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Nous sommes en août 2017.

Au matin du 21.08, Archibald
Strogov, Ministre de la Magie
pour l'Ewiland, est retrouvé
pétrifié dans son bureau.
Les circonstances de sa mort
restent obscures.
(pour + d'info)




 

L'Oracle te voit Invité et tu es en train de rêvasser!!! Prends ta plume et va poster!
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 La piste du Roi des rois [Ezio]

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MessageSujet: La piste du Roi des rois [Ezio]   Lun 11 Sep - 18:42

-Au fait Shepherd… Commença Aleksey d’une voix éteinte. Il toussa. Le sable s’engouffrait dans sa gorge, ses yeux. Seule ses combinaisons noires empêchaient l’intrusion du sable brulant. Et il était fatigué. Il n’avait de cesse de préparer des toniques magiques qui, en le renforçant pour une journée de plus l’avaient chaque jour davantage épuisé intérieurement. Ses pensées dérivaient sans cesse et il rêvait d’une couleur brune qu’il avait vu autrefois : noisette, aveline peut-être...

*

Jeudi 3 août, nuit du 4 août, le départ.

Alieksandr entendait encore la voix de moldue résonnant dans le hall comme amplifiée par « Sonorus » ( quoique mal lancé, il y avait du grésillement et la voix n’était pas toujours claire) :

« Le vol numéro XXXXXXX à destination de Téhéran. La porte d’embarquement XXX. Ladies and gentlemen... ». La très longue attente – si bien organisés qu’ils fussent les moldus mettaient un temps fou pour se préparer à couvrir, sans magie et par les airs la distance entre Inverness et Téhéran- était insupportable pour un sorcier tel que lui. Il y avait plus de six mille kilomètres, transbordés à travers un étonnant appareil aux angles lustrés et cylindriques, gigantesque et blanc, pourvu d’ailes titanesques et immobiles, et de rouleaux qui agissaient comme autant de bouches à feu ainsi que d’un grand nombre de siège en son intérieur. Un personnel diligent et sélectionné parmi la portion supérieure point de vue physique du genre humain y officiait et Aleksey, qui ne pouvait de se demander ce qu’il faisait là, se montrait fort civil avec les stewards et hôtesses, jouant à merveille son rôle de trekkeur insatiable d’aventure. Il en portait tout l’attirail sur lui comme sur son bagage: sacs à dos de marcheurs, lunettes noires, bottes et baskets renforcées de randonneurs. Avec son accent et ses airs d’aventuriers il se surprenait à intéresser des hôtesses qui, quoique fort professionnelles et très affairées répondaient à toutes ses blagues. Ce passage sur le terrain du flirt leur faisait oublier que lorsqu’on lui demandait sa carte d’embarquement il donnait ses papiers d’identités, qu’il ne savait pas ce qu’était un bagage à main et qu’il y avait eu un moment de flottement lorsqu’il avait du jeter discrètement un sortilège de confusion comme on manquait de se rendre compte, qu’il cachait à sa taille un fine trique de bois. Nerveux Al’ ? Pas du tout, juste qu’il n’aurait pas aimé se faire arrêter par la police moldue. Déjà qu’il avait dû se laisser palper...

Pourtant il avait déjà pris l’avion, pour moindre une durée certes. Un voyage oriental, un autre, enjambant les collines et forêts vers le Fleuve Rouge, au dessus des montagnes, par delà les eaux et les monts d’Occident. Sachant la durée du précèdent voyage, plus court, Menroth ne s’attendait pas à arriver dans le désert avant plusieurs jours.

Comme le transport, la recherche et la détention de plumes de Homa figuraient en classe A sur la liste des substances catégoriquement interdites au même titre que les œufs de dragon ( ce qui n’empêchait évidemment pas tout ce qui se trouvait sur ladite liste de se vendre le prix d’un royaume sous le manteau) pour l’aventure qui va suivre il avait fallu employer le mode moldu dans la plus grande discrétion. A Téhéran, ils avaient un contact. Il leur fallait déterminer le bon endroits, mais ils avaient pour eux un faisceaux d’indices concordant. Un peu d’hélicopter ( un avion à hélice) et ils seraient lâchés dans un vaste territoire désertique où disait-on au prix de quelques danger les plus rusés parvenaient à atteindre le Temple du Homa.

Mais notre narration va trop vite et je ne vous ai même pas présenté, comme le veut la tradition, ni les protagonistes de cette épopée, ni ce qui les avait motivé à quitter la tiédeur de leurs foyers ni mêmes je ne vous ai donné un avant-goût des probables péripéties qui se présenteront à eux là où ils iront.

*

Près du feu donc, lors du grand festival magico-moldu de Greenock, première édition, Alieksandr avait fait la connaissance d’Ezio Shepherd, barde de son état ( et accessoirement grand frère d’une jeune femme qu’il avait l’heur d’avoir rencontré et pour laquelle, sans qu’il ne se l’avoua bien il était pris d’affection). A ce moment il était en compagnie de son cousin Tobias et de son cousin Harlan. L’un était une star du Quidditch et l’autre le châtelain sorcier d’un vieux fief encore garni d’or. Étaient aussi présentes les sœurs Hopkins, deux superbes jeunes filles rousses qui furent à peu près tout le sel du récit que j’évoque ici et qui fut raconté en d’autres lieux. En effet, l’une fut à l’origine de ce que Tobias s’approcha de Shepherd et par voie de conséquence, qu’ Alieksandr et Shepherd se rencontrèrent et l’autre fut la raison pour laquelle la rencontre se prolongea. Pendant la soirée, outre les moldus à l’esprit chaviré qui fleurissaient comme la peste, parut sur la scène un conteur fantaisiste et intriguant, mage baroudeur entouré de ses Myrmidons. Et il exhuma de son habit fier un trésor superbe qui brilla au pale soleil de la nuit écossaise. Et quand il s’en fut allé il embrasé tant de questions et de convoitise que, raccompagnant les jeunes femmes à leurs tentes, Shepherd et Menroth ne purent aller s’étendre à leur tour, sans envoyer le cousin Tobias retrouver le voyageur.

Celui-ci fut amené à la tente d’Alieksandr par Tobias McKenzie et questionné tant qu’il voulut bien répondre. Puis l’on insista et, devant le manque de succès, on lui offrit un dernier verre de single malt, on répéta les questions et on le laissa partir. Le Homa dont la plume était le trésor subtil était une créature plus rare qu’un phénix. Ce phénix du désert du proche-Orient savait toutes langues de l’homme, il avait commandé à l’élévation au rang de dieu parmi les hommes des rois perses d’antan et des puissants Shah depuis les Achéménides, fils, filles, successeurs et descendants d’Haхāmaniš  (Achéménès ), le Roi Sage et premier roi des Perses. Le Homa était l’oiseau de la sagesse et de la connaissance.

Au final le récit était bancal et, malmené, il était revenu sur plusieurs de ses dires, s’était contredit au fur et à mesure des questions. Durant tout l’interrogatoire, mené par Tobias, Aleksey avait transmis en gaélique ses questions à son cousin, évitant le plus souvent de s’adresser directement au conteur comme pour éviter d’être charmé par une langue si habile. Et cela avait eu pour effet à la fois de mettre en confiance le porteur de la plume et de l’impressionner. Qui était donc cet écossais qui avait dressé sa tente frappée d’un « M » au centre de nombreuses tentes aux tartans divers et qui l’entouraient comme en ville on fait dresser autour du palais le bourg et les faubourgs ? Pourquoi passait-il par son « ministre », étrange zig plus célèbre que lui qui avait fait des prouesses sur son balai enchanté ? Qui était aussi ce brun au regard sombre qui les avait accompagné ?

Dès le début de l’entretien Alieksandr avait demandé à Tobias de transmettre le message suivant : « Demande lui, si en fin de compte, il me vend sa plume pour dix mille Gallions d’Or ». L’autre, outré, et sur la défensive avait fait mine de vouloir fuir, mais deux membres de la famille Menroth, qui s’étaient posté à l’entrée extérieure ouverte de la tente lui adressèrent deux sourires qui signifiaient qu’il ne valait mieux pas. Quant à transplaner c’était impossible dans cette partie du festival. Et il avait fait mine de vouloir négocier en se maudissant sans doute de s’être laissé embarquer par des sorciers aussi louches. Mais Aleksey était demeuré très calme et avait négocié patiemment jusqu’à abandonner comme on laisse filer contre trop fort, avec dignité, après s’être vu opposé une fin de non-recevoir pour une proposition à trente-cinq mille Gallions. Il aurait pût monter encore visiblement car l’argent ne semblait pas être un problème pour sa famille ( en réalité les Menroth d’Ecosse et de Londres avaient connu de biens meilleurs jours,  il y avait vingt ans que l’on vivait sur la fortune, presque à crédit, et celle-ci avait grandement décru par rapport aux jours fastes, mais l’on avait si bien appris à affecter posséder des réserves d’or illimitées…). Sans avoir eu le loisir de vérifier par ailleurs, Alieksandr imaginait qu’une plume aussi rare aurait été bradée en dessous de cinquante mille Gallions, fut-ce au marché noir et à bon prix. Surtout que, comme il l’ignorait à ce moment là, posséder une plume du Homa permettait de l’attirer. Son véritable but en négociant ainsi n’avait pas été d’acheter, mais de tester son interlocuteur pour estimer la véracité de l’artefact. Et il n’était pas déçu au vu des réactions du conteur qui n’aurait probablement pas vendu en dessous de soixante mille, peut-être quatre-vingt mille.

Lorsqu’il fut parti, Menroth partagea ses impressions avec Shepherd et McKenzie. Il croyait à la véracité de la plume (répondant ainsi à Shepherd qui le lui avait demandé un peu plus tôt) mais pas à tout le récit. Ceci dit, l’homme leur avait donné un contact sorcier sur place qui était un obscure trafiquant, lequel leur dégotterai peut-être un guide. En lui laissant trois cent Gallions d’or, Menroth estima qu’il n’en dirai pas plus.

Suite à cette rencontre, fortuite, hasardeuse et impromptue démarra, vous le comprenez désormais, une formidable aventure qui était depuis longtemps engagée et, à vrai dire sur le point de s’achever, lorsqu’Ezio et Alieksandr s’assirent ensemble, à la nuit tombée, emmitouflés pour se protéger des sables tourbillonnants du désert qui leurs fouettaient les yeux.

*
Avant de partir, Alieksandr avait confié à ses proches la charge de la préparation, principalement via son cousin Tobias qui ne cessait d’acquérir auprès de lui une place de plus en plus prépondérante (il était même probable qu’à son retour en Ewiland, Tobias ait trouvé et aménagé sa nouvelle demeure et qu’il y vive avec sa famille dans une dépendance). Bref, il avait chargé Tobias de lui trouver un moyen discret et rapide d’obtenir des papiers moldus à leurs effigies ( effigie c’était le cas de le dire tant il trouvait triste sa photo de passeport immobile). Il s’appelait donc Craig Gray ( ce qui selon lui avait tout du nom du parfait moldu), 22 ans, né à Glasgow le 12 août 94. Étudiant en Droit de l’Union Européenne ( Menroth n’avait qu’une idée assez vague de ce qu’était cette institution mais on l’avait assuré que personne ne lui poserait de question très poussée par peur de mourir d’ennui).

Il avait pris en charge le billet de Shepherd. A cette occasion il avait fait changer de l’or en monnaie magique du pays, dont les divisions comme suit étaient on ne peut plus simple pour un sorcier : 1 unité pour 58 et 1 unité de 58 pour 21. En monnaie moldue ça se compliquait ( on n’utilisait plus la division par 100 initiale de 1 rial =100 shials – tant mieux, allez donc vous remémorer une soustraction pareille- mais une encore plus pernicieuse de 10 rials valant 1 toman, sachant que 10000 toman ou 100000 rials ne valaient même pas 8 mornilles). Aleksey en avait profité pour demander innocemment à Tobias s’il connaissait le Juge Shepherd ( qu’il savait être le père de Saoirse et soupçonnait être celui d’Ezio si, comme il le pensait, son nouveau compagnon était le frère de la journaliste). Malheureusement Tobias qui connaissait un peu le juge de réputation, ne sut lui dire quels étaient les noms des enfants. Il ne put évoquer la mère, une voyante célèbre qui avait nom Gabriela.

Ils avaient du matériel de voyage moldu tel que ceux-ci en emmèneraient eux-même pour un tel voyage : tentes ( qui lui paraissaient minuscules sans agrandissement magique), moustiquaires (à quoi bon quand on pouvait employer un charme répulsif?) et autres incongruités dont ils se débarrasseraient sitôt sur place mais qui servirait à ne pas attirer l’attention. Dans tout aéroport en effet, le ministère plaçait sans doute quelques hommes de son service pour surveiller. Menroth avait été assuré que ceux qui se trouveraient ce jour-ci à l’aéroport d’Inverness n’étaient pas des plus sagaces et il fut certain qu’ils avaient du sang de troll lorsqu’il les vit en tenue de policiers moldus jouer à faire sonner, comme émerveillés, un portique de sécurité au moyen de leurs armes de service.

Après l’attente dans l’aéroport, il y eut l’attente dans l’aéroport dans la salle d’embarquement. Puis il y eut l’embarquement : une petite marche sac au dos et lunettes d’aviateur sur le nez entre œillades aux hôtesses et regards pour l’engin qui allait les transporter. Puis, une fois installé sur son siège, il se trouva nez à nez avec un écran face à lui qu’il n’osa pas utiliser bien qu’il vit les moldus autour de lui le faire. Et, de peur de mourir idiot ou de paraître suspect il enfonça dans ses oreilles les petits bouts de plastiques qui servaient à entendre le son de...du… enfin de l’appareil, mais rien ne se passa. Il tapota l’écran qui changea plusieurs fois de couleur et finit par comprendre qu’il pouvait sélectionner ce qu’il voulait regarder et qu’il suffisait d’appuyer aux endroits correspondants pour avoir accès à des histoires jouées par des moldus qu’ils appelaient :

-Ah c’est donc ça un film !
Marmonna t-il surprit d’avoir réussi à lancer une histoire familière qui s’ouvrait de nuit, dans la banlieue de Londres par l’œil perçant d’un chat tigré perché sur un muret.

A ce moment passait une hôtesse aux cheveux bouclés qui lui avait déjà sourit deux fois de façon appuyée. Elle eut un froncement de sourcils, mais dut trouver stupide l’idée et improbable qu’Alieksandr fut pour la première fois de son existence en face d’un long métrage.

Shepherd était à ses côtés. Il discutait peu, se contentant de chercher à percer les mystères de l’écran devant lui et ne souhaitant pas trop parler à son voisin.

Lorsque l’avion décolla, il avait roulé sur plusieurs dizaines de mètres et avant de prendre son envol. La pression attaqua les tympans d’Alieksandr qui eut l’envie de transplaner mais résista.

*
Téhéran était une grande ville. Une grande ville, oui sans doute ; avec son mauvais air, sa saleté et ses odeurs de fond de rues. Comme les moldus savent les édifier. La misère n’y était pas pire qu’en bien des lieux et contrastait comme ailleurs. Des tours altières et lumineuses. Le bruit des voitures qui démarrent sans cesse. Les moldus et leur incapacité chronique à créer aucune harmonie. Menroth en toucha un mot à Shepherd. « Ces moldus n’ont jamais ont le goût de rien faire d’harmonieux qui ne soit pas décrépit. Leurs constructions n’embellissent que détruites ou abandonnées ».

Lorsqu’ils sortirent de l’aéroport après onze heure de vol et une escale à Amsterdam, Menroth, sac à dos sur l’épaule avait une furieuse envie de marcher. Il prit un pas pressé et sa démarche fluide et gracieuse était saccadée d’à-coups. Il était impatient de se mettre en chasse et de quitter cette atmosphère aussi bruyante que moldue.

Il n’y avait pas une femme dont on pouvait voir les cheveux. Les hôtesses y comprit qui durant le voyage avaient recouvert leurs cheveux pour sacrifier à la loi locale. L’aéroport portait le nom d’un officier du culte. Alieksandr se sentit mal à l’aise. Lui qui ne croyait qu’à la force des pouvoirs terrestres se sentait deux fois étranger en pays dévot.

Toujours vêtu comme pour le trek, il héla devant l’aéroport un taxi qui s’empressa de charger leurs bagages dans son coffre. Alieksandr monta à l’arrière aussitôt. L’autre démarra. Avec quelques mots d’anglais et d’arabe ils parvinrent à demander au chauffeur de les mener à l’hôtel duquel ils devaient pouvoir contacter leur homme.

L’Iran était un vaste pays d’après les cartes qu’avait étudiées l’ancien duelliste. Tout le nord ouest n’était que steppes et quelques forêts qui bordaient aussi la frontière nord. La stepper était éparpillée dans le sud et quasiment inexistante au centre du pays. A l’est et au sud c’était une terre sèche et rocailleuse, presque de désert, mais repos d’une faune vivace et sauvage qui s’appuyait sur la flore de ce climat, sèche, rare mais présente. Au sud du pays, la mer étirée le long des golfes : le golfe d’Oman, au-delà duquel se déroulait toute l’Arabie qu’il faudrait peut-être visiter si l’on ne pouvait se faire indiquer ici le Temple du Homa, le golfe persique qui irriguait l’Irak, en proie aux guerres moldues, le Koweit, l’Arabie Saoudite et tous les riches Émirats. Au nord, mais enclavé et ne couvrant que le centre de la frontière était encastrée la mer Caspienne. Par delà la frontière nord les pays du monde qui mélange l’Asie et l’Europe avec une solubilité parfaite. Il y avait en Iran deux zones désertiques, de tailles similaires, au total 2000 km² où pouvaient se trouver le Temple.

*

Après quelques discutions et notamment des rencontres dans les milieux mal famés il fut établi que la piste était sérieuse. Une partie des interlocuteurs resta muette. Même l’or n’eut pas raison de leur mutisme. Il y eut des avertissements mais surtout la sensation que les deux hommes, étrangers voulaient accéder à quelque secrets trop anciens et trop perses pour eux. On ne pouvait pas leur reprocher dit Alieksandr à Ezio lorsqu’il évoqua qu’il avait ressenti cela.

Ils s’en défièrent et quelques jours plus tard, il montèrent dans un hélicoptère, étrange coucou bruyant qui les abandonna sur une dune.

Pendant les quatre heures de voyages, le moldu qui pilotait et son co-pilote posèrent quelques questions sur la manière dont ils comptaient survivre dans le désert. Bien briefés les sorciers répondirent des phrases toutes prêtes sans trop éveiller les soupçons. Les moldus durent mettre leur automaticité sur le compte de la différence de langue.

Le bruit de l’hélicoptère les distrayait de la chaleur qui n’avait de cesse de monter. On leur avait recommandé de seyants vêtements noirs derniers cris qui les garderaient au frais et, bien qu’attirant la chaleur protégerait leurs peaux des rayons du soleil parmi les plus dangereux dardés sur planète.

*

Le désert de Lout, Dasht-e-Lout, était un endroit terrible. Sitôt abandonnés là, à l’ombre d’un grand monticule de pierre rouge, ils se rendirent compte de ce que 70°Celsius n’était pas une sinécure. A l’horizon, le désert du vide s’était refermé sur eux : avec son vide absolu. Il y avait là des formes de pierres, lointaines indistinctes, recouvertes de sables et la chaleur était si épaisse et si forte qu’on avait sans arrêt soif. Trop boire pouvait être dangereux. Ils avaient tous deux reçu les conseils des guides qui traversaient le désert. Aussi sans se fatiguer à parler, Aleksey, se mit en marche un peu au hasard, quittant la route pour les dunes. Il y avait 50.000 km² de désert ici, tous leurs indices et indics corroboraient la présence, ici, quelque part du Temple du Homa. D’aucuns devaient l’avoir trouvé. Et eux le trouveraient-ils ?

Ayant peu marché mais déjà souvent mouillé ses lèvres qui cuisaient littéralement, sentant presque bouillir l’eau de ses veines sous le feu du ciel, Alieksandr réalisa qu’en réalité, il n’était pas impossible qu’ils mourussent là. Il avait affermi son courage, soudé sa volonté, jeté un regard à son compagnon qui ne manquerait pas d’être époustouflé par la beauté des paysages. Lui ne se fichait pas non plus des paysages splendides, à couper le sort, mais il n’était pas là pour cela. Et lorsqu’il dirigeait son être vers quelque chose, c’était comme une armée entière levée, entraînée et battant campagne.

Sur son dos, il avait son sac, en tous points semblable à ceux des moldus qui contenait une vaste provision d’eau sans le paraître, des vêtements de rechanges, sa pharmacopée de route, plusieurs instruments de voyage, des cartes, quelques livres, une tente magique offrant le confort qu’une tente moldue n’aurait sut procurer, des réserves de nourriture, il avait encore un peu d’or et quelques ouvrages qui pouvait aider leur recherche. Attaché sur son bagage, qui n’était pas très lourd grâce à la magie, il y avait, roulé, un tapis de perse sur lequel il dormirait, lequel lui avait coûté une fortune mais était une véritable pièce de collection.

*

La quiétude du soir, ils avaient déjà beaucoup marché et même avancé dans leur quête. L’avantage du désert était que, malgré cinquante degré d’amplitude thermique, il en faisait encore entre dix et vingt et il n’y avait guerre besoin de feu. A peine avaient-ils illuminé leur campement sous sous un escarpement de lucioles en bocal. Pour cuire le repas, un coup de baguette. Aleksey ne préparait rien qui satisfasse les papilles, mais au moins l’on mangeait à sa faim depuis hier.

Pensant que son compagnon était plutôt un  taciturne, le jeune bulgare ne lui parlait que très peu depuis le début du voyage. C’était bizarre, il le trouvait aussi étranger qui familier. Une sorte d’alter ego peut-être, qui paraissait préférer la compagnie du silence.

Menroth, s’il ne parlait pas prenait peu de repos. Il s’endormait dès qu’il s’allongeait. Dormait quelques heures, quatre ou cinq. Lorsqu’il était sûr que Shepherd était endormi au profond des nuits, il l’appelait doucement. Puis il s’éloignait. Parvenu à cent pas il prenait sa forme chevaline et allait, en quelques minutes explorer des collines lointaines. Il revenait peu avant l’aube, toujours sous forme humaine.

La journée, il fallait marcher, étudier les signes sur les pierres dressées par la nature...ou par la magie. On leur avait dit que des symboles zoroastriens indiquaient la retraite du Temple. Ils en parlaient le soir, de ces signes. En regardant dans les ouvrages, ils s’étaient habitués à leur tracés inhabituel. Cette marque sur la pierre qu’on voyait à midi, était-ce le signe où l’érosion. On prononçait des formules, baguette pointée sur les pierres. On grattait le flanc des murs naturels pour trouver des cavités. Il fallait sans cesse étudier l’activité magique ambiante, faible mais point inexistante, comme endormie.

Le soir, on dressait campement à l’ombre, Aleksey transplanait pour épargner de l’énergie et chercher le meilleur endroit. Mais Shepherd se refusait à utiliser ses pouvoirs, même au plus fort de sa fatigue. On dressait de quoi s’abriter de la poussière, tente où il faisait une chaleur infernale malgré la magie, où simples étoffes dressés qui bruissaient sous le vent. Et on lançait quelques sorts pour protéger le camps de fortune et avec aussi l’espoir que les traces magiques attireraient l’oiseau.

Nuit et jour on scrutait le vol coloré sur le bleu du ciel.

Alieksandr seul avait une baguette. Il se chargeait donc des sorts traditionnels. Ezio, quand ça le chantait pratiquait une magie selon sa façon. Ce soir là, alors que le voyage touchait à sa fin ( et quand bien même nous n’avons encore rien raconté ou presque de l’aventure) Ezio et lui campaient sur le sable. Comme il observait du coin de l’oeil le barde, le bulgare voulut poser une question, mais se ravisa et en posa une autre...

-Au fait Sheperd.
Aleksey toussa, le sable sans doute.

Il reprit.

-Au fait Shepherd… Pourriez-vous m’en dire plus sur votre magie ?


Dernière édition par Alieksandre Menroth le Mar 19 Sep - 22:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Dim 17 Sep - 17:35

Les premières minutes, il fallait l’avouer, l’avaient un peu angoissé.
Déjà, il prêtait excuse à la chaleur du feu ce soir-là, à l’abus de substances dont les effets avaient probablement brouillé son esprit perturbé au préalable et au contexte enchanteur du festival pour avoir accepté telle aventure. Le goût pour les vieilles pierres, le besoin d’air, l’envie d’aller toucher de plus près – voilà qu’il allait rivaliser avec Saoirse ce besoin d’apposer ses mains partout – à moins que ce ne soit une nouvelle fuite en avant de ce qui l’attendait ensuite, Le tout avait probablement pris le pas sur l’entendement.


Dans l’aéroport bondé, oppressé par la respiration d’une foule qui semblait craindre à chaque instant que les lieux ne volent en éclats, le sac fouillé un nombre incalculable de fois, en compagnie d’un homme qui paraissait opter pour la mauvaise carte chaque fois qu’on lui en demandait une, il avait été sur le point de regretter l’aventure dans laquelle il s’était embarqué tout seul. Sur le point seulement.



Les reflets du feu dansaient sur la plume. Et si elle scintillait de couleurs irisées ce n’était pas uniquement dû au jeu de la lumière. Il y avait une aura, une énergie qu’il percevait mieux que quiconque qui s’échappait d’elle. Nombreux bardes étaient prédisposés à les entrevoir. Chez les humains, on appelait ça l’âme. Pour les initiés, il s’agissait de l’Awen. Sorte d’aura qui enveloppait l’être. Notablement brillante chez les bardes ou chez certains sorciers, on l’associait à la conjugaison de la magie et du don. Plus l’aura d’un barde était lumineuse, plus celui-ci était inspiré. Chez les sorciers, elle témoignait d’une forte concentration de magie, même lorsque le sujet n’était pas encore capable de la maîtriser. Les objets magiques avaient aussi cette lueur. Et cette plume, il en était persuadé, revêtait un caractère magique qu’aucun sortilège n’aurait pu imiter.
A partir du moment où elle était apparue sous ses yeux, il n’avait pu détacher son esprit de sa provenance. Si le récit de l’homme l’avait quelque peu amusé, il était plus que probable que la véracité résidait en son appartenance au Homa.

Le Homa...
Etrange créature croisée au détour d’un roman lorsqu’il avait tout juste sept ans. Il se souvenait parfaitement de l’instant, le livre ayant été illégalement emprunté à la bibliothèque sacrée de sa grand-mère Scàtha. La vieille dame – et le mot était faible comparé à celui qu’on pouvait employer à son sujet aujourd’hui – était une lectrice compulsive et une conservatrice hors pair. Sa maison croulait littéralement sous les ouvrages et aucune pièce ne pouvait se plaindre de ne posséder sa propre bibliothèque. Aucun. Elle gardait les livres les  plus précieux dans celle du salon qui avait toujours enchanté le jeune garçon qu’il était alors. Les rangées de livres s’élevaient jusqu’au plafond qu’ils venaient caresser de leurs tranches. Pour les atteindre, pas d’échelle, seulement sa baguette. Ce qui laissait - comme elle se plaisait à le claironner la vieille femme- ses précieux hors de portée des petites mains sales.
Ezio ne pouvait s’empêcher d’imaginer aujourd'hui qu’elle avait tenté par ce biais d'exacerber leur curiosité - e qu'elle avait parfaitement réussi. A commencer par la sienne. A bien des égards, il lui ressemblait. Il avait hérité d’elle son goût pour les histoires fantastiques, les légendes, les créatures et la lecture. C’était elle qui lui avait appris à lire à l’âge de 5 ans. C’était elle qui lui avait enseigné l’histoire de l’Ecosse et entamé sa curiosité concernant l’histoire de la Magie. Et si désormais elle semblait avoir perdu la tête et murmurait d’étranges propos en gaélique que tout le monde prenait pour de la sénilité, les observateurs attentifs notaient parfois quelques échanges de regards entre eux deux et quelques sourires qui n’appartenaient qu’à eux. Elle l’avait toujours préféré, il ‘avait toujours aimée.
C’était l’été 1991, la famille venait d’accueillir le dernier Shepherd – et non le moindre – et on avait jugé que les deux aînés pourraient aller expérimenter leurs jeux d’été un peu plus loin du domicile familial déjà bouleversé. Seul dans un salon silencieux et sombre Ezio avait passé quelques heures à contempler les centaines d’ouvrages sous ses yeux. Il s’était amusé à en déchiffrer les titres, avant que son oeil ne soit attiré par une couverture racornie indiquant un ouvrage lu et relu qui avait traversé les années. « L’oiseau des rois ». De sa logique d’enfant, il avait associé – à raison – cette usure  particulière à une multitude d’utilisations et cette dernière à un intérêt extrême. S’en était alors suivi l’incroyable entreprise d’empiler quelques meubles pour atteindre l’objet de convoitise. Déjà à l’époque, la baguette faisait défaut.



Passé les premières minutes de stress – Diablha, qu’elles avaient paru interminables à bien y réfléchir – il avait fini par s’amuser de la situation, voyant qu’Alieksandre palliait sa méconnaissance du monde moldu par une conjugaison – de mains expertes - d’enchantements impliquant aussi bien la magie que son charisme personnel. Il paraissait bien plus à l’aise que ce que le barde l’imaginait être. A plusieurs reprises il devina son impatience et incompréhension de ce monde étranger et pourtant l’homme en laissait peu paraître. Adressant la parole à chacun, plaisantant avec aisance, il offrait la vision d’un homme particulièrement prolixe, à l’amabilité et au charme certains.

De son côté, Ezio avait été plus réservé. Habitué à voyager seul et à bavarder au gré des rencontres sans avoir à entretenir une conversation sur plusieurs jours, il profitait de la place qu’occupait Alieksandre pour se mettre en retrait de leur duo et laisser seul son esprit bavasser au gré de ses pensées.
Les sourires qu’il avait commencés par retenir à chaque prouesse administrative de son acolyte finirent par s’échapper malgré lui et prirent parfois le pas sur son esprit taciturne. Il se surprit à attendre avec impatience le prochain contrôle pour observer les réactions de son compagnon. Quelques taquineries fusèrent alors qu’ils étaient seuls même si ,bien vite, le barde retournait à son silence studieux. Il aimait ,à chaque voyage, profiter de cette transition qu’offrait les moyens de transports moldus. Si le transplanage avait, certes, de nombreux avantages comme manière de se déplacer, il ne pouvait en aucun cas fournir cette immersion réelle de la transition entre deux mondes. Ezio était donc tout à l’imprégnation de la terre qu’il quittait - même s’il savait, pour une fois, devoir y revenir bien vite - et n’avait de cesse d’engloutir des yeux tout ce qui passait à portée de regards, d’en mémoriser chaque sonorité et d’apprivoiser les sensations les plus probantes.
Un pincement au cœur l’étreignit lorsqu’il se remémora son premier voyage en avion, débuté ici même, à Inverness.

L'une des fouilles avait failli mal tourner quand il avait fallu vider ses poches. Extirpant de son pantalon sombre – Saoirse si tu nous lis ce n'est que le début d'une longue épopée vestimentaire– tout un tas d’objets n’ayant rien à y faire, il intrigua le personnel chargé de sécurité qui l’observa d’un oeil soupçonneux. Son sac fut à nouveau examiné et il dut une fois encore se justifier sur le nombre de plantes qu’il transportait dans de petits sachets que l’on donna à humer à des chiens dressés à discerner ce qui relevait du thérapeutique ou non. D’un air détaché, il offrit un haussement d’épaules à son compagnon de voyage, suivit d’un regard enlevé signifiant « chacun son tour » que l’autre interpréta comme il le pu.

Une fois installés, le manège reprit et tandis qu’Alieksandre régalait l’auditoire de nouvelles plaisanteries, parfait dans son rôle de Trekkeur, Ezio poursuivit l’étude silencieuse de cet homme qui l’accompagnait. Ou qu'il accompagnait, il n'avait pas encore bien défini qui était vraiment à l'origine de cette aventure. Guettant habitudes, manies langagières, et autres indices découvrant sa personnalité, il s’appliquait à en savoir le plus possible avant d’entamer le gros du voyage et s’exposer à une collaboration de plusieurs jours. L’homme avait dévoilé tant de facettes différentes que le dessin de ce qu’il était réellement avait du mal à se contourer précisément. Il lui semblait, telle une aquarelle, capable de s’étendre sur tous les terrains pour peu qu’on lui fournisse un peu d’eau.

Le barde avait observé sans mots dire les offres qu’avait tentées son compagnon pour acquérir la plume se laissant, en premier lieu, prendre au piège avant de comprendre que Menroth n’avait pas réellement eu pour intention d’acheter cette dernière. Il esquissait peu à peu le portrait d’un homme rusé, autoritaire de surcroît, mais sachant user d’un charisme et d’une habileté de ses manières qui le rendait dangereusement séduisant dans ses possibilités. Il se questionna même non sans amusement, sur sa propre volonté à participer à l’aventure.

Il avait pu constater l’importance du cercle qui entourait l’homme, capable de dissuader quiconque d’aller à l’encontre de ses désirs, et n’avait pas émis de commentaires quant aux propos échangés en gaélique tout en se doutant fortement qu’avec l’accent qu’il possédait lui-même, l’autre n’ignorait pas qu’il le parlait également.
Il avait de même attesté qu’obtenir de faux papiers avait été une simple formalité pour l’homme, quand lui-même avait bataillé de longues semaines lorsqu’il avait dû s’en procurer pour Shannon.
Enfin, impressionné par l’équipement d'Alieksandre, il dut avouer que ses affaires à lui avaient piteuse mine face à l’éclatant achalandage dont les avait pourvus le jeune Menroth.

Et s’il ne partageait pas les constatations dépitées de Menroth pour l’architecture moldue, l’hélicoptère acheva de libérer son admiration. Tout, absolument tout, semblait à portée de main de cet homme. Il émanait de lui une impression de facilité déconcertante sans que Menroth ne paraisse particulièrement imbu de sa personne ou hautain. Il savait ce qu’il voulait et comment l’obtenir et il semblait aussi naturel qu’il méritait ce qu’il obtenait.
C’était la toute première fois qu’Ezio mettait les pieds dans ce type d’objet volant. Et s’il aimait l’avion, l’hélicoptère arracha le voile de réserve qui flottait habituellement sur le barde pour le laisser exprimer de nombreuses fois et à – très - haute voix à quel point c’était incroyable, fantastique, impressionnant, exceptionnel. Secrètement, il se prit à espérer que Menroth lui proposerait d’achever la descente en parachute. Il n’en fit rien.



Il avait froid. Terriblement froid. Ou chaud. Peut-être trop chaud finalement. A vrai dire, il ne savait plus faire la différence. Rarement son corps avait été mis à si rude épreuve. Et pourtant, des épreuves, il en avait essuyées quelques-unes avec son goût pour les contrées sauvages.
La marche n’avait jamais été un problème pour lui. Il aimait ça depuis son plus jeune âge, avait le goût de l’effort et appréciait les grands espaces. Sous un soleil aussi brûlant que celui du désert, l’exercice lui avait paru cependant bien plus difficile que dans ses montagnes. Il pensait qu’après l’Everest, tout serait d’une simplicité évidente. Et pourtant, ici, ses yeux rougissaient sous l’effet du sable et du soleil. Gavés de paysages somptueux à en devenir aveugles, il commençait à penser qu’il allait vraiment les perdre sur ce voyage. Et son esprit épuisé se disait qu’après de telles visions on pouvait décemment mourir.

La soif était omniprésente et sitôt sa bouteille rangée, il sentait sa gorge se contracter à nouveau, déjà en quête de rafraîchissement. Le soir, tous ses muscles étaient douloureux, sans exception. Son épaule tirait, lancinante, sous le poids de son sac et il avait même fini par accepter la proposition d’Alieksandre de l’alléger d’un sortilège, au bout de quelques semaines. La blessure réagissait aux frottements et était de nouveau rouge et gonflée, un an après.

Il dormait mal, comme à son habitude, en proie à des cauchemars qui chaque jour venaient le narguer de leur mort dans ce désert. Les choses les plus plausibles y côtoyaient les péripéties les plus folles où venaient se greffer les personnages les plus improbables. Parfois, il s’éveillait brusquement pour se trouver seul. A de nombreuses reprises, sa curiosité échafauda quelques théories fantasques, mais jamais, il ne posa une seule question à Menroth. S’il était curieux, il respectait aussi les secrets.

Il dessinait, beaucoup, même si ses yeux malmenés conduisaient désormais une main maladroite dont la précision des traits pouvait laisser à désirer. Il esquissait aussi bien les paysages traversés que les visions qui s’invitaient. Des oiseaux mythologiques et parfois, son compagnon dans des attitudes songeuses. Un portrait de Saoirse s’invita un soir, emmitouflée d’une grande écharpe, perchée sur un rocher. L’image le hantait encore.
Et puis il écrivait. Là aussi, il lui serait probablement douloureux de déchiffrer au retour, une écriture ensablée et parfois tremblante de crampes survenues par déshydratation. Des pensées, quelques vers, parfois deux trois mots seulement ou les impressions du jour qu’il savait témoigner de la dérive de son esprit. Souvent en marchant, il se sentait divaguer vers des pensées sans queue ni tête. Les coucher sur papier l’aidait à ne pas leur succomber et à garder un esprit un tant soit peu sain.

Et pourtant, malgré la fatigue, jamais son intérêt ne s’amenuisa. Alors que ses yeux brûlaient sous le vent, le soleil et la poussière, il ne pouvait s’empêcher de les garder grand ouverts pour s’imprégner de la majesté de lieux qu’il n’aurait jamais espérer fouler. Du sable qui dessinait d’étranges formes, des ruines, des pierres, des gravures, des témoignages du passé, autant de choses à voir qu’il souhaitait graver à jamais dans sa mémoire. Et si sa voix éreintée par la soif lui arrachait la gorge à chaque mot, il ne pouvait s’empêcher de commenter chaque symbole, d’échanger sur les légendes qui peuplaient les lieux, de conter l’histoire des ruines qu’ils croisaient et de s’enthousiasmer encore et encore sur les paysages traversés.
Parfois, il parlait seul. Non pas qu’Alieksandre ne réponde à ses propos, mais son esprit fatigué, avait tendance à dériver rapidement. Il réfléchissait à haute voix, dans plusieurs langues, récitait des poèmes pour avancer, fredonnait à voix basse pour se donner du courage et finissait par se demander à lui-même de se taire pour éviter de mourir dessécher. Retombait alors un silence qui semblait leur convenir à tous les deux. Ses pensées prenaient la relève et poursuivaient l'invention de textes dont il ne se souviendrait plus le soir, hélas.

Menroth maniait la baguette aussi bien que les mots et Ezio pu l’observer chaque soir, dresser quelques sortilèges de protection alors que de son côté, il récitait quelques formules en disposant prudemment ses propres artefacts druidiques. Il s’était bien gardé cette fois-ci d’emporter quoi que ce soit qui fasse partie du paysage, même si la couleur des pigments du sables suscitait chez lui le plus vif intérêt. Avec l’âge et les rencontres, il devenait plus prudent.

Ce soir-là, littéralement vautré dans une dune, la tête sur son sac, il laissait à ses yeux le soin de profiter de l’immensité guérisseuse du ciel et son obscurité bienvenue après la lumière crue du jour. Endolori des pieds aux cheveux, Ezio souriait doucement à la nuit, se demandant s’il était fou d’aimer à ce point les choses qui le faisait souffrir.

La toux de son compagnon l’extirpa de ses rêveries et le barde tourna alors le regard vers lui. Aliksandre, lui aussi, accusait le coup. Depuis le début de leur périple, le barde l’avait vu peu à peu changer de visage, ses traits se tiraient et malgré le change qu’il essayait de donner, Ezio se demandait s’il fallait s’en inquiéter ou non.

- Sur ma magie ?

La question le surprit. Etrangement, il lui sembla que l’autre avait changé d’avis en cours de route.
La magie, donc. Il ne donnait pas vraiment ce nom là à ses actes. Il se contentait d’user de vieilles formules ancestrales, murmurant à un feu de prendre alors qu’il frottait ses allumettes, glissant quelques pierres protectrices autour de leur camp, dégainant quelques plantes pour surmonter quelques maux, et restant à l’écoute de ce qu’offrait la nature pour savoir quoi faire.

- Je … suis barde, comme vous le savez. balbutia Ezio en haussant les épaules. Sa voix rendue rauque par les bouffées de sables, lui paraissait venir d'un autre homme.

Il ne pouvait s’empêcher de se demander où l’autre voulait en venir avant de finalement rallier l’idée qu’il éprouvait peut-être un intérêt dénué d’intentions particulières pour ces rituels qu’il le voyait pratiquer jour après jour.

- On nous enseigne, entre autres choses, à pratiquer ce que les sorciers appellent la magie blanche, sans baguette. Ce sont des rituels qui puisent leurs forces dans ce que la nature a à offrir. Guérison, protection … communication. Je ne fais qu’utiliser la magie qui existe déjà tout autour de nous, je ne créé rien de nouveau. Sourit timidement le barde en s’entendant se justifier.

Il passa une main rendue rêche par le soleil sur son visage avant d’ajouter avec un soupçon d’ironie.

- Je me passerai probablement bien de la magie du sable, actuellement. J’ai l’impression qu’il essaie de fusionner avec moi mais je doute que ce soit pour communiquer.

Le barde changea de position pour soulager son dos douloureux. Ils étaient là depuis des jours, à fouiller un désert de fond en sable et une partie de son être ressentait l’excitation de la proximité de l’atteinte du but. Il savait qu’il dormirait peu ce soir. Ses yeux sombres dévisagèrent lentement son compagnon dans l'obscurité. S’il ignorait ce qu’il pouvait faire de ses nuits, il était en revanche certain qu’il ne dormait pas. Jour après jour, il devinait la fatigue plus pesante de son compagnon.

- La plupart des rites s’appuient sur les éléments, mais nous sommes aussi centrés sur l’esprit. Ainsi, nous pouvons apaiser un esprit tourmenté…
Et il m’arrive aussi d’être plus réceptif à ce qui m’entoure.
Murmura-t-il, n’osant mettre à jour ce que l’autre s’acharnait à garder discret. [color=cornflowerblue]Vous avez l’air fatigué.[ /color] Lâcha-t-il finalement ex-abrupto en se redressant un peu.

Il eut alors la vision de l’image qu’il devait offrir de son côté, les yeux rougis, le visage tanné par le soleil, amaigri très certainement, vu ce qu’ils mangeaient l’un et l’autre, une barbe naissante couronnée de quelques ombres sous les yeux. Le tout, recouvert de sable. Et il parlait de fatigue.

- Plus fatigué que nécessaire. Ajouta-t-il en souriant comme s’il s’excusait de le constater. Est-ce que …je peux vous être utile ?


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La piste du Roi des rois [Ezio]
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