée des autres et n’entendait pas entrer dans le rôle du frère qui surveille les fréquentations d’une plus jeune soeur. Elle s’en était toujours très bien sortie, seule.
Néanmoins, il lui semblait que l’homme attendait une réaction de sa part.


Se redressant une nouvelle fois, il se frotta les yeux – grave erreur – et s’étira avant de se mettre debout. Déplier son corps semblait une épreuve de plus dont il s’acquitta silencieusement pour ne pas donner raison à l’autre quant à sa forme physique.

- Elle serait plus qu’enchantée de savoir que son nom est mentionné au fin fond du désert Saoudien. Sourit-il en pensant à la réaction engendrée si elle l’apprenait.

Il l’imagina battre des mains, avoir ce sourire éblouissant qui ferait fondre le coeur d’une pierre et poser mille questions quant aux circonstances exactes de la mention de sa personne.

Ses yeux, maintenant habitués à l’obscurité distinguaient les silhouettes voluptueuses des dunes environnantes. Il en caressa le relief aux courbes rassurantes, parcourut creux et monts tout en évoquant les intonations chantantes de Saoirse. Il n’avait une fois de plus, pas pris la peine de lui dire où il partait, ne la quittant qu’en lui promettant un retour pour les obligations familiales à venir. Ce qui était en soi, une grande avancée. De son côté, que pouvait-elle faire ?
Il la savait sur une affaire importante depuis des mois mais en savait bien peu sur le côté personnel.

Il se retourna alors vers son compagnon de voyage, soudainement épris d’une pointe de curiosité fort inhabituelle.

- Où vous êtes v…  Les mots s’éteignirent dans le désert alors que le barde plissait les yeux, persuadé d’avoir entraperçu quelque chose au loin.  Diabhla … murmura-t-il alors.

Guettant le renouvellement du phénomène, Ezio attendit, droit dans la nuit, n’osant se déplacer ou même bouger de peur de perdre l’angle de vue qu’il avait. Quelques secondes plus tard, alors qu’il fixait toujours l’endroit suspect, se demandant si ses yeux endoloris ne lui jouaient pas des tours ou s’il n’était pas victime d’un mirage nocturne, la lueur éclata de nouveau au loin avant de s’éteindre. Entre temps, il avait pu distinguer une immense forme au loin.

- Menroth, j’ai eu beau me renseigner, nulle mention dans le secteur de présence de dragons, manticores, sphynx ou autres joyeusetés, vous confirmez ? Lança le barde d’une voix plus nonchalante que ne l’étaient ses pensées en réalité.

A nouveau cet éclat, qui cette fois-ci, lui permit d’identifier la forme comme trop géométrique et régulière pour un être vivant.

 « Une construction ?
Sans la voir de jour ? Impossible. »


- Venez voir ça. Enjoignit-il d’un ton qui laissait peu de place à la discussion en faisant un signe à son acolyte. On dirait que la lueur irradie à un rythme régulier… Poursuivit-il plus rêveusement.

Et se tournant vers Alieksandre, il affirma en étirant un coin de ses lèvres moqueuses :

- Je crains que cette fois-ci, vos pérégrinations nocturnes n’aient d’autre choix que s’accommoder de ma présence. Glissa-t-il dans l’obscurité sans cesser de suivre des yeux le balai lumineux qui pouvait se trouver à des lieues comme derrière la prochaine dune. Cela vous laissera l’occasion de me raconter dans quelles circonstances vous avez rencontré Saoirse. Lâcha-t-il sans se défaire de son sourire. Peut-être était-il temps finalement de mettre en lumière certains aspects de la personnalité de son compagnon.
Une preuve de plus que les avis sont inconstants. Le désert, probablement.


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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Mer 8 Nov - 18:03

Alieksandr garda un instant les yeux fermés. Il agita sa baguette et la poussière du sable retomba en lamelles fines et silencieuse. Il avait l'impression d'être un fruit tombé de l'arbre, déplacé jusqu'au désert par quelque oiseau allié des arbres pour étendre l'empire des troncs et des sylves.

L'absence d'ombres lui pesait ici le jour. La nuit le rechargeait plus profondément qu'il ne l'aurait lui-même supposé. Il avait le sentiment de se retrouver encore à Nessebar, vêtu de lin blanc et les mouvements légers, libre comme l'air sur les rives de la mer noire, il parcourait en songe les ruelles près de la Maison Grise où sa jeunesse avait vu ses premières volutes ; circonvolution imprimée pour l'éternité sur son âme, il se sentait partout chez lui dans le calme du royaume des ombres et savait trouver le repos dans les circonstances les plus inattendues : malgré la fatigue qui ne cessait de croître pourtant, il reprenait du poil de l'hippogriffe. Son esprit devenait chaque jour plus fin, plus aiguisé. Il se refermait et accédait à un état de conscience très ouvert, sentait les choses et frissonnait ; toute la terre lui avait paru s'être étendue sous ses pas de conquérant et lui l'avait refusé. En retour, il la parcourait comme un sage millénaire, attentif à chaque piège.

Alieksandr ouvrit les yeux. Si la nuit avait pût être traversée par un regard humain, on aurait vu le blanc de ses yeux devenir plus marqué malgré le sable, et il sentait à tout rompre battre son sang à ses tempes. Ses veines gonflées écarquillaient son être tout entier. Il renifla. Tout à sa méditation, il mit du temps à revenir en lui-même et à tenir compte de ses sens aiguisés qui lui signalaient plusieurs anomalies.

Mais il venait d'évoquer Saoirse et, tout en méditant désormais, il avait l'esprit qui vagabondait sur une petite île reculée de l'Ecosse. Bien que son regard fut bloquée par la nuit, Alieksandr tâcha de flairer la réaction de Shepherd. Il y avait une odeur de surprise. D'autres effluves, indistinct. Et finalement, il discerna Ezio qui haussait les épaules. Sans doute autant parce qu'il n'y avait rien à répondre à la façon dont il le lui avait dit que parce qu'il était épuisé et que parce qu'uil s'en fichait réellement. Ce n'était pas le moment pour lui. Pour Alieksandr le moment était bien choisi pour faire surgir entre eux le feu qui lui avait inspiré la jeune femme. Et il lui semblait honnête et important de dire maintenant cela à Ezio. Le barde comprendrait sans doute petit à petit mieux pourquoi Alieksandr avait été si prompt à l'entraîner. D'autant plus que le jeune bulgare employait à dessein une formulation de nature à mettre la puce à l'oreille de celui-là. Il n'avait certes vu la jeune femme qu'une seule fois et lui avait envoyé une lettre. Mais ils s'étaient suffisamment approché l'un de l'autre pour avoir senti l'ire de la flamme qu'ils pouvaient allumer ensemble. Les humains sont pyromanes : lorsqu'ils sentent qu'ils peuvent faire de deux cœurs un grand et puissant embrasement, mêmes les plus raisonnables sortent briquets et étincelles.

A aucun moment Aleksey ne doutait qu'Ezio pouvait méconnaître, ignorer ni même sous-estimer le fonctionnement de la passion. Celui-ci l'encouragea, pensa t-il, d'une phrase qui laissait entendre qu'il avait saisi l’entièreté de ce que lui avait dit son compagnon et que rien de ce qui était sous entendu ne pouvait lui échapper. Tout à la douceur et à l'évocation sibylline et fantomatique de la rencontre qui lui formait un poids près du poumon, l'attention du jeune duelliste retraité ne se déploya pas, alors qu'il avait pressenti depuis quelques minutes des signaux qui auraient dut le faire réagir depuis un moment.

Ezio s'attendrissait debout désormais ( il s'était levé sans aisance ni difficulté notable excessive) au souvenir de sa sœur en scrutant la pénombre éclairée par la lune réfléchie sur les dunes. Les ombres chaloupaient et gigotaient cependant que les vents soulevaient les grains de sables pour décompter le temps de la nuit fraîche ; il y avait un silence comme celui d'un souffle retenu au cœur de l'obscurité et, fugacement comme la rumeur du passage d'une magie dans l'air, mais ce n'était pas celle des miettes de pierre étendus par terre. Comme Shepherd s’adressait à lui, il poussa un juron et l’appela.

Mais Alieksandr avait déjà bondit sur ses pieds baguette en main. Ezio s'en querrait de savoir si une créature à la dangerosité éprouvée se trouvait dans les parages. Il répondit dans un souffle baguette pointée dans la nuit, campé sur ses jambes et les mouvements fluides, se tenant trois mètre derrières Ezio et tentant d'apercevoir ce qu'avait vu son compagnon et qu'il avait senti.

Machinalement, il informula un sort de contrôle de flammes et le petit feu prit un tour bleuâtre qui éclaira davantage, jetant une lumière froide à dix pas autour d'eux et l'on voyait encore nettement la le gros rocher qu'ils avaient remarqué en passant tout à l'heure à quarante pas. Les flammes s'élevaient à présent à hauteur d'homme et s'emparaient de teintes argentées et émeraudes qui ne dominaient pas le bleu mais dardaient sur le visage des deux hommes des lueurs salutaires.

Le temps que montent les flammes, à peine quelques instants, Alieksandr n'avait pas vu grand choses car ses yeux devaient s’habituer à une lueur plus forte. Ezio, lui, avait scruté l’obscurité, son regard s'était porté en avant et le barde l’appelait avec les ombres qui dansaient sur son visage.

Celui d'Alieksandr se tendit comme s'il allait prendre outrage et refuser d'aller nuitamment avec Shepherd comme celui-ci révélait que les évasions nocturnes de son compagnon ne lui avaient pas échappé. Soudain le feu se consuma d'un éclaire bleu qui illumina la nuit un bref instant. La baguette d'Alieksandr s'illumina et il avança. A quelques mètre de leur campement il la pointa sur un tas de sable. Des trous se creusèrent dans la butte semblable à ceux qu'un nid de serpents aurait pu fabriquer. Et vingt serpents de sables s'enfoncèrent dans la terre. Le campement serait sous la gare de ces métamorphoses. En avant maintenant.

Menroth éclaira la route en prenant garde à marcher derrière Shepherd sans beaucoup l'illuminer. De la sorte s'ils étaient attaqués par une créature nocturne celle-ci serait désarçonnée probablement par trois informations discordantes ( lumière et bruits de leurs pas respectifs) et si c'était une créature diurne, la froide lueur de sa magie au milieu de la nuit pourrait la pousser à l'erreur. Les sens aux aguets, Alieksandr ne dit rien pendant un moment avant de répondre d'une voix tranquille mais concentrée.

-Nous avons simplement fait connaissance à Londres, sur le Chemin de Travers. Nous avons pris un déjeuné. C'est un femme très intéressante.

Je ne la connais pas encore beaucoup. Mais je voulais vous le dire Ezio. Que vous sachiez que je ne vais pas vous laisser tomber... Au moins pour ne pas ternir mon image aux yeux de votre soeur.


Il y avait autant de sarcasme que d'arrogance dans ces mots. Pourtant, Alieksandr ne se fit pas désagréable en les prononçant, au contraire, c'était sa façon de faire un pacte avec Ezio. De lui dire qu'il pouvait compter sur lui. Et la froideur et la calme des yeux sombres du bulgare semblaient ne pas perdre une seule information de leur environnement.
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La piste du Roi des rois [Ezio]
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