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Nous sommes en avril 2018.

Au premier du mois, avec une solennité qui dément tout poisson d'avril, la presse annonce les cinq candidats à l'élection ministérielle : Maureen Kinkaid, Dylan Abercrombie, Alieksandre Menroth, Icarius Bailey et Deucalion McKingsley.




 

Et si on en profitait...
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 La piste du Roi des rois [Ezio]

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Alekseimaismoich'saispas

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Occupation : Auror de la Section Mixte - Candidat au poste de Ministre de la Magie (ULM)

MessageSujet: La piste du Roi des rois [Ezio]   Lun 11 Sep - 18:42

-Au fait Shepherd… Commença Aleksey d’une voix éteinte. Il toussa. Le sable s’engouffrait dans sa gorge, ses yeux. Seule ses combinaisons noires empêchaient l’intrusion du sable brulant. Et il était fatigué. Il n’avait de cesse de préparer des toniques magiques qui, en le renforçant pour une journée de plus l’avaient chaque jour davantage épuisé intérieurement. Ses pensées dérivaient sans cesse et il rêvait d’une couleur brune qu’il avait vu autrefois : noisette, aveline peut-être...

*

Jeudi 3 août, nuit du 4 août, le départ.

Alieksandr entendait encore la voix de moldue résonnant dans le hall comme amplifiée par « Sonorus » ( quoique mal lancé, il y avait du grésillement et la voix n’était pas toujours claire) :

« Le vol numéro XXXXXXX à destination de Téhéran. La porte d’embarquement XXX. Ladies and gentlemen... ». La très longue attente – si bien organisés qu’ils fussent les moldus mettaient un temps fou pour se préparer à couvrir, sans magie et par les airs la distance entre Inverness et Téhéran- était insupportable pour un sorcier tel que lui. Il y avait plus de six mille kilomètres, transbordés à travers un étonnant appareil aux angles lustrés et cylindriques, gigantesque et blanc, pourvu d’ailes titanesques et immobiles, et de rouleaux qui agissaient comme autant de bouches à feu ainsi que d’un grand nombre de siège en son intérieur. Un personnel diligent et sélectionné parmi la portion supérieure point de vue physique du genre humain y officiait et Aleksey, qui ne pouvait de se demander ce qu’il faisait là, se montrait fort civil avec les stewards et hôtesses, jouant à merveille son rôle de trekkeur insatiable d’aventure. Il en portait tout l’attirail sur lui comme sur son bagage: sacs à dos de marcheurs, lunettes noires, bottes et baskets renforcées de randonneurs. Avec son accent et ses airs d’aventuriers il se surprenait à intéresser des hôtesses qui, quoique fort professionnelles et très affairées répondaient à toutes ses blagues. Ce passage sur le terrain du flirt leur faisait oublier que lorsqu’on lui demandait sa carte d’embarquement il donnait ses papiers d’identités, qu’il ne savait pas ce qu’était un bagage à main et qu’il y avait eu un moment de flottement lorsqu’il avait du jeter discrètement un sortilège de confusion comme on manquait de se rendre compte, qu’il cachait à sa taille un fine trique de bois. Nerveux Al’ ? Pas du tout, juste qu’il n’aurait pas aimé se faire arrêter par la police moldue. Déjà qu’il avait dû se laisser palper...

Pourtant il avait déjà pris l’avion, pour moindre une durée certes. Un voyage oriental, un autre, enjambant les collines et forêts vers le Fleuve Rouge, au dessus des montagnes, par delà les eaux et les monts d’Occident. Sachant la durée du précèdent voyage, plus court, Menroth ne s’attendait pas à arriver dans le désert avant plusieurs jours.

Comme le transport, la recherche et la détention de plumes de Homa figuraient en classe A sur la liste des substances catégoriquement interdites au même titre que les œufs de dragon ( ce qui n’empêchait évidemment pas tout ce qui se trouvait sur ladite liste de se vendre le prix d’un royaume sous le manteau) pour l’aventure qui va suivre il avait fallu employer le mode moldu dans la plus grande discrétion. A Téhéran, ils avaient un contact. Il leur fallait déterminer le bon endroits, mais ils avaient pour eux un faisceaux d’indices concordant. Un peu d’hélicopter ( un avion à hélice) et ils seraient lâchés dans un vaste territoire désertique où disait-on au prix de quelques danger les plus rusés parvenaient à atteindre le Temple du Homa.

Mais notre narration va trop vite et je ne vous ai même pas présenté, comme le veut la tradition, ni les protagonistes de cette épopée, ni ce qui les avait motivé à quitter la tiédeur de leurs foyers ni mêmes je ne vous ai donné un avant-goût des probables péripéties qui se présenteront à eux là où ils iront.

*

Près du feu donc, lors du grand festival magico-moldu de Greenock, première édition, Alieksandr avait fait la connaissance d’Ezio Shepherd, barde de son état ( et accessoirement grand frère d’une jeune femme qu’il avait l’heur d’avoir rencontré et pour laquelle, sans qu’il ne se l’avoua bien il était pris d’affection). A ce moment il était en compagnie de son cousin Tobias et de son cousin Harlan. L’un était une star du Quidditch et l’autre le châtelain sorcier d’un vieux fief encore garni d’or. Étaient aussi présentes les sœurs Hopkins, deux superbes jeunes filles rousses qui furent à peu près tout le sel du récit que j’évoque ici et qui fut raconté en d’autres lieux. En effet, l’une fut à l’origine de ce que Tobias s’approcha de Shepherd et par voie de conséquence, qu’ Alieksandr et Shepherd se rencontrèrent et l’autre fut la raison pour laquelle la rencontre se prolongea. Pendant la soirée, outre les moldus à l’esprit chaviré qui fleurissaient comme la peste, parut sur la scène un conteur fantaisiste et intriguant, mage baroudeur entouré de ses Myrmidons. Et il exhuma de son habit fier un trésor superbe qui brilla au pale soleil de la nuit écossaise. Et quand il s’en fut allé il embrasé tant de questions et de convoitise que, raccompagnant les jeunes femmes à leurs tentes, Shepherd et Menroth ne purent aller s’étendre à leur tour, sans envoyer le cousin Tobias retrouver le voyageur.

Celui-ci fut amené à la tente d’Alieksandr par Tobias McKenzie et questionné tant qu’il voulut bien répondre. Puis l’on insista et, devant le manque de succès, on lui offrit un dernier verre de single malt, on répéta les questions et on le laissa partir. Le Homa dont la plume était le trésor subtil était une créature plus rare qu’un phénix. Ce phénix du désert du proche-Orient savait toutes langues de l’homme, il avait commandé à l’élévation au rang de dieu parmi les hommes des rois perses d’antan et des puissants Shah depuis les Achéménides, fils, filles, successeurs et descendants d’Haхāmaniš  (Achéménès ), le Roi Sage et premier roi des Perses. Le Homa était l’oiseau de la sagesse et de la connaissance.

Au final le récit était bancal et, malmené, il était revenu sur plusieurs de ses dires, s’était contredit au fur et à mesure des questions. Durant tout l’interrogatoire, mené par Tobias, Aleksey avait transmis en gaélique ses questions à son cousin, évitant le plus souvent de s’adresser directement au conteur comme pour éviter d’être charmé par une langue si habile. Et cela avait eu pour effet à la fois de mettre en confiance le porteur de la plume et de l’impressionner. Qui était donc cet écossais qui avait dressé sa tente frappée d’un « M » au centre de nombreuses tentes aux tartans divers et qui l’entouraient comme en ville on fait dresser autour du palais le bourg et les faubourgs ? Pourquoi passait-il par son « ministre », étrange zig plus célèbre que lui qui avait fait des prouesses sur son balai enchanté ? Qui était aussi ce brun au regard sombre qui les avait accompagné ?

Dès le début de l’entretien Alieksandr avait demandé à Tobias de transmettre le message suivant : « Demande lui, si en fin de compte, il me vend sa plume pour dix mille Gallions d’Or ». L’autre, outré, et sur la défensive avait fait mine de vouloir fuir, mais deux membres de la famille Menroth, qui s’étaient posté à l’entrée extérieure ouverte de la tente lui adressèrent deux sourires qui signifiaient qu’il ne valait mieux pas. Quant à transplaner c’était impossible dans cette partie du festival. Et il avait fait mine de vouloir négocier en se maudissant sans doute de s’être laissé embarquer par des sorciers aussi louches. Mais Aleksey était demeuré très calme et avait négocié patiemment jusqu’à abandonner comme on laisse filer contre trop fort, avec dignité, après s’être vu opposé une fin de non-recevoir pour une proposition à trente-cinq mille Gallions. Il aurait pût monter encore visiblement car l’argent ne semblait pas être un problème pour sa famille ( en réalité les Menroth d’Ecosse et de Londres avaient connu de biens meilleurs jours,  il y avait vingt ans que l’on vivait sur la fortune, presque à crédit, et celle-ci avait grandement décru par rapport aux jours fastes, mais l’on avait si bien appris à affecter posséder des réserves d’or illimitées…). Sans avoir eu le loisir de vérifier par ailleurs, Alieksandr imaginait qu’une plume aussi rare aurait été bradée en dessous de cinquante mille Gallions, fut-ce au marché noir et à bon prix. Surtout que, comme il l’ignorait à ce moment là, posséder une plume du Homa permettait de l’attirer. Son véritable but en négociant ainsi n’avait pas été d’acheter, mais de tester son interlocuteur pour estimer la véracité de l’artefact. Et il n’était pas déçu au vu des réactions du conteur qui n’aurait probablement pas vendu en dessous de soixante mille, peut-être quatre-vingt mille.

Lorsqu’il fut parti, Menroth partagea ses impressions avec Shepherd et McKenzie. Il croyait à la véracité de la plume (répondant ainsi à Shepherd qui le lui avait demandé un peu plus tôt) mais pas à tout le récit. Ceci dit, l’homme leur avait donné un contact sorcier sur place qui était un obscure trafiquant, lequel leur dégotterai peut-être un guide. En lui laissant trois cent Gallions d’or, Menroth estima qu’il n’en dirai pas plus.

Suite à cette rencontre, fortuite, hasardeuse et impromptue démarra, vous le comprenez désormais, une formidable aventure qui était depuis longtemps engagée et, à vrai dire sur le point de s’achever, lorsqu’Ezio et Alieksandr s’assirent ensemble, à la nuit tombée, emmitouflés pour se protéger des sables tourbillonnants du désert qui leurs fouettaient les yeux.

*
Avant de partir, Alieksandr avait confié à ses proches la charge de la préparation, principalement via son cousin Tobias qui ne cessait d’acquérir auprès de lui une place de plus en plus prépondérante (il était même probable qu’à son retour en Ewiland, Tobias ait trouvé et aménagé sa nouvelle demeure et qu’il y vive avec sa famille dans une dépendance). Bref, il avait chargé Tobias de lui trouver un moyen discret et rapide d’obtenir des papiers moldus à leurs effigies ( effigie c’était le cas de le dire tant il trouvait triste sa photo de passeport immobile). Il s’appelait donc Craig Gray ( ce qui selon lui avait tout du nom du parfait moldu), 22 ans, né à Glasgow le 12 août 94. Étudiant en Droit de l’Union Européenne ( Menroth n’avait qu’une idée assez vague de ce qu’était cette institution mais on l’avait assuré que personne ne lui poserait de question très poussée par peur de mourir d’ennui).

Il avait pris en charge le billet de Shepherd. A cette occasion il avait fait changer de l’or en monnaie magique du pays, dont les divisions comme suit étaient on ne peut plus simple pour un sorcier : 1 unité pour 58 et 1 unité de 58 pour 21. En monnaie moldue ça se compliquait ( on n’utilisait plus la division par 100 initiale de 1 rial =100 shials – tant mieux, allez donc vous remémorer une soustraction pareille- mais une encore plus pernicieuse de 10 rials valant 1 toman, sachant que 10000 toman ou 100000 rials ne valaient même pas 8 mornilles). Aleksey en avait profité pour demander innocemment à Tobias s’il connaissait le Juge Shepherd ( qu’il savait être le père de Saoirse et soupçonnait être celui d’Ezio si, comme il le pensait, son nouveau compagnon était le frère de la journaliste). Malheureusement Tobias qui connaissait un peu le juge de réputation, ne sut lui dire quels étaient les noms des enfants. Il ne put évoquer la mère, une voyante célèbre qui avait nom Gabriela.

Ils avaient du matériel de voyage moldu tel que ceux-ci en emmèneraient eux-même pour un tel voyage : tentes ( qui lui paraissaient minuscules sans agrandissement magique), moustiquaires (à quoi bon quand on pouvait employer un charme répulsif?) et autres incongruités dont ils se débarrasseraient sitôt sur place mais qui servirait à ne pas attirer l’attention. Dans tout aéroport en effet, le ministère plaçait sans doute quelques hommes de son service pour surveiller. Menroth avait été assuré que ceux qui se trouveraient ce jour-ci à l’aéroport d’Inverness n’étaient pas des plus sagaces et il fut certain qu’ils avaient du sang de troll lorsqu’il les vit en tenue de policiers moldus jouer à faire sonner, comme émerveillés, un portique de sécurité au moyen de leurs armes de service.

Après l’attente dans l’aéroport, il y eut l’attente dans l’aéroport dans la salle d’embarquement. Puis il y eut l’embarquement : une petite marche sac au dos et lunettes d’aviateur sur le nez entre œillades aux hôtesses et regards pour l’engin qui allait les transporter. Puis, une fois installé sur son siège, il se trouva nez à nez avec un écran face à lui qu’il n’osa pas utiliser bien qu’il vit les moldus autour de lui le faire. Et, de peur de mourir idiot ou de paraître suspect il enfonça dans ses oreilles les petits bouts de plastiques qui servaient à entendre le son de...du… enfin de l’appareil, mais rien ne se passa. Il tapota l’écran qui changea plusieurs fois de couleur et finit par comprendre qu’il pouvait sélectionner ce qu’il voulait regarder et qu’il suffisait d’appuyer aux endroits correspondants pour avoir accès à des histoires jouées par des moldus qu’ils appelaient :

-Ah c’est donc ça un film !
Marmonna t-il surprit d’avoir réussi à lancer une histoire familière qui s’ouvrait de nuit, dans la banlieue de Londres par l’œil perçant d’un chat tigré perché sur un muret.

A ce moment passait une hôtesse aux cheveux bouclés qui lui avait déjà sourit deux fois de façon appuyée. Elle eut un froncement de sourcils, mais dut trouver stupide l’idée et improbable qu’Alieksandr fut pour la première fois de son existence en face d’un long métrage.

Shepherd était à ses côtés. Il discutait peu, se contentant de chercher à percer les mystères de l’écran devant lui et ne souhaitant pas trop parler à son voisin.

Lorsque l’avion décolla, il avait roulé sur plusieurs dizaines de mètres et avant de prendre son envol. La pression attaqua les tympans d’Alieksandr qui eut l’envie de transplaner mais résista.

*
Téhéran était une grande ville. Une grande ville, oui sans doute ; avec son mauvais air, sa saleté et ses odeurs de fond de rues. Comme les moldus savent les édifier. La misère n’y était pas pire qu’en bien des lieux et contrastait comme ailleurs. Des tours altières et lumineuses. Le bruit des voitures qui démarrent sans cesse. Les moldus et leur incapacité chronique à créer aucune harmonie. Menroth en toucha un mot à Shepherd. « Ces moldus n’ont jamais ont le goût de rien faire d’harmonieux qui ne soit pas décrépit. Leurs constructions n’embellissent que détruites ou abandonnées ».

Lorsqu’ils sortirent de l’aéroport après onze heure de vol et une escale à Amsterdam, Menroth, sac à dos sur l’épaule avait une furieuse envie de marcher. Il prit un pas pressé et sa démarche fluide et gracieuse était saccadée d’à-coups. Il était impatient de se mettre en chasse et de quitter cette atmosphère aussi bruyante que moldue.

Il n’y avait pas une femme dont on pouvait voir les cheveux. Les hôtesses y comprit qui durant le voyage avaient recouvert leurs cheveux pour sacrifier à la loi locale. L’aéroport portait le nom d’un officier du culte. Alieksandr se sentit mal à l’aise. Lui qui ne croyait qu’à la force des pouvoirs terrestres se sentait deux fois étranger en pays dévot.

Toujours vêtu comme pour le trek, il héla devant l’aéroport un taxi qui s’empressa de charger leurs bagages dans son coffre. Alieksandr monta à l’arrière aussitôt. L’autre démarra. Avec quelques mots d’anglais et d’arabe ils parvinrent à demander au chauffeur de les mener à l’hôtel duquel ils devaient pouvoir contacter leur homme.

L’Iran était un vaste pays d’après les cartes qu’avait étudiées l’ancien duelliste. Tout le nord ouest n’était que steppes et quelques forêts qui bordaient aussi la frontière nord. La stepper était éparpillée dans le sud et quasiment inexistante au centre du pays. A l’est et au sud c’était une terre sèche et rocailleuse, presque de désert, mais repos d’une faune vivace et sauvage qui s’appuyait sur la flore de ce climat, sèche, rare mais présente. Au sud du pays, la mer étirée le long des golfes : le golfe d’Oman, au-delà duquel se déroulait toute l’Arabie qu’il faudrait peut-être visiter si l’on ne pouvait se faire indiquer ici le Temple du Homa, le golfe persique qui irriguait l’Irak, en proie aux guerres moldues, le Koweit, l’Arabie Saoudite et tous les riches Émirats. Au nord, mais enclavé et ne couvrant que le centre de la frontière était encastrée la mer Caspienne. Par delà la frontière nord les pays du monde qui mélange l’Asie et l’Europe avec une solubilité parfaite. Il y avait en Iran deux zones désertiques, de tailles similaires, au total 2000 km² où pouvaient se trouver le Temple.

*

Après quelques discutions et notamment des rencontres dans les milieux mal famés il fut établi que la piste était sérieuse. Une partie des interlocuteurs resta muette. Même l’or n’eut pas raison de leur mutisme. Il y eut des avertissements mais surtout la sensation que les deux hommes, étrangers voulaient accéder à quelque secrets trop anciens et trop perses pour eux. On ne pouvait pas leur reprocher dit Alieksandr à Ezio lorsqu’il évoqua qu’il avait ressenti cela.

Ils s’en défièrent et quelques jours plus tard, il montèrent dans un hélicoptère, étrange coucou bruyant qui les abandonna sur une dune.

Pendant les quatre heures de voyages, le moldu qui pilotait et son co-pilote posèrent quelques questions sur la manière dont ils comptaient survivre dans le désert. Bien briefés les sorciers répondirent des phrases toutes prêtes sans trop éveiller les soupçons. Les moldus durent mettre leur automaticité sur le compte de la différence de langue.

Le bruit de l’hélicoptère les distrayait de la chaleur qui n’avait de cesse de monter. On leur avait recommandé de seyants vêtements noirs derniers cris qui les garderaient au frais et, bien qu’attirant la chaleur protégerait leurs peaux des rayons du soleil parmi les plus dangereux dardés sur planète.

*

Le désert de Lout, Dasht-e-Lout, était un endroit terrible. Sitôt abandonnés là, à l’ombre d’un grand monticule de pierre rouge, ils se rendirent compte de ce que 70°Celsius n’était pas une sinécure. A l’horizon, le désert du vide s’était refermé sur eux : avec son vide absolu. Il y avait là des formes de pierres, lointaines indistinctes, recouvertes de sables et la chaleur était si épaisse et si forte qu’on avait sans arrêt soif. Trop boire pouvait être dangereux. Ils avaient tous deux reçu les conseils des guides qui traversaient le désert. Aussi sans se fatiguer à parler, Aleksey, se mit en marche un peu au hasard, quittant la route pour les dunes. Il y avait 50.000 km² de désert ici, tous leurs indices et indics corroboraient la présence, ici, quelque part du Temple du Homa. D’aucuns devaient l’avoir trouvé. Et eux le trouveraient-ils ?

Ayant peu marché mais déjà souvent mouillé ses lèvres qui cuisaient littéralement, sentant presque bouillir l’eau de ses veines sous le feu du ciel, Alieksandr réalisa qu’en réalité, il n’était pas impossible qu’ils mourussent là. Il avait affermi son courage, soudé sa volonté, jeté un regard à son compagnon qui ne manquerait pas d’être époustouflé par la beauté des paysages. Lui ne se fichait pas non plus des paysages splendides, à couper le sort, mais il n’était pas là pour cela. Et lorsqu’il dirigeait son être vers quelque chose, c’était comme une armée entière levée, entraînée et battant campagne.

Sur son dos, il avait son sac, en tous points semblable à ceux des moldus qui contenait une vaste provision d’eau sans le paraître, des vêtements de rechanges, sa pharmacopée de route, plusieurs instruments de voyage, des cartes, quelques livres, une tente magique offrant le confort qu’une tente moldue n’aurait sut procurer, des réserves de nourriture, il avait encore un peu d’or et quelques ouvrages qui pouvait aider leur recherche. Attaché sur son bagage, qui n’était pas très lourd grâce à la magie, il y avait, roulé, un tapis de perse sur lequel il dormirait, lequel lui avait coûté une fortune mais était une véritable pièce de collection.

*

La quiétude du soir, ils avaient déjà beaucoup marché et même avancé dans leur quête. L’avantage du désert était que, malgré cinquante degré d’amplitude thermique, il en faisait encore entre dix et vingt et il n’y avait guerre besoin de feu. A peine avaient-ils illuminé leur campement sous sous un escarpement de lucioles en bocal. Pour cuire le repas, un coup de baguette. Aleksey ne préparait rien qui satisfasse les papilles, mais au moins l’on mangeait à sa faim depuis hier.

Pensant que son compagnon était plutôt un  taciturne, le jeune bulgare ne lui parlait que très peu depuis le début du voyage. C’était bizarre, il le trouvait aussi étranger qui familier. Une sorte d’alter ego peut-être, qui paraissait préférer la compagnie du silence.

Menroth, s’il ne parlait pas prenait peu de repos. Il s’endormait dès qu’il s’allongeait. Dormait quelques heures, quatre ou cinq. Lorsqu’il était sûr que Shepherd était endormi au profond des nuits, il l’appelait doucement. Puis il s’éloignait. Parvenu à cent pas il prenait sa forme chevaline et allait, en quelques minutes explorer des collines lointaines. Il revenait peu avant l’aube, toujours sous forme humaine.

La journée, il fallait marcher, étudier les signes sur les pierres dressées par la nature...ou par la magie. On leur avait dit que des symboles zoroastriens indiquaient la retraite du Temple. Ils en parlaient le soir, de ces signes. En regardant dans les ouvrages, ils s’étaient habitués à leur tracés inhabituel. Cette marque sur la pierre qu’on voyait à midi, était-ce le signe où l’érosion. On prononçait des formules, baguette pointée sur les pierres. On grattait le flanc des murs naturels pour trouver des cavités. Il fallait sans cesse étudier l’activité magique ambiante, faible mais point inexistante, comme endormie.

Le soir, on dressait campement à l’ombre, Aleksey transplanait pour épargner de l’énergie et chercher le meilleur endroit. Mais Shepherd se refusait à utiliser ses pouvoirs, même au plus fort de sa fatigue. On dressait de quoi s’abriter de la poussière, tente où il faisait une chaleur infernale malgré la magie, où simples étoffes dressés qui bruissaient sous le vent. Et on lançait quelques sorts pour protéger le camps de fortune et avec aussi l’espoir que les traces magiques attireraient l’oiseau.

Nuit et jour on scrutait le vol coloré sur le bleu du ciel.

Alieksandr seul avait une baguette. Il se chargeait donc des sorts traditionnels. Ezio, quand ça le chantait pratiquait une magie selon sa façon. Ce soir là, alors que le voyage touchait à sa fin ( et quand bien même nous n’avons encore rien raconté ou presque de l’aventure) Ezio et lui campaient sur le sable. Comme il observait du coin de l’oeil le barde, le bulgare voulut poser une question, mais se ravisa et en posa une autre...

-Au fait Sheperd.
Aleksey toussa, le sable sans doute.

Il reprit.

-Au fait Shepherd… Pourriez-vous m’en dire plus sur votre magie ?


Dernière édition par Alieksandre Menroth le Mar 19 Sep - 22:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Dim 17 Sep - 17:35

Les premières minutes, il fallait l’avouer, l’avaient un peu angoissé.
Déjà, il prêtait excuse à la chaleur du feu ce soir-là, à l’abus de substances dont les effets avaient probablement brouillé son esprit perturbé au préalable et au contexte enchanteur du festival pour avoir accepté telle aventure. Le goût pour les vieilles pierres, le besoin d’air, l’envie d’aller toucher de plus près – voilà qu’il allait rivaliser avec Saoirse ce besoin d’apposer ses mains partout – à moins que ce ne soit une nouvelle fuite en avant de ce qui l’attendait ensuite, Le tout avait probablement pris le pas sur l’entendement.


Dans l’aéroport bondé, oppressé par la respiration d’une foule qui semblait craindre à chaque instant que les lieux ne volent en éclats, le sac fouillé un nombre incalculable de fois, en compagnie d’un homme qui paraissait opter pour la mauvaise carte chaque fois qu’on lui en demandait une, il avait été sur le point de regretter l’aventure dans laquelle il s’était embarqué tout seul. Sur le point seulement.



Les reflets du feu dansaient sur la plume. Et si elle scintillait de couleurs irisées ce n’était pas uniquement dû au jeu de la lumière. Il y avait une aura, une énergie qu’il percevait mieux que quiconque qui s’échappait d’elle. Nombreux bardes étaient prédisposés à les entrevoir. Chez les humains, on appelait ça l’âme. Pour les initiés, il s’agissait de l’Awen. Sorte d’aura qui enveloppait l’être. Notablement brillante chez les bardes ou chez certains sorciers, on l’associait à la conjugaison de la magie et du don. Plus l’aura d’un barde était lumineuse, plus celui-ci était inspiré. Chez les sorciers, elle témoignait d’une forte concentration de magie, même lorsque le sujet n’était pas encore capable de la maîtriser. Les objets magiques avaient aussi cette lueur. Et cette plume, il en était persuadé, revêtait un caractère magique qu’aucun sortilège n’aurait pu imiter.
A partir du moment où elle était apparue sous ses yeux, il n’avait pu détacher son esprit de sa provenance. Si le récit de l’homme l’avait quelque peu amusé, il était plus que probable que la véracité résidait en son appartenance au Homa.

Le Homa...
Etrange créature croisée au détour d’un roman lorsqu’il avait tout juste sept ans. Il se souvenait parfaitement de l’instant, le livre ayant été illégalement emprunté à la bibliothèque sacrée de sa grand-mère Scàtha. La vieille dame – et le mot était faible comparé à celui qu’on pouvait employer à son sujet aujourd’hui – était une lectrice compulsive et une conservatrice hors pair. Sa maison croulait littéralement sous les ouvrages et aucune pièce ne pouvait se plaindre de ne posséder sa propre bibliothèque. Aucun. Elle gardait les livres les  plus précieux dans celle du salon qui avait toujours enchanté le jeune garçon qu’il était alors. Les rangées de livres s’élevaient jusqu’au plafond qu’ils venaient caresser de leurs tranches. Pour les atteindre, pas d’échelle, seulement sa baguette. Ce qui laissait - comme elle se plaisait à le claironner la vieille femme- ses précieux hors de portée des petites mains sales.
Ezio ne pouvait s’empêcher d’imaginer aujourd'hui qu’elle avait tenté par ce biais d'exacerber leur curiosité - e qu'elle avait parfaitement réussi. A commencer par la sienne. A bien des égards, il lui ressemblait. Il avait hérité d’elle son goût pour les histoires fantastiques, les légendes, les créatures et la lecture. C’était elle qui lui avait appris à lire à l’âge de 5 ans. C’était elle qui lui avait enseigné l’histoire de l’Ecosse et entamé sa curiosité concernant l’histoire de la Magie. Et si désormais elle semblait avoir perdu la tête et murmurait d’étranges propos en gaélique que tout le monde prenait pour de la sénilité, les observateurs attentifs notaient parfois quelques échanges de regards entre eux deux et quelques sourires qui n’appartenaient qu’à eux. Elle l’avait toujours préféré, il ‘avait toujours aimée.
C’était l’été 1991, la famille venait d’accueillir le dernier Shepherd – et non le moindre – et on avait jugé que les deux aînés pourraient aller expérimenter leurs jeux d’été un peu plus loin du domicile familial déjà bouleversé. Seul dans un salon silencieux et sombre Ezio avait passé quelques heures à contempler les centaines d’ouvrages sous ses yeux. Il s’était amusé à en déchiffrer les titres, avant que son oeil ne soit attiré par une couverture racornie indiquant un ouvrage lu et relu qui avait traversé les années. « L’oiseau des rois ». De sa logique d’enfant, il avait associé – à raison – cette usure  particulière à une multitude d’utilisations et cette dernière à un intérêt extrême. S’en était alors suivi l’incroyable entreprise d’empiler quelques meubles pour atteindre l’objet de convoitise. Déjà à l’époque, la baguette faisait défaut.



Passé les premières minutes de stress – Diablha, qu’elles avaient paru interminables à bien y réfléchir – il avait fini par s’amuser de la situation, voyant qu’Alieksandre palliait sa méconnaissance du monde moldu par une conjugaison – de mains expertes - d’enchantements impliquant aussi bien la magie que son charisme personnel. Il paraissait bien plus à l’aise que ce que le barde l’imaginait être. A plusieurs reprises il devina son impatience et incompréhension de ce monde étranger et pourtant l’homme en laissait peu paraître. Adressant la parole à chacun, plaisantant avec aisance, il offrait la vision d’un homme particulièrement prolixe, à l’amabilité et au charme certains.

De son côté, Ezio avait été plus réservé. Habitué à voyager seul et à bavarder au gré des rencontres sans avoir à entretenir une conversation sur plusieurs jours, il profitait de la place qu’occupait Alieksandre pour se mettre en retrait de leur duo et laisser seul son esprit bavasser au gré de ses pensées.
Les sourires qu’il avait commencés par retenir à chaque prouesse administrative de son acolyte finirent par s’échapper malgré lui et prirent parfois le pas sur son esprit taciturne. Il se surprit à attendre avec impatience le prochain contrôle pour observer les réactions de son compagnon. Quelques taquineries fusèrent alors qu’ils étaient seuls même si ,bien vite, le barde retournait à son silence studieux. Il aimait ,à chaque voyage, profiter de cette transition qu’offrait les moyens de transports moldus. Si le transplanage avait, certes, de nombreux avantages comme manière de se déplacer, il ne pouvait en aucun cas fournir cette immersion réelle de la transition entre deux mondes. Ezio était donc tout à l’imprégnation de la terre qu’il quittait - même s’il savait, pour une fois, devoir y revenir bien vite - et n’avait de cesse d’engloutir des yeux tout ce qui passait à portée de regards, d’en mémoriser chaque sonorité et d’apprivoiser les sensations les plus probantes.
Un pincement au cœur l’étreignit lorsqu’il se remémora son premier voyage en avion, débuté ici même, à Inverness.

L'une des fouilles avait failli mal tourner quand il avait fallu vider ses poches. Extirpant de son pantalon sombre – Saoirse si tu nous lis ce n'est que le début d'une longue épopée vestimentaire– tout un tas d’objets n’ayant rien à y faire, il intrigua le personnel chargé de sécurité qui l’observa d’un oeil soupçonneux. Son sac fut à nouveau examiné et il dut une fois encore se justifier sur le nombre de plantes qu’il transportait dans de petits sachets que l’on donna à humer à des chiens dressés à discerner ce qui relevait du thérapeutique ou non. D’un air détaché, il offrit un haussement d’épaules à son compagnon de voyage, suivit d’un regard enlevé signifiant « chacun son tour » que l’autre interpréta comme il le pu.

Une fois installés, le manège reprit et tandis qu’Alieksandre régalait l’auditoire de nouvelles plaisanteries, parfait dans son rôle de Trekkeur, Ezio poursuivit l’étude silencieuse de cet homme qui l’accompagnait. Ou qu'il accompagnait, il n'avait pas encore bien défini qui était vraiment à l'origine de cette aventure. Guettant habitudes, manies langagières, et autres indices découvrant sa personnalité, il s’appliquait à en savoir le plus possible avant d’entamer le gros du voyage et s’exposer à une collaboration de plusieurs jours. L’homme avait dévoilé tant de facettes différentes que le dessin de ce qu’il était réellement avait du mal à se contourer précisément. Il lui semblait, telle une aquarelle, capable de s’étendre sur tous les terrains pour peu qu’on lui fournisse un peu d’eau.

Le barde avait observé sans mots dire les offres qu’avait tentées son compagnon pour acquérir la plume se laissant, en premier lieu, prendre au piège avant de comprendre que Menroth n’avait pas réellement eu pour intention d’acheter cette dernière. Il esquissait peu à peu le portrait d’un homme rusé, autoritaire de surcroît, mais sachant user d’un charisme et d’une habileté de ses manières qui le rendait dangereusement séduisant dans ses possibilités. Il se questionna même non sans amusement, sur sa propre volonté à participer à l’aventure.

Il avait pu constater l’importance du cercle qui entourait l’homme, capable de dissuader quiconque d’aller à l’encontre de ses désirs, et n’avait pas émis de commentaires quant aux propos échangés en gaélique tout en se doutant fortement qu’avec l’accent qu’il possédait lui-même, l’autre n’ignorait pas qu’il le parlait également.
Il avait de même attesté qu’obtenir de faux papiers avait été une simple formalité pour l’homme, quand lui-même avait bataillé de longues semaines lorsqu’il avait dû s’en procurer pour Shannon.
Enfin, impressionné par l’équipement d'Alieksandre, il dut avouer que ses affaires à lui avaient piteuse mine face à l’éclatant achalandage dont les avait pourvus le jeune Menroth.

Et s’il ne partageait pas les constatations dépitées de Menroth pour l’architecture moldue, l’hélicoptère acheva de libérer son admiration. Tout, absolument tout, semblait à portée de main de cet homme. Il émanait de lui une impression de facilité déconcertante sans que Menroth ne paraisse particulièrement imbu de sa personne ou hautain. Il savait ce qu’il voulait et comment l’obtenir et il semblait aussi naturel qu’il méritait ce qu’il obtenait.
C’était la toute première fois qu’Ezio mettait les pieds dans ce type d’objet volant. Et s’il aimait l’avion, l’hélicoptère arracha le voile de réserve qui flottait habituellement sur le barde pour le laisser exprimer de nombreuses fois et à – très - haute voix à quel point c’était incroyable, fantastique, impressionnant, exceptionnel. Secrètement, il se prit à espérer que Menroth lui proposerait d’achever la descente en parachute. Il n’en fit rien.



Il avait froid. Terriblement froid. Ou chaud. Peut-être trop chaud finalement. A vrai dire, il ne savait plus faire la différence. Rarement son corps avait été mis à si rude épreuve. Et pourtant, des épreuves, il en avait essuyées quelques-unes avec son goût pour les contrées sauvages.
La marche n’avait jamais été un problème pour lui. Il aimait ça depuis son plus jeune âge, avait le goût de l’effort et appréciait les grands espaces. Sous un soleil aussi brûlant que celui du désert, l’exercice lui avait paru cependant bien plus difficile que dans ses montagnes. Il pensait qu’après l’Everest, tout serait d’une simplicité évidente. Et pourtant, ici, ses yeux rougissaient sous l’effet du sable et du soleil. Gavés de paysages somptueux à en devenir aveugles, il commençait à penser qu’il allait vraiment les perdre sur ce voyage. Et son esprit épuisé se disait qu’après de telles visions on pouvait décemment mourir.

La soif était omniprésente et sitôt sa bouteille rangée, il sentait sa gorge se contracter à nouveau, déjà en quête de rafraîchissement. Le soir, tous ses muscles étaient douloureux, sans exception. Son épaule tirait, lancinante, sous le poids de son sac et il avait même fini par accepter la proposition d’Alieksandre de l’alléger d’un sortilège, au bout de quelques semaines. La blessure réagissait aux frottements et était de nouveau rouge et gonflée, un an après.

Il dormait mal, comme à son habitude, en proie à des cauchemars qui chaque jour venaient le narguer de leur mort dans ce désert. Les choses les plus plausibles y côtoyaient les péripéties les plus folles où venaient se greffer les personnages les plus improbables. Parfois, il s’éveillait brusquement pour se trouver seul. A de nombreuses reprises, sa curiosité échafauda quelques théories fantasques, mais jamais, il ne posa une seule question à Menroth. S’il était curieux, il respectait aussi les secrets.

Il dessinait, beaucoup, même si ses yeux malmenés conduisaient désormais une main maladroite dont la précision des traits pouvait laisser à désirer. Il esquissait aussi bien les paysages traversés que les visions qui s’invitaient. Des oiseaux mythologiques et parfois, son compagnon dans des attitudes songeuses. Un portrait de Saoirse s’invita un soir, emmitouflée d’une grande écharpe, perchée sur un rocher. L’image le hantait encore.
Et puis il écrivait. Là aussi, il lui serait probablement douloureux de déchiffrer au retour, une écriture ensablée et parfois tremblante de crampes survenues par déshydratation. Des pensées, quelques vers, parfois deux trois mots seulement ou les impressions du jour qu’il savait témoigner de la dérive de son esprit. Souvent en marchant, il se sentait divaguer vers des pensées sans queue ni tête. Les coucher sur papier l’aidait à ne pas leur succomber et à garder un esprit un tant soit peu sain.

Et pourtant, malgré la fatigue, jamais son intérêt ne s’amenuisa. Alors que ses yeux brûlaient sous le vent, le soleil et la poussière, il ne pouvait s’empêcher de les garder grand ouverts pour s’imprégner de la majesté de lieux qu’il n’aurait jamais espérer fouler. Du sable qui dessinait d’étranges formes, des ruines, des pierres, des gravures, des témoignages du passé, autant de choses à voir qu’il souhaitait graver à jamais dans sa mémoire. Et si sa voix éreintée par la soif lui arrachait la gorge à chaque mot, il ne pouvait s’empêcher de commenter chaque symbole, d’échanger sur les légendes qui peuplaient les lieux, de conter l’histoire des ruines qu’ils croisaient et de s’enthousiasmer encore et encore sur les paysages traversés.
Parfois, il parlait seul. Non pas qu’Alieksandre ne réponde à ses propos, mais son esprit fatigué, avait tendance à dériver rapidement. Il réfléchissait à haute voix, dans plusieurs langues, récitait des poèmes pour avancer, fredonnait à voix basse pour se donner du courage et finissait par se demander à lui-même de se taire pour éviter de mourir dessécher. Retombait alors un silence qui semblait leur convenir à tous les deux. Ses pensées prenaient la relève et poursuivaient l'invention de textes dont il ne se souviendrait plus le soir, hélas.

Menroth maniait la baguette aussi bien que les mots et Ezio pu l’observer chaque soir, dresser quelques sortilèges de protection alors que de son côté, il récitait quelques formules en disposant prudemment ses propres artefacts druidiques. Il s’était bien gardé cette fois-ci d’emporter quoi que ce soit qui fasse partie du paysage, même si la couleur des pigments du sables suscitait chez lui le plus vif intérêt. Avec l’âge et les rencontres, il devenait plus prudent.

Ce soir-là, littéralement vautré dans une dune, la tête sur son sac, il laissait à ses yeux le soin de profiter de l’immensité guérisseuse du ciel et son obscurité bienvenue après la lumière crue du jour. Endolori des pieds aux cheveux, Ezio souriait doucement à la nuit, se demandant s’il était fou d’aimer à ce point les choses qui le faisait souffrir.

La toux de son compagnon l’extirpa de ses rêveries et le barde tourna alors le regard vers lui. Aliksandre, lui aussi, accusait le coup. Depuis le début de leur périple, le barde l’avait vu peu à peu changer de visage, ses traits se tiraient et malgré le change qu’il essayait de donner, Ezio se demandait s’il fallait s’en inquiéter ou non.

- Sur ma magie ?

La question le surprit. Etrangement, il lui sembla que l’autre avait changé d’avis en cours de route.
La magie, donc. Il ne donnait pas vraiment ce nom là à ses actes. Il se contentait d’user de vieilles formules ancestrales, murmurant à un feu de prendre alors qu’il frottait ses allumettes, glissant quelques pierres protectrices autour de leur camp, dégainant quelques plantes pour surmonter quelques maux, et restant à l’écoute de ce qu’offrait la nature pour savoir quoi faire.

- Je … suis barde, comme vous le savez. balbutia Ezio en haussant les épaules. Sa voix rendue rauque par les bouffées de sables, lui paraissait venir d'un autre homme.

Il ne pouvait s’empêcher de se demander où l’autre voulait en venir avant de finalement rallier l’idée qu’il éprouvait peut-être un intérêt dénué d’intentions particulières pour ces rituels qu’il le voyait pratiquer jour après jour.

- On nous enseigne, entre autres choses, à pratiquer ce que les sorciers appellent la magie blanche, sans baguette. Ce sont des rituels qui puisent leurs forces dans ce que la nature a à offrir. Guérison, protection … communication. Je ne fais qu’utiliser la magie qui existe déjà tout autour de nous, je ne créé rien de nouveau. Sourit timidement le barde en s’entendant se justifier.

Il passa une main rendue rêche par le soleil sur son visage avant d’ajouter avec un soupçon d’ironie.

- Je me passerai probablement bien de la magie du sable, actuellement. J’ai l’impression qu’il essaie de fusionner avec moi mais je doute que ce soit pour communiquer.

Le barde changea de position pour soulager son dos douloureux. Ils étaient là depuis des jours, à fouiller un désert de fond en sable et une partie de son être ressentait l’excitation de la proximité de l’atteinte du but. Il savait qu’il dormirait peu ce soir. Ses yeux sombres dévisagèrent lentement son compagnon dans l'obscurité. S’il ignorait ce qu’il pouvait faire de ses nuits, il était en revanche certain qu’il ne dormait pas. Jour après jour, il devinait la fatigue plus pesante de son compagnon.

- La plupart des rites s’appuient sur les éléments, mais nous sommes aussi centrés sur l’esprit. Ainsi, nous pouvons apaiser un esprit tourmenté…
Et il m’arrive aussi d’être plus réceptif à ce qui m’entoure.
Murmura-t-il, n’osant mettre à jour ce que l’autre s’acharnait à garder discret. [color=cornflowerblue]Vous avez l’air fatigué.[ /color] Lâcha-t-il finalement ex-abrupto en se redressant un peu.

Il eut alors la vision de l’image qu’il devait offrir de son côté, les yeux rougis, le visage tanné par le soleil, amaigri très certainement, vu ce qu’ils mangeaient l’un et l’autre, une barbe naissante couronnée de quelques ombres sous les yeux. Le tout, recouvert de sable. Et il parlait de fatigue.

- Plus fatigué que nécessaire. Ajouta-t-il en souriant comme s’il s’excusait de le constater. Est-ce que …je peux vous être utile ?


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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Lun 16 Oct - 15:28

La souffrance du corps était à la fois amollie par ses virées nocturnes et amplifiées par celles-ci. Il avait sous les pieds des coupures, et milles foulures dans les articulations. Le jour, cependant, il en était plus hardi, grimpant l’aplomb d’un roc pour reconnaître un promontoire nouveau et déjà aperçu, recouvert de signes. Et, à derechef vif et agile il sautait à terre non sans indiquer à Shepherd ce prochain bain d’ombre, et partait dynamique, mais comme engoncé dans une bulle de chaleur avec les mouvements soumis à une résistance semblable à celle d’une course immergée.

La vaillance et la détermination d’Aleksey, par à-coups, suante et combative faisaient écho à celles de son compagnon, non moins fermes et résolues. Shepherd pouvait cheminer longtemps avec l’allant d’un fol. Il affichait une souffrance de chaque instant. Il papillota de l’épaule jusqu’à ce que la magie n’allège son fardeau ( et pour ce barbe sans baguette c’était déjà un renoncement ). Son pas quoiqu’assez sûr avait du chancelant selon ce qu’en voyait Menroth. Il dodelinait parfois de la tête comme un mauvais dormeur, mais rien ne semblait pouvoir arrêter ce damné, mû comme un Inferius, qui creusait les sillons de ses routes à travers les déserts du monde. En vérité rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Il marchait comme on cours au combat, comme l’on se défenestre. En le regardant parfois du coin de l’oeil, Alieksandr pensa à Larsen, son Mangemort de père. Quelque part dans le temps et l’espace il savait que son père avait vécu pareille épreuve.

Pendant les pauses, il n’était pas rare que le barde dessinât. Les yeux enflés et rougis par le vent et le sable, les mains moites et tremblantes, il agissait en mouvements rendus difficiles par son état. On l’aurait dit lancé dans une mission christique. Il sacrifiait tout à l’aventure : corps, yeux et son art surtout. Alieksandr, dans ces moments, observait alentour à la recherches d’indices qui leur gouverneraient une piste pour fendre le secret du désert Iranien. Ou bien il s’affairait : là, creusant avec sa baguette pour estimer la hauteur du plateau sur lequel ils se trouvait, trouver de l’eau ou se renseigner sur leur position. Il regardait beaucoup le ciel nocturne pour cela. Mais les étoiles de l’orient étaient différentes de celles qu’il avait toujours connu et il lui fallait du temps pour s’adapter. D’autres fois il donnait du regard par senestre et dextre, comme pour monter la garde face au désert de Lut, ce personnage engourdi de vice qui n’avait qu’un seul objectif, cuire la terre. D’autres fois encore, il balayait le sable de la mire de sa baguette et en soulevait des monticules. Parfois, il entendit Shepherd qui se parlait à lui-même, tout un pied dans le délire. Il le surveillait alors et, par deux fois vint lui porter à boire.

On apercevait rarement des bêtes, mais Aleksey, dans ces moments de veille et de concentration semblait ou les sentir ou les attirer. Plusieurs fois, il scruta longuement un point indéterminé dont sortit un faucon sacré, que les locaux appelaient Balaban, comme il l’avait lu dans l’avion. Il arriva que, lorsqu’il fouillait le sol en jaillisse un nids de de serpents, entrelacs de mortels filins de cuirs sombres. Sans stress excessif ( il les gardait en joue) , il se débarrassait d’eux d’un sortilège ( soit en les scellant dans une cage de sable, soit en les embrasant d’une grande flamme soudaine). Il était nécessaire, ou du moins il semblait le penser de faire ce genre de vérifications avant de dormir quelque part car il dormait dans les ombres, qui étaient la retraites favorites des serpents, scorpions et autres salamandres. Le guépard d’Asie, maigre, cambré, in-repérable au vu de sa robe tachetée teinte désertique, était réputé roder dans les parages.

La flore n’avait pas disparu. Éparse partout et quoique rare et peu variée, elle était plus présente à l’Est, dans les dunes de Rig Yelan. Mais, puisqu’ils erraient comme deux loups solitaires collaborant pour un court instant, dans un environnement trop violent, il se passait parfois des heures, des jours, des nuits sans qu’ils ne puissent exactement établir leur position. Seuls les guidaient les signes lut sur les pierres, recopiés ou hâtivement déchiffrés et le besoin d’ombre.

Sa forme chevaline, quoi qu’inadaptée à l’environnement ( en plus il craignait d’être pris en chasse par un prédateur audacieux) donnait beaucoup d’air à Alieksandr. Galoper le libérait, il sentait à nouveau la fraîcheur du vent, il s’imaginait comme une jeune pousse d’arbre dans le premier matin du monde, sous la futaie des piliers de la terre, baobabs dantesques et sylves divins.
De faits ces virées lui donnaient l’idée du rythme de la vie du désert. Patiente, lente, fatiguée.

Ezio, pour les indices était un acharné. Il ouvrait ses yeux noircis et rougis par le sable en pleine tempête pour voir le moindre caractère effacé sur une pierre, était prêt à demeurer en plein péril aux heures dangereuses durant lesquelles l’astre diurne , haut, foudroie sans pitié le voyageur sot, pour la moindre trace sur le sable ou la pierre. Il avait connaissance d’autres histoires et se montrait une intarissable source de poésie, dans ce désert si sec qu’il en asséchait le cœur et le sang. Nul autre compagnon n’aurait mieux permis à Menroth de tenir le choc et de ne pas abandonner.

Cette soif de toutes les choses qui animait Ezio le faisait souvent sombrer dans ses crises durant lesquels, il parlait seul et se mouvait avec son incertitude habituelle. C’était ainsi en tous cas que le plus jeune des deux compagnons percevait son aîné.

Ce soir là, après avoir mis en place leur petit bivouac, ils discutaient.

-La magie blanche…

La fin de la phrase s’éteignit comme Alieksandr avalait sa salive. Quelle sécheresse ! La température avait chu si vite qu’il se sentait encore plus épuisé.

-Le sable, pour vous, c’est une magie ?
Le ton était surprit, mais cela perçait peu dans la voix très rauque qu’avait Alieksandr. Il effectuait de lent mouvements avec sa baguette et jouait à faire tournoyer un peut de sable devant lui.

Aleksey sentit peser sur lui l’attention des pupilles du barde. Il continua son occupation en faisant mine de ne pas comprendre que l’autre allait l’asticoter. L’air fatigué, hein… Il releva posément la tête avec un sourire satisfait, la bouche formant un trait recourbé coté droit. Leurs regards se croisèrent. Et Aleksey leva les sourcils, l’air de dire « Tu t’es vu » ?

Shepherd proposa son aide, en semblant se rendre compte de ce qu’il n’avait pas percé à jour l’ombre du bulgare.

-Aidez vous, Ezio. Je suis plus endurant que vous… Je ne tiens pas que grâce à la passion et à mes dessins…

Aleksey sut que c’était le moment le plus opportun. Il avait aperçu les esquisses du barde. Il s’était reconnu sur l’une d’elles. Mais ce qu’il l’avait frappé surtout, ç’avait été de reconnaître Saoirse. Shepherd avait beaucoup de talent.Même fixe, l’image ne laissait aucun doute.

-Au fait Shepherd… Je connais votre sœur.
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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Sam 28 Oct - 22:32

La magie du sable…

 « Délivrer aux yeux la beauté de mille pigments en infligeant mille douleurs. »

Il devait avouer, qu’il ne voyait plus le sable de la même façon, en cette même soirée. Ce qui lui avait jadis semblé être doux et accueillant, avait fait place à une substance particulièrement corrosive et intrusive qui n’avait aucune limite pour tenter de pénétrer à travers la peau. Cette mer d’argent qui, au début, avait offert ses couleurs mordorées à ses yeux avides, lui paraissait ce soir mille morceaux de verre destinés à user sa vue jusqu’à la cornée.

Perdu dans ses pensées, il sourit cependant.

Demain, il changerait d’avis en s’émerveillant à nouveau de ses reflets irisés. Il en était plus que persuadé.
Si le désert usait, il favorisait aussi l’inconstance de ses avis qui ne cessaient de revirer d’un sens à l’autre, entre danse macabre et paradoxe énorme. Cela lui convenait, l’immuable l’avait toujours beaucoup impressionné.

Malgré tout, il pouvait affirmer qu’il y avait de la magie dans le sable. Dans sa poussiéreuse façon de tourbillonner sous la baguette d’Alieksandre, mais aussi, sous leur pas, et dans sa majesté à couler entre les doigts, à égrainer le temps et à tracer au sol des empreintes alambiquées que le vent s’amusait à déformer à loisir, sitôt le moule envolé.

Même la plus maussade des humeurs ne saurait en effacer la magie. La sienne, comme celle d’un autre.

Dans la pénombre de la nuit qui s’abattait sur le désert, Ezio ne distinguait du visage d’Alieksandre que ce que la lumière de leur feu voulait bien lui révéler. Les ombres se découpaient sur ses traits pour le durcir un peu et gommer les joues qui le faisait paraître jeune. Dans la lueur dansante, il se dévoilait une autre page de l’homme qui l’accompagnait.
La fatigue était toujours là, mais la force se remarquait d’autant plus que le relief était adoucit par la lumière particulière de la flamme.
Le barde s’amusa de l’oeillade significative que lui adressa Menroth lorsqu’il aborda la fatigue. Les yeux de l’autre lui renvoyèrent, tel un miroir, l’image pitoyable qui émanait de son visage épuisé. Il répondit au sourire taquin par un autre sourire. Dans une autre vie, il ferait l’autoportrait du barde au désert. Quand il aurait plus de temps que nécessaire.

Haussant les épaules, il ne renchérit pas sur ses faiblesses et son endurance. Il commençait à discerner quelques éléments de la personnalité de son compagnon et se doutait que ses douleurs à l’épaule ne lui avaient pas échappées. Si le barde ne se plaignait pas, il aurait fallu être un piètre observateur pour ne pas remarquer qu’il avait régulièrement besoin de quelques plantes et appliquait certains soirs un cataplasme à l’endroit où la créature avait laissé son empreinte.

Néanmoins, il se sentait plutôt bien, malgré les douleurs inévitables d’un tel périple. Il se connaissait suffisamment pour percevoir où s’arrêterait sa robustesse, savait ses limites et entendait bien les repousser encore un peu sans causer de tort à quiconque.
Il découvrait la ténacité d’Alieksandre avec plaisir, puisqu’ils s’entrainaient l’un l’autre un peu plus loin chaque jour. Il trouva étrange ce soir que l’autre le mette en garde sur une possible rupture de sa part.
Peut-être l’avait-il vexé en proposant son aide.
Ou peut-être pas.
L’homme conservait une part de mystère que le barde admirait et ne souhaitait pas forcément mettre à jour.
Pour l'instant.

- Et encore, vous n’avez pas abordé la musique. Marmonna l’écossais en souriant derechef.

Lui souffler qu’il marchait depuis deux jours à la cadence du deuxième mouvement de la neuvième symphonie aurait certainement conforté l’autre dans la vision folle qu’il devait avoir de sa personne. Il n’existait pas pour lui de musique s’accordant mieux à l’obstination que celle-ci. Elle semblait taillée pour le marcheur tenace, pour l’insistant qui ne s’arrêterait qu’une fois son but atteint, dans un ostinato persuasif et profond dont les accélérations succédaient aux mouvements plus lents qui permettaient une reprise de souffle entre deux ascensions.
Deux jours qu’elle résonnait dans sa tête du début à la fin dans une boucle infernale qui semblait lui souffler « continue » à chaque esquisse d’un éventuel ralentissement.

Alors aux dessins et à la passion, il aurait pu ajouter la musique, sans honte.
Il garda néanmoins sa confession pour lui.

Le barde referma les yeux pour soulager ses paupière brûlantes, reposa sa tête sur son sac et en profita pour faire un état des lieux de son corps, soudainement effleuré par le doute de ne pas discerner les fameuses limites pour cause de passion. Cela arrivait, parfois.

Effectivement, elle était en grande partie ce qui le faisait tenir. Dans un désert comme dans la rue. Comme dans chacun des jours qu’il traversait depuis sa naissance.

Et quand la passion cesserait ? Il arrêterait. A quoi bon vivre sans.

Elle était selon lui le meilleur fil conducteur d’une vie. Aussi emmêlé et inextricable que solide. N’était-ce pas là la corde idéale pour franchir les étapes ?
Certains choisissaient de lui tourner le dos pour une vie plus équilibrée. Probablement moins douloureuse et plus constante. Il s’y refusait catégoriquement. C’était tout ou rien. Certainement plus bref, mais tellement plus intense. Voilà ce qui l’avait souvent confronté à son mentor. Si extérieurement, il savait se montrer placide et calme, intérieurement, il brûlait.

L’autre enchaina sur une voie des plus étranges qui fit rouvrir les yeux au barde avant qu’il n’ait pû lui demander ce qui le faisait tenir, en retour.

« Saoirse ? »

A nouveau, elle s’invitait dans l’aventure sans y être conviée. Elle avait le don d’apparaître aux moments les plus inattendus, dans les lieux les plus inopportuns. Quand elle ne surgissait pas dans son esprit pour quelques commentaires bien envoyés qu’il apparentait à sa conscience, elle glissait à travers la bouche d’un autre, créant un mouvement de surprise de sa part.
L’oeil sérieux, Ezio interrogea l’autre du regard et entama la longue danse d’un cheminement interrogatif à nouer l’esprit.

Pourquoi la mentionner maintenant ?

Pour quelle raison ne l’avait-il fait plus tôt, lorsqu’il avait donné son nom ?  

L’autre avait jeté ça en pâture, comme si ses mots étaient censés susciter une quelconque réaction chez lui. Il fut surpris de constater que … c’était bien le cas.

Il envisagea une liaison entre eux. Parce qu’Alieksandre Menroth pouvait tout à fait être le type d’homme qui plairait à Saoirse. Ce qui pourrait expliquer pourquoi cette information – capitale, visiblement – était ainsi murmurée un soir au coin du feu, comme une confidence. Pourtant l’homme n’avait pas précisé « je la connais bien » comme l’aurait fait un amant, ou même un ami. Il ne s’agissait là que d’un mot « bien », mais il faisait toute la différence. Alors pour quelle raison le nom de Saoirse venait-il s’associer à celui de Menroth ?

Haussant les épaules – une fois encore – le barde mit fin à des suppositions qui ne le regardaient pas. Il n’avait jamais fait preuve de curiosité à l’égard de la vie privée des autres et n’entendait pas entrer dans le rôle du frère qui surveille les fréquentations d’une plus jeune soeur. Elle s’en était toujours très bien sortie, seule.
Néanmoins, il lui semblait que l’homme attendait une réaction de sa part.


Se redressant une nouvelle fois, il se frotta les yeux – grave erreur – et s’étira avant de se mettre debout. Déplier son corps semblait une épreuve de plus dont il s’acquitta silencieusement pour ne pas donner raison à l’autre quant à sa forme physique.

- Elle serait plus qu’enchantée de savoir que son nom est mentionné au fin fond du désert Saoudien. Sourit-il en pensant à la réaction engendrée si elle l’apprenait.

Il l’imagina battre des mains, avoir ce sourire éblouissant qui ferait fondre le coeur d’une pierre et poser mille questions quant aux circonstances exactes de la mention de sa personne.

Ses yeux, maintenant habitués à l’obscurité distinguaient les silhouettes voluptueuses des dunes environnantes. Il en caressa le relief aux courbes rassurantes, parcourut creux et monts tout en évoquant les intonations chantantes de Saoirse. Il n’avait une fois de plus, pas pris la peine de lui dire où il partait, ne la quittant qu’en lui promettant un retour pour les obligations familiales à venir. Ce qui était en soi, une grande avancée. De son côté, que pouvait-elle faire ?
Il la savait sur une affaire importante depuis des mois mais en savait bien peu sur le côté personnel.

Il se retourna alors vers son compagnon de voyage, soudainement épris d’une pointe de curiosité fort inhabituelle.

- Où vous êtes v…  Les mots s’éteignirent dans le désert alors que le barde plissait les yeux, persuadé d’avoir entraperçu quelque chose au loin.  Diabhla … murmura-t-il alors.

Guettant le renouvellement du phénomène, Ezio attendit, droit dans la nuit, n’osant se déplacer ou même bouger de peur de perdre l’angle de vue qu’il avait. Quelques secondes plus tard, alors qu’il fixait toujours l’endroit suspect, se demandant si ses yeux endoloris ne lui jouaient pas des tours ou s’il n’était pas victime d’un mirage nocturne, la lueur éclata de nouveau au loin avant de s’éteindre. Entre temps, il avait pu distinguer une immense forme au loin.

- Menroth, j’ai eu beau me renseigner, nulle mention dans le secteur de présence de dragons, manticores, sphynx ou autres joyeusetés, vous confirmez ? Lança le barde d’une voix plus nonchalante que ne l’étaient ses pensées en réalité.

A nouveau cet éclat, qui cette fois-ci, lui permit d’identifier la forme comme trop géométrique et régulière pour un être vivant.

 « Une construction ?
Sans la voir de jour ? Impossible. »


- Venez voir ça. Enjoignit-il d’un ton qui laissait peu de place à la discussion en faisant un signe à son acolyte. On dirait que la lueur irradie à un rythme régulier… Poursuivit-il plus rêveusement.

Et se tournant vers Alieksandre, il affirma en étirant un coin de ses lèvres moqueuses :

- Je crains que cette fois-ci, vos pérégrinations nocturnes n’aient d’autre choix que s’accommoder de ma présence. Glissa-t-il dans l’obscurité sans cesser de suivre des yeux le balai lumineux qui pouvait se trouver à des lieues comme derrière la prochaine dune. Cela vous laissera l’occasion de me raconter dans quelles circonstances vous avez rencontré Saoirse. Lâcha-t-il sans se défaire de son sourire. Peut-être était-il temps finalement de mettre en lumière certains aspects de la personnalité de son compagnon.
Une preuve de plus que les avis sont inconstants. Le désert, probablement.


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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Mer 8 Nov - 18:03

Alieksandr garda un instant les yeux fermés. Il agita sa baguette et la poussière du sable retomba en lamelles fines et silencieuse. Il avait l'impression d'être un fruit tombé de l'arbre, déplacé jusqu'au désert par quelque oiseau allié des arbres pour étendre l'empire des troncs et des sylves.

L'absence d'ombres lui pesait ici le jour. La nuit le rechargeait plus profondément qu'il ne l'aurait lui-même supposé. Il avait le sentiment de se retrouver encore à Nessebar, vêtu de lin blanc et les mouvements légers, libre comme l'air sur les rives de la mer noire, il parcourait en songe les ruelles près de la Maison Grise où sa jeunesse avait vu ses premières volutes ; circonvolution imprimée pour l'éternité sur son âme, il se sentait partout chez lui dans le calme du royaume des ombres et savait trouver le repos dans les circonstances les plus inattendues : malgré la fatigue qui ne cessait de croître pourtant, il reprenait du poil de l'hippogriffe. Son esprit devenait chaque jour plus fin, plus aiguisé. Il se refermait et accédait à un état de conscience très ouvert, sentait les choses et frissonnait ; toute la terre lui avait paru s'être étendue sous ses pas de conquérant et lui l'avait refusé. En retour, il la parcourait comme un sage millénaire, attentif à chaque piège.

Alieksandr ouvrit les yeux. Si la nuit avait pût être traversée par un regard humain, on aurait vu le blanc de ses yeux devenir plus marqué malgré le sable, et il sentait à tout rompre battre son sang à ses tempes. Ses veines gonflées écarquillaient son être tout entier. Il renifla. Tout à sa méditation, il mit du temps à revenir en lui-même et à tenir compte de ses sens aiguisés qui lui signalaient plusieurs anomalies.

Mais il venait d'évoquer Saoirse et, tout en méditant désormais, il avait l'esprit qui vagabondait sur une petite île reculée de l'Ecosse. Bien que son regard fut bloquée par la nuit, Alieksandr tâcha de flairer la réaction de Shepherd. Il y avait une odeur de surprise. D'autres effluves, indistinct. Et finalement, il discerna Ezio qui haussait les épaules. Sans doute autant parce qu'il n'y avait rien à répondre à la façon dont il le lui avait dit que parce qu'il était épuisé et que parce qu'uil s'en fichait réellement. Ce n'était pas le moment pour lui. Pour Alieksandr le moment était bien choisi pour faire surgir entre eux le feu qui lui avait inspiré la jeune femme. Et il lui semblait honnête et important de dire maintenant cela à Ezio. Le barde comprendrait sans doute petit à petit mieux pourquoi Alieksandr avait été si prompt à l'entraîner. D'autant plus que le jeune bulgare employait à dessein une formulation de nature à mettre la puce à l'oreille de celui-là. Il n'avait certes vu la jeune femme qu'une seule fois et lui avait envoyé une lettre. Mais ils s'étaient suffisamment approché l'un de l'autre pour avoir senti l'ire de la flamme qu'ils pouvaient allumer ensemble. Les humains sont pyromanes : lorsqu'ils sentent qu'ils peuvent faire de deux cœurs un grand et puissant embrasement, mêmes les plus raisonnables sortent briquets et étincelles.

A aucun moment Aleksey ne doutait qu'Ezio pouvait méconnaître, ignorer ni même sous-estimer le fonctionnement de la passion. Celui-ci l'encouragea, pensa t-il, d'une phrase qui laissait entendre qu'il avait saisi l’entièreté de ce que lui avait dit son compagnon et que rien de ce qui était sous entendu ne pouvait lui échapper. Tout à la douceur et à l'évocation sibylline et fantomatique de la rencontre qui lui formait un poids près du poumon, l'attention du jeune duelliste retraité ne se déploya pas, alors qu'il avait pressenti depuis quelques minutes des signaux qui auraient dut le faire réagir depuis un moment.

Ezio s'attendrissait debout désormais ( il s'était levé sans aisance ni difficulté notable excessive) au souvenir de sa sœur en scrutant la pénombre éclairée par la lune réfléchie sur les dunes. Les ombres chaloupaient et gigotaient cependant que les vents soulevaient les grains de sables pour décompter le temps de la nuit fraîche ; il y avait un silence comme celui d'un souffle retenu au cœur de l'obscurité et, fugacement comme la rumeur du passage d'une magie dans l'air, mais ce n'était pas celle des miettes de pierre étendus par terre. Comme Shepherd s’adressait à lui, il poussa un juron et l’appela.

Mais Alieksandr avait déjà bondit sur ses pieds baguette en main. Ezio s'en querrait de savoir si une créature à la dangerosité éprouvée se trouvait dans les parages. Il répondit dans un souffle baguette pointée dans la nuit, campé sur ses jambes et les mouvements fluides, se tenant trois mètre derrières Ezio et tentant d'apercevoir ce qu'avait vu son compagnon et qu'il avait senti.

Machinalement, il informula un sort de contrôle de flammes et le petit feu prit un tour bleuâtre qui éclaira davantage, jetant une lumière froide à dix pas autour d'eux et l'on voyait encore nettement la le gros rocher qu'ils avaient remarqué en passant tout à l'heure à quarante pas. Les flammes s'élevaient à présent à hauteur d'homme et s'emparaient de teintes argentées et émeraudes qui ne dominaient pas le bleu mais dardaient sur le visage des deux hommes des lueurs salutaires.

Le temps que montent les flammes, à peine quelques instants, Alieksandr n'avait pas vu grand choses car ses yeux devaient s’habituer à une lueur plus forte. Ezio, lui, avait scruté l’obscurité, son regard s'était porté en avant et le barde l’appelait avec les ombres qui dansaient sur son visage.

Celui d'Alieksandr se tendit comme s'il allait prendre outrage et refuser d'aller nuitamment avec Shepherd comme celui-ci révélait que les évasions nocturnes de son compagnon ne lui avaient pas échappé. Soudain le feu se consuma d'un éclaire bleu qui illumina la nuit un bref instant. La baguette d'Alieksandr s'illumina et il avança. A quelques mètre de leur campement il la pointa sur un tas de sable. Des trous se creusèrent dans la butte semblable à ceux qu'un nid de serpents aurait pu fabriquer. Et vingt serpents de sables s'enfoncèrent dans la terre. Le campement serait sous la gare de ces métamorphoses. En avant maintenant.

Menroth éclaira la route en prenant garde à marcher derrière Shepherd sans beaucoup l'illuminer. De la sorte s'ils étaient attaqués par une créature nocturne celle-ci serait désarçonnée probablement par trois informations discordantes ( lumière et bruits de leurs pas respectifs) et si c'était une créature diurne, la froide lueur de sa magie au milieu de la nuit pourrait la pousser à l'erreur. Les sens aux aguets, Alieksandr ne dit rien pendant un moment avant de répondre d'une voix tranquille mais concentrée.

-Nous avons simplement fait connaissance à Londres, sur le Chemin de Travers. Nous avons pris un déjeuné. C'est un femme très intéressante.

Je ne la connais pas encore beaucoup. Mais je voulais vous le dire Ezio. Que vous sachiez que je ne vais pas vous laisser tomber... Au moins pour ne pas ternir mon image aux yeux de votre soeur.


Il y avait autant de sarcasme que d'arrogance dans ces mots. Pourtant, Alieksandr ne se fit pas désagréable en les prononçant, au contraire, c'était sa façon de faire un pacte avec Ezio. De lui dire qu'il pouvait compter sur lui. Et la froideur et la calme des yeux sombres du bulgare semblaient ne pas perdre une seule information de leur environnement.
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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Mar 28 Nov - 10:49

Le barde avait suivi des yeux les créatures sableuses envoyées par son compagnon de route en tant que gardiennes de campement. L’homme était décidément aussi habile de sa baguette que de ses palabres. Le barde se questionna silencieusement sur l’éventualité d’une potentielle faille de Menroth, avant de revenir aux serpents. Loin de le rassurer, les créatures le firent frissonner quand, aussitôt, il s’imagina l’une d’elles s’enroulant autour de sa cheville pour l’attirer vers le maelström du désert. Mourir étouffé sous une tonne de sable ne lui paraissait pas être le glissement en douceur vers les affres de la mort qu’il s’imaginait être une fin digne de ce nom. Avec le temps, il devenait exigeant sur sa propre mort.
Cela le fit sourire dans l’obscurité bleutée et il s’apprêtait à emboîter le pas à Menroth lorsqu’il réalisa que ce dernier avait la même intention. Dans un soupir, se sentant nu en comparaison de son compagnon armé, il s’élança en tête dans le sable, ne pouvant s’empêcher de jeter régulièrement un œil à ses pieds. La lumière magique qui se répandait autour d’eux lui soufflait aux yeux et à l’esprit les formes fantomatiques de rubans de sable grimpant à ses jambes si bien qu’il dût lutter à plusieurs reprises contre son imagination envoutante pour ne pas envisager de regretter l’absence de baguette.
Il leva les yeux au ciel, pour lui-même. Ce périple allait le rendre fou.

« Ferme les yeux et tu verras. »

Il redessina mentalement les contours de la plume…

Menroth, quant à lui, conversait comme s’ils étaient attablés à un pub au coin du feu, devant une pinte, ce qui désarçonnait légèrement le barde, dont les sens l’alertaient sur une nouvelle source d’ennuis vers lesquels ils se précipitaient tous deux dans un concert à quatre jambes. Pourquoi diable s’acharnait-il à poursuivre ses entreprises quand il était persuadé de courir au-devant du danger ?

Et puis, était-ce là réellement le moment propice à bavasser de Saoirse ? Lui soufflait une petite voix intérieure et irritée dont il ignorait la provenance.

« Ma parole, tu as peur… » réalisa le barde, moqueur, en s’arrêtant brusquement.

Ses dernières mésaventures le rendaient plus prudent… à moins qu’il ne s’agisse de l’âge.
Il se sentait particulièrement vulnérable en front de ligne, une baguette dans le dos et cette masse sombre et inconnue face à lui ; sans parvenir à réaliser ce qui l’effrayait le plus entre l’homme habile duquel il était à portée de baguette et l’étrange chose qui se dressait devant eux.

Après quelques secondes d’immobilité totale, il parvint à se raisonner, coupant les vivres à ses élucubrations dues à la fatigue et refusant de se laisser envahir par la peur. Il constata, avec soulagement, qu’il maîtrisait toujours ses émotions et fut de ce fait assez lucide pour capter les dernières paroles de Menroth à propos de sa sœur.

Ce dernier ne démentait pas une potentielle liaison, au contraire, et semblait vouloir souffler à l’oreille du barde le secret d’une confidence et envie de bien faire, à ses yeux. Si la forme était arrogante et un brin provocante, le barde en saisit le fond néanmoins et se retourna brusquement sur l’homme qui le suivait. L’évidence le frappa à nouveau. Bien sûr qu’il pourrait plaire à Saoirse. Plaisant à regarder, assuré et empreint de mystères et de charmes.
L’association des deux étaient intrigante quand on connaissait les expansions de Saoirse et la réserve de son compagnon de voyage, mais nullement impossible. Probablement riche. Et peut-être inquiétante aussi.

- Vous m’en voyez ravi. Souffla-t-il dans l’obscurité en dévisageant ouvertement celui qui lui faisait désormais face.

S’il ne voulait exprimer verbalement aucune intention de deviner les desseins que Menroth réservait à sa sœur, il savait néanmoins que l’autre ne se tromperait pas quant à cette observation minutieusement détaillée. Aucun avertissement - pas de méprise - seulement une curiosité nouvelle face à cet homme décidément plein de surprises.
Après un court instant durant lequel Ezio parcourut chaque trait du visage de l’autre, fasciné d’y voir jouer la lumière de sa baguette, le barde s’arma d’un léger sourire et poursuivit.

- Ainsi que rassuré. Moi qui avait peur que vous me jetiez en pâture à vos serpents, je vais pouvoir me détendre et dormir la nuit. Ajouta-t-il non sans une légère ironie plus dévouée à sa propre cause qu’à celle de l’autre.

Après l’échange d’un dernier regard scellant le pacte de loyauté l’un envers l’autre, Ezio se tourna à nouveau vers leur destination initiale et tous sens aux aguets, repris sa marche silencieuse en essayant de se concentrer sur ce qui les entourait et non sur un petit bout de femme à l’énergie dévastatrice accompagné d’une haute silhouette sombre.

- Lui avez-vous dit que nous partions ensemble ? Questionna-t-il doucement.

Pourquoi était-il intimement convaincu que cet aveu entraînerait leur double crucifixion ?

Il balaya une nouvelle fois Saoirse de ses pensées et se destina à la vue offerte par la « construction » qui se rapprochait à chaque pas.

Etrange comme l’anxiété pouvait annihiler les douleurs les plus tenaces. Alors qu’ils avançaient dans la nuit, le barde réalisait qu’il ne ressentait presque plus la fatigue tant ses muscles étaient sous tension. Son esprit, qui lui avait semblé sur le point de défaillir au cours de la journée, était désormais aussi limpide qu’un jour nouveau. Prenant garde à rester silencieux, il se déplaçait avec une souplesse dont ils n’avaient plus fait montre, l’un et l’autre, depuis des jours…
Ses yeux fouillaient l’obscurité mais voyaient peu, la baguette de Menroth projetant l’ombre de sa propre silhouette devant lui. Il se fia alors une fois de plus à ses oreilles - alliés de toujours -  pour distinguer les sons qu’ils devaient à leurs pas dans le sable et à leurs respirations, du reste. Dans son dos, il lui semblait … entendre la baguette de Menroth.

« Entendre la baguette ? »

Etait-ce possible ? D’entendre la magie ?  

Le barde ralentit, pour mieux isoler le crissement sableux de cet étrange bourdonnement.
Il résonnait autour d’eux un halo sonore diffus qui ne venait pas seulement de la baguette de son compagnon. Elle semblait vibrer en réponse à autre chose, se trouvant désormais, à quelques pas d’eux, derrière cette dune dont la silhouette géométrique se découpait avec de plus en plus de discernement dans le ciel d’encre. La forme était semblable à une pyramide dont on aurait tronqué l’un des sommets. Néanmoins, ses côtés semblaient se mouvoir, comme s’ils ondulaient.

« Tu ne peux pas prétendre que tu ne t’attendais pas à de la magie, cette fois. C’est un Homa que vous cherchez… pas une grive… »

Alors qu’il levait les yeux pour contempler une nouvelle manifestation lumineuse qui captiva chacun de ses sens comme si on l’hypnotisait, Ezio heurta quelque chose du pied et dû jouer d’équilibre pour ne pas s’écrouler dans le sable. Il se rattrapa tant bien que mal à un second obstacle qui émergeait du sol et se retourna vivement pour attester du responsable à la lumière de la baguette de Menroth, toujours derrière lui.

Ensablée jusqu’au cou, la créature de pierre qui se révéla, abordait un bec crochu, des oreilles et une somptueuse crinière. Fasciné, le barde laissa courir sa main sur la structure fraîche qui lui avait servi d’appui et y décela les mêmes contours. Un peu plus loin, sur les pentes ascendantes de la dernière dune qui les séparaient de leur objectif, on distinguait un petit monticule, dans la lignée des autres. Le barde s’y précipita en trébuchant pour découvrir le haut d’une nouvelle tête qu’il désensabla de ses paumes.

« Une allée. »

- Regardez-ça, Menroth…

« Celle d’un temple, à l’évidence. »

Et plus ils avançaient, plus la vibration était perceptible, autant auditivement que physiquement. La dune entière semblait résonner de ce bourdonnement magique.
Au creux de sa poitrine, quelque chose palpitait avec fureur. Le barde sentit renaître en lui une flamme de curiosité et d’impatience différente des autres passions qu’il avait pu expérimenter. Quelque chose d’ancien et de familier à la fois...

Emporté par la curiosité, il ne s’attarda pas sur le souvenir, mais après un signe à l’égard de son compagnon d’aventure, entama l’ascension de la dune, avec une prudence modérée, s’attachant à ne pas faire de bruit et guetter les signes d’une présence éventuelle, sans parvenir néanmoins à ne pas avaler la distance à grandes enjambées, s’aidant parfois de ses mains pour parvenir au sommet .
Là, il se laissa tomber au sol, allongé, rythmant le sable des battements de son propre cœur, incapable de détacher son regard du spectacle qui s’offrait à eux.

- smaoineachail … Lâcha-t-il, incrédule.

Au creux des dunes environnantes, bercée au sein d’une vallée de sable, s’élevait une construction sombre assimilable à un temple ancien dont les différentes parties semblaient en lévitation les unes au-dessus des autres - sans que le barde ne parvienne à discerner une éventuelle illusion d’optique d’un effet magique.


Comment avaient-ils pu rater ça en plein jour ?



HJ: Mes excuses pour le retard.
Et j’ai peut-être aussi un peu craqué. Si vraiment c’est ... too much, j’arrête de regarder des Spielberg et je me remets aux classiques.  Rolling Eyes


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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Dim 3 Déc - 19:13

Ezio avait plaisanté, et l’avait jaugé respectueusement. Sa sérénité ne s’était pas voilée un seul instant. Le jeune homme aérien et subtil affichait ses forces avec la même tranquillité froide, la mise à l’épreuve physique mise à part, qu’il avait tiré les renseignements souhaités du conteur à l’origine de l’aventure.

-Non.

Ma propre respiration lente et ample se mêlait, frisson intérieur d’un jour de fin de paix, aux inflexions de la gorge du vent.

Il entendait quelque bruit imprécis ; vague, régulier, un transport subtil et des vibrations profondes, secret caché peut-être – Aleksey sentit l’excitation commencer à lui déployer deux ailes gigantesques- dans le cœur du désert depuis la nuit originelle. Mais, et c’était rare, il éprouvait quelques difficultés à focaliser toute son attention sur la situation. A la vérité, il n’était pas moins ravi d’évoquer Saoirse, cela faisait briller une lueur de penser un peu à elle dans le désert lointain, ce terrible désert là, avachi devant eux sur son trône couronné d’étoiles argentées, sous la nuit. Un battement de cil et il parvint à revenir à l’instant présent.

Dasht était un roi de conte mythique ; impitoyable, avare et jaloux. Néanmoins souverain prestigieux il avait cents bagues à ses doigts durs, abrupts pitons de roc rouge à lancer vers l’azur bien qu‘enfoncés au sol pour l'instant, comme des lances fichées en terre au temps des premiers Titans. Ce sultan charmant, pour ne point démentir sa cruauté, hésitait longuement à crever ses visiteurs de faim, de soif ou de feu. Ses capitaines surpuissants ? Une faune endurcie qui comptait charognards, prédateurs et autres godelureaux mortels. Ministre à sa cour était le sel partout au sol qui brûlait les pieds et cent siècles d’histoire humaine.
Il avait un alcazar miraculeux à ciel ouvert ; c'était, gueule béante, le grand espace improductif, stérile mais d’une splendeur que peu contempleraient jamais, comme une œuvre d’art jalousement gardée par son propriétaire. Et sa population d’insectes, des milliards de misérables, vivait auprès du trésor sans jamais le découvrir.
Mais voilà que derrière un rideau, par hasard, chance et incantation, une nuit qu’ils allaient s’étendre pour souffrir, ils entendirent ce bruissement.

Ezio lui-même tandis que Alieksandr marchait derrière lui parut affiner ses sens. Fermant la marche en silence, Menroth sentit sa part d’ombre jaillir peu à peu de l’obscurité. Il y avait là, par l'éclat projeté de sa baguette il sentit cela de plus en plus explicitement, le siège d’une puissante force magique. Il ne mit pas davantage de temps à comprendre d’où provenait son trouble : et si cette force était plus forte que la sienne ? Ou servait d'autres desseins ? Rembruni hors du vu de Shepherd, il mit immédiatement celui-ci en joue lorsqu’il manqua choir, pivot nerveux de la baguette entre ses doigts vers le sol. Mentalement, dans le même éclair il avait déjà préparé ses sorts s’apprêtant à convoquer des noirceurs qui ne devaient pas être prononcées. Lui, fils de pyromanciens, versé dans les arts techniques du duel et les métamorphoses, n’était pas le mieux armé face aux diables et aux anges du désert. Alors quoi ? Il lui restait la magie noire et les maléfices. Mais son œil avisa brièvement qu’il n’était pas nécessaire d’attaquer quoi que ce soit.
Le barde avait trébuché sur une sorte de stèle. Il y en avait une seconde, figurant une créature. Alieksandr souffla finalement :

- Vous ne vous êtes pas fait mal ?

Pourtant déjà, Ezio jouissait des plaisirs de sa découverte sérendipitaire. Son compagnon retirait le sable de la pierre. Alieksandre lui aurait enjoint de ne pas le faire de ses mains, on ne savait quelles protections pouvaient être en vigueur ici, mais il ne dit rien, tout occupé à observer la pente qui s’offrait à eux.
Le bouillant barde partit ensuite vivement vers le sommet non sans l’appeler. Il ne se méfiait donc jamais ? Ou bien sa grande sensibilité de barde lui permettait-il de pressentir les choses ?  Alieksandr ne le suivit pas immédiatement.  Il demeura debout, tout à l’observation de l’entour. Et finalement il transplana au sommet, s’épargnant par là une ascension simple mais fortuite. De la sorte, debout, il apparut dans un bruit au sommet de la dune et vit le temple.

Il en demeura éberlué quelques secondes, puis la convoitise embrunit son cœur et il nota le maximum de détail dans sa mémoire. Flottant par une magie ancienne, les étages auraient paru avoir quelque chose d’irréel pour quelqu’un non familier de la magie. Même pour un sorcier il y avait là quelque chose d’époustouflant. Quelle magie commandait en ces lieux ?  Shepherd se signala par une exclamation gaélique. Menroth répondit d’un signe de tête affirmatif et chercha le moyen de descendre.

Le Temple, nota Menroth, avait au moins trois étages visibles de l’extérieur en sus du rez de chaussée. C’était une masse sombre, faite d’une étrange matière qui paraissait avoir les traits de la pierre et du métal. Lisse mais l’air très dure, reflétant beaucoup les lumières non sans leur donner une teinte sombre matinée d’argent ou d’opale.
Le rez-de-chaussée du Temple avait les caractéristiques, pour autant qu’il puisse en juger, d’un ouvrage de la main de l’homme : dalles ternes de la matière étrange, murs de briques tout le pourtour (il n’y avait aucune porte apparente ) du même matériau inconnu.
Ce pouvait être une grande salle carré, haute de plafond ou bien plusieurs petites pièces ou encore un dédale de couloirs labyrinthiques desservant des salles secrètes. Vu de l’extérieur en tous cas on ne voyait que ce cube long et large d’environ cent cinquante pas. Les murs avaient deux mètres cinquante de hauteur et quatre piliers de trois mètres étaient dressés aux angles. Ces piliers étaient décorés de figures encore indiscernables gravées dans la pierre. Cylindriques, ils dépassait en leur sommet du cube dans lequel ils étaient mêlées ( si bien qu’on pouvait les voir de l’extérieur et deviner qu’ils pouvaient, à l’intérieur servir de point de repère ) puis il n’y avait rien et un mètre plus haut se tenait le second étage.

Au second, à peu près au niveau des observateurs, c’était la plus grosse part du temple, une nef circulaire, en forme de beignet qui distribuait au moins six ( douze logiquement  pour autant que pouvait l’estimer Alieksandr de son point de vue ) chambres, similaires à des absidioles, régulièrement disposées en excroissance sur l’anneau que formait l’étage. Il y avait deux tours pauvres et nues, noircies décrépites dans le style oriental.
Le troisième les surplombait. On pouvait y voir une coupole sans dôme, ouverte sur la nuit, par où pénétrait dans le temple la lumière de lune, qu’un savant jeu d’agencement probablement magique distribuait dans tout le bâtiment, y compris aux étages inférieurs.

Nulle part, on ne voyait de vitres aux fenêtres qui était toutes ouvertes ainsi qu’il était en usage en bien des lieux dans tout le pays se souvint Alieksandr.

-Vous voulez descendre, j’imagine. Moi aussi, mais je n’irai pas à pied. Je vais faire une petite reconnaissance. Soyez prudent.

Menroth n’avait pas l’intention de marcher, le dénivelé était assez fort et le sable paraissait glissant, meuble, repère de scorpions certainement et peut-être même de maléfices. Il voulait gagner du temps et de l’énergie en évitant la descente. Surtout il craignait de marcher à découvert, fut-ce nuitamment. Il transplana. Il voulut aller tout près du mur, mais ressenti une sensation familière. Bloqué comme par un mur, il dut se résoudre à faire surface dans la vallée entre les dunes qui bordaient le temple à trente pas du mur. Des protections contre les magies de transmutation. Là, il prit son parti, fit signe à Ezio de loin, de commencer sa reconnaissance. Et il s’élança devenu un fougueux cheval des steppes, sans cavalier, ni mors, ni selle. Crinière battante, on reconnaissait immédiatement le chaloupé et la souplesse de sa course, la fierté de son maintien et toute sa vigueur.
Il ne lui fallait pas longtemps pour faire le tour de l’enceinte et noter ce qu’il voulait savoir.

Il rejoignit Ezio lorsque celui-ci arriva. Aleksey troublait le bourdonnement, devenu un battement comme de feuille de papier, mais plus sourd, au fur et à mesure qu’on l’on s’approchait du temple, par le bruit de ses sabots. Reprenant sa forme humaine sans prêter attention à une éventuelle interrogation de Shepherd sur le fait qu’il fut un animagus il lui dit :

-L’autre côté est exactement similaire, mais j’ai trouvé un endroit, sur la flanc droit là bas où il y a des signes. Qui je pense doivent commander à l’ouverture. Il y a une statue, plus grande aussi, dans le même style que celle que vous avez trouvé là haut. M’est avis que ce doit être là pour marquer l’entrée, reste à en percer le secret.

Venez, je vais vous montrer.

Il ne parla pas d’autre chose qu’il avait remarqué car il n’en était pas certain, d’autre part il ménageait son effet. Il continuait de se se tenir aux aguets mais semblait avoir relâché un peu son attention, car mine de rien, il avait pu avoir une vue d’ensemble de leur environnement. A mesure qu’ils longeait, assez loin du mur, le flanc du temple, le bruit oscillait et fluctuait.

Bientôt, à trente pas du carré flottant, vers l’est ( parfaitement plein est confirma le sort d’orientation cardinale que lança Menroth), ils virent sise une statue haute d’un mètre cinquante, longue de trois ( une paille dans ce désert). C’était une double statue en fait : oiseau à crinière et à bec de part et d’autre d’un rectangle de la même pierre que le temple. Sur la pierre des inscriptions dans un alphabet étrange avaient certainement mandat de protéger les secrets du Temple.
Alieksandr agita sa baguette pour souffler la poussière et éclaira le texte d’un air perplexe.

-Mmmh… Je me doutais que nous aurions à faire à pareille épreuve, je n’en suis pas moins mal préparé. Je ne sais pas lire l’arabe et encore moins cet alphabet du temps du mage Zarathoustra.

Il ne fit pas moins pourtant une étude attentive du texte à l’aide de sa baguette et, après un quart d’heure, il était à peu près certain du sens d’un signe qu’il avait lu en préparant le voyage mais jamais au cours des jours précédents.

-Iwan… je pense,
dit-il finalement partageant sa conclusion avec Shepherd en tapotant de sa baguette le signe. C’est un terme central et répété dans le texte. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, c’est exactement le genre de porche dont on fait l’entrée des temples.

Il jeta un regard circulaire alentour.

-Mais il n’y en a pas de signe…

HRP : Pas de soucis Smile !

J'espère que ça le fait !

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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Sam 16 Déc - 18:52

« Puisse la Paix divine, supérieure à tout : pouvoir et connaissances,
s'infuser en mon âme et pénétrer mon corps, afin que 
tout mon être agisse et pense et parle en parfaite harmonie 
avec la Pensée une : active, créatrice, lumineuse, éternelle ! 
Ainsi toujours demeure en moi la Paix divine, que je confirme 
par bien penser, bien parler, bien agir ---- ainsi soit ! »


Voulait-il descendre ?

Le barde ne prit pas même la peine d’encourager une telle rhétorique. Son esprit, son âme et sa passion étaient déjà là-bas, sans avoir attendu le reste de son être.


Il observa – avec une intense curiosité - la silhouette de son compagnon disparaître sous l’effet d’un transplanage parfaitement exécuté, puis en guetta la réapparition en contre-bas. Cela lui prit quelques instants pour localiser Menroth dans l’obscurité du désert. Enfin, ses yeux capturèrent la haute stature sombre et fière de con compagnon. Forçant un peu pour distinguer plus avant les gestes d’Alieksandre, le barde esquissa l’amorce d’un mouvement descendant qui eut pour conséquence de laisser filer quelques parties de sa dune dans un glissement sableux. La coulée s’égraina comme un sablier sur quelques mètres avant d’immobiliser sa cascade irrisée. Lorsqu’Ezio reporta son attention sur son compagnon, il ne restait plus en place et lieu qu’un cheval caracolant avec assurance et fierté. La bête, qu’on ne pouvait manquer d’identifier à l’allure, se mouvait avec la fougue de la jeunesse et de l’ambition. Spectacle Ô combien ensorcelant.
Le barde esquissa un rictus ironique en l’observant. Voilà qui expliquait les nuits, les traces, les absences … et la fatigue. Comment diable n’en avait-il pas aperçu plus de traces ?


Après avoir contemplé – avec ce qu’on pourrait assimiler à de l’envie - quelques instants la course folle et arrogante de la créature, le barde soupira en avisant le chemin qui le séparait de la construction magnétisante. Quatre pattes pour descendre auraient effectivement été plus que bienvenues.
Le bruissement feutré des ailes d’un aigle caressa sa mémoire. S’il avait été animagus, il savait exactement la forme qu’il aurait prise, son dos en témoignait pour lui.
Eclairé uniquement par l’astre sélénien et toujours persuadé que quelques serpents sauvages ou autres scorpions en voudraient à sa vie s’il s’enfonçait trop dans le sable, le barde hésita un instant avant de s’engager.


« Ouvre enfin, ô Soleil qui régis l'univers,
Les portails de mon âme à la Réalité, 
Voilée encore pour moi, à mes yeux éblouis,
Par les splendeurs sans nom de ton calice en feu ! 
Adoucis les rayons de ta clarté sublime 
Afin que je conçoive, en toi, ce qui est moi ! 
A travers l'irréel conduis mon âme au vrai,
Dévoile à mon regard l'illusion trompeuse,
L'erreur, la fantaisie, afin que j'aperçoive
Le chemin vers la Réalisation ! »

Caressant des yeux la surface lisse et mouvante du temple, il se perdit en rêves lointains où trésors de jadis se mêlaient à légendes d’antan.

Et si…

Son esprit déjà, entamait la danse arborescente visant à réunir toutes les pièces du puzzle. Il avait toujours aimé les énigmes et leur voile de mystère. Sa mémoire fouillait ce qu’il avait appris, ce qu’on avait conté, ce que personne n’avait pourtant jamais cru, à la recherche d’une image, d’un mot, de quelques renseignements qu’il aurait pu accoler à d’autres pour faire grandir en lui la petite flamme d’espoir qui ne demandait qu’à s’embraser.
Le sang pulsait à ses veines que la découverte était proche et bourdonnait en écho à la magie qui se dégageait de la vision s’offrant à lui. Le brasero prit comme s’allume le désir et ses yeux s’ouvrirent plus grand encore pour s’emplir du spectacle épanoui à ses pieds.
Il ne faisait aucun doute de la puissance de ce – ou ceux - qui résidait en ces lieux. Depuis le début de la quête, ils étaient tous deux conscients de s’attaquer là à une magie qui les dépassait. Ou qui en tout cas, le dépassait, lui.
Elle courrait pourtant toujours dans ses veines et répondait à l’appel de celle-là… la magie. La vraie.
L’habituel sentiment de trahison l’étreint un cours instant, avant d’être violemment balayé par la passion. La lutte infernale était toujours douloureuse, et chaque fois, une partie de lui perdait du terrain tandis qu’il perdait pied.

Rompant avec ses hésitations, il s’accroupit brutalement et saisissant à pleine main une poignée de sable, y déposa un galet blanc qu’il extirpa de l’une de ses poches, puis récita quelques phrases protectrices en gaélique avant d’enfouir le tout aussi profondément qu’il s’en octroyait le temps. Le sable était doux et déjà frais malgré les chaleurs de la journée. Il sembla au barde qu’il plongeait la main dans un liquide qui pénétrait les pores de sa peau.
Un étrange fourmillement lui étreint le bras à l’en faire sursauter. Puis se relevant aussi soudainement qu’il s’était baissé, il s’engagea soudainement dans la pente avec obstination, prenant garde de conserver le contrôle de sa vitesse. S’il pensait trop, il n’agirait jamais. Et Diabhal, il n’avait jamais autant eu envie d’approcher la magie de près qu’à cet instant précis.

Singulièrement, la vue d’en bas n’était que plus prodigieuse. Rendant l’homme plus petit encore qu’il ne s’était jamais senti, elle conférait au temple une dimension phénoménale, décuplé par l’ondulation de ses côtés.
Passant une main devant ses yeux pour être certain de ce qu’il voyait, Ezio, subjugué par la beauté stupéfiante de l’édifice s’usait le regard à en mémoriser chaque aspérité. Avec application, il tentait de saisir les jeux de lumière et couleurs de la pyramide. La forme, bien que mouvante semblait parfaite esthétiquement parlant. Associés à la vision épatante, il capta les sons, ce bourdonnement languissant, mais aussi les impressions étranges et contradictoires qui l’envahissaient. Le désir de voir, de toucher, d’entrer était plus fort que tout. En arrière-plan, les questions soulevées par une telle construction. Et saupoudrée sur les autres, en quantité suffisante pour alerter, mais néanmoins trop faible pour décourager, l’aura de danger évident.  Il semblait au barde qu’il contemplait là la pomme du jardin d’Eden, conscient que s’en saisir serait redoutable, tout en étant déjà intimement convaincu qu’il ne pourrait échapper à son destin.

Bientôt rejoint par Menroth, il fut immédiatement entraîné par celui-ci de l’autre côté de la pyramide, Alieksandre ayant mis les yeux sur quelques signes qui finirent de faire bouillir l’intérêt du barde. La construction vue de près était des plus envoûtante, au point de couper la chique au barde, qui bien qu’empli de mots, d’images et de vers à décliner, ne parvenait pas à en laisser échapper le moindre par la lice de ses lèvres. Le regard rivé sur ce qui les surplombait, il laissait toute son énergie à son esprit qui peu à peu, parvenait à assembler quelques bribes d’informations.
Malgré l’incrédulité de sa raison, il laissait libre cours à son être pour se laisser emporter par la puissance de leur incroyable découverte. L’espace d’un instant, le doute le prit – accompagné d’un violent sentiment d’horreur- qu’il ait pu brusquement plonger dans le sommeil au coin de leur feu et que tout ceci ne soit qu’un songe. La partie la plus cynique de son âme alla jusqu’à émettre la piètre hypothèse qu’il ait même sombré dans la folie. Dans les deux cas la surface de la réalité semblait s’éloigner plus que jamais et laisser transparaître dans son miroir d’écumes ses rêves d’enfant les plus audacieux.

A plusieurs reprises il secoua la tête, s’auto persuadant qu’il ne pouvait s’agir d’autre chose que la vérité. Il porta la main à son épaule, appuya volontairement sur la cicatrice ronde à travers son pull et reçu avec délice les signaux de douleur lui intimant qu’il était bien éveillé.

La statue fit briller ses yeux avec plus d’intensité qu’ils n’en avaient révélé depuis des astres. Il la contempla avec une admiration qu’on pouvait entendre aisément dans ses intonations malgré le murmure qui s’échappa de sa gorge.

-Le Homa…

Le texte révélé par Alieksandre eut raison de l’entière attention du barde. Il s’y plongea avec une concentration proche du désespoir tant ses yeux se fatiguèrent à en retracer les lettres les unes après les autres. Il entendit au lointain les remarques faites par Alieksandre, puisqu’au contraire de celui-ci, il connaissait bien cet alphabet.

- Du vieil avestique… murmura le barde dans un filet de voix. Menroth c’est… une écriture dérivée du Pehlevi…. Et…S’étouffa-t-il alors que poèmes et cantiques lui sautait à l’esprit.

A nouveau les mots furent intériorisés. Une litanie intarissable d’hypothèses les plus folles s’empara de son esprit en ébullition. Il retenait à grand peine ses doigts voulant parcourir le texte de leur pulpe, effrayé à l’idée qu’il puisse se réduire en poussière à son contact ou encore par l’éventualité de déclencher une quelconque magie ancestrale. Marmonnant syllabes sans queue ni tête il poursuivit son observation détaillée du texte pour essayer d’en dégager quelque chose qui puisse leur servir.
Il rebondit sur un mot prononcé par l’autre.

- Iwan ?

Levant brusquement ses yeux sombres vers Menroth, il lui dévoila un sourire malicieux.  

- J’ignorais que l’étendue de vos compétences comprenait également l’architecture. Lança-t-il joyeusement. Vous êtes décidément surprenant.  A bien des niveaux.Ajouta-t-il dans un sous-entendu évident. D’autres surprises ou révélations ? Regardez ça !!! Enchaîna-t-il rapidement en désignant quelque symbole. L’Iwan, effectivement apparaît ça et là . Ici, c’est l’aša, qui est répété également un certain nombre de fois.

Le barde passa une main sur son front, éprit d’un doute et scella les lèvres quelques secondes, perdu dans des conjectures qui n’appartenaient qu’à lui.

- Vous avez lu l’Avesta ?? Questionna-t-il soudainement avec passion, comme s’il s’agit du livre de chevet du commun des mortel. Le concept de l’aša met en lumière la dichotomie du bien et mal qui est la lutte principale des principes Zoroastriens. On retrouve le concept dans la plupart des religions, évidemment, avec des divinités incarnant l’un puis l’autre des deux rivages…

Perdant le calme qui le caractérisait, le barde s’anima soudain d’un feu qui lui fit oublier les principes de précautions élémentaires, sa voix prenait de l’ampleur et s’élevait dans le désert comme s’il faisait face à une foule pour conter ses légendes. Il passait des yeux de son compagnon au texte, en désignant mot après mot ceux qu’il reconnaissait pour les avoir lus, pestant à haute voix de ne pas pouvoir en faire une traduction fidèle et poussant des exclamations de triomphe chaque fois qu’il établissait un lien logique entre eux.

- C’est absolument incroyable de tomber sur un tel texte ! finit-il par murmurer, la raison reprenant le dessus sur son emportement momentané.

Levant le regard vers Alieksandre, il offrit à ce dernier un visage éclairé qui laissait entrevoir soudainement de grandes similitudes avec un autre Shepherd, caractérisée par ses propensions à l’emportement.  

- Incroyable mais aussi… amusant que ce genre de texte ait presque été réduit à néant par votre homonyme conquérant. Soupira le barde, taquin. Menroth, c’est fabuleux ! Vous vous rendez-compte ? Nous sommes face à des écrits plus vieux que la plupart des grimoires que nous utilisons en sorcellerie. Et ça… lâcha-t-il en désignant l’édifice. Dieu seul sait ce qui s’y trouve à l’intérieur.


Puis, fronçant brusquement les sourcils, il se pencha à nouveau vers les textes.

- La clé, c’est l’Iwan… sûrement. Iwan… aša… répéta-t-il. Le porche de vérité ? S’il n’y a pas de porche… est-ce qu’il ne s’agirait pas là d’une allégorie ? …  Le porche c’est le symbole du passage. Le passage de la vérité ? L’entrée de la vérité ? Le portail de vérité ?  Ou par la vérité ? réfléchissait le barde à haute voix en faisant les cents pas avant de se laisser tomber assis dans le sable face à la pyramide.

- Bon, réfléchissons. Zoroastre est connu pour avoir vécu entouré de mystère et d’événements surnaturels. Les sorciers savent qu’il était des leurs, mais les moldus l’ont toujours envisagé comme un prophète. Si certains ont pris le parti de classer ses écrits comme uniquement religieux, nous savons vous et moi que certains points sont fondés et ancrés dans la réalité… Or dans les Yašts, on mentionne souvent ces concept Zoroastriens et cette fameuse aša…  

Le barde se tut un instant et le visage fermé, poursuivit son étude approfondie de la construction mouvante.

- Et s’il s’agissait d’une épreuve de vérité ? Souleva-t-il doucement. Un grand nombre de Gathas font état de ce genre de pratiques. Combien d’hommes ont été mis à l’épreuve par ce qui s’apparentait pour eux à un dieu dans les écrits d’antan ? L’épreuve serait alors le portail ?

« Mais qui serait assez fou pour entrer dans un tel édifice ? » Se questionna le barde, l’œil brillant.

Nombreuses étaient les fois où sa curiosité lui avait joué de vilains tours. Si il n’en possédait aucune en ce qui concernait les gens, il résistait peu souvent à celle qui le poussait vers la Connaissance.

- J’imagine que vous avez relevé une douzaine de charmes plus puissants et dangereux les uns que les autres autour de notre trouvaille. Soupira le barde en coulant son regard sur la statue.  

« Je les sens aussi. »

- La statue est une représentation du Homa. La créature qui nous est - à tous deux - familière. Mais le Homa est aussi un rite de purification… Menroth, j’ai comme l’intuition que l’entrée pourrait être réservée à l’homme pur...


« Ce qu’aucun de nous deux ne peut prétendre être, j’en ai bien peur. »





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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Sam 6 Jan - 17:59

Juste ce gros cube noir qui formait le premier étage. Ce texte à déchiffrer. Pas grand-chose capable de l’arrêter. La convoitise qui coulait dans son cœur rendait parfois Menroth aveugle au danger bien qu’une partie essentielle de sa force consistât en une conscience quasi-absolue de ses propres défauts. Les manifestant consciemment, il anticipait les problèmes. Il voulait entrer et percer à jour les secrets oubliés et cachés du Homa. Shepherd voulait probablement voir et ressentir. Ce qui ne lui suffirait pas. A quel moment le barde ne voudrait-il plus avancer à force que les mystères iraniens se dérobent à eux ? Et lui-même Alieksandr pourrait-il avancer seul longtemps ? Shepherd pouvait résoudre les énigmes sans activer les pièges les plus durs à contrer aussi bien que s’appuyer nonchalamment contre le levier d’une trappe aux serpents à sonnettes. Partant de cela qu’arriverait-il si, par exemple Ezio en arrivait à penser qu’il commettait quelque chose de répréhensible ? S’il s’opposait à lui…

Menroth pensait avoir de meilleurs réflexes et être cent fois plus impitoyable mais il ne voulait pas voir Saoirse pleurer son frère disparu. Il devrait alors vraiment produire un formidable jeu d’acteur pour qu’elle l’ignore. Si elle apprenait ne fut-ce qu’il avait abandonné son frère dans une fosse emplie de serpents elle aurait raisonnablement un grief à lui porter. Si en plus elle le soupçonnait d’avoir aidé le grand-frère à choir il se trouverait en position délicate. Et puis il avait dit à Ezio qu’il le protégerait si besoin. La parole est sacrée. C’est la source de la magie. Pas le choix donc ; il avait emmené un Ezio Shepherd vivant avec deux bras, deux jambes, un Ezio Shepherd similaire il devait rapporter à Londres. Pour l’instant ça allait et ce dernier venait de lui répondre.

Inutile de dire que ces réflexions, Alieksandr les avaient menées depuis des jours et que ce n’était que dans un coup de tonnerre sourdant qu’elles lui étaient revenues. Il avait aussi noté en silence l’étourdissement manifeste de son compagnon et il sut que c’était d’avoir vu le barde se pâmer d’ébahissement, l' idéal pour le supprimer, qui faisait resurgir ses pires instincts. Il pensa à son Mangemort de père qui tirait tranquillement des pelotes entières de ficelles manipulées au bout de sa baguette depuis des années, insaisissable, impitoyable, invulnérable, sauf par les affres du temps.

Ezio près de la pierre déchiffrait -les deux hommes étaient proches- très concentré, il murmurait. Il aurait été si facile de tirer, pointer et tuer. En deux secondes il pouvait le faire. Il avait déjà pris la vie d’un homme avec l’Impardonnable. La situation était différente alors, c’était des mois et des mois plus tôt, près d’un village de montagne. Il étaient remontés très au Nord de la Bulgarie sur les traces d’une bande de loups-garou : Alieksandr, le Pr.Lyupev, un guide sorcier du ministère qui s’appelait Ivanov, et une officière magique locale, femme d’une quarantaine d’année pourvue d’un très fort charme qui se parfumait beaucoup trop. Une famille avec quatre enfants entre quelques mois et six ans, un autre plus âgé de peut-être quinze ans.. non seize. Deux filles, treize et dix-huit complétaient la familles. Il y avait aussi d’autres, quatre ou cinq victimes survivantes, qui s’étaient greffées à la meute qui avait la particularité d’être emmenée par une louve.  Le Pr. Lyupev ne se déplaçait pas pour d’aussi petite meute en tant normal, il savait qu’il pouvait compter sur Aleksey.
C’était une meute pleine de conflits, déjà à cause de la présence de victimes parmi le groupe, peu d’individu pas mal de louveteaux. La meute, en fuite depuis des semaines, avait été chassée par une foule de sorciers en colères. Ils étaient pauvres, vivaient en milieu rural profond. De notoriété publique une famille incestueuse…
Alors quand le père, capturé avec toute sa famille un lendemain de pleine lune, avait fait mine d’attraper une baguette et l’avait pointée sur sa propre femme, meneuse qu’il accusait d’avoir tout faire foirer, Al n’avait pas tremblé. Aleksey ne tremblait jamais. Avada Kedavra. Il avait adoré. Non vraiment ça avait été trop court. Ce que personne n’avait remarqué c’était qu’il avait utilisé l’Impérium pour forcer l’homme à lui donner une raison de le tuer.

Mais, Ezio venait de lui répondre nous disions. Aleksey, tout en réfléchissant, affichait son mal son visage habituel en masque à ses pensées, l’air toujours très intéressé, mais un peu en retrait car il n’avait pas exactement les armes pour déchiffrer le message. De quoi donc, l’asa ? l’aza ? Et il jeta un coup d’œil sur le signe qui se grava dans sa mémoire non moins sûrement que sur la roche.

Denégant, non il n’avait pas lu l’Avesta, il écouta les précisions de Shepherd sur l’aša avec intérêt. La dichotomie du bien et du mal ? Et Ezio était lancé. Quel compagnon, vraiment ! Il n’est pas de voyages vers le mystère et l’inconnu qui ne mérite d’emmener un barde.
Tel mot voulait dire cela, tel ceci, tel nuançait largement le sens du précèdent. Il se muait en une créature empressée et enthousiaste, une véritable tempête qui parlait dans de grandes inspirations, n’omettait aucun des mille détails et vous regardait en dessous en s’excusant mille fois pour le dérangement alors que vous n’aviez plus appris autant de choses en si peu de temps depuis l’âge où vous appreniez à marcher. Il n’avait pas les grands yeux avelines de Saoirse, mais la lumière tomba sur sa face de voyageur infatigable avec une souplesse qui rappelait les grâces de sa sœur. Menroth sourit.

-Et il y aura d’autres textes. Nous devons entrer.

Aleksey rit lorsque Shepherd lui fit savoir à quel point il était fasciné par l’antiquité des textes. Il avait pensé à sa grand-mère, Baba Elsa, dîte Dulle Griet pour avoir longtemps vécu à Gamp dans les Flandres, sorcière la plus effroyable qui soit, très âgée et qui était aussi fascinée par les textes. A Siva Kŭshta, la Maison Grise, à Nessabar où il avait grandit comme à Alanhall, à Tain elles avait à sa disposition dans les vieilles bibliothèques de la famille des vieux grimoires qui remontaient à dix siècles. Quinze pour les plus anciens de ceux qui dormaient à Menroth’s Hall,dans la propriété londonienne sous séquestre du ministère. Elle aurait eu la même réaction que Shepherd à l’instant. Lui pensait plutôt à estimer la puissance des maléfices. Ce justement qu’Ezio venait d’évoquer. Aleksey réfléchissait vite. Et il avait employé son silence à forger des hypothèses solides. Et l’un des modèles qu’il venait de forger lui sembla se calquer sans forcer sur la réalité. D’un ton lent, il commença comme s’il répondait à Ezio sans aller plus loin, mais il continua après la réponse en regardant à droite à gauche.

-Des restrictions sur les transmutations, y compris pour les objets, jusqu’où j’ai pu transplaner. Des sceaux contre la malédictions sont visibles sur les piliers du Temple. Contre les intrus aussi je pense. Mais pas que, il y a un sort dans la vallée. Regardez bien le sable, ce n’est pas celui que nous avons foulé  depuis des jours. Il est infiniment plus frais et salé, d’où sa couleur une demie-teinte plus claire et ses grains plus durs.
Vous vous souvenez comment le vent a soufflé ces derniers jours ? De l’Est et du Nord, j’ai souvent vérifié. Nous avons maintenant affaire à un vent charriait une poussière plus blanche et venu du Sud, peut-être du sud ouest. Regardez les yardangs là-bas.

Il montra du doigt les crêtes au dessus du sol, trois à cinq fois longues pour une seule fois larges, grignotées par l'érosion qui témoignaient sans mal du souffle du vent du Sud-ouest dans la vallée.


-J’ai bien lu les guides sur la région. Ce vent ne se lève pas avant le mois de mars et amène des bruines légères. Si vous allez près de l’ombre du temple, le sable est plus meuble, parce que sous l’ombre, l’eau est absorbée par la matière étrange et s’y infiltre. Or nous n’avons pas vu de pluie tomber du ciel depuis que nous sommes arrivés.

Avoir des sens de cheval vous donnait d’emblée accès à des multitudes d’indices environnementaux. Vous repérez immédiatement la présence, même infime d’eau dans le sols à l’aide de vos vibrisses et ce  même de très loin par instinct. Votre vue passe à 340° en échange d’une netteté moindre car il est très lent d’accommoder surtout lors des changement de luminosité. La faible lumière vous dérange peu pour voir clairement. Les yeux d’Alieksandr lorsqu’il avait pris sa forme, avaient aussitôt mis tant de temps à voir clairement qu’il avait comprit de suite que la lumière avait changée. Puis il avait remarqué le sable, la lune.

-Et cette lune. Hier elle achevait son premier quartier, visible comme la panse du « p  » et la voila à présent comme celle d’un « d », c’est un dernier quartier.

Alieksandr attendit d’éventuelle contradiction, il avait relevé d’autres indices qu’il avait passé une frontière.

-J’en conclus la seule chose possible,
poursuivit-il, fier, méthodique, orgueilleux mais génial chasseur, car je ne suis pas sous l’emprise d’une illusion, auquel cas mon cerveau envoûté eusse réparé lui-même ces "erreurs" de ma perception.

Ce lieu est sous l’effet d’une magie très vieille et très ancienne. Un charme comme celui que Merlin lança à Avalon. Un lieu est hors du monde, à l'abri dans un autre espace-temps. Plus ancien je parie. Regardez la voûte céleste, mon ami telle la voyait-on quand on retira ce lieu du monde et du temps.

On ne lance plus pareils rituels, ils modifient trop radicalement l’ordre magique et causent des perturbations durables au vivant. Du moins c’est ce que l’on dit...
Alieksandr murmurait. Je crois plutôt que ce n'est pas une magie que les hommes peuvent pratiquer, qu'elle appartient à d'autres créatures, peut-être en raison de ce qu'elles viennent de leurs propres proprietés. Il pensait aux plumes de Homa mais n'en dit pas davantage. Avoir raison, être le premier à trouver et démontrer posément ses forces était un passe temps qu'il ne trouvait pas désagréable. Ce n'était pas le moment de risquer de se tromper.

-Ce que je sais c’est qu’il faut beaucoup de magie pour placer une vallée sur un autre plan juste par magie. Et pourtant le cas de la notre. Imaginez, si ce lieu est vraiment tel qu'il était avant Alexandre...

Ce qui explique ceci ; pourquoi on ne l’a pas vu de jour. Nous ne l’avons pas trouvé mais il s’est révélée à nous. Nous aurions pu très bien fouiller le désert des mois durant si elle n’avait pas voulu de nous.


Il s’approcha de la statue et posa la main sur l’une de ses têtes, mimant caresse et balayant le sable pour la regarder dans les yeux.

-Et voici un autre mystère. Un cheval entend mieux les fréquences aigües qu’un homme et plus haut loin. Ce bourdonnement est un appel. Des frottements d’ailes et cela résonne dans le bâtiment. Le Homa nous appelle.

Il posa froidement, car il était surexcité par la situation, son regard sur Ezio.

Tandis qu’il relevait les détails, le barde avait lui grandement arpenté son savoir et estimait qu’il fallait être pur ainsi que le message le disait. Alieksandr, cynique face aux forces du bien du mal percuta aussitôt quelque chose legerement autre, mais qui avait le bon goût d'aller dans son propre sens.

-Votre raisonnement est juste. Mais votre conclusion doit être nuancée. Avant d’entrer il faut se purifier… Et quoi de mieux pour être pur que… Le feu.

Alieksandr jeta des coups d’oeils partout autour de lui. Il était l'héritier d'une lignée de pyromanciens. L'un d'eux avait été condamné à mort pour avoir invoqué un Feudaymon monstrueux dans une boulangerie de Londres en 1666. Gabrit Piercowski, un ancêtre avait été à Azkaban pour avoir fait brûler la Tour Eiffel et son quartier, on lui devait la conception de flammes malines, variante inanimée du Feudaymon capablen de se nourrir de tout y compris d'eau. Son père Larsen était maudit par les Gobelins pour en avoir massacré des centaines, peut-être des miliers en incendiants leurs villages dans les montagnes et les collines. Que fallait-il brûler pour plaire au Dieu-Oiseau ? Il pointa le texte de sa baguette. Il espérait ne pas se planter, maiss'il devait mourir pour avoir employé le feu, il n'aurait pas honte en l'illustre compagnie de feu ses ancêtres.

-Reculez Ezio.

Sous l’effet d’une flammèche, le noir de la matière étrange conserva d’abord sa teinte puis pâlit et devint bleu nuit aux reflets d’émeraude et d'argent. Mais rien d'autre.

-Reculez, éloignez vous de la statue Ezio.

Ce disant Alieksandr se mit lui même à trois mètres. Sa baguette continuait d’irriguer un petit trait de flammes sur la tablette, au centre de la statue. Il inspira profondément dans ses poumons une bouffée d’air qui lui gonfla le torse, eut un regard pour Shepherd et envoya :

-Incendio.

Il y eut un éclair et statue s’embrasa toute entière sans fondre.
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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Sam 13 Jan - 19:00

Sable... vent et lune. Certes, il avait plongé sa main dans le sable là-haut, mais ne l’avait plus touché ensuite. L’absence de vent ne l’avait pas surpris quant elle aurait probablement dû. Quant à l’humidité, elle était trop profonde pour alerter ses sens. Mais bon sang la lune…

- Gealach… mumura-t-il.

Comment Diable avait-il pu passer à côté d’elle ?
Le visage du barde s’assombrit et se ferma alors qu’il levait les yeux vers l’astre compagnon. Un mélange de ressentiment et d’inquiétude se répandit comme poison dans ses veines. Atteint dans ses compétences de n’avoir su déceler des signes auxquels il était habituellement plus que réceptif, il fut également inquiété par le fait d’être aussi influencé par le charme de l’endroit.

Il n’avait pas vu la lune parce que depuis leur découverte, il avait gardé ses yeux rivés sur la pyramide, subjugués. Il n’avait constaté l’absence de vent parce que tous ses sens étaient mobilisés par l’édifice et les mystères qu’il recelait. Appelé, habité par leur découverte, il avait fermé son esprit et ses perceptions à tout le reste. Ne prenant garde à rien d’autre que la construction elle-même. Lui qui se targuait, l’instant d’avant d’avoir été suffisamment prudent pour discerner les sortilèges malfaisants qui entouraient leur pyramide, réalisait sur l’instant qu’il s’était laissé prendre par le premier, destiné à hypnotiser le voyageur innocent. Il n’avait alors pas un seul instant détourné ses pensées d’elle, et voué à l’inconscience, avait laissé tomber le voile de l’obscurité sur sa vue la plus précieuse, les intuitions.

Blessé dans son orgueil de barde, Ezio fronça les sourcils un court instant avant de se détendre à nouveau, un vague sourire aux lèvres. S’amusant de l’écueil de sa propre fierté mise à mal, il entrepris d’étouffer ces élans d’orgueil. Il se savait en perpétuel apprentissage, en particulier de ses erreurs. En voilà une qu’il ne referait plus. Fermant les yeux un instant, il balaya la petite voix qui lui soufflait au creux de l’oreille qu’il n’était toujours pas prêt à franchir les épreuves de Penderwyd et s’appliqua à vider en lui l’excitation de leur découverte pour être davantage à l’écoute de ce qui les entourait.

Les signaux étaient confus. Il y avait certes, cette magie ancienne, si aisément mise en exergue par Menroth, et cette sensation d’enrobage dans une bulle calfeutrée qu’il captait à présent, comme si tout ce qui les englobait était voué à parfaire une illusion à même de tromper un barde.

«Well done...» Songea-t-il avec un brin d’amertume.

A nouveau, il dû chasser ce sentiment d’échec.
De l’éveil progressif de ses sens, il caressa le bourdonnement qu’il avait perçu plus tôt. Menroth avait raison, une fois de plus. Evidemment, il s’agissait d’un appel; et qui avait fait son œuvre sur lui, à l’évidence. La promesse d’autres textes le parcourut en un frisson tandis que tentait de ressurgir l’excitation et l’envie d’aller voir. Il essaya de l’amoindrir.

Les yeux dans le vague, toujours assis dans le sable et parfaitement immobile, le barde poursuivait ses introspections mutiques. Quelque chose lui échappait à nouveau. Une sensation tangible, passagère qui l’effleurait et le fuyait tour à tour. Ses sens encore trop endormis tentaient de lui signifier quelque chose sans qu’il parvienne à refermer ses doigts dessus.

La voûte céleste se déployait au-dessus d’eux telle un dôme cristallin. Parsemée d’un ciel  - qui à bien l’observer, montrait définitivement des différences notables avec celui qu’il aurait dû être - elle semblait désormais menaçante au regard du barde, de par sa beauté et l’envoûtement suscité. Il peinait à imaginer être en train de contempler les cieux de siècles passés. Et pourtant...
Si l’appel du Homa était sublime et plus que tentant, il n’en restait pas moins qu’Ezio sentait grandir en lui une méfiance qu’il n’expliquait pas encore.
Il mit cela sur le compte de la magie. Cette dernière, une fois encore, faisait démonstration de force puisqu’elle était capable de le duper, lui qui avait grandi en son sein, appris à la voir avec d’autres yeux et suivi un enseignement entièrement dédié à en déceler les appels les plus profonds. Elle l’impressionnait toujours de sa puissance destructrice et sans doute était-ce pour cela que son âme se tournait vers la défiance. Pareille à une pomme du jardin d’Eden, il lui semblait devoir résister à cette tentation d’entrer, sans qu’il ne sache pour quelles raisons exactement. Aucune interdiction dans les textes. Pas de mise en garde. Rien dans les légendes du Homa qui précisait l’absence d’intrusion dans sa demeure. Leur but était louable et respectueux. Tout au moins, le sien l’était. Pourquoi alors lui était-il si difficile de répondre à l’appel quand son esprit assoiffé de connaissance y était déjà entièrement tourné ?
La peur de se trouver face à l’immensité d’une puissance à laquelle il ne devrait alors pas toucher, probablement.

A l’intérieur, une bataille entre raison et sensations avait débuté sa lutte acharnée. Le barde en suivait encore le déroulement, spectateur de ses propres batailles, lorsqu’il fut tiré de ses observations par les paroles de son compagnon.

« Le feu ? Voulait-il les immoler ?»

Avant même d’avoir eu le temps d’émettre une quelconque protestation, mise en garde ou autre manifestation de surprise, son corps – dans un réflexe qu’il n’aurait pas imaginé avoir après tant de jours dans le désert – se releva promptement et recula.

Déjà, Alieksandre avait enflammé la statue - d’un sortilège parfaitement exécuté - qui sous leurs yeux s’embrasa comme s’il eut s’agit d’un tas de bois sec.

Dans la lueur des flammes dégagées, Ezio contempla le profil d’Alieksandre qui ne semblait pas peu fier de son sort. La lumière vacillante donnait à son visage les mêmes expressions que le barde avait notées un peu plus tôt sur le campement. Ce qui le frappa à nouveau fut la dureté de ses traits, comme s’il avait fait appel à une autre partie de lui-même en déclenchant ce sortilège. Une partie plus sombre que l’attitude de parfait gentleman au bagou incessant qu’il avait su montrer jusque-là. Très probablement la partie même qui le muait en cheval des Steppes chaque nuit. Il émanait de lui une force et une détermination qui firent frissonner le barde, qui réalisa à cet instant précis d’où lui provenait cette aura de méfiance. Son visage, définitivement miroir de ses sentiments, trahit probablement un court instant cette pensée, si bien que le barde détourna son visage de l’homme pour dissimuler ses doutes et reporter son attention sur la statue.

Alors qu’elle brûlait sans paraître s’étioler, la lumière qu’elle dégageait à travers les flammes obligea le barde à plisser les yeux malgré son envie de n’en perdre aucune braise. Insoutenable de pureté, elle mettait à rude épreuve leurs regards déjà bien meurtris par les reflets crus de la lumière du jour sur le sable. Ezio porta une main à ses yeux, soudainement persuadé de sortir aveugle de cet acte de purification. Il devinait la présence de Menroth à ces côtés mais ne le voyait plus désormais. Ses pensées oscillaient entre la curiosité face aux événements qui se déroulaient et les intentions de son compagnon qui lui avait semblé plus déterminé et plus puissant que jamais.

Si la détermination s’avérait une force dans bien des domaines où la plupart du temps, l’homme abandonnait ses projets à la moindre difficulté naissante, on ne pouvait nier que bien des déterminations avaient mené à la folie. La détermination ne pouvait se départir de raison.
Celle de son compagnon saurait-elle l’amoindrir si elle dictait à sa détermination de renoncer ?
Le barde ne sut à quelle réponse se ranger. La vérité était que sa propre détermination à en voir toujours plus l’avait conduit à une aventure aux côtés d’un homme qu’il ne connaissait pas. Dès les prémices déjà, il aurait dû se rendre compte de l’influence et du pouvoir de la plume. L’appel ne datait pas d’aujourd’hui, il l’avait envouté dès le premier jour à Greenock, quand cet homme avait extirpé le trésor de sa poche. Sa convoitise l’avait mené à une prise de risque sans prendre le temps d’analyser quoi que ce soit, ce qui était un comble quand on connaissait son besoin de réflexion sur tous les sujets.
Face à une magie capable de lui dicter sa conduite et un compagnon qui se révélait particulièrement puissant, il paraissait préférable de se montrer plus prudent que ce dont il avait fair montre jusque-là.

Le cœur battant au rythme de la lutte qui poursuivait sa route, le barde perçut un nouveau signal d’alerte. Sa raison, cette fois-ci, tâchait de se faire entendre dans le tumulte des émotions.

L’Aša était la vérité et la pureté. L’homme pur était le croyant, l’homme humble face à la puissance du Homa.
Les pièces du puzzle paraissaient vouloir s’assembler sans prendre de forme réelle. Comme si elles patientaient pour révéler leur secret, un peu plus tard.

« Peut-être trop tard. » songea le barde.

Autour d’eux, l’air s’était chargé de magie - presque palpable désormais- , de chaleur et d’une bourrasque virulente et presque brûlante qui atteignit le barde en plein visage. A travers ses paupières serrées pour protéger ses yeux de la luminosité iridescente, il ne distinguait que très vaguement la silhouette de la statue face à eux, baignant d’un halo solaire qui paraissait vibrer. Il porta une main à son visage et la plaça devant ses yeux, en barrière supplémentaire.

Ce fut un autre réflexe qui assembla deux nouvelles pièces. L’humidité du sable peut-être, conjugué à la lumière aveuglante. La purification et le feu. Le bien et le mal. L'humilité. Homa. Purification.

«Sacrifice mental de toutes paroles, pensées et actions.»  

Le barde ouvrit la bouche sous l’effet d’une intuition tardive et chercha d’une main le contact avec son compagnon.

- Menroth, à terre. Gronda-t-il sans plus hésiter et en tirant son compagnon alors que lui-même se jetait au sol.

Tâtonnant de son bras droit, il appuya fortement sur la tête d’Alieksandre, lui enfonçant ainsi la tête dans le sable. Aussitôt, comme en réponse à son geste, quelque chose de brûlant s’abattit avec violence sur son bras, aussi sec que le claquement d’un fouet et vif que la morsure d’un serpent. Le barde retira immédiatement la main qu’il avait posé sur la tête de son compagnon ne réprimant un juron de douleur qu’à cause des éléments qui se déchaînaient autour d’eux.
Au-dessus, un souffle dévorant passa en balayant leurs capes et quelques mèches de leurs cheveux, lourd comme s’il portait le monde et manquant de les écraser sur le trajet.
Et aussi brusquement qu’il s’était embrasé, le souffle retomba, la chaleur également et le silence revint. Une odeur de calciné emplissait l’air. Impossible de déterminer cependant ce qui avait ainsi été consumé. Ezio songea avec absurdité que c’était l’air tout entier qui paraissait avoir brûlé et disparu.

Il se redressa lentement la gorge et les yeux sec, du sable sur le visage, le bras en proie à l’incandescence vive de la douleur. De la paume de sa main, il ôta une partie du sable qui lui couvrait la joue, et profita de la stupeur passée pour examiner son bras douloureux. Lui aussi était recouvert de sable et malgré les élancements lancinants qui irradiaient de son poignet jusqu’à l’épaule, il ne vit aucune marque. Ni morsure, ni brûlure. Pas même la moindre rougeur cutanée. Intérieurement, il avait l’impression d’être dévoré par des flammes qui lui rongeaient nerfs et os.
Passant brièvement sa main gauche sur son avant-bras, il sentit sous ses doigts un feu intérieur qui annonçait de noires augures. Son index glissa ensuite sur l’intérieur de son bras, pour aller se réfugier avec superstition sur l’Awen qui ornait son poignet.
Ses yeux cherchèrent alors Alieksandre, et le dévisagèrent d’un air farouche.

-- C’était quoi ça Menroth ? L’écho de sa propre voix le fit sursauter dans la vallée.

L’autre avait piteuse mine. Les yeux plissés comme s’il les avait perdus dans les derniers éclats, le visage hagard et plus décontenancé encore que le barde qui lui faisait face.
Un nouvel élancement arracha un rictus de douleur au barde alors qu’il lisait sur l’autre les mêmes émotions qui lui couraient les veines. Colère, douleur et incompréhension. Après une dernière inspection de son bras qu’il maintenait contre lui, il jeta un œil noir à Alieksandre qui paraissait peiner à garder contenance et équilibre.

- Vous êtes complètement fou !

L’autre réagit enfin et le regarda.

- C’est vous qui m’avait saisi ?!

Le barde ouvrit la bouche, réprimant les vagues de colères qu’il sentait monter en lui en même temps que la nausée causée par la douleur. Il la referma et choisit de se taire, déstabilisé par la désorientation de son agresseur. Muré dans un silence soudain, il tourna le dos à Menroth pour observer la suite des dégâts causé par le sort de ce dernier, s’attendant à découvrir les décombres de la statue qui aurait explosé sous l’effet du sortilège de feu bien trop puissant. Non sans une légère déception, il la vit là où elle se tenait précédemment. Intacte. Sa tête d’oiseau d’un côté, la pierre recelant le texte de l’autre.
Désappointé, il nota que la statue paraissait néanmoins plus brillante et lisse qu’auparavant. La purification d’Alieksandre avait été efficace.

- Bon sang, Menroth, vous avez décidé de nous tuer ? Invectiva-t-il à nouveau en se retournant vers son compagnon. Evidemment que je vous ai saisi ! Vous nous auriez purifiés comme cette statue si je n’étais pas intervenu ! A quoi jouez-vous exactement ? Siffla-t-il en désignant son bras droit.

Haussant les épaules pour signifier à l’autre qu’il n’attendait plus rien, il remonta sa manche et développa quelques hypothèses quant aux soins qu’il pourrait tenter. Il répertoria mentalement ce qu’il possédait sur lui, ainsi que dans son sac, plus haut qui pourrait endiguer la douleur et le maléfice jeté.
Tout à ses réflexions, il reposa ses yeux sur la statue alors qu’un reflet mouvant sur son bec attirait son attention. Quelque chose de bleuté semblait se déplacer de manière aléatoire. Plissant les yeux, le front soucieux, le barde pris conscience que les jeux de lumière n’émanaient pas la statue, mais que sa surface polie n’en était que le reflet. Le souffle court et empli d’attentes, il se retourna lentement - presque théâtralement - tout à l’émerveillement de ce qu’il était désormais certain de voir derrière eux.

- A do-chreidsinneach… balbutia-t-il les yeux soudainement happés par le temple, oubliant son bras pour l’instant.


A défaut d’avoir agi sur la statue, le sortilège exécuté par Menroth avait impacté comme par un phénomène de rebond, l’entière surface du temple qui était désormais recouverte d’arabesques bleutées et brillantes formant des dessins sur la partie qui leur faisait face. Au centre de la base, à quelques mètres du sol, un portail de la même couleur était dessiné, comme révélé par le feu. Il aurait pu laisser entrer une maison de deux étages sur la hauteur et Ezio en estima la largeur à peine plus étroite.
Le Narthex était vouté d’un arc de type persan dont les ornements montraient diverses rosettes gravées sur ce que le barde supposa être de la céramique sombre, tandis qu’au centre se trouvait un Boteh conséquent dont le sillage était incandescent, pareil à une langue de feu.
Ezio lui accorda un oeil ardent tout en hochant imperceptiblement la tête.

- Voilà votre Iwan. Lâcha le barde sourdement.

Les doutes en lui s’était tu avec la bourrasque. De la même façon qu’on souffle sur une bougie, elle avait éteint son questionnement. On ignorait quel était le vainqueur et Ezio lui-même renonçait à ne pas se laisser subjuguer par le spectacle s’offrant à eux. Peut-être faisait-on deux fois les mêmes erreurs finalement. Son âme d’esthète consentait volontiers à concéder cette victoire douce-amère à la passion. Pourvu que la raison demeure non loin de la surface afin de lui éviter toute perdition éventuelle.
Mais n’était-on pas déjà perdus face à la beauté ?
S’arrachant enfin à la contemplation de l’une des plus belles choses qu’il ait jamais vues, Ezio consentit à détourner ses yeux sombres de l’entrée qui continuait à les appeler pour les poser sur son compagnon d’aventures que rien ne semblait pouvoir arrêter. Certainement pas lui.

Mais l’autre était déjà à ses côtés et s’empara vivement du bras du barde qui ne put réprimer un mouvement de recul. Il se sentait bien nu face à la puissance de son compagnon qui venait de laisser entrevoir les noirs desseins dont il était capable.

Se remémorant alors les paroles échangées plus tôt en évoquant Saoirse, il laissa à l’homme le bénéfice du doute quant à son attaque. N’avait-il pas déclaré ne pas souhaiter trahir la confiance de Saoirse ?
Silencieusement, Ezio l’observa, sur le qui-vive, passer sa baguette à de nombreuses reprises au-dessus de sa peau en murmurant quelques paroles que le barde pris soin de noter dans un coin de son esprit.
Lorsqu’Alieksandre eut fini, ils échangèrent un bref regard où se mêlaient gêne, fatigue et blessures diverses d’âmes et de corps.  Le barde rabaissa sa manche et constata que si la douleur persistait, la chose paraissait ne plus irradier. Ce qui était une amélioration notable.

- Je suppose que je peux vous remercier. Même si vous comprendrez qu’il me laisse un goût amer.

Que craignait donc Menroth pour réagir ainsi au moindre contact ?

- Rappelez-moi de ne plus vous approcher de trop près. Murmura le barde.  

« Et de vous garder encore plus à distance de Saoirse. » Ajouta-t-il pour lui.

D’un accord tacite, les deux hommes s’avancèrent vers le portail ainsi révélé et se mirent en quête de le franchir. Non sans mal.




Le premier pas raisonna dans la salle comme si elle avait été vide. Un claquement qui se répercuta et rebondit sur les murs dans un silence étrange, rompu uniquement par le bourdonnement qu’ils avaient perçu plus tôt. Des vibrations de l’air, nettement plus puissante qu’à l’extérieur qui indiquaient clairement qu’on se rapprochait de la source du signal. Avec prudence, Ezio se hissa sur le sol d’ébène si lisse qu’il le prit premièrement pour de l’eau et ne se décida à y poser le pied que lorsqu’il remarqua l’absence d’ondulation malgré le léger courant d’air qui parcourait la pièce. Veinée par instants d’irisations bleutées similaires - pour ne pas dire identiques – à celles observées à l’extérieur, la dalle centrale était noire et froide lorsqu’il y apposa sa main avec lenteur. Le mur de Pensine de l’Ibas s’imposa dans son esprit avant qu’il n’en comprenne l’association. Cela le rassura. 
Comme si ce geste avait agi comme un signal, le bourdonnement cessa aussitôt pour faire place à un silence total qui, là encore, fit naître quelques réminiscences dans la tête du barde. Il percevait seulement les battements sourds de son coeur. Il nota que ces derniers s’intensifiaient, comme dans l’attente de quelque chose.
Après quelques - longues - secondes de soupir musical, la vie reprit brusquement et eut l’effet d’un vacarme alors que le barde réalisait qu’il ne s’agissait là que de … chants d’oiseaux. De toutes sortes. Mélodieux comme inquiétants, lointains et proches, stridents et sourds. Les plus doux étaient à peine perceptibles quand d’autres donnaient l’impression qu’un vol de corbeaux s’engouffrait dans la salle. Nulle trace d’oiseaux cependant. Le barde les chercha des yeux, mais n’observa aucun mouvement dans leur salle. Peu à peu, les cris parurent trouver un équilibre et produisirent une ambiance sonore lointaine aux relents de jungle amazonienne. 
La pièce où ils se trouvaient était carrée, éclairée uniquement en son centre par l’astre lunaire qui s’engouffrait dans le puits de lumière offert par les ouvertures sur les côtés. Face à eux, un autre Iwan, en ogive, et sur les côtés, deux autres qui se faisaient face. Les trois portiques semblaient barrés d’un voile à l’opacité soyeuse qui laissait deviner quelques couloirs si on les franchissait, sans permettre d’en apprécier l’intérieur. Pas un mouvement, en revanche, n’indiquait la présence d’êtres vivants. 
Au centre de la pièce dans laquelle ils se tenaient, une veine plus profonde traçait un cercle argenté qui intrigua le barde. Il n’osa cependant traverser l’immense salle sans appréhender plus avant ce qu’elle contenait et poursuivit son inspection silencieuse. Les murs étaient d’une pierre moins lisse et plus grossière dans laquelle on avait gravé des fresques à des hauteurs vertigineuses. On y distinguait, en plus d’animaux divers et variés, des croix, des hératis, des arbres de vie, diverses plantes, des amulettes, des étoiles, des représentations d’homme et des oiseaux. 
Le barde extirpa de l’une de ses poches un de ses calepins, sur lequel il griffonna à la hâte quelques symboles dont il ignorait la signification. Le crissement de son crayon dans la salle silencieuse était si sonore, qu’il releva la tête pour chercher des yeux son compagnon


- Je préfère garder une trace de tout cela, au cas où il vous viendrait l’envie de purifier les lieux ou mes mains. Bougonna-t-il oscillant entre maussaderie et émerveillement, toujours sous l’influence de quelques rancoeurs. Quant à savoir si elles émanaient de son bras ou de l’efficacité d’Alieksandre à ouvrir les portes, il préférait l’ignorer pour le moment.


HJ: Comme d’hab, si quelque chose te chagrine, tu sais où me trouver.


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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Mer 7 Fév - 13:48

Il ne put réagir avant un moment. Il avait anticipé deux possibilités. Ou bien il se trompait et les maléfices ci-présents allaient le faire fondre tout entier, peau, chair et os, il ne resterait plus de lui qu’un tas de cendres noires et légères qui s’éparpillerait vite dans le désert pour le plaisir du Roi des sables Lout ; ou bien, par quelque charme ancien et oublié, la puissance et l’allant de son sort viendrait par ricochet, sans dommage, les purifier. Tout purifier.

Il s’était trompé. Pas sans dommage.

Ce fut comme s’il était embrasé, pas moins soudainement qu’un brandon couvert de poix ne fait qu’une flamme à la moindre des étincelles.
Flambait-il intérieurement ou extérieurement ? Il ne pouvait le dire. Tandis que sa peau était sur le point de se décrocher de ses os, comme celle du poulet bien cuit, sans effort, d’un coup de fourchette, il ne put même pas crier car le son était bloqué derrière sa glotte, au sein de ses entrailles il sentait, chimique, mortelle, la morsure brûlante d’un venin cruel ; et cent mille serpents, des langues de flammes excitées au sein d’un brasier en passe de cuire la terre entière qui scrutaient même son âme.

Une âme brillante et une bonne, un esprit superbe quoique retors, parcouru de zones sombres, noircies, rendues grises par une poussière, barbouillée par le mal, une obscurité enfouie saupoudrée sur lui.

L’écume parvenait à ses lèvres, il était immobile, le bras encore tendu qui n’avait cessé d’irradier une chaleur au bout de sa baguette, plus agréable celle-là, et de véritables flammes sans doute pensa t-il, optimiste par dépit. Quel choix entre se résigner à mourir maintenant çà ou bien là et continuer à croire en soi ?
Plus d’images fiables tant sa rétine grillait à présent, rien que des rémanences, souvenirs et esquisses pâles et sombres gigotant dans les coins, indécis, flous et sans consistance, rien que la sensation infernale et presque insoutenable d’avoir les yeux couverts d’acide, cette sensation toute entière prise de sauvagerie qui lui crevait les pupilles. Fermés ou ouverts ils ne lui renvoyaient d’image qu’un même voile de blancheur immaculée trop lumineuse, trop irradiante, fort douloureuses, un voile aux allures de portes du Paradis, aperçu depuis son corps, en une ultime prison pour y souffrir avant que de chuter aux caves obscures où seuls peuvent demeurer ceux auxquels leurs corps fait éprouver trop de peines face aux lumières pures.

Mais il ne cessa pas son action sur la statue. Nul n’était plus têtu que lui.
Il pouvait toujours penser, si frappé que son corps ait été et il pensait à la rôtir, la statue faite de la matière étrange. Mourir il pouvait le faire, mais quoi que ce fut qui l'emporte en aurait pour sa pièce.
La douleur était si forte qu’elle était devenue absurde, il s’était habitué à elle, lassé car on lui en avait trop servi de douleur. Résister à la douleur aussi il pouvait le faire. Il pouvait tirer plaisir de cette résistance, faire suer de la souffrance elle-même une raison de ne pas cesser.
Une volonté inébranlable, d’acier, à peine capable de seulement de plier pour survivre et encore très lentement, comme on ne peut tordre un métal qui a bien brûlé qu’au fin fond de la fournaise, où même les flammes ne dansent plus.

Il reprit le dessus, sentit à nouveau son corps, vit, en bribes au travers de l’incendie nacré de lumière d’argent le bleuté mélancolique de la matière étrange. Sa détermination était enflammée, brillante au sein de la clarté, il se sentit trembler des muscles à nouveau, une formidable envie de rire allait le prendre, car il sentit à nouveau le chaud, point la chaleur du brasier, mais celle du soir dans le désert et des formes indécises revenaient sur sa rétine lorsque brusquement il fut saisi et plaqué au sol, fauché en plein vol.
La guigne, un nouveau maléfice ?
Ma chute vers l’Enfer finalement ?


La prise était ferme. Il eut bientôt la tête dans le sable.
Mes forces étaient encore très faibles, et je ne respirai plus. Il fallait réagir ou mourir maintenant.
Il ne tâcha pas d’estimer ce qui le maintenait, pas le temps, les yeux mi-clos pour repousser la marée blanche et le sable, il tourna la tête pour ne pas manquer et frappa sur une forme indescriptible, dans une brusque et soudaine torsion du corps partie du bassin et après avoir cédé un moment, tout à l’économie des forces qui lui restaient, acte que son rude entrainement de duelliste, seul, lui rendait possible. Vaguement, il vit le violet jaillir comme il fendait l’air de sa baguette sur sa cible qui le libéra aussitôt. Au corps à corps, ce maléfice appris auprès de son père en personne et qui avait été la spécialité de Dolohov, le Mangemort qui avait achevé les Prewett, était le meilleur coup qu’il connaisse. Père lui avait raconté cette histoire, de la mort des deux frères, longtemps auparavant.

Après, il roula sur lui même et crut s’évanouir plusieurs heures avant de jaillir du néant, un genou en terre, appuyé au sol sur ses mains, l’une d’elle tenant encore fermement sa baguette. Il songea à ce matin brumeux. Père était venu le rejoindre près de Durmstrang. Il en avait raconté des choses.

La nuit était au dessus d’eux, il la voyait embellie d’étoiles, comme autant de parures et de bijoux, elle était toute visible la Voie lactée, nue en faite, dans cette nuit du désert, sans pollution lumineuse autour.

Alieksandr avait les yeux encore plissés de sa souffrance, il respirait lentement en gonflant la poitrine, les doigts crispés sur sa baguette, plus dangereux qu’un lion blessé. Shepherd maugréait et cela se répercutait en écho dans la vallée.

Alieksandr se remit sur ses deux jambes avec difficulté. Il vacilla.
Par réflexe, il agita sa baguette et celle-ci se prolongea en une canne qui le maintint très efficacement debout. Appuyé sur elle il reprit contenance à vue d’œil. Il regarda une dernière fois le ciel, identique à ce qu’il avait vu précédemment. Très peu de temps avait passé. Ça lui avait pourtant paru durer des heures...

Shepherd dit autre chose. Il le regarda. Le barde tenait contre lui son bras meurtri par la morsure du maléfice. Il n’était pas content le barde.

-C’est vous qui m’avez saisi ?!

Sa propre voix lui paru un peu distante. Il entendit le ton, qui trahissait à la fois la surprise mêlée d’incompréhension et d’une pointe de méfiance, enfin, sa colère froide, surtout. Ezio, c’est vous qui m’avez attaqué ? Par derrière ?  Un peu plus et Alieksandr, bien qu’affaibli semblait vouloir se venger. Mais Ezio se contint et Menroth fit de même. Saoirse, si je laisse votre frère intact, j’espère que vous vous rendrez compte de ce que ça a été pour moi…

Shepherd s’était détourné. Du boudin, allons bon.

Alieksandr fouilla dans ses poches. Il avait un cordial au fond d’une d’elles qui contenait encore de l’une des potions qu’il n’avait cessé de préparer toute l'aventure durant pour tenir le coup. Il vida d’un trait ce qui en restait en faisant la grimace. Sans même être entré dans le Temple, il n’avait plus de revigorant… Mais c’était bon cette vaillance soudaine et le boost vivace, sentir papilloter des fourmillements dans ses muscles, avoir les idées à nouveaux claires comme un matin sous l’aube. Et tant pis pour la fin de ses réserves.
Il ne prit pas la peine de faire un inventaire en fouillant dans le fond magique des poches de ses vêtements, il avait un philtre de Concentration et de l’essence de Murlap, rien d’autre désormais. La chaleur de la substance se répandit en lui pour lui rendre toute sa vigueur. Il s’étira et ébouriffa ses cheveux pleins de sable en rangeant la fiole.

Il agita sa baguette qui redevint normale puis se redressa, le tonique commençait à faire effet. Le contrecoup serait sans doute lourd à supporter. D’ici une ou deux heures...
Mais un coup d’œil alentour le fit sourire en coin, il avait réussi, l’Iwan était là devant ses yeux. Pas le temps désormais, on n’allait pas niaiser ici comme des gnomes. En avant !

Ah oui, Shepherd... Le barde était reparti de son tonnerre de rage, Alieksandr le voyait la hurler cette rage, clamant qu’il les avait sauvé et à quoi jouait-il lui Alieksandr ? Mais en même temps, sur le flanc et l’arrière de Shepherd -presque en face pour lui- était le Temple, brillance polie de magie, qui laissait à présent apparaître une entrée superbe et merveilleuse, prête à s’évanouir à tout moment.

Tout à sa rancœur et aux invectives dont il venait de tarir le flot mais qu’il devait prolonger en silence, Shepherd observait sa blessure, songeant à ce qu’il pouvait faire pour apaiser la magie noire. Pas grand-chose, cher barde comprit Menroth qui fit l’effort immédiatement de se rappeler quelques formules.
Le maléfice de Dolohov était très dangereux, l’un plus redoutables de son répertoire et selon son jugement l’une des meilleurs réactions en cas de corps à corps ; touché superficiellement comme il l’était, Ezio qui était manifestement affaibli de ce coté-ci du corps par quelque magie plus ancienne, ne devait pas se douter combien il était en fait mortellement blessé. A condition que personne n’identifie le maléfice, sa nature exacte et ne vienne le conjurer ou à tout le moins le restreindre et le sceller en point précis rapidement. Alieksandr allait pouvoir jouer au pompier -et non pompe-pied comme il ne l’avait compris que récemment- pyromane (c’était l’une des rares expressions moldues qu’il eut jamais entendu, famille de pyromanciens oblige, et il l’aimait plutôt bien).
C’était une magie noire que l’informulation rendait moins puissante, mais qui pouvait tuer son homme sur le coup lorsque formulée, maniée par des mains assez puissantes et abattu au bon endroit sur sa victime. Dans les autres cas, la noirceur se répandait comme le venin d’un serpent. On n’avait que quelques heures, ou mieux un ou deux jours pour arrêter le mal.

Ezio s’était finalement retourné et balbutiait devant le merveilleux site. Alieksandr avança vers lui, toujours très souple et léger, glissant comme un souffle de plaine.

-Donnez votre bras. Je ne veux pas me risquer à tenter une mauvaise conjuration. Vous aurez besoin d’un bon Médicomage pour vous donner les bonnes potions après ça, n’en prenez pas un mauvais, vous risqueriez des complications.

Sans ménagement ni agressivité, Menroth lui attrapa le bras. Tout juste, il apaisa son compagnon par un regard las et exaspéré. Pas le moment. Et malgré le feu du cordial l’ampleur de sa fatigue était manifeste.

-Si on ne fait rien pour circonscrire le maléfice,vous allez probablement décéder après avoir perdu l’usage de votre bras. Restez tranquille Ezio.

Et là dessus Alieksandr se mit au travail. Il lui fallut quelques minutes. Il passa et repassa sa baguette au dessus de là où il avait frappé en prononçant à voix basses des formules longues et très spécifiques qui tenaient autant du mantra et de l’imprécation que du classique adage magique. Vulnera sanentur… Lanianis tractarus… Koúphisma Gyióōn katalobaon eschatiá…
Il faisait rarement cela, prononcer des formules. En l’occurrence, même pour circonscrire le maléfice s’il connaissait relativement bien la théorie, la magie blanche n’avait jamais été son fort. Il se contentait de trouver utile de connaître les antisorts et les moyens de circonscrire les maléfices surtout de ceux qu’il lançait fréquemment. De vieilles formules plus grecques que les latines qui semblaient peu lui résister en ces lieux cependant. Quand il eut réprimé le mal, il lâcha le bras d’Ezio.

-Vous avez eu de la chance…
Menroth vira d’une chiquenaude du sable qu’il avait encore près de l’oreille gauche. Ne recommencez pas, Ezio.

Et, avec un sourire amical.

-Fut-ce pour me protéger, je saurai bien me défendre, ou mourir, seul.

*

La résonance était forte dans la salle de la pyramide. Fléreur échaudé craint potion froide, Alieksandr était en retrait. Il laissait Shepherd et son instinct de barde ouvrir la marche.

Celui-ci fit cesser les bruits, qui reprirent en clairs et bordéliques chants d’oiseaux invisibles. Le cercle central au centre de la salle tout d’argent. Trois Iwans vers d’autres salles mystérieuses, barrés par l’obscurité, mais étrangement invitants.
Des tas de choses sur les murs, que son compagnon déchiffrerait mieux que lui, mais qui étaient belles. Crisse, crisse, il dessinait, pour garder trace qu’il disait, Menroth s’approchait du cercle central en le pointant de sa baguette, lentement.

-Dans ce cas vous devriez venir m’indiquer ce que vous pensez de ce cercle, car nous ne sommes pas là pour faire des croquis. Emplissez vous de véritables souvenirs, plutôt que d’ersatz.

Alieksandr regardait successivement les trois arcades. Le ton de sa voix ne comporterait rien du reproche qu'y ceignaient les mots qu'il employait.

-Quel chemin selon vous ?
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MessageSujet: Re: La piste du Roi des rois [Ezio]   Mar 13 Fév - 23:54

« Ne prenez pas ombrage de ces succédanés… »

- Les ersatz sont parfois salvateurs Menroth. Marmonna le barde en apposant la touche finale.  

« Et les gens trop pressés finissent souvent piégés. »

- Soyez rassuré concernant les souvenirs, certains resteront profondément ancrés dans mon être. Ironisa le barde non sans une pointe de cynisme.

« Notamment grâce à vous. »

Il rangea ensuite son carnet au fond de sa poche et attendit encore quelques instants, immobile et silencieux face à ces murs immenses.
Les paroles de Menroth se heurtaient encore aux parois de son crâne, au point qu’il les suivit comme un acathiste. Des marmonnements de formules que le barde avait réalisé essayer de retenir sans en comprendre lui-même l’utilité, aux avertissements - non négligeables-  lancés. Ainsi, son compagnon était capable de jeter quelques sortilèges mortels, à l’aveugle. Machinalement et non sans une certaine angoisse quant au devenir, il passa une main sur son bras douloureux. Il connaissait quelques bons médicomages désormais, depuis son aventure au Montbaker.
Voilà qu’il devrait tendre l’autre bras, à défaut de l’autre joue.
S’armant d’un sourire pour chasser son anxiété, le barde avisa les trois options qui se présentaient à eux et en détailla les portes avec un intérêt aussi vrai que destiné à détourner ses pensées.


Les choreutes inlassables, poursuivaient leurs aubades.
Et tandis que le barde caressait des yeux le premier portique qui leur faisait face, quelques élégies plus exotiques entamèrent une contre-fugue à la cacophonie ambiante. Il leur prêta une brève attention plus intéressée par la mélodie que les chants en eux-mêmes avant de se concentrer à nouveau sur la vision offerte. Entre deux piliers couronnés de part et d’autre par un tympan impressionnant et richement décoré, l’eurythmie des portes était parfaite.
« La porte telle le seuil, le franchissement des limites entres deux espaces, deux mondes. Le passage du profane au sacré, de l’ombre à la lumière, de la vie à la mort… la transcendance accessible ou voilée… Diabhla. Elles peuvent être tellement de choses… »
Le voile qui les masquait était étrange, d’une matière qu’il ne parvenait à révéler sans la toucher. Ce dont il se garderait bien, pour le moment. Peut-être son compagnon se montrerait-il plus téméraire…
Au nombre de trois, elles se situaient à l’est, l’ouest et au nord d’après le dernier ciel observé. L’orient maçonnique avait de tout temps été associé à la source et le terme, parfois même considéré comme le Paradis perdu. L’accès à la vérité, la renaissance. L’occident de son côté, symbolisait la direction prise alors, par les profanes chassés. Le futur de tout homme n’ayant pas accès à cette vérité. Tandis que la dernière direction… cette entre deux, qui a déjà eu lieu à chaque aube et chaque crépuscule, ne pouvait qu’être tournée vers ce qui avait déjà été. Ce qui fut un jour et qui est à présent achevé.

Le barde considéra à nouveau les trois directions puis fronça les sourcils avant de murmurer quelques mots.

- L’orient pour la renaissance et la vérité. Nous entrons dans la lumière éternellement renaissante par l’est…

Il se tut soudainement pour prendre la mesure de ce qu’il disait.



Et s’égrainait le temps, au fil de ses pensées. 
Lorsqu’il se tourna à nouveau vers son compagnon, il n’avait aucune idée du temps qui s’était écoulé. Son esprit se perdait parfois – pour ne pas dire ad libitum – en contemplations et réflexions arborescentes qui parvenaient à le détacher de la réalité avec une aisance déconcertante. Il fut à nouveau frappé par la mine de son compagnon dont les traits marquaient fatigue et douleur comme si la purification avait jeté un voile de cendres sur lui.
Non sans un sentiment de honte, la pensée que l’autre avait plus à purifier que lui, lui traversa l’esprit en ondulant. Il la fit taire de toute l’humilité dont il était capable, songeant néanmoins qu’au vu de son propre curriculum vitae, l’autre devait avoir bien des choses à se reprocher si c’était le cas.
- Arrêter de vous agiter, Menroth. Vous me donnez le tournis. Lui glissa-t-il doucement, plus pour signifier qu’il était toujours présent que pour engager une réelle conversation.
Les yeux brillants, le barde pivota sur lui-même et après avoir porté une main à son front, la glissa dans sa poche avant de s’éclairer soudainement.

- Il faut que je vérifie quelque chose. Murmura le barde en s’avançant prudemment à travers la salle.




Il se tenait là, brillant tel une oréade. Le cercle.
Tout en guettant un quelconque changement d’atmosphère ou d’ambiance au sein de leur pyramide, il franchit la distance qui les séparait du cercle argenté et s’accroupit prêt de lui. Une nouvelle pensée saugrenue dévala son esprit. « Une baguette … ?». Il secoua la tête, surpris et expira profondément. Cette plume allait probablement lui couter bien plus qu’un bras. Et dans les spires qu’elle décrivait dans son esprit il la voyait emportant ses principes et sa raison, dans un tourbillon évanescent. Portant deux mains jointes à son visage comme dans une simili prière, il patienta encore un instant, face aux volutes argentées qui tourbillonnaient autour du cercle. La veine semblait profonde et était large d’une trentaine de centimètres. La figure qu’elle traçait ainsi devait approcher du mètre de diamètre. Peut-être un peu plus. Ce qui ruisselait dans la veine était d’une texture entre le gaz et le liquide. En les observant attentivement, on pouvait constater que la couleur argentée était due à un mélange d’autres, brillantes, métallisées et elles aussi entre le vaporeux et le liquoreux.  
Il resta ainsi immobile quelques minutes encore, avant d’extirper de sa poche, un galet rond et gris qu’il fit courir au creux de sa main en poursuivant ses réflexions.




Brusques, les souvenirs qui frappent sans répit.
L’obsession grandissait chaque soir, tandis qu’il songeait à ce qu’il avait déposé des années plus tôt. La revoir, vivante. Son sourire, ses yeux et même entendre sa voix. Douce caméra de l’âme, la Pensine ôtait parfois la douleur de la réalité. Le temps d’un instant, celui où l’esprit s’égare pour ne plus discerner ce qui fait mal, de l’accueil chaleureux d’un suicide de la raison.
Lorsqu’il les lui avait confiés, ils n’étaient ni plus ni moins que ces pensées qui traversent sans s’arrêter. Quelques moments de vie, sans raisons ni devenir particuliers. Il n’osait y léguer ses souvenirs les plus importants, de peur que sa mémoire ne fasse ainsi plus l’effort de les conserver. Si bien qu’il avait fini par en faire quelques carnets de bord d’instants volés, y captant çà et là un sourire, un regard, une intonation, un paysage, une rencontre.
Nombreuses étaient ces nuits où il avait traversé les couloirs déserts, franchi les lourdes portes et basculer les loquets, pour parvenir enfin face à sa surface luisante.
Et de regarder ensuite les filaments détourer sa main, s’enrouler timides autour de son poignet, priant pour qu’aucune autre n’apparaisse, avant de la retirer brusquement par peur pourtant que ce soit elle qui surgisse.
Et plus il s’y rendait moins il dormait. Moins il dormait plus il y pensait. S’en suivaient les Dies irae. Jamais, pourtant…




« Jamais un choix ne doit être fait par dépit. Prends en la mesure de l’ampleur et des conséquences, ne le fait que par conviction. »Ezio passa rapidement une main au-dessus de la texture irisée qui réagit immédiatement, se tordant et se transformant comme si elle suivait ses mouvements. Puis avec prudence et lenteur, il approcha sa main gauche qui attira bientôt à elle de nombreux filaments avides. Il la retira prestement et les vapeurs se dissipèrent aussitôt.
Se tournant alors vers son compagnon, il se redressa totalement et se frotta machinalement les mains.

- Il s’agit d’une sorte de Pensine au vu de la texture. Une Pensine collective. Il en existe une à l’IBAS, néanmoins, celle-ci est … différente. Plus sauvage ?

« Un peu comme si les souvenirs laissés ici avaient été abandonnés et tentaient de se raccrocher à la première âme passant… »

Sa propre pensée le dérouta. Comment des souvenirs pouvaient-ils être abandonnés ?

- On dirait… une mémoire collective. Poursuivit le barde. Mais à l’état brut. Si j’étais vous, je n’y mettrais pas la main. Etre assailli ainsi par une multitude d’autres esprits me semble nuisible pour le peu de raison qui nous reste.  

Désormais debout, le barde jeta de nouveau un regard circulaire autour d’eux.
Trois portes pour un temple. Trois portes pour un sage. Et tandis que résonnaient les murmures de Salomon aux oreilles du barde, son cœur et sa raison se chamaillaient encore à qui sauraient mieux se faire entendre.



« De l’ombre à la lumière, profanes puis éclairés. »


- Je pense que c’est par là. Ajouta-t-il en désignant la porte de l’Orient.


 « Un Roi avait pour fils unique un tout jeune Prince. Il était courageux, généreux et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux Sage.
- Éclaire-moi sur le Chemin de la Vie, demanda le Prince.
- Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras trois portes. Lis les préceptes inscrits sur chacune d’elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire davantage. Tu dois éprouver tout cela dans ton coeur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi. »






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