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2017.

Suite au décès d'Archibald
Strogov, Ministre de la Magie
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dernier, Maureen Kinkaid
assure l'intérim à la tête
du gouvernement sorcier
anglo-saxon. 




 

L'Oracle te voit Invité et tu es en train de rêvasser!!! Prends ta plume et va poster!
( Ou clique au moins sur les top sites!)

Il y a de la nouveauté !
Allez consulter le What's new !!

Une cotisation Ulule a été lancée pour financer les dosettes de café.
Même si les puristes préfèrent les cafetières ancestrales.

Les absents ont toujours tort.
Méfiance, nous sommes d'humeur taquine...

Une animation d'Halloween vous attend...

Venez donc nous présenter vos plus beaux sourires.

Hé, t'as vu ton rang?

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 Point de rupture|Ezio|

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MessageSujet: Point de rupture|Ezio|   Mer 3 Mai - 14:19


Breaking point


Le mercredi 26 avril aux alentours de 11h50 dans les locaux de la Gazette du sorcier.

(Suivez bien, ça se complique après)

Penchée sur les dernières photos fraîchement arrivées par hibou ce matin, elle essayait de mémoriser le visage de l’homme qui faisait face à Strogov. Genre photographie mentale. Elles avaient été prises de loin et peu de détails avaient survécu à la distance. On y distinguait, cependant, une élégance certaine et un âge qui devait naviguer entre l’expérimenté et le respectable. Sans l’atteindre à bien regarder. A côté, sur sa table, un parchemin dont les lettres avaient été découpées dans diverses éditions de la Gazette. Une de plus, à ajouter à la collection morbide qu’elle possédait maintenant dans son tiroir. La cadence de réception de ces lettres avait sérieusement augmenté ces dernières semaines et le ton était de plus en plus pressant et menaçant. A croire que le sort s’acharnait contre elle en ce mois d’avril. Enfin… pas seulement contre elle pour le coup. Elle soupira en pensant à Joachim qu’il fallait qu’elle passe voir ce soir à tout prix. Dans son dos, la haute fenêtre de son bureau dispensait lumière et chaleur, toute frappée qu’elle était par le soleil. Merlin savait que par les temps qui courraient, elle avait grand besoin de cette même chaleur. Concentrée sur sa tâche, elle nota mais ne répondit pas aux quelques coups donnés à sa porte. Lorsqu’ils insistèrent, elle n’eut d’autre choix que celui de lever la tête pour répondre à une porte qui s’ouvrait déjà sur Millicent Straw.
Dans une vingtaine sur la pente descendante (quel optimisme !), elle avait été recrutée par la Gazette trois mois auparavant pour répondre aux courriers du cœur et avait pour ambition de devenir gravir les échelons pour être grand reporter. Saoirse ne pouvait s’empêcher de penser à la jeune femme comme à elle-même à ses débuts, bien qu’elles aient à quelques années près, le même âge et que Millicent soit son aînée. Oui, elle aimait bien se le rappeler. L’ancienne elle (puisque c’était ainsi qu’elle l’imaginait) était dévouée, serviable, agréable avec tout le monde et plutôt efficace. De grandes lunettes aux montures noires encadraient des yeux un peu ronds et franchement myopes. Ses cheveux impeccablement lissés et d’un noir d’ébène étaient brillants, et Saoirse en était presque sûre mais résistait à la tentation de les toucher chaque jour, d’une douceur incomparable.

- Saoirse ?
- Hmmm.
- Votre frère est là.

La petite écossaise jeta un œil à sa montre. Lùan était en congé pour un énième rendez-vous de préparation de mariage.

Bouse, il sait.

Impossible.


- Qu’est-ce qui se passe encore ? Il a dit ce qu’il voulait ? Lança-t-elle, presque accusatrice à cette pauvre Milicent.

- Il a demandé si vous accepteriez de le recevoir. Bégaya cette dernière en haussant les épaules.

Saoirse leva un sourcil surpris. Pourquoi refuserait-elle de le recevoir ? Il était mignon, lui. Evidemment qu’il pouvait entrer… Et sans prendre de rendez-vous !! Quoi que… ça aurait un côté très classe de devoir faire prendre rendez-vous à sa famille…

- Le mariage lui tourne la tête à ce pauvre garçon ! Qu’est-ce qu’il croit ? Que je vais le laisser à la porte ? Railla-t-elle en repoussant les photos et parchemins d’un coup de baguette.
- Ah il se marie aussi ?

Aussi ?

- Comment ça aussi ? Vous vous mariez ??

Sentant qu’un peu trop d’insistance sur le vous pouvait signifier qu’elle la jugeait incapable d’être épousée, elle tenta rapidement une pirouette version feinte de Wronsky pour rétablir la situation.

- Je veux dire, je ne savais pas que vous alliez vous marier.
- Moi ? Mais pas du tout.

Un brin exaspérée, Saoirse soupira et leva à nouveau le nez de ses photos.

- Et bien alors ? Quel est le problème ? Mon frère se marie. Et c’est bien le seul. Ajouta-t-elle dans un claquement de langue.

C’était bien le seul et là était le problème.

- Mais, je croyais que Lùan se mariait aussi… bégaya de plus belle la pauvre Milicent dont les joues touchaient presque la teinte de son rouge à lèvre un peu trop criard.
- Je ne vous suis plus du tout là. Lùan est là, oui il se marie, ce n’est pas mon cas, ni le vôtre. Jusque-là tout va bien ?

La jeune femme sembla s’éclairer d’une étincelle de compréhension avant de se fendre d’un large sourire niais à souhait. (Bon, à la base elle l’aimait bien cette fille, mais la combinaison des derniers ennuis entamait très sérieusement sa patience.)

- Ahhhhhhhhhhh mais non. C’est votre autre frère qui est là.

Ezio.

- J’ai dit quelque chose de mal ? Vous êtes pâle comme un demiguise angoissé…




Quelques mois plus tôt, le jeudi 8 février 2017, heure très approximative, sur l’île de Soay, au large des côtes écossaises.

(Vous suivez toujours ?)

Il faisait sombre dans cette partie du bâtiment. L’aile était au nord et la simplicité des conditions de vie ici ne semblait pas se soucier de répandre la moindre chaleur dans les couloirs aux plafonds immense. Oui, certains diraient qu’ici, « la chaleur est dans les cœurs ». Voilà qui la faisait doucement rire. Si certaines pièces avaient été aménagées pour qu’on s’y sente bien, le reste était minimaliste. Probablement parce que c’est en étant entouré de peu de choses qu’on apprenait à méditer. Chez elle, point de méditation dans ce vide. Juste le vide. Ses jambes la portaient comme une automate pendant qu’il lui semblait qu’on avait répandu de la glace (même pas aromatisée) dans ses veines. Elle tremblait. Du choc et de la colère. Un message en boucle circulait dans sa tête.
« A quoi t’attendais-tu ? » et « Qu’est-ce que tu fous ? »
Bien éloigné des hautes révélations mystiques que tout le monde semblait avoir en ces lieux. Chacun son niveau.
Elle baissait la tête chaque fois qu’elle croisait un homme, évacuant ainsi toute insinuation à entamer la moindre conversation. Elle n’était pas certaine de réaliser ce qu’elle était en train de faire. Ou alors elle ne voulait pas. Seulement sûre d’une chose, elle avait besoin d’en vouloir à quelqu’un. Et ce quelqu’un, c’était lui désormais. Le mentor. Le guide. Le maester. Peu importait les noms donnés. C’était bien le responsable.
On lui avait indiqué son « bureau ». Quel était le terme employé déjà ? Ce n’était pas « bureau ». Ici on ne disait pas « bureau ». Ici on ne disait pas les choses simplement. Ici tout était « retraite » et calme, « temps de méditations » et pensées, observation et analyse, tout lui était étranger et tout avait vocation à se décentrer de son confort pour faire partie d’un tout. Un tout qui la rejetait, un tout qu’elle ne parviendrait jamais à pénétrer et dans lequel elle ne pourrait plus jamais ni l’atteindre ni le toucher. Elle essuya une larme rageuse de ses joues et accéléra le pas.
La porte de chêne était simple et massive. Brute. Dénuée du moindre ornement. Pas un nom, pas un signe ne la distinguait des autres portes toutes aussi simples et massives. Mais elle avait compté (les portes, les pas, les couloirs, les fenêtres) et était sûre de son coup. Elle en observa la poignée, se demandant si elle oserait entrer d’un pas aussi furieux que celui qu’elle avait imaginé sur le trajet. Se demandant si elle oserait interrompre une conversation, une méditation, une affaire importante puisqu’il semblait que l’homme possédait une position importante. Ferait-elle irruption sans préavis ? Sa colère lui ne permettrait, sans doute, aucun. Mais elle se sentit à nouveau si petite et si loin de ce monde qu’elle resta un instant devant la porte, impressionnée. Tout l’impressionnait ici. Ou chacun semblait trouver chaleur et réconfort, mentionnait le côté chaleureux et rassurant des bardes, elle ne ressentait que froideur et incompréhension. Ils étaient tout calmes et sourires, tournés vers les autres et la nature. Et pourtant, elle ne s’était jamais sentie aussi seule qu’en leur compagnie. Deux trois fois pourtant, alors qu’elle traversait le bâtiment de part en part, on l’avait arrêtée. Ici vos émotions ne vous appartiennent plus, vous êtes mis à nue constamment et votre peine n’est plus la vôtre mais la leur. Certains s’accordent à dire qu’une douleur partagée est plus légère que quand on la porte seul. Pourtant, elle avait à nouveau le sentiment d’être dépouillée. Elle comprenait peu à peu à quel point Ezio avait été habitué à capter ce genre de chose. A quel point les éclats de voix, les colères et les drames le touchaient plus qu’elle ne le saurait jamais. Ici, on pouvait palper les émotions des autres comme si elles sortaient de votre tête sans consentement. Elle avait éconduit poliment le premier barde qui lui demandait d’un air inquiet si tout allait bien. Bouda le second en le contournant effrontément et lança un juron au troisième. Elle aurait bien des jours et des nuits pour le regretter et être hantée par ses grands yeux doux qui, loin de lui en vouloir, compatissaient alors. Encore pire. Il aurait pu lui faire le plaisir de l’insulter en retour. Là, elle se serait sentie mieux.
Bouse, elle rêvait de mettre un immense coup de pied dans la fourmilière. Qu’ils arrêtent de comprendre et qu’ils agissent. Qu’ils changent les choses au lieu de les écrire.
Elle réprima un nouveau sanglot.

Ici la magie était plus puissante qu’ailleurs. Elle résidait dans chaque pierre, chaque plante, chaque être et leur fameux « tout ». Et qu’en faisaient-ils ? Rien. Gâchis.
Rageuse, elle leva une main contre la porte et abattit son poing avec violence sur le bois de chêne. Elle enchaîna trois autres coups, renonçant à interrompre quoi que ce soit, mais décidé à ce qu’on l’entende. Et bien fort. Dans le silence de l’Ibas, même sa respiration lui paraissait bruyante.

- Beltrov Austeen ! C’est Saoirse !
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MessageSujet: Re: Point de rupture|Ezio|   Sam 6 Mai - 22:17

« Si tu n'arrives pas à penser, marche
Si tu penses trop, marche.
Si tu penses mal, marche encore. »
   Jean Giono


Elles sont au nombre de sept. Parce qu’il s’agit là du nombre de la divinité. Hautement chargé en symbole et sacralité, il incarne la totalité. La plénitude de l’accompli ouvert vers l’avenir. Sept c’était peu et beaucoup à la fois. Suite à la sixième épreuve, il avait ressenti l’impétueux besoin de marcher. Et c’est ce qu’il avait fait. Il avait marché, droit devant, des heures durant. Jusqu’à l’épuisement. Lorsque le soleil s’était levé, il marchait encore mais avait vidé sa tête. Ce fut en s’arrêtant pour contempler la beauté des premières lueurs rougeoyantes de l’aube qu’il réalisa que ses jambes étaient fatiguées et qu’il n’avait ni bu ni manger depuis des heures. Depuis combien d’heures marchait-il d’ailleurs ?



Jeudi 8 février, Ibas.


Chaque flux et reflux était comparable à l’air qui franchissait ses lèvres. Paradoxalement, à la fois naturel et pourtant d’un rythme presque calculé. Concentré sur sa respiration, il observait la marée depuis des heures, ses yeux ne faisant que caresser ce qu’ils voyaient, sans vraiment le toucher. Tel un ostinato, les battements de son cœur venaient ponctuer chaque phrase musicale de la mer, chaque intervention du vent à travers les rochers. Les jambes un peu engourdies par sa position assise et inconfortable dans les écueils depuis de longues minutes, il se déplia en prenant garde de ne pas faire tomber à l’eau l’instrument qu’il tenait entre ses mains. Dans un soupir éthéré, il cligna des yeux plusieurs fois, comme après un réveil douloureux et alla se percher sur un rocher plus accueillant. Prenant une profonde inspiration, il gonfla le sac de la cornemuse et après un temps de latence, fit courir ses doigts sur le levriad avec agilité et détachement. Lorsqu’il jouait, c’était comme s’il marchait. La musique lui permettait d’atteindre la même sérénité, même dans l’immobilité. Il lui semblait que son esprit se détachait des émotions pour les laisser filer dans les mélodies, comme elles glissaient sur ces pas. Comme s’il exorcisait ce qui noircissait l’intérieur de son être, pour le laisser ruisseler dans la nature. Et sur les flots, perlaient tristesse, rancune, culpabilité et colère alors que sa tête consentait enfin à se vider.  
Il enchaina une musique, puis une autre, sans réaliser depuis combien de temps il jouait. Il venait là depuis plusieurs jours maintenant. Seul, la plupart du temps, avec tout au plus quelques auditeurs venant prêter une oreille de connaisseur à ses intempéries musicales. Personne, néanmoins, ne venait l’interrompre ou lui parler. Tous ne faisaient que passer, écouter et profiter de ces égrainements de notes que ses doigts d’expert faisaient naître. Depuis le crépuscule matinal, il s’évertuait à graver chaque écueil, chaque ondulation du sable dans un coin de sa mémoire. Il n’avait pas ouvert la bouche pour autre chose que boire et jouer de la cornemuse depuis deux jours ; n'avait pas partagé de conversation avec quiconque depuis le début de la semaine et s’en moquait royalement. Il avait besoin de son capital de mots pour les distribuer à chaque partie de son esprit, en rébellion depuis bien trop d’années maintenant.
Dans ses veines, le sang pulsait au rythme des notes. Le tempo entrainait un peu plus loin chaque vague de troubles qui l’avait envahi ces derniers mois. Laissant filer le temps comme la rancune, les souvenirs et les douleurs avec elles. Ainsi chaque soir, vidé, il s’attendait à se trouver mieux d’avoir ainsi permis à ses émotions de glisser hors de lui. Puis venait la nuit, hostile comme elle l’avait rarement été avec lui, plus sombre que l’encre dont il imbibait ses parchemins, plus bruyante et dérangeante qu’elle ne l’avait jamais été ; Inhospitalière comme un terrain inconnu cherchant à le chasser de sa propre vie. Les questions l’assaillaient, les doutes aussi, et s’ébranlait toute la quiétude acquise le jour. Alors que s’émoussait une confiance qui ne lui avait jamais fait défaut jusque-là, jaillissaient à nouveaux les émotions qu’il s’évertuait à repousser. A nouveau cette colère sourde, cette douleur enfouie et ce besoin brûlant de rester éveillé pour ne pas se laisser faire, l’enveloppait et le consumait.
La fatigue le gagnait peu à peu dans ces journées qui s’enchainaient sans pause. Sans qu’il ne puisse caresser le répit de faire autre chose que se battre contre lui-même. La respiration même des autres le déconcentrait. La vie autour semblait vouloir l’empêcher de pointer ce qui dysfonctionnait réellement. Ses doigts poursuivaient inlassablement leur musique, ses jambes, la marche malgré la fatigue, au mépris des incertitudes, n’en déplaise aux émotions les plus tumultueuses, en dépit de tout… Sûrs de leurs gestes, sans aucune faille, quand ils tremblaient la nuit de devoir faire glisser la plume noircie d’encre, serrés autour d’elle comme accrochés au fil de la vie, ces mêmes doigts courraient, agiles, le long du levriad, sans jamais manquer leur cible, sans faire le moindre petit écart.

Elle avait toujours été compagne de sa solitude et voilà qu’en traitresse, la nuit s’entêtait à vouloir absoudre tous ses péchés.



Quelques jours plus tôt.


Assis contre le mur de pierre, il profitait de la fraîcheur de cette dernière. Elle soulageait les tiraillements de son épaule et l’aidait à se vider l’esprit tout en restant éveillé.
La lourde porte de chêne s’ouvrit sur la silhouette d’un barde avec qui il avait échangé quelques mots la veille, à propos de leurs voyages respectifs - sujet de l’épreuve du jour.


Un épais dossier sous le bras, ce dernier quittait la pièce dans laquelle il était resté enfermé quelques heures, avec un soulagement visible. Son expérience paraissait avoir été changée en années pesantes, son visage était rouge et son front déjà marqué par l’âge était désormais ridé par l’effort et la concentration. Le col de sa chemise était trempé de sueur et il avalait la longueur du couloir comme si sa vie en dépendait, égarant quelques feuilles de son dossier sur son passage, qu’il ramena à lui d’un mouvement de baguette. En parvenant à sa hauteur, il accorda un petit sourire encourageant à Ezio qui lui répondit d’un petit mouvement de tête.
Ezio le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse totalement, avalé par la lumière extérieure comme en proie à un besoin de renaissance. Un peu plus loin sur un banc, un autre candidat. Il ignorait combien ils étaient en tout. Peu, de ce qu’il en savait, mais il lui était impossible de mettre une quelconque approximation sur ce « peu ».
L’autre, justement, était recroquevillé sur son banc, tel un étudiant passant ses BUSES. Il aurait presque pu passer pour tel, si ce n’était sa barbe et les filaments blancs qui ornaient ses cheveux. Son trac était palpable à distance et venait buter, contagieux, contre l’esprit d’Ezio qui le repoussa gentiment. D’entre toutes, elle était l’épreuve qui lui convenait le mieux, il n’entendait pas laisser les émotions d’un autre le rendre plus vacillant qu’il ne pouvait l’être, parfois.

La porte de chêne restait close et l'appel de son nom se faisait attendre, lui arrachant un sourire d'ironie. L'attente faisait ici partie du jeu et la guerre des nerfs constituait la première étape vers l'achèvement. La patience était l'un de ses points forts et en comparaison à d'autres, il ne vivait régi par aucune heure, ce qui facilitait la cohabitation avec un temps qui pouvait paraître long. Parce que l'ennui ne le gagnait jamais, il trouva d'autres pierres à observer, d'autre son à isoler dans l'environnement, quelques chansons à fredonner et d'autres occupations qui lui offrirent la distraction nécessaire pour éviter de ressasser ce qui pouvait potentiellement le fragiliser.
Un peu plus loin, son camarade d’infortune attrapa rapidement des rouleaux de parchemin et compulsa activement ses notes, sous le regard intrigué d’Ezio qui venait là les mains vides, n’ayant à présenter que les images qu’il avait, plein la tête. On examinait aujourd’hui leurs talents d’orateurs, leur expérience du voyage et leur art. Il estimait les porter sur lui et n'avoir besoin d'aucune autre justification que ce qu'il pourrait en dire. Peut-être se trompait-il après tout, les autres semblaient plus âgés et expérimentés que lui. Il haussa les épaules et soupira.
Etendant ses jambes devant lui pour s’étirer un peu, le jeune barde ferma les yeux pour rester imperméable à l’environnement. Retenant un bâillement qui aurait pu être interprété comme une manifestation de désinvolture malvenue, il se frotta le visage pour tâcher de se réveiller un peu. Il avait passé la nuit à écrire, grattant papier et plume jusqu’à ce que l’un des deux ne cède et se refuse à accepter les traces qu’il avait besoin de laisser.
Anastasia Grant était venu le hanter à chaque fois qu’il s’était assoupi, tantôt pleine de colère à son encontre, tantôt les yeux embués de larmes dont il se sentait égoïstement la cause. Il l’avait chassé, doucement au départ, puis avec plus de conviction par la suite. A l’heure qu’il était, elle n’avait probablement plus envie d’entendre parler de lui. Le destin avait fini par se charger lui-même de ses trop longues hésitations à manifester – et savoir - ce qu’il désirait. Il n’avait, pour ainsi dire, jamais su se projeter et vivait sa vie comme s’écoule une rivière, à l’heure que son corps réclamait et sous les desseins d’une météo qu’il découvrait au jour le jour ; laissant ainsi peu de place à un ou une autre dans sa vie.
Au fond de son être grondait toujours cette immense impression de gâchis qui lui avait étreint la gorge une quinzaine de jours plus tôt. Il avait remis une plus profonde introspection à plus tard, conscient qu’elle le détournerait d’une concentration dont il avait impérativement besoin au cours de cette semaine. Certaines forces étaient cependant plus tempétueuses que sa volonté et le pourchassait jusque dans ses courtes heures de sommeil, au moment où la fatigue prenait le pas sur le contrôle et où la paix ne parvenait plus à exister. Il ne restait pourtant guère de place pour les doutes à cet instant précis de sa vie. La profonde vague de dégoût l’habitait toujours, même s’il l’enfouissait sous un calme latent, plus proche du vide que d’une quelconque maîtrise. Comme acculé au bord d’un gouffre il avait le choix entre résister au vent ou sauter.


HJ: Certes, nous avions parlé de quelque chose de visuel... je n'imaginais pas que tu nous ferais du Tarentino.  Rolling Eyes

J'espère que ça te conviendra. Wink


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MessageSujet: Re: Point de rupture|Ezio|   Mer 31 Mai - 14:44


Quelques heures plus tôt que le mois plus tôt.
Sous titre : le jeudi 8 février 2017 un peu plus tôt que précédemment.



Une écharpe autour du cou et un gros pull de maille en réponse aux vents (trop) frais de l’île de Soay, elle grimpait quatre à quatre (ou plus honnêtement, deux par deux) les marches de l’escalier qui menait de la plage à l’Ibas. Les accès pour l’Académie n’étaient pas nombreux et strictement contrôlés. Un bac pour les aventureux désireux de profiter de la houle marine (pas son cas), un portoloin de la côte à la petite caverne de la plage (pour lequel elle avait opté) et un second du même type qui permettait d’accéder à un vieux puits dans la cours. Ce dernier était peu usité mais restait entretenu en tant qu’issue de secours, il ne fallait pas être claustrophobe pour l’emprunter. Nul doute qu’Ezio utilisait le Bac.
L’accès était, dans tous les cas, hautement règlementé et toute la zone était prétendue utilisée pour des recherches militaires aux yeux des moldus. Aucun autre bateau ne pouvait s’approcher de l’île, aucun avion n’était autorisé à la survoler. Les sortilèges qui l’entourait étaient d’autant plus puissants que des bardes étaient entièrement dévoués à leur maintien.

Genre on y garde les secrets ministériels. Sauf que c’est de l’art…

Saoirse n’y avait pas mis les pieds depuis de nombreuses années. La remise du diplôme d’Ezio, très exactement. Ce qui, sans vouloir le vexer, commencer à dater un peu.
Elle fut frappée, comme dans son souvenir par la majesté se dégageant des lieux. L’air était imprégné d’une magie différente de celle qu’elle connaissait. Plus ancienne et plus profonde. Celle qui séduisait tant Ezio, qui résidait en chaque être de ce monde. Une magie blanche et protectrice, qui rendait encore plus puissant ceux qui apprenait à la maîtriser.

L’escalier partait de la plage et serpentait dans les rochers humides et salés. Atteindre l’Ibas se méritait, visiblement. Il fallait être endurant et sûr de ses pieds pour éviter de glisser et se rompre le cou. En bonne sportive, Saoirse les gravit sans trop s’essouffler mais eut tout loisir de ruminer ses pensées. Elle n’était pas encore certaine de connaître la raison exacte de sa venue. Elle était toujours en colère. Dans une profonde et sombre colère depuis Noël, dont elle ne parvenait pas à se défaire. Habituellement, les gens profondément en rogne contre une personne ne cherchait pas à la voir. Or, elle était là. A quémander une confrontation qui se passerait mal, de toute évidence. Il y avait aussi cette petite enveloppe, au fond de son sac . Un petit pouvoir de destruction au creux d’une main. Quel dessein lui réservait-elle exactement ? Et pourquoi l’avoir amené ? Pour lui ? Ou en garanti d’un échange ?

Ses frères avaient toujours revêtu une importance capitale. Elle était prête à tuer pour eux. L’un comme l’autre. Sauf qu’avec Ezio, les choses étaient un peu différentes. Il y avait cet étrange lien qui les unissaient depuis l’enfance. Bien qu’il semble plus l’unir elle à lui que le contraire. Cette relation étrange, peut-être un peu malsaine, qui la vouait à avoir besoin de lui, qu’il le veuille ou non.

Ce qu’elle venait chercher ? Des cris des larmes et la réconciliation. Ses bras autour d’elle pour la rassurer. Elle s’en voulait tout aussi profondément pour avoir envie de provoquer cette dispute dans le seul but qu’une fois encore, il la rassure.

Petit être stupide.

A moins que cette fois-ci, elle ne soit suffisamment forte pour lui mettre l’avoinée nécessaire aux conséquences de ses actes égoïstes, pour que quelqu’un se décide enfin à mettre un coup de pied au (certes joli) cul d’Ezio Shepherd.
Relevant la tête en signe d’auto persuasion, elle gravit les dernières marches, convaincue qu’elle aurait le dernier mot et obtiendrait non seulement des excuses, mais un progrès notable dans son comportement futur.

Tu peux toujours rêver.

Elle avait appris fortuitement où se trouvait son frère, pour une fois, et entendait bien jouer cette carte pour crever l’abcès qui lui pourrissait la vie depuis près de deux mois.  
Et puis, il y avait la fameuse lettre. Elle hésitait encore sur ce qu’elle en ferait. Bien entendu, elle n’avait pas le droit de la garder. Mais lui donner, elle le savait, ne serait pas sans conséquences.

Lorsqu’elle gagna enfin la cour principale, elle s’arrêta un instant pour contempler l’immense bâtisse et ses nombreuses ailes. S’il était moins imposant que Poudlard ou l’UAD, il n’en restait pas moins un bâtiment impressionnant. Plus épuré, dénué de fioritures, il s’élançait massif et brut.
Un calme absolu y régnait bien que de nombreuses silhouettes s’affairaient tout autour.
Saoirse convint que l’endroit devait mieux convenir à Ezio que ses bavardages et l’agitation de la ville. Se pinçant les lèvres, elle se demanda si elle réussirait à avoir une conversation ici avec lui sans bouleverser la quiétude des lieux. Il lui semblait que ses propres pas étaient dix fois plus bruyants que ceux des autres, que même sa respiration pouvait gêner les bardes. Elle chercha son frère des yeux, constatant par la même occasion, qu’elle était la seule femme présente.
Depuis le temps qu’elle disait que c’était un truc de moines…

N’osant demander à quiconque où pouvait bien se trouver ce grand escogriffe d’Ezio Shepherd, elle traversa la cour d’un pas frondeur pour se rendre dans un Hall qui s’avéra finalement n’être qu’un passage vers une autre cours intérieure.

Comble de tout, je vais réussir à me perdre. Psychologiquement et physiquement.

Elle s’y arrêta un moment encore pour tenter un repérage et profiter du ravissement du lierre grimpant sur les pierres, comme si la nature, ici, avait plus de droits que ce qui émanait de la main de l’homme. Il régnait sur les lieux un étrange mélange d’abandon sauvage et de maîtrise de tout. Le calme envahissant semblait même réussir l’exploit de s’insinuer en elle, après des mois d’absence.

Non, non, non, tu ne t’en tireras pas comme ça, toi. Pas encore une fois.

Elle lui pardonnerait, bien sûr. Comme à chaque fois! Mais il était plus que temps qu’il entende qu’on ne pouvait pas faire comme si les autres n’existaient pas. Elle connaissait son besoin de n’avoir de compte à rendre à personne, mais il devait savoir que grandir impliquait de rendre tout de même quelques comptes. Au moins aux gens que l’on aimait. Ne serait-ce qu’éviter de les planter sans explication une veille de Noël.
A se demander qui étaient ses parents à celui-ci. Comment pouvaient-ils être si différents après avoir reçu la même éducation ?

Elle se glissa sous les arcades paisibles et silencieuse, cherchant le visage familier d’Ezio parmi les bardes qu’elle croisait. Par Merlin, n’existait-il donc pas de femmes bardes ? Elle n’avait jamais songé à demander à Ezio, mais il semblait qu’elle venait de pénétrer dans un monde exclusivement masculin. Ce qui n’était pas vraiment pour lui déplaire, mais restait surprenant.

- Bonjour ! Je peux vous aider ?

Une voix chantante avait murmuré à son oreille et la fit sursauter. Elle n’avait pas entendu l’homme s’approcher. Âgé d’une vingtaine d’années tout au plus, il était couronné d’une masse de boucles d’un noir de jais, avait le visage rond de l’enfance et un sourire bienveillant cloué aux lèvres. Genre comité d’accueil. Elle lui offrit son plus beau sourire en retour jusqu’à le voir rougir jusqu’à la racine des cheveux. Bouse, se pouvait-il qu’on ait fait faire vœu de chasteté à tous ces garçons ? Ezio avait oublié de le mentionner…

- Volontiers, je cherche mon frère, Ezio Shepherd. Vous savez où je peux le trouver ?

Semblant se ressaisir, il secoua la tête et désigna quelque chose du menton, un peu plus loin.

- Je ne sais pas où il est, mais je pense que cette personne pourra vous renseigner. Dit-il en désignant la grande silhouette de Beltrov Austeen qui se dirigeait vers un d’un pas bien trop leste pour la quiétude des lieux, le front et les yeux plissés d’inquiétude. Saoirse remercia son hôte d’accueil d’un sourire éblouissant qui se mua en petit air provoquant lorsqu’elle se retourna vers le mentor d’Ezio.

Leur dernière rencontre remontait à l’été passé, au cours de la soirée de présentation du Philtre B612. Elle n’avait pas été très agréable ce soir-là. Ezio non plus. Et le blondinet bardesque avait tenté de faire le tampon entre deux Shepherd. Quelle idée.

Avant même qu’elle n’ouvre la bouche, il fronça les sourcils et départi de cet habituel sourire compréhensif qui hérissait les poils de Saoirse, il demanda, visiblement inquiet :

- Saoirse ? Que faîtes-vous là ?

Puis semblant retrouver ses habitudes de bienfaiteur parfait, allant même jusqu'à paraître un peu inquiet pour elle :


- Est-ce que tout va bien ?

Face à lui, elle désigna les alentours d’un geste englobant l’ensemble du paysage et soupira avec plus de bruit que nécessaire :

- Evidemment ! Comment ne pas se sentir ressourcées dans un tel cadre !

En réalité, il lui sortait déjà par les yeux. Le barde, pas le cadre. Pourquoi le détestait-elle à ce point déjà ? Ah oui, parce qu’il l’aimait. Pure jalousie. Elle le concédait, l’assumait et allait même jusqu’à refuser de se raisonner. Combien de fois avait-il prétexté des voyages avec Beltrov ? Des escapades ? Des oublis dus à la conversation si passionnante du barde qui se tenait face à elle.
Avec une brutalité qui ne lui ressemblait guère, il poursuivit :


- Qu’est-ce que vous voulez ?

Elle n’était visiblement pas la bienvenue. Abandonnant sourire et mise en scène, elle planta un regard franc et direct dans le regard clair de l’homme.

- Je viens voir mon frère. Les visites ne sont pas interdites dans votre couvent ?

Il soupira et posa une main sur son épaule qu’elle regarda comme une bestiole un peu gênante.


- Saoirse, je ne pense pas que …
- Il est bien là ?

- Oui, mais ce n’est pas vraiment le moment…
- Puisqu’il est là, je ne vois vraiment pas d’autres moments, justement. Annonça-t-elle en se dégageant de la main de l’homme. Où est-il ?

- Vous devriez me faire confiance. Revenez plus tard…
- Quand il sera parti ?

- Ce n’est pas ce que je veux dire… peut-être dans quelques jours ? Il n'est pas en grande forme.
- Où est-il ? Insista-t-elle d’un ton qui ne laissait que peu d’options.

- … Sur la plage. Vous êtes aussi têtue que lui. Lâcha l’autre visiblement à contre cœur après avoir soupiré père et mère.
- Merci. Posa-t-elle sans plus de conviction que la politesse n’en imposait. Tournant les talons, elle fit demi-tour et le planta là, sans un regard de plus.

Elle capta d'abord les notes. Elle était certaine de pouvoir prédire si c’était lui qui jouait ou non. Elle avait l’impression d’être capable de reconnaître à distance les inflexions de sa musique. Elle avait toujours été différente. Un peu comme si elle pénétrait les cœurs directement, faisant passer des messages tout personnels à chacun des auditeurs. Sentant que sa colère s’étouffait un peu, elle la raviva à grand coups de souvenirs de ce 24 décembre. De la découverte de ces quatre mots griffonnés à la hâte, qu’elle avait encadrés et accrochés pour se souvenir qu’elle lui en voulait vraiment.

Elle distingua ensuite la silhouette sur les rochers. Grand et sombre, cornemuse en main en parfaite icône du poète tourmenté.
Est-ce qu’il avait deviné son arrivée ou jouissait-il toujours d’une parfaite mise en scène due au hasard et à un excellent timing?

Elle descendit jusqu’au sable et après y avoir enfoncé un talon avec la grâce d’un pitiponk cul-de-jattes (jamais vu ? ça vaut le détour), décida d’ôter ses chaussures pour parcourir les derniers mètres qui les séparaient.

Je vais me le faire.


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MessageSujet: Re: Point de rupture|Ezio|   Mar 13 Juin - 10:03

Si la confirmation vint des chaussures qu’elle enleva avec la vivacité et les mouvements d’humeur qui incombaient à Saoirse, il avait déjà reconnu en elle la petite silhouette qui disparaissait dans une écharpe avec laquelle elle aurait pu se cacher entièrement. Si d’habitude, l’apparition de sa sœur lui tirait un sourire dans les temps les plus moroses, il n’en fut rien ce jour-là. Il l’observa traverser la plage à coup d’enjambées aussi grandes que permis, ses chaussures à la main, le menton relevé et les yeux rivés sur lui, puis il détourna le regard et retourna à son instrument. Entamant à plein poumons un nouvel air, il plongea ses yeux dans l’écume des vagues, l’esprit de nouveau agité par les comportements à tenir et les paroles à échanger.





Il avait obtenu une dispense par un moyen qu’il ignorait. N’ayant rien demandé et s’apprêtant à devoir justifier ses choix, il constata qu’on lui évitait cela sans qu’il soit à l’origine de cette facilité. Il était évident que Beltrov n’y était pas étranger. Surpris qu’on lui accorde ce traitement de faveur, il ne posa cependant pas de question et recueilli l’avantage en se concentrant sur la seconde partie. Il s’était imaginé que cette épreuve serait décisive et probablement éliminatoire pour lui, étant incapable à ce jour de produire le moindre sortilège par faute de baguette. Les nuits précédentes, il avait envisagé tous les cas. Qu’on lui stipule alors son abandon, après qu’il eût exposé ses choix, qu’on lui en fournisse une en exigeant de lui qu’il opère malgré tout, ou qu’on l’écoute patiemment pour le recaler par la suite. S’il avait eu entre les mains la baguette d’un autre, il savait avec affirmation ce qu’il aurait fait. Il avait eu le temps de mettre dans la balance ses principes et l’importance que revêtait pour lui cet examen. Il avait mesuré les conséquences de ses choix et avait admis que ses principes l’emporteraient. La baguette aurait été refusée, il n’aurait eu qu’à quitter la pièce.

On lui épargna néanmoins toutes ses démonstrations. Lorsque le jury l’accueillit dans la pièce, on lui exposa ce qui était attendu de lui. Edmund McHaffray, l’un des membres lui précisa qu’était attendu de sa partie pratique uniquement la magie élémentaire et sans baguette des bardes. Ezio acquiesça silencieusement, et plongea son regard dans celui de son mentor qui lui faisait face gravement. S’il n’aimait pas particulièrement les traitements de faveurs, il savait reconnaître son unique chance de réussir lorsqu’elle se présentait.




Elle grimpa les rochers en grommelant. Du moins, c’est ce qu’il devina aux mouvements de ses lèvres et à l’agacement qui se lisait sur son visage. Elle avait les sourcils belliqueux et au vu de son air échevelé, il prédit une tempête à venir. Tempête qu’il n’était pas certain de pouvoir supporter à ce jour.

Régulièrement, elle s’emportait que ce soit de joie ou de peine, de colère ou de surprise. Il n’était pas rare de voir changer l’expression de son doux visage en une fraction de seconde. Saoirse était par définition, la vie même, avec une gamme de courroux à son acabit, qu’ils soient délicieux ou redoutables. Il avait pris son parti de se délecter des changements sur son visage et des intonations de voix. Il savait qu’attendre suffisait et qu’ensuite, la douceur reprenait le dessus, toujours. Il ne comptait plus les fois où dans l’attente d’une chose qu’il ignorait, elle s’emportait contre lui pour finir par se jeter dans ses bras en s’excusant.

Pourtant, cette fois, il ne se sentait pas à même de rester phare au milieu de la mer agiter et d’attendre que passent les foudres. Il n’avait ni la force, ni l’envie, de supporter d’autres troubles que les siens.

Elle parvint à sa hauteur en quelques minutes et se planta devant lui, échevelée et visiblement de mauvaise humeur, les bras croisés alors qu’il jouait encore. Dans un soupir désincarné, il abandonna à regret son instrument et la mélodie qui en sortait pour se tourner pleinement vers elle. La saluant d’un signe de tête, il constata à quel point il était étrange de la voir ici, dans cet univers qui était sien. Il nota aussi à quel point cela le dérangeait.

Après un silence un peu gênant, qu’il ne doutait pas qu’elle saurait rompre avec vigueur, il lui jeta un œil sondeur pour attester du degré de sa colère.
Il était évident qu’elle l’était et il pensait savoir pour quelle raison. Si coutumièrement il avait du mal à la suivre dans ses pérégrinations et ignorait la plupart du temps les raisons pour lesquelles elle était furieuse contre lui, il ne pouvait nier, cette fois-ci, avoir une petite idée de ce qui l’avait empourprée.
Lucide que lui demander si tout allait bien serait un tremplin pour se faire jeter du rocher, il opta pour une attaque plus directe et d’un visage assombri lui assena une entrée en matière dépourvu d’artifice quelconque, à commencer par ceux d’un banal accueil chaleureux.

- Je suppose que tu viens chercher des excuses... Je m’excuse.


HJ: Je te rapelle que tu m'as déjà insulté dans l'autre sujet. Merci de "te le faire" avec modération. Wink


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MessageSujet: Re: Point de rupture|Ezio|   Sam 24 Juin - 11:44

42 secondes. C’était exactement le temps qu’elle lui avait laissé pour mettre fin à son Amazing Grace (très beau soit dit en passant) avant de lui faire bouffer sa cornemuse par le sac.
Il naviguait gentiment entre l’incorrection la plus totale et le tact le plus discret. Heurté d’aborder des sujets personnels avec vous, il n’hésitait pas à vous souffler de la cornemuse au visage avant de vous saluer. Malotru.

Il portait l’uniforme de l’Ibas. Arrangé à sa sauce (évidemment) mais tout de même un uniforme ! Ce fut là le premier point qui retint son attention (et qui aurait dû lui mettre le doxy à l’oreille). Il lui seyait parfaitement bien, mettant en valeur ses larges épaules et sa longue silhouette. Veste sombre aux armoiries de l’académie, chemise claire à col Mao (à moitié déboutonnée, mais il ne fallait pas trop lui en demander) et cette ceinture légère cintrant la taille qui avait un nom mais qu’elle avait zappé entre temps. La dernière fois qu’elle l’avait vu ainsi ? Le jour de la remise des diplômes. Et c’était bien dommage. Il dégageait autre chose, vêtu ainsi. Plus de maturité peut-être. Si on effaçait son air boudeur d’enfant de 10 ans, of course.

Tout en essayant de ne pas se laisser déconcentrée par les quelques compliments qui lui titillaient les lèvres, elle se focalisa sur son attitude provocante et manqua s’étrangler lorsqu’il s’excusa avec la délicatesse d’un hippogriffe à qui on aurait confié des couverts pour le dîner.

- Non mais je rêve !! C’est quoi ces excuses à la mords moi le chaudron ??! 

Finalement, la colère n’était pas très loin. Sauvée.

Pour toute réponse, il soupira profondément et se tourna vers la mer.
Une profonde lutte pour résister à l’envie de le pousser au bas des rochers s’engagea dans la tête de la petite écossaise. Si elle visait bien, il éviterait les écueils et se contenterait d’une bonne douche fraîche qui lui remettrait (peut-être) les idées en place. Le truc, c’est que maladroite comme elle l’était, rien ne garantissait qu’elle atteigne son but. Elle le contourna prudemment, en évitant à ses mains la tentation de lui mettre deux trois claques au passage et se planta à nouveau devant lui.

- Les excuses on ne les jette pas au visage des gens ! Tu es au courant ??

Tout comme les airs de cornemuse, mal élevé !

Alors qu’il ne lui accordait pas même un regard, elle fut prise d’un doute. Droit, parfaitement immobile il n’abordait pas du tout l’air rêveur et absent qu’on lui connaissait quand il évitait une dispute. Il y avait autre chose, une expression beaucoup plus froide et rigide qu’elle ne lui connaissait pas et qui soudain l’effraya.

- Ezio ? ça va ? Souffla-t-elle alors que ça colère retombait aussi platement qu’elle s’était soulevée.

Sans même tourner la tête, il lui glissa un regard sombre et ne prit pas la peine de répondre.
Il détourna à nouveau les yeux et elle en profita pour l’observer de plus près. Selon les périodes à laquelle on le croisait, il pouvait offrir des visages bien différents. Dévoré par sa passion créatrice, il en oubliait parfois de manger, portait alors un visage exalté et anguleux dont les traits accusaient fatigue, obnubilation en tout genre, addictions diverses, névroses et tout un tas de choses particulièrement effrayantes. Suite à ça, il retrouvait en quelques mois ses airs doux languissants et apaisés, un visage plus détendu et rêveur et semblait revenir à la vie. Ce jour-là, il ne portait ni l’un ni l’autre. Le masque était plus dur, sa mâchoire trahissait une crispation qui lui murmura la drôle d’idée que peut-être, lui aussi luttait intérieurement contre la furieuse envie de la jeter dans l’eau. Autour de son œil gauche, les dernières traces brunes de ce qui avait dû être un hématome.

- Tu t’es battu ? Demanda-t-elle surprise en levant une main vers lui.

- Qu’est-ce que tu veux, Saoirse ?


Interrompant son geste au son des paroles proférées avec tant de froideur et l’insistance qu’il avait mise derrière l’accentuation de son prénom. Tout dans son attitude dénotait d’une distance qu’il mettait volontairement entre eux. Le ton était glacial, il employait son prénom comme si elle était une étrangère et baissait à peine les yeux sur elle. Il repoussait ainsi toutes les émotions qu’elle aurait voulu mettre dans la conversation, qu’elles soient colère ou amour. La voix qu’il portait habituellement grave et chaleureuse était aussi froide et dure que l’expression de son visage et la blessa plus encore que ne l’aurait fait une gifle.
Par fierté, elle se composa une attitude toute aussi distante et se mordit violement la lèvre inférieure pour l’empêcher de trembler. Détournant à son tour le regard vers les embruns du large, elle prit une profonde inspiration et pria pour que les inflexions de sa voix ne trahissent pas son trouble. Déjà, elle sentait ses canaux lacrymaux ouvrir grand les vannes.

- Je voulais juste te dire…

Un petit sanglot lui serra la gorge. Question dignité et détachement, il fallait vraiment qu’elle se décide à prendre des cours. Elle avait quelques mois auparavant, pris la carte d’un Magicopsy de l’université, bien décidée à suivre des cours de gestion d’émotions. Il n’y avait rien de plus pénible que d’être envahie de larmes à chaque discussion. Ce n’était pas de la tristesse, loin de là, juste un réflexe en réaction à tout ce qui la touchait. Aussitôt, sa gorge se serrait, ses yeux se mouillaient et ses colères ou grands discours s’en trouvaient immédiatement entachés. Crédibilité zéro. Malgré de grandes idées à faire passer. Le drame de sa vie.

- Que ce que tu avais fait à Noël, c’était nul.

Super. Deux mois à bosser un éloquent discours pour le résumer en trois pauvres lettres. N.U.L.

C’est toi qui es nulle.

Deux grosses larmes roulèrent sur ses joues, elle les écrasa sauvagement d’un coup d’écharpe.

- Que tu es d’un égoïsme irrécupérable. Concentré sur ton nombril, ta petite vie et tes petits soucis, tu as légèrement tendance à oublier que tu n’es pas seul et que parfois, et je ne sais même pas comment nous pouvons être stupides à ce point, on compte sur toi pour être là !

Ouverture des vannes. Attention, débit incontrôlable, montée dans les aigus.

- La plupart des gens font des efforts ! Ils font bonne figure pour répondre à leurs obligations !! Je t’ai attendue ! Comme une conne ! Le soir de Noël !! Pour trouver quoi ? Quatre pauvres mots sur un bout de papier et silence radio par la suite ! Tu avais promis !! Et le lendemain ? Plus d’affaires rien ! Même pas le courage de venir me voir ! C’est toujours le monde qui doit s’adapter à toi, jamais le contraire !!!!!

Cette fois-ci, plus assez de mètres d’écharpe pour éponger ce qui dévalait ses joues. Il faudrait qu’elle pense à bien boire après chacune de leur entrevue.
Son cœur battait de plus en plus fort alors qu’elle tremblait. Et bizarrement, elle ne se sentait pas envahie par la colère mais plutôt par l’effrayant constat qu’ils courraient droit vers un point de non-retour. Vers quelque chose d’irrémédiable, une cassure et qu’il était trop tard.
Pourquoi donc ne lui retournait-il pas ses grands yeux doux et désespérés ? Ceux qu’il lui offrait quand elle s’énervait ? Ceux qui la pardonnaient à l’avance, lui faisait comprendre que bien sûr, rien ne changerait, mais qu’il l’aimait. Où était cet Ezio là ?

Face à elle, un mur de froideur et de distance. Il n’avait pas posé un œil sur elle tout au long de son monologue. Ni levé les yeux au ciel. Pas abordé ce petit sourire moqueur qu’il aimait tant lorsqu’elle s’excitait pour rien. Nulle trace de cette fossette qui trahissait son sourire lorsqu’il le réprimait. Il n’avait pas haussé les épaules. Pas même soupiré. Effrayant de mutisme, elle fut soudainement certaine qu’il avait (pour une fois) parfaitement écouté et que cette fois-ci, aucune des larmes qu’elle versait ne l’atteignait vraiment.

Mais réagis bon sang !!!


En désespoir de cause, elle chercha un moyen de provoquer une réaction, quelle qu’elle soit et dépassa les bornes.

- J’étais aussi venue t’apporter ça. C’est arrivé chez les parents ! Cracha-t-elle brutalement.

Meurtrie et impuissante, elle vit sa main plonger dans son sac avant d’avoir le temps de l’arrêter. Et avant même de comprendre ce qu’elle faisait, elle vit la petite enveloppe beige s’abattre au pied d’Ezio, au creux d’un rocher. L’écriture fine et ronde qui avait couché le nom et l’adresse ne laissait aucun doute quant à l’expéditrice, Shannon et Ezio ayant échangé suffisamment de missives au cours de leur jeunesse pour que toute la famille soit capable d’identifier l’écriture de cette dernière.
La petite bombe à retardement, avec un détonateur de quelques années, reposait entre eux, agitée par les ondes du vent.

Une bruyante sonnette d’alarme s’affola alors dans l’esprit de Saoirse. Les yeux pleins de larmes, elle guettait chez son frère un signe ou une réaction. Elle aurait voulu tout arrêter, tout recommencer, mais il était trop tard maintenant.


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MessageSujet: Re: Point de rupture|Ezio|   Dim 9 Juil - 13:01


Lundi 5 février

Elles circulaient tels les éclairs d’un orage de douceur. Rapides et lumineuses mais aussi silencieuses qu’un rayon de lune répandant clarté et secrets dans toute la salle. D’aucun s’accordait à dire qu’il s’agissait là de la pièce la plus enchanteresse de l’Académie, à émerveiller le plus pragmatique des trolls.
Elle recueillait depuis des siècles les pensées de tous les bardes qui avaient foulés ces lieux. Circulant sur le mur érigé à cet effet, elle se croisaient, s’entrelaçaient, se mêlaient parfois pour donner cet aspect mouvant et irradiant à la roche.
Le mur de Pensine avait été dressé à l’Ibas une dizaine d’années après la création de l’Académie (1674).  Sa première vocation avait été de conserver les pensées les plus sages des bardes de l’époque pour pérenniser leurs oeuvres, leur art et leurs conseils. Peu à peu étaient venues s’ajouter celles des Novices qu’on encourageait à laisser une trace dans ce monde. Désormais, le mur était ouvert à tous les bardes désireux de poser en offrande une partie de leurs pensées, qu’elles soient douces et généreuses ou qu’au contraire à des vues thérapeutiques, ils puissent se délester d’un fardeau étouffant.
Ainsi, si on laissait traîner sa main sur la paroi, bien vite, elles se rassemblaient autour de la paume et livraient un étrange combat à savoir celle qui aurait le privilège de s’enrouler autour du poignet de l’hôte pour atteindre son esprit.
Le mur était ensorcelé de telle sorte qu’il était impossible de voler une pensée. Une fois celle-ci « vue » par l’audacieux voyageur, elle regagnait sa place et poursuivait son errance. Seul son propriétaire pouvait s’en saisir réellement pour l’ôter du mur.

Cela faisait 60 ans maintenant que l’une des épreuves prenait essence face à lui. Les bardes que l’on proposait aux Epreuves passaient devant le mur pour accueillir la pensée d’un autre. L’épreuve en soi n’avait rien de difficile et n’avait aucune visée éliminatoire, cherchant uniquement à accroître l’empathie des bardes qui partageaient de ce fait, une partie des émotions laissées par un des leurs. Selon la pensée dominante, l’épreuve pouvait durer de quelques secondes à quelques heures. Le barde y recevait une dose d’émotion qui ne lui appartenait pas et vivait le souvenir d’un autre à travers elle, prenant ainsi pleinement par au tout qu’il allait former avec l’ensemble de la confrérie.
Ainsi, le mur qui aurait pu devenir le défouloir de pensées sombres et colériques, demeurait un bel équilibre entre peine et douceur. Chacun savait en venant ici, qu’à tout instant, sa pensée pouvait être consultée. Et si le mur garantissait un certain anonymat, les pensées elles, ne le permettaient pas toujours. Il fallait donc être prudent dans ce qu’on souhaitait léguer et de ce dont on voulait se délester.

Avant d’y entrer, chaque barde procédait à un rituel de purification qui scellait un pacte entre le mur et lui, ne l’autorisant pas à divulguer ce qu’il y avait vu. Pas même aux examinateurs lorsqu’il s’agissait d’un examen. Cela permettait d’éviter la fuite de secrets dont le mur, seul, était le gardien.

Ezio s’y était souvent rendu auparavant. Plus pour s’émerveiller de la course argentée des pensées sur le mur que pour y lire quelques souvenirs. Il en avait déposé, comme chacun. Des pensées qui l’encombraient, des idées dont il voulait se souvenir et qu’il pouvait ainsi venir récupérer si elles lui échappaient, des souvenirs que son esprit tâchait d’enrayer avec le temps et qu’il désirait garder aussi neufs que possibles. Et bien entendu, comme tous les bardes, il avait été tenté de faire courir sa main sur la surface ondulante du mur. Bien vite, il s’était retrouvé assailli de fils argentés. De nombreuses fois, il avait retiré sa main avant que l’une d’elle ne s’empare de son poignet.

Si l’on voulait accéder uniquement à ses propres pensées, il fallait s’adonner à quelques formules et apposer sa main d’une façon particulière. Seules les pensées de l’auteur en personne étaient alors attirées par les doigts. Sinon, c’était un mélange de hasard et de magie qui choisissait la pensée qui atteindrait l’esprit. A moins que, les pensées ne soient dotées de la capacité de choisir leurs hôtes…

La nuit précédant l’épreuve, il n’avait pas dormi. De nouveau, la fièvre due au Pareahn croisé des mois plus tôt l’avait saisi. Chronique, elle s’emparait de lui à intervalles presque réguliers, durait maintenant deux à trois jours et repartait aussi brusquement qu’elle n’était apparue. Pas d’autres symptômes que ceux qu’il expérimentait depuis 5 mois maintenant. Des douleurs comme si la blessure se ravivait, des nuits passées à délirer, le corps brûlant et une profonde irritabilité. Le traitement prescrit par Beltrov avait passablement enrayé la douleur entre les crises, parvenait à diminuer l’intensité de ces dernières mais ne réussisait néanmoins pas à les éradiquer. Ezio prenait donc son mal en patience et son entourage aussi.

Nerveux à l’aube de ce matin, il tentait de se raisonner. Rien dans cette épreuve, ne pouvait le dérouter, si ce n’était ses propres souvenirs. Il avait réussi, dans un accès de paranoïa, à s’imaginer que ses propres pensées viendraient le pourchasser pour lui nuire. Piètre résultat d’une longue nuit de divagation, il s’était même imaginé venir toutes les récupérer avant l’épreuve pour être certain de ne pas en croiser une le matin même. Fort heureusement, la fièvre avait suffisamment oeuvré pour qu’il soit incapable de quitter son lit au cours de la nuit.
Sur des milliards – et plus encore – de pensées circulant sur le mur, il était absolument impossible qu’il ne tombe sur l’une des sienne. Et quand bien même ce serait le cas, il ne faisait pas partie de ceux qui avait laissé gésir ici les pensées qui le terrorisaient. D’autant qu’il sache, ses souvenirs les plus sombres resteraient gravés à jamais dans une mémoire à laquelle il se refusait même l’accès dans les jours incertains. A moins d’aller les déterrer lui-même, aucun ne lui jaillirait au visage aujourd’hui.

- Tu es nerveux ?
- Pas du tout…  ironisa-t-il en levant la tête vers Beltrov qui était passé le voir avant l’épreuve.  
- Tu es malade ? S'inquiéta ce dernier.

Ezio acquiesça d’un léger mouvement de tête et détourna le regard. Il avait juste envie qu’on le laisse tranquille. Pas de pitié, pas de réconfort, pas de quoi que ce soit. L’autre sembla le comprendre puisqu’après lui avoir donné une légère accolade sur l’épaule qui ne brûlait pas, il quitta la pièce sans rien ajouter.

Après de longues minutes d’attentes où il manqua s’endormir à deux reprises – bad timing -, on vint le chercher pour se rendre dans la salle.

A l’occasion des épreuves, elle était fermée aux autres bardes, si bien que lorsque la lourde porte se referma, il se trouva seul face au mur immense. La lueur dégagée par les pensées suffisait à éclairer la salle qui ne possédait ni torches ni lampes. Le Mur était en fait un ensemble de quatre murs sur lesquels ruisselaient de longs fils argentés, bleutés parfois ou légèrement rouges. Ezio s’était souvent demandé à quoi pouvait correspondre la couleur, mais jamais personne encore, n’avait su lui répondre. Au centre de la pièce, une bassine de pierre dans laquelle on devait plonger sa main si l’on souhaitait déposer une pensée. Le barde hésita, puis se ravisa.

Fermant les yeux un bref instant, il fut envahi de questions, plus ou moins délirantes. L’une d’elle émergea et l’interpela. Comment les examinateurs pouvaient-ils être certains qu’il apposerait sa main ? Il n’y avait comme seuls témoins de la scène, que lui et sa bonne foi. Un vent d’anticonformisme lui parcouru le visage alors qu’il avançait vers les lumières chatoyantes.
Suite à ça ? Un court entretien au cours duquel on ne pouvait pas lui demander ce qu’il avait vu. Uniquement ce qu’il ressentait. Il ne lui serait pas difficile de répondre à la question sans avoir parcouru de pensée. Il ressentait une vive douleur qui partait du flanc gauche au sommet du crâne, il était fatigué et d’humeur morose, pour changer.

« Et avoir fait tout ça pour rien ? A quoi ça t’avancera ? »

Dans un haussement d’épaule, il retourna sagement dans le moule et étendit sa paume parmi les fils luminescents. Un grand nombre surgit vers lui et pris sa main d’assaut. Il les regarda lutter, fasciné.



Il prit son temps pour lire chacun des mots sur l’enveloppe alors qu’il les connaissait par cœur. L’écriture lui était plus que familière et il crut, pour commencer, à une mauvaise blague. Lentement, il posa l’instrument qu’il tenait toujours à la main et s’empara de l’enveloppe. Le contact du papier sur ses doigts lui parut sec et décharné. Alors qu’il faisait pivoter l’objet entre ses mains, il constata que l’enveloppe était scellée par la cire et qu’on y distinguait en relief, une petite fleur stylisée – la sienne. Un courant glacé lui parcourut le dos et après un court instant d’observation, il glissa l’enveloppe dans l’une de ses poches alors qu’il extrayait de l’autre, une blague à tabac dans laquelle il prit cigarette et briquet.
Il savait que Saoirse détestait ça et ne poussa pas le vice jusqu’à lui cracher un nuage de fumée à la figure. Il savait que le simple fait d’allumer cette petite chose la mettrait hors d’elle. Il avait besoin qu’elle tourne les talons et s’en aille, avant qu’il ne dépasse les bornes, confirmant ce qu’il savait déjà, il n’était pas capable aujourd’hui de supporter autre crise que la sienne.

Devant son insistance à rester là, il lui fallut bien se rendre à l’évidence, elle n’allait pas lui faciliter les choses. Il se tourna vers elle et plongea enfin son regard dans celui de sa soeur. Refusant de s’attarder sur quoi que ce soit que trahisse son visage, il s’appliqua à ne voir ni les larmes, ni son air suppliant, pas même son désarroi.

- Tu as fini ?

Levant à son attention un regard interrogateur, il lui laissa quelques secondes à peine pour réagir, sachant qu’elle n’aurait pas le temps de répondre. Dans un petit mouvement d’humeur signifiant que la discussion était close ce fait, il se retourna, ramassa l’instrument et entreprit de le ranger dans la housse destinée à cet usage. L’ombre de Saoirse atteignait le sac et il vit du coin de l’oeil, le bout de l’écharpe agité par le vent. Sans se retourner, il la voyait parfaitement. Petite et immobile devant la mer, les yeux embués et la bouche hésitant entre continuer à lui crier dessus ou fondre en larmes. Il devinait la lutte et l’énergie qu’elle mettait à rester silencieuse et formula à son tour quelques prières pour qu’elle tienne encore un peu, le temps qu’il vide les lieux.
Le sang pulsait à ses tempes, ses mains tremblaient alors qu’il refermait la fermeture éclair. La mâchoire crispée, les lèvres serrées autour de la cigarette, il se répétait en boucle le chemin qu’il avait à parcourir, sans se retourner.

Son monde était trop confus désormais pour qu’il puisse expliquer quoi que ce soit. La différence entre ce qu’il vivait, voyait et imaginait avait toujours été fine, au point qu’elle s’était estompée à présent et que plus rien n’était sous contrôle. Il était trop difficile de lui expliquer ses agissements de ces derniers mois quand lui-même ne se comprenait pas et ne se maîtrisait plus. Comment lui dire alors que sans cette maîtrise la seule chose qu’il ferait serait de la blesser ? Qu’il était effectivement trop égoïste pour penser à ce jour à autre chose que ses tourments et qu’elle ne se remettrait probablement pas de la façon dont il le formulerait ?


Et cette lettre maintenant, ne pouvant être que l’achèvement ironique du jugement qu’il avait mérité, soigneusement tapie au creux de sa poche. Il avait eu le temps de voir un timbre. Shannon avait toujours aimé joué à ça. Envoyer des lettres par la poste pour faire courir le facteur moldu à travers la lande écossaise. Il avait déjà entendu des histoires de courriers perdus depuis des années. Celui-ci après des années avait eu le bon goût de venir lui assener le coup de grâce sur ses propres terres, comme la grande confirmation qu’il faisait… n’importe quoi.

Et qu’il pensait n’importe quoi.

Et cette satané fermeture éclair qui ne coulissait pas jusqu’au bout.




HJ: J'hésite d'ailleurs à te rebaptiser "Saoirse la douceur". Rolling Eyes  
Je suis désolé, c'est très confus. A l'image de mon cerveau...


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MessageSujet: Re: Point de rupture|Ezio|   Ven 21 Juil - 15:15

Pas de réponse. Evidemment. Ça aussi c’était le propre du barde. Ne pas répondre.
Dans une fureur qui représentait là son seul salut pour ne pas s’écrouler en pleurant dans l’immense bâtisse froide, elle réappliqua deux autres coups sur la porte qui n’eurent pas d’autres conséquences que de blesser sa main.
Après avoir envoyé un coup de pied qui lui aurait valu une place dans l’équipe de foot féminine d’Ecosse, elle finit par ouvrir la porte brusquement et s’élança dans la pièce, vide.


Elle avait surpris une once d’émotion dans le regard qu’il porta à l’enveloppe. Et immédiatement, elle avait culpabilisé. Poignarder à l’endroit même où la cicatrice était encore visible était un coup plus que bas. La honte s’ajouta à l’angoisse et la colère pour sa plus grande confusion.

Bien vite cependant, il avait de nouveau endossé son masque de froideur. Toujours cette foutue maîtrise qu’elle était incapable de comprendre et d’appliquer. Elle ne serait jamais aussi sage, jamais aussi forte quand elle se sentait emporté par la moindre vague d’émotion. Chaque joie la transportait à un degré infini, chaque peine la déchirait en deux. A quoi bon tenter de retenir ce qui ne manquerait pas de la renverser de toute façon.

Elle le regarda, sans rien ajouter, glisser le poison dans sa poche et se tourner lentement vers elle. Elle aurait souhaité qu’il lui en veuille, qu’il l’insulte. Elle s’en serait sentie mieux en étant presque quitte pour se faire mal l’un l’autre. A la place, il la blessait involontairement (ou pas, après tout) de sa froideur et sa distance. Se contentant de lui demander si le caprice était passé.
Parce qu’elle était influençable, elle y crut un instant. Qu’il s’agissait d’un caprice.
Depuis toute petite, Ezio et Lùan avaient sur elle une influence grandissante. Quand bien même elle s’avouait têtue, rebelle et indépendante, leurs avis avaient toujours compté. Et si face à eux, elle ne l’avouait jamais, chacune de leur remarque était consciencieusement notée pour être prise en compte plus tard.

Puis, elle prit conscience que c’était plus que ça. Noël était peut-être un caprice. Mais toutes ces autres fois ? Ce nœud au ventre qui l’étreignait chaque fois qu’elle le voyait surgir, du simple fait qu’elle s’attendait déjà à ce qu’il reparte sans explications. Il y avait des choses dans leurs vies qu’elle ne supportait plus. Trop de choses qu’elle se retenait de dire par peur de l’effrayer et le faire fuir. Elle voulait pouvoir lui crier au visage qu’elle avait besoin de lui et qu’elle l’aimait que ça lui plaise ou non. Et que ce sang qu’il partageait et le simple fait qu’il soit dans sa vie le poussait vers de minimes obligations envers elle, qu’il le veuille ou non.

Pui sil lui tourna le dos. Avec l’indécence de cette maîtrise qu’elle avait envie de piétiner sauvagement. Elle aurait voulu s’emparer de sa baguette et l’obliger à se retourner. N’eut été le respect et l’amour qu’elle avait pour lui, elle aurait été capable de l’empoigner par le col de la chemise et le forcer à au moins la regarder. Lui arracher les mots de la bouche avec les ongles s’il le fallait. Mais qu’il parle bon sang !

Une part d’elle était consciente de la souffrance qu’il portait derrière ce masque. Ezio, au fond, était comme elle, une éponge à émotion. Et s’il s’évertuait à les garder pour lui, son visage les trahissait souvent. A le voir s’appliquer ainsi à ne rien laisser paraître était l’évidence même qu’à l’intérieur, tout débordait.
Aveuglée par sa propre peine mêlée de colère, elle n’en fit rien cependant et tâcha de rompre cette maîtrise qui la blessait. Elle aurait souhaité le voir éclater pour une fois et dire enfin ce qu’il avait sur le cœur. Elle aurait eu ainsi l’impression d’être à ses yeux quelqu’un de spécial, en qui il aurait eu suffisamment confiance pour se mettre à nu.

Elle ne l’avait jamais réellement vu en colère. Si quelques manifestations lui avaient parfois échappées, il prenait toujours soin de quitter les lieux pour se maîtriser rapidement. Elle ne pouvait pas savoir qu’il l’avait toujours épargné de ces éclats qui pouvaient être dévastateurs. Aujourd’hui, elle essayait de les provoquer, dans le seul but de se rassurer.

Alors qu’il lui tournait le dos, elle sentait grandir en elle cette peur de le voir quitter les lieux sans un mot. Pour lui bien sûr, ça ne serait qu’un interlude de plus. Une pause dans sa musique. Alors qu’elle passerait de nouveaux mois à ressasser leur entrevue, s’en vouloir et s’en faire. Elle ne pouvait plus jouer à ce jeu-là, désormais. Elle avait besoin d’une explication franche et dure, suivit, évidemment d’une réconciliation. Aussi, elle insista, avec une ironie, toute déplacée fut-elle et une voix empreinte de cynisme qu’elle ne reconnut pas.

- C’est bien le comble pour un barde, d’être avare de mots.

Une pointe de mépris, même.

Voyant qu’elle échouait même à lui porter un coup fatal avec ses propres armes, elle chercha d’autres maux à lui jeter au visage. N’ayant sous la main que ces chaussures à défauts de mots, ce fut ces dernières qui furent lancées. Elle les regarda, mortifiée par son désir de le blesser, rebondir dans le dos qu’il lui tournait avec un bruit mat et sinistre.

Il s’arrêta dans sa passionnante activité (que faisait-il au juste ? ) mais ne se retourna toujours pas.
Stupéfiant de voir à quel point il fallait être patient avec lui jusque dans la dispute. Sa capacité à ne pas réagir décuplait la fureur et aujourd’hui, elle expérimentait ce que Lùan avait toujours reproché à son cadet. Ce refus de la confrontation. Cet abandon qui dépouillait l’adversaire du plaisir de vider son sac.

Avant qu’il ne quitte l’arène, elle déballa ses sacs, abandonnant toute idée de dignité, de retenue et même de respect.

- Tu es lâche !!! Je ne suis pas débile tu sais !!! Tu n’as pas confiance en moi, c’est ça ? Je ne suis pas digne de recevoir ta parole divine ???Je vois bien que ça ne va pas. Mais comment veux-tu que je t’aide si tu ne me dis jamais rien ?????

Et comme à chaque fois qu’elle s’emballait, elle formulait elle-même les réponses de l’autre, ne gagnant qu’une chose, attiser elle-même le feu de sa colère.

[color=navajowhite]« Mais je ne t’ai jamais demandé de m’aider, Saoirse.»/color]

Et avant qu’il ne puisse ouvrir la bouche, trop tard pour la réaction maintenant, il fallait y penser avant coco, elle enchaîna avec vivacité.

- J’en ai assez que tu ne me dises jamais rien !! Assez de passer des heures à te tirer les vers du nez quand ça ne va pas !! Assez de m’en faire pour toi quand tu es incapable de prendre de mes nouvelles plus de deux fois dans l’année !!! Si tu me tournes le dos maintenant Ezio, je ne serai plus là quand tu reviendras. C’est trop facile de décider où et quand dispenser l’honneur de ta présence !! Je n’attendrai plus et ne serai plus la petite sœur toujours disponible quand ça te chante !!!!

Elle avait trop chaud maintenant, dans ce gros pull et sous cette écharpe à crier et s’agiter.


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MessageSujet: Re: Point de rupture|Ezio|   Mer 6 Sep - 22:47

- Tu m’en vois navré. Furent les seuls mots qui daignèrent s’évaporer dans l’atmosphère en réponse aux insurrections de Saoirse.

D’une voix confinée et sourde qu’il s’appliquait à ne pas laisser éclater, il tâcha de poursuivre.

- Je ne t’ai jamais demandé de m’attendre. Vis ta vie, Saoirse. Et laisse-moi vivre la mienne.

Il se força à la regarder. Parce que s’il continuait à lui tourner le dos, elle mettrait ces quelques mots sur le dos de la douleur, reviendrait à la charge et il exploserait, il le savait. Il avait besoin d’être seul. Elle l’avait toujours su, même si dans son sillage, elle foulait depuis des années ces quais de gare hantés par ses envies de partir et ses refus d’arriver.
En la voyant face à lui, si petite dans cette écharpe immense, il eut conscience de la frapper en plein coeur et de nourrir cette satanée peur de l’abandon qui l’habitait depuis toujours. Il réalisa aussi que si Saoirse avait toujours été forte de cet amour qui la portait envers et contre tout, il s’agissait aussi de son point faible et qu’il était odieux de frapper là.
Mais il n’ajouta rien et continua à la regarder fixement. La solitude dont il avait besoin était différente des quelques mois d’air que lui réclamait son corps régulièrement. Il aspirait à une liberté plus profonde que quelques semaines grappillées loin du monde. Il avait besoin de savoir ce qu’il voulait vraiment. Une liberté totale de son esprit fatigué. Une liberté à tout prix, quand bien même ce dernier incluait de blesser le monde entier sur son passage. Saoirse n’était pas le monde entier, mais elle était la première à en souffrir.
Il aurait préféré qu’elle ne vienne pas.



C’était son mentor en personne qui avait pris place face à lui et qui lui ravit un sourire. Il aurait pensé qu’un autre aurait été désigné à sa place du fait du lien fort qui les unissait. A moins que ce dernier n’ait particulièrement insisté pour obtenir cette « faveur ». La légilimencie volontaire était toujours un acte particulier non dénué d’impact. Ouvrir ses pensées et ses souvenirs à une personne ne laissait ni le legilimens ni l’hôte indemne. En particulier dans le cas où l’esprit de l’hôte était aussi confus que celui du barde actuellement.

Le principe était simple, le barde devait laisser les rennes au maître, le laissant ainsi naviguer à plaisir au sein des pensées et souvenirs qui peuplaient son esprit. Là encore, si une clause de confidentialité imprégnait l’un et l’autre, Ezio savait parfaitement ce que l’on attendait de lui. Un esprit serein et qui savait gérer ses émotions pour les confiner au plus profond de son être et ne les puiser qu’à bon escient. Dans ce jeu qu’était pour lui les épreuves, il avait tellement conscience du comportement attendu, qu’il lui semblait facile d’y répondre.
Autrefois, il était un excellent étudiant d’occlumancie, capable de maîtriser les portes de sa tête qu’il souhaitait, ou non, laisser ouvertes. Si tant est qu’il soit encore capable d’y avoir recours, il était conscient que Beltrov ne manquerait pas de s’en apercevoir.
Il savait également que son ancien mentor n’enfoncerait pas les portes les plus douloureuses, du moins, se prit-il à l’espérer fortement. Il avait mis tellement de temps à cicatriser ses plaies qu’il n’envisageait pas une seule seconde que l’autre puisse les rouvrir pour un simple examen. A moins qu’on ne l’ait choisi lui pour cette raison-là. Savoir exactement à quelle porte frapper. Son sourire mourut sur ses lèvres.

« Mais qu’est-ce que tu fais la exactement ? A tendre un bâton pour te faire battre… »

Prenant place sur le banc de pierre qui lui était dévoué, Ezio avait tout d’abord accusé réception de l’accueil solennel qui lui avait été fait par ces personnes qui le connaissaient pourtant bien. Répondant à leur salut par une répartie polie empreinte de réserve, il coula un oeil inquiet vers Beltrov, assis face à lui, qui lui adressait un sourire d’encouragement. Ce dernier, après avoir quémander un signe d’approbation du poète leva sa baguette au-dessus de leurs têtes respectives. Ezio la suivit des yeux, le coeur soudainement déchiré de doutes.

Que faisait-il exactement ? A quoi tout cela rimait-il ? Que visait-il en acceptant ce jeu ? Qu’il soit quête de reconnaissance ou besoin de se prouver quelque chose, il eut soudainement l’impression de renier ce qu’il avait mis des années à bâtir, sous couvert d’avancer.

« Il faut avancer. » N’avait-on eu cesse de lui répéter ces dernières années. Il n’avait jamais eu l’impression d’être immobile et réalisait soudainement qu’il se conformait aujourd’hui dans un avancement qui n’était pas le sien. Un accès de panique étreignit sa gorge.

Les yeux écarquillés de ce qui aurait pu s’apparenter à de l’horreur, Ezio détailla les traits de Beltrov avant de plonger dans ses yeux, dans un refus de tout ce qu’il avait entrepris ces deux dernières années.
Il ne pouvait tout simplement pas les laisser entrer dans son esprit.

Quelque chose crépita à l’instant même où le maître barde entra dans sa tête. Le visage d’Anastasia fut la première chose qui déboula, avec une obstination qui aurait fait sourire la jeune femme si elle avait pu assister à la scène. Sa moue boudeuse des jours d’Islande où il n’avait pas su répondre à ses attentes.

« Avance ...»

N’avait-il pas avancé dès lors ? Depuis le début. Depuis qu’il avait fallu se relever, vivre sans elle. Depuis qu’il avait empoigné son sac et quitté ce qu’il connaissait.

Quelle direction avait-il prise alors ? Et maintenant ?  

Il comprit qu’il tentait actuellement de satisfaire l’exigence d’autres dans le seul but de les rassurer. Mais il ne s’agissait nullement de sa direction.

« Où veux-tu aller exactement ? »

Des sommets apparurent, où se greffèrent son propre visage, suivit de plein d’autres qu’il ne connaissait pas. Quelque chose se rompit. Il refermait une à une les portes que tentait d’ouvrir Beltrov, allant même jusqu’à les claquer au risque d’y coincer quelques doigts et d’y froisser quelque égo. Il repoussa l’intrusion de toutes ses forces, tout juste conscient des voix autour de lui l’intimant à se détendre. Il força d’autres passages, traversa des univers qui ne lui appartenaient pas mais qu’il fut étonné de peupler, à chaque fois.

- Ezio !

Il avançait, parcourant des déserts dans lequel il s’observait, plus jeune. Son entrée à l’Ibas, des jours divers de son existence, sous le regard omniprésent de son Mentor.

- EZIO ! La voix se faisait plus pressante.

« Faut-il s’arrêter maintenant ? »

- Arrête ça !

« J’avance… » Soutenait-il silencieusement.

Il semblait prendre le contrepied de tout ce qu’on attendait de lui.

« Mouvement, immobilité, tout est une question de tempo. »

Il n’était visiblement pas à celui que demandait le chef d’orchestre.

Quelqu’un d’extérieur dût intervenir puisque lorsqu’il reprit ses esprits, il était tombé du banc et Beltrov était soutenu par un autre barde. Tous deux en sueur, se jetaient des regards où perçaient crainte et surprise. Ezio nota que son mentor était plus pâle que jamais, tandis qu’il ne devait pas offrir meilleure mine aux inquiétudes qu’on lui jeta.



Elle n’avait jamais paru décidée à ce point. Ayant accusé réception de son ultimatum, il y répondait avec une vivacité coupante.
Les larmes avaient désormais cessé de couler sur les jolies joues de Saoirse. Dans ses beaux yeux, quelque chose venait de s’éteindre. Elle avait pâli. Le rose de ses pommettes avait perdu l’éclat de la colère tandis qu’une autre ombre s’étendait sur son visage. Le spectre de la compréhension mêlé au choc.

Si lui paraissait plus calme que jamais, la jointure de sa main gauche était aussi crayeuse que le visage que lui offrait Saoirse. Douloureuse par la pression qu’exerçaient ses doigts au creux de la paume, son entière main était le seul signe notable de l’agitation qui l’étreignait. C’est au milieu des doutes qu’il réalisa qu’on lui avait bien appris finalement, à gérer les émotions ou du moins à le simuler. Il attendit quelques secondes encore, priant pour qu’elle tourne les talons, le maudisse un peu et lui pardonne plus tard. Bien plus tard. Lorsqu’il aurait retrouvé son chemin.
Elle n’en fit rien, lui rendant son regard dans une nouvelle démonstration de force dont elle était capable, toujours surprenante. Saoirse déboulait quand on ne l’y attendait pas, avec ses idées folles et ses envies toujours plus grandes de tout révolutionner. Quand il rêvait à un autre monde, elle retroussait ses manches et demandait « Allez, par quoi on commence ? ». Il sentit sa lèvre s’agiter d’un spasme nerveux tandis qu’elle le défiait des yeux.

Depuis des mois, il sentait peu à peu l’emprise sur sa colère lui échapper peu à peu. Il y avait eu quelques signes, des emportements brefs, aussitôt regrettés, des élans d’humeur dont les variations ne faisaient qu’augmenter en amplitude. Jamais encore quiconque n’avait eu à faire les frais d’une perte de contrôle de sa personne, qu’il devinait dévastatrice. Si quelques éclats pouvaient avoir percés sous son caractère affirmé, il avait toujours su quitter les lieux à temps et respirer. Jusqu’à présent. Toute la retenue d’une vie aurait l’effet d’un raz de marée qu’il sentait de plus en plus poussif.

Et il ne voulait plus être en colère.

« Si tu me tournes le dos, je ne serai plus là… » murmurait sa mémoire.

Il empoigna la lanière du sac dans lequel il avait rangé son instrument et fit demi-tour, entamant sa redescente des rochers vers la plage, sans se retourner.




HJ: Il y a eu aussi quelques versions... J'espère que celle-ci te conviendra.
Je ne précise plus que tu es d'accord pour les faits et gestes hein?  Rolling Eyes


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MessageSujet: Re: Point de rupture|Ezio|   Mer 20 Sep - 15:22

On vit parfois des instants dont on ne réalise l’importance que lorsque bien plus tard, en découlent les conséquences.
Et puis d’autres qui sont marqués au fer rouge comme du bétail, qui clignotent à vous aveugler pour prévenir « tu te rappelleras encore de moi dans dix ans. »
Voire toute une vie pour cette silhouette qui s’éloignait sur la plage. Ses épaules carrées, courbées une fois de plus sous un poids qu’elle ignorait, un sac négligemment jeté dessus. Elle se souviendrait de sa démarche, suffisamment rapide qui disait « ne me suis pas » sans être précipitée, parce que ce n’était tout simplement pas son genre. Elle se remémorerait de l’empreinte de ses pas dans le sable humide, du visage qu’il levait vers le ciel comme pour aspirer de grandes bouffées d’air. Elle n’oublierait pas non plus qu’elle était restée là, à le suivre des yeux sans qu’aucun son ne passe à travers sa gorge alors que les embruns lui fouettaient le visage. Longtemps encore, elle garderait l’image de son frère lui tourner le dos et disparaître de son paysage comme s’il disparaissait de sa vie. Habité de la certitude que c’était ce qu’il avait à faire, quand elle n’avait pas su lui dire qu’elle avait besoin de lui. Elle était venue avec des reproches, quand ce qu’elle aurait voulu dire était seulement « tu me manques ». Les émotions parfois, aimaient à s’attacher un boulet au pied avant de sauter en mer.

Lorsque la haute silhouette d’Ezio ne fut plus en vue, elle resta encore quelques minutes immobile. Plus rien ne répondait. Ni son esprit, ni son corps. Elle demeurait là, consternée, à goûter à l’ampleur de ce qu’elle avait fait. De ce qu’ils avaient fait.
Puis, petit à petit, les mouvements reprirent. Elle prit d’abord conscience de son cœur, qui battait trop fort à vouloir le suivre. Elle sentit ensuite au coin de ses lèvres, le sel de nouvelles larmes qu’elle n’avait pas réalisé verser. Et puis enfin, ce fut tout son corps qui agité de tremblements, se laissa glisser sur un rocher. Vinrent alors des vagues de sanglots, loin de l’élégance qu’on attend des femmes. Ils arrachaient sa gorge au passage et sortaient avec difficulté, rauques et sporadiques.
Elle refreina son envie folle de lui courir après pour tout arranger. Elle faisait partie de ses gens pour qui la dispute n’était qu’un instant T. Un éclat qui permettait à reprendre son souffle, à libérer ce qu’on avait sur le cœur. Ensuite, on s’aimait fort et on se pardonnait.
Ce n’était pas le cas d’Ezio.
Et là, il n’y avait eu, une fois encore, qu’une dispute unilatérale.
Elle savait pertinemment que lui courir après reviendrait à se heurter à un mur, une fois encore et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle se brise sur son entêtement. Peut-être en poursuivant sa quête finirait-elle par parvenir à bout de sa patience. Mais un instinct de survie lancinait aujourd’hui qu’elle ne s’en relèverait pas.
Alors elle resta là. Assise sur ses rochers, pieds nus, les genoux dans les bras, face à un bâtiment qu’elle sentait pouvoir détester toute une vie. Les minutes passaient et son jean prenait l’eau sous l’humidité de la roche. Un coupable se dessina peu à peu. Ce maudit bâtiment. Ces satanés bardes. Cette formation qui vous brimait les émotions et apprenait à votre raison à faire taire votre cœur. Cette maîtrise de malheur. Cette saloperie de retenue. Et Lui. Le maître. Le modèle.



La pièce avait un découpage particulier. Deux murs seulement étaient droits. Le reste était circulaire, orné de deux fenêtres très hautes, laissant entrevoir un bout de ciel mais rien d’autre. Elles étaient implantées bien trop haut pour qu’elle put y discerner quoi que ce soit d’autre. Et de toute manière, elle n’avait à l’heure qu’il est, aucune envie de s’arrêter sur les prouesses architecturales de l’IBAS à moins que ce ne soit pour en explorer la faille et tout faire sauter.
Constatant l’absence du maître des lieux, elle se résolut à l’attendre. Quand bien même aurait-elle dû y passer la nuit, elle ne décollerait pas sans lui avoir régler son compte.
Sa première idée avait été, il fallait l’avouer, de faire pleuvoir sur lui la plupart des sortilèges qu’elle avait sous le coude. De préférence les plus humiliants. Evidemment, le temps de traverser le couloir, elle avait mis de côté l’idée qui bien que jouissive sur le coup, ne pouvait être qu’une source de très gros ennuis. Elle envisagea ensuite de saccager la pièce, pour le plaisir de passer ses nerfs et de se venger. Réaction puérile de petite fille, qui lui traversa la tête, fit trois fois le tour (oui, ce fut long) et ressortit lorsqu’elle réalisa qu’elle avait passé l’âge. Dommage.
Une partie d’elle essayait vaguement de raisonner l’autre, légèrement consciente que toute la faute ne revenait pas entièrement à cet homme-là. L’autre partie criait plus fort et lui disait qu’elle serait soulagée de pouvoir lui cracher son fiel (ou toute autre chose) au visage. De toute façon, elle ne l’avait jamais aimé.
En réaction avec cette hypocrisie ambiante ou tout était maîtrisé et tout allait bien, elle avait envie de donner des coups de pieds. De réveiller cette immense fourmilière où l’on dormait sur la puissance de la magie sous prétexte de sauvegarde et de sagesse.
Le premier coup serait pour Beltrov. Un coup bien sec et bien placé, pour lui avoir volé son frère durant toutes ses années.

Elle croisa dans le reflet d’une armoire vitrée, l’image de son visage. Les yeux rouges d’avoir pleuré, quelques traces sur ses joues pour les larmes essuyées sauvagement, des cheveux vaincus par les embruns et cet air furieux qu’elle ne se connaissait pas. Elle s’observa un moment, pâle, les yeux brillants de colère avant de percer la vitre des yeux et tomber sur un ouvrage de psycomagie qui lui arracha un sourire sarcastique. Les rayonnages de l’armoire étaient emplis d’ouvrages savants menant à la connaissance de soi et du monde.
Sans qu’elle ne sache vraiment pourquoi, chacun des titres lui provoqua une réaction épidermique. Elle détestait tout. Elle poursuivit son exploration en scrutant une autre étagère, sur laquelle on distinguait de très anciennes baguettes dont les formes étaient particulières et devaient indiquer une époque lointaine. Saoirse passa la main sur l’une d’elle et sentit une douce vibration sous ses doigts. Elle les retira aussitôt et changea d’étagère en jetant un œil de temps à autres aux baguettes.
La moitié des murs étaient recouverts de bouquins. Près d’une des fenêtres, un bureau. Sur la gauche, deux marches de pierres menaient à une esplanade légèrement surélevée où se trouvait deux fauteuils et une cheminée dans laquelle brûlait un feu magique. Un de ceux dégageant une radiante chaleur et qui ne s’éteignait jamais.
La petite journalise s’en approcha et passa ses mains près de la flamme pour se réchauffer un peu. Il lui semblait qu’on avait éteint son propre feu et que désormais, elle aurait toujours froid.
Derrière l’un des fauteuils, une immense armoire fermée était l’une des rares à ne pas être vitrée. Poussée par la curiosité et l’envie de se faire surprendre en train de fouiller, la journaliste extirpa sa baguette et usant de quelques sorts destinés à ouvrir les portes les plus réticentes, fit cracher ses secrets à la haute armoire. Une étagère était consacrée à des sortes de trophées poussiéreux. En s’approchant, la petite écossaise y découvrit des prix, jadis remis à un certain Beli P. Austeen. Une médaille pour bons et loyaux service de la part de K. Shackelbot et bien d’autres encore qui attestait d’une vie bien remplie. Ils n’étaient pas exposés, mais Saoirse nota leur présence sur une étagère et non dans une malle. Comme si la modestie et l’humilité de ne pas les montrer ne poussait pas leur propriétaire à les reléguer aux rangs de « choses » mais souvenirs qu’il devait probablement lui-même consulter.

Elle cherchait tous les prétextes pour le détester.

Elle finirait par trouver.

Il était aimable, beau pour son âge, intelligent et cultivé, passionnant d’après Ezio, semblait compréhensif et dévoué à sa cause. Patient. Très ou trop pour être réel. Elle le détestait pour tout ça.

Refermant bruyamment l’armoire d’un coup de baguette, elle continua à tourner dans la pièce, toujours hantée par la vision du dos d’Ezio et de ses derniers mots.

" Laisse-moi vivre la mienne."

Elle n’arrivait plus à se sentir aussi malheureuse que sur les rochers. L’espace d’une demi-heure, elle avait cru son monde écroulé. Comme si après 25 ans, son frère lâchait sa main pour toujours. Sauf qu’il ne la tenait plus depuis de longues années déjà. Et que la colère avait pris le dessus sur sa peine (qui reviendrait bien assez tôt, elle n’était pas dupe). Elle en voulait à Ezio, s’en voulait à elle, mais aucun des deux ne pouvait payer. Alors, elle s’était désigné cet autre coupable.

" Laisse-moi vivre la mienne."

Quand Ezio disait à bientôt, il pouvait s’écouler des mois avant qu’il ne réapparaisse innocemment. Combien de temps devrait-elle alors attendre quand il annonçait avoir besoin d’une vie ?

Et la peine de resurgir. Avec larmes et torsion de cœur. Un brin de rage aussi, qui l’incita à renverser le pot de plume posé sur le bureau.

Et bien soit. Elle n'attendrait plus.

Elle n’avait jamais été intrusive dans la vie d’Ezio. Pas vraiment. Peut-être par jeu lorsqu’elle se collait à lui dans la rue, sous le regard d’une femme, ou grimpait sur ses genoux pour s’amuser de la déception de celle qui le dévorait des yeux. Juste un jeu. Elle n’avait jamais cherché à percer les secrets qu’il gardait, jamais fouillé dans ses affaires. Jamais ouvert son courrier. Pas même lu cette lettre qu’elle avait gardé des jours durant tout en sachant ce qu’elle impliquait.
Et quand bien même elle avait essayé de poser des questions, elle avait toujours considéré avec un respect immense le jardin privé de ce grand frère plein de mystères.
Elle n’avait que 17 ans lorsqu’il avait perdu pieds. Ces jours aussi resteraient gravés à jamais, quand muré dans son silence, il avait passé quelques jours à dépérir sous leurs yeux avant de disparaître pour des mois. Et la vision de sa silhouette la laissant sur cette maudite plage s’ajouterait aux souvenirs de celle qu’elle revoyait souvent, ou droit face à une multitude de gens qui avaient aimé Shannon, il avait récité l’oraison funèbre à la place du père qui n’avait pu, terrassé par la douleur. Elle se rappelait de sa voix qui avait tenu bon malgré la détresse de ses yeux. De son regard au loin qui ne cherchait personne et évitait tout le monde. Ezio n’avait jamais demandé d’aide quand elle avait passé son temps à n’attendre que ça.

" Vis ta vie."

Le message était clair.
Chacun la sienne désormais.
Se rappelait-il seulement qu’elle lui devait, sa vie ?

Elle renifla bruyamment et ferma avec brusquerie l’épais registre laissé ouvert sur le bureau de Beltrov. Qu’il cherche sa page, maintenant.
A côté, une pile d'enveloppe à son nom. Elle en saisit une, au hasard, et la glissa dans son sac. Qu'il cherche, qu'il attende lui aussi.

Ses yeux embués cherchèrent à se raccrocher à d’autres choses que les souvenirs.
Sur une table, au centre de la pièce, un immense globe qui scintillait de plusieurs couleurs. Prudemment, la jeune femme s’en approcha. Le scintillement était dû à une multitudes de petits points colorés répartis sur sa surface. Certains se déplaçaient, quand d’autre étaient immobiles. Saoirse fronça les yeux et les observa se mouvoir à travers les frontières immatérielles des différents pays du monde. Dans un excès d’imprudence cachant un désir de tout foutre en l’air, elle posa ses doigts sur le globe et le fit tourner pour placer l’écosse face à elle. On y distinguait une forte concentration de points lumineux qui intriguèrent la jeune femme. D’autres régions, en revanche, étaient désertes. De sa main, elle poussa l’objet à tourner sur lui-même et contempla le tracé des points sous l’effet du mouvement tandis que derrière elle, on ouvrait la porte de chêne, avec douceur.


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MessageSujet: Re: Point de rupture|Ezio|   Mer 18 Oct - 18:48


« Ne va jamais si loin que tu ne puisses te retirer avec honneur. » *



Par bien des indicateurs, il avait ressenti cette journée comme étrange et empreinte d’une folle mélancolie. La lumière diffuse, tel un halo entre deux saisons, ne savait à quel saint se vouer. Les vagues qui butaient contre les tours de l’Ibas faisaient sentir leur omniprésence sans vraiment se déchaîner, alors que les cieux s’imprégnaient du passage de nuages hésitants entre s’inviter à rester ou ne faire que traverser cet univers avec simplicité.
Les gens aussi, semblaient hésiter, ne pas savoir que faire d’eux ni de leurs pensées. De nombreux novices préparaient leurs examens, étaient plein de questions et de doutes, quand les plus aguerris observaient ceux-là d’un œil empli de nostalgie.

Beltrov tenta de se remémorer son entrée à l’IBAS 33 ans plus tôt. Engoncé dans cet uniforme trop rêche et d’occasion, les yeux tout au bonheur d’avoir trouvé sa voie et de fouler la terre de l’ile de Soay. Cette terre empreinte de la sagesse ancestrale des autres bardes depuis des décennies. L’IBAS lui avait alors semblé plus merveilleux encore que Poudlard. Il recelait autant de magie que le château, la liberté en plus.
Une pointe de déception s’immisça alors qu’il réalisait ne plus ressentir le même émerveillement que jadis à parcourir les couloirs de l’établissement. Peut-être le connaissait-il trop à présent, dans ses moindres recoins, ses pièces les plus sombres, ses secrets les plus inavoués. Il avait participé à la restauration du bâtiment à de nombreuses reprises et il lui semblait que les lieux lui avaient alors révélé tous leurs secrets. Une partie de lui espérait se tromper, néanmoins.
De son dortoir de novice, il était passé à une chambre. Désormais, il avait son propre bureau, modeste appartement dans lequel il se posait pour réfléchir quand il ne parcourait pas le monde.  Il y recevait les jeunes bardes, mais aussi les hommes venus le consulter.

Il repensa ensuite à son mentor, Aegon, avec lequel il avait des contacts bien différents d’autrefois. Il avait été pour lui un maître et un guide, un père parfois. L’homme avait cependant accepté un poste en outre-Atlantique une dizaine d’années plus tôt, en tant que conseiller d’un célèbre membre du Macusa et les deux hommes avaient eu quelques divergences lors des conseils bardesques internationaux. Le fil de ses pensées le ramena à son propre poulain et ses états d’âmes actuels. Il connaissait suffisamment Ezio Shepherd pour deviner quels seraient les débouchés de tourments de l’instant. Même la météo allait basculer…

Tout à ses réflexions, l’homme se dirigeait vers son bureau. Il comprit avant même d’en franchir la porte que ce dernier accueillait un visiteur.

Une silhouette de petite taille se découpait, de dos, au centre de son bureau. Il ne mit guère de temps à l’identifier. Peu de femmes foulaient ses lieux et celle-ci était reconnaissable au premier coup d’œil. Menue et gracieuse, arrogante dans tous ses gestes.
Saoirse Shepherd attirait le regard de son joli visage et ses manières un peu bruyantes, c’était une très belle femme, il en convenait. Pourtant il restait insensible à ses charmes.

Il ne parvenait pas à cerner la jeune femme quand il connaissait si bien le frère. Elle le déroutait de son impertinence, sa faculté à dire les choses aussi abruptement, sans enrobage. Et surtout de par l’aversion qu’elle lui vouait sans qu’il n’en comprenne les raisons.


Calmement, il referma la porte de chêne derrière eux.

- C’est un géolocagique. Enonça-t-il d’une voix douce et prudente.

Il devinait par avance les raisons qui avaient poussé Saoirse Shepherd à chercher – et trouver, visiblement – son bureau.
Si les empreintes de ceux qui posaient les mains sur les objets pouvaient être visibles, il ne doutait pas un instant de pouvoir suivre les gestes de Saoirse Shepherd à travers tout son bureau et toutes ses affaires. Alors qu’il avançait vers elle, il sentit l’état de fureur dans lequel elle se trouvait comme si elle parcourait son propre corps.
La plupart des bardes étaient doté d’une forte empathie, certains en souffrait, pas lui. La sienne était aussi puissante que maîtrisée.

Il se coula à ses côtés, immense en comparaison d’elle et retira prudemment la main qu’elle avait posé sur le globe.

- Il est assez fragile et je ne saurais que trop vous rappeler qu’il est dangereux de toucher un objet dont on ignore tout.

Atténuant la portée moralisatrice de ses paroles par une douceur non feinte, il parcouru le sillon creusé par les larmes sur les joues de la jeune femme. L’entretien avait dû être douloureux. Elle avait les yeux rouges et l’air aussi furieux que dévasté et il en fut touché. Il ne connaissait réellement la petite journaliste qu’au travers les yeux de son frère et ce dernier avait toujours été élogieux à son sujet. Ce qu’il voyait en revanche, avait du mal à se superposer à l’image qu’en dessinait Ezio. Il la dépeignait avec douceur et chaleur quand elle s’était toujours montré brusque et froide à son endroit. Il devinait quelques griefs qu’elle retenait spécialement pour lui.
A plusieurs reprises, il avait cherché les ressemblances entre le frère et la sœur. Physiquement, elles n’étaient pas évidentes au premier abord. L’un était aussi grand que ce que l’autre était petite. La jeune femme avait la peau plus pâle, les cheveux plus clairs que son frère dont les nuances restaient sombres.
Aujourd’hui, il devinait le côté passionné. Et têtu.

Devinant la confrontation houleuse, il tenta d’en imaginer les échanges. Sur le chemin du retour, en bord de mer, il avait entraperçu la haute silhouette d’Ezio qui avalait la distance comme s’il tentait de laisser ses ennuis derrière lui. Sa sœur avec.
Il eut alors un élan de pitié envers la journaliste, aspiration qui lui aurait très certainement déplu si elle en avait perçu les ondes.

Elle tourna vers lui un œil qu’il qualifia d’haineux avant de dégager brutalement sa main de la sienne.  

- A quoi vous sert-il ? A espionner vos ouailles ? Susurra-t-elle d’une voix sourde.

Il nota l’éclat de son regard dans la colonne des ressemblances. Brillant de curiosité, animé de passion et d’émotions. En l’occurrence, la haine.

Parce qu’elle ne semblait pas femme à patienter pour que l’on se lance dans le vif du sujet, il prit le parti de s’y engager.

- Je vous avais dit que le moment était mal choisi. Posa-t-il doucement. Ça n’aurait pu tomber plus mal. Mais vous n’y êtes pour rien. Tenta-t-il pour désamorcer le conflit à venir.


HJ: Oui, j'ai l'esprit de contradiction.  Rolling Eyes

Ah, j’avais oublié de mentionner qu’elle a daigné participer. Suite à quelques relances ...

Wink

*W.S


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MessageSujet: Re: Point de rupture|Ezio|   Sam 11 Nov - 14:45

S’il me touche encore j’en fais un pâté de barde.

Elle planta un regard cynique dans celui de Beltrov et le dévisagea ouvertement, mettant dans son visage tout ce qu’elle avait de provoquant. Le temps, pourtant invincible, ne semblait pas avoir d’emprise sur lui. C’était rageant.

Quel âge peut-il bien avoir ?

Si Ezio le mentionnait souvent, il ne livrait rien sur lui. On ne devinait son attachement à son mentor que par l’expression de ses yeux lorsqu’il en prononçait le nom et par l’application qu’il avait mis plus jeune à satisfaire les obligations demandées par son modèle. Le seul qui ait jamais obtenu de lui qu’il soit à un endroit et un moment donnés. Presque à l’heure.
Le seul.
On devinait le respect à la façon dont il avait justement conservé toutes les informations privées secrètes.

La petite journaliste essayait de se remémorer les quelques fois où il s’était vus.
Elle l’avait rencontré lors de l’entrée d’Ezio à L’IBAS, lors de la cérémonie de première année. Elle devait avoir douze ans. Et à l’époque, elle avait, comme les autres membres de la famille, été piégée par l’attraction qui rayonnait de l’homme tout en douceur et en blondeur. Il exerçait une sorte de fascination sur ceux qui croisaient sa route et il était aisé de comprendre qu’Ezio l’ait ressentie aussi. Très beau, très long, très blond, avec une voix sucrée et des manières élégantes qui lui octroyaient un charme décapant. Il dégageait de lui une assurance rassurante et une chaleur irradiante. Le charisme propre aux bardes, avec un zeste de quelque chose en plus. Ezio était empreint de ce charme, mais en avait peut-être moins conscience. Beltrov, lui en jouait avec aisance, le cultivait et l’utilisait à loisir.
Il était ainsi, très difficile de le haïr.
En quelques années, elle avait pourtant réussi cette prouesse drastique.

- J’aurai sûrement dû attendre qu’il ne soit pas là. Ça vous aurait arrangé n’est-ce pas ?

Elle se détourna de lui, sentant bouillir en elle l’envie de reporter toute la faute sur lui bien qu’une petite voix lui souffle que cela n’était pas la vérité vraie. Le fait est qu’elle avait besoin d’un coupable et que cela l’arrangeait bien que ce soit lui, l’émissaire de son mal.

- Le moment est mal choisi…mais fort heureusement, je n’y suis pour rien… répéta-t-elle. Nous sommes sauvés ! Ce n’est pas de ma faute !! Rit-elle avec cynisme. Et vous Beltrov ? Quel est votre rôle là-dedans ?

Face à elle, il écarquilla les yeux d’une incompréhension probablement feinte qui dénotait de son habituel visage à l’expression sérénissime. Et avant qu’il n’ouvre la bouche pour dire quoi que ce soit, elle se déchaina, libérant le poids qui lui enserrait la poitrine depuis de longues minutes. Si elle ne pouvait décemment pas le rouer de coups, elle pouvait toujours frapper avec leur arme : les mots.

- Qu’est-ce que vous lui avez fait???Vous l’avez détruit !!! Avec toutes vos conneries de principes!

Il tenta de proférer quelques bonnes paroles mais elle aurait été incapable de dire lesquelles, elle criait trop fort. L’avantage de ne pas être un barde à la voix douce mais une Shepherd sanguine.

- Vous vous dîtes poètes et libres et vous vivez avec plein d’interdictions pourries ! De maîtrise, de calme et de retenue d’émotions quand vous devriez pouvoir les exprimer plus fort que quiconque !! C’est une ineptie votre truc !!!!! Un mensonge ! On dirait une religion !!!

Elle retenait ses larmes et pour une fois elle y parvenait. Pas d’échappé sensible entre ses paupières. Elle voulait être crédible dans sa colère et non pas celle que l’on doit consoler parce qu’elle exprime sa tristesse sous une forme de colère. Aussi, ce fut avec satisfaction qu’elle réalisa que face à l’homme, elle pouvait crier sans pleurer.


Retour au 26 avril, presque midi maintenant. Suivez l’éphéméride. (OK, j’avais du mal à le caser celui-là.)

La silhouette de Milicent s’effaça dans l’encadrement de la porte pour laisser passer celle plus grande d’Ezio. Saoirse s’était levée de son bureau et se tenait droite et immobile derrière. Comme un rempart entre eux. Elle avait soudainement l’impression de voir la scène de loin. L’un et l’autre à chaque bout de la pièce, elle se devinait pâle, les yeux grands ouverts sur l’horizon, pétrifiée par l’attente de ce qui suivrait. Et lui était là, et bien là. La porte se refermait doucement derrière lui tandis qu’il baissait ses grands yeux sombres sur elle dans un regard un peu triste et embarrassé. Elle le regarda effectuer quelques gestes familiers, porter une main à son front, contempler le décor épuré, un peu ses mains, avant de respirer calmement. Il était nerveux. Peut-être pas autant qu’elle. Si le choc et la surprise ne l’avait pas murée dans une sorte de maléfice de saucissonnage, elle aurait probablement tordu ses mains dans tous les sens, compté les carreaux de la pièce, sautillé d’un pied sur l’autre et bien d’autres manies encore. Sauf que là, elle ne sentait plus son corps.

Les hypothèses fusèrent.

1. Quelqu’un était mort et on lui envoyait pour lui annoncer. Qui d’autre que lui pour un drame ?

Il ne prendrait pas son temps. Elle ne l’espérait pas aussi cruel.

2. Il avait un problème et venait lui demander son aide.

Il n’avait pas l’air si mal en point. Bien mieux que la dernière fois. Encore quelques ombres sous ses yeux mais plus cet air déchiré qui la hantait encore.
Elle conservait cette image de lui à L’Ibas, le visage mangé par un cocard dont elle ignorait toujours les raisons, les traits déformés par l’angoisse et le regard brûlant d’une colère sourde qui ne sortait pas.

3. Des excuses ?

Ne pas prendre ses désirs pour des réalités.

La dernière fois qu’elle avait cherché des excuses, ils savaient tous les deux comment ça s’était terminé. Mal.

Elle le contempla, le cœur partagé entre le bonheur qu’elle ressentait à chacune de ses apparitions (aussi brèves soient-elles), la rancune de ses derniers mois, l’angoisse de ne pas connaître le motif de sa visite et l’incapacité à sortir un mot ou un geste qui débloque la situation. Et pour un seul cœur, aussi grand soit-il, ça faisait beaucoup.

Il semblait avoir sauté d’un train (ce qui avec lui était tout à fait possible), était un peu décoiffé (s’était-il jamais coiffé d’ailleurs ?), vêtu d’un jean et d’un pull à capuche de montagne, avait l’air d’avoir peu dormi et beaucoup pensé.
Déjà le charme opérait, malgré rancoeurs et colère, elle avait envie de se jeter dans ses bras, soumise au hiatus de ce que son cœur et sa tête souhaitaient. Mais c’était sans compter sur cette étrange force qui la maintenait immobile.

Surprise de sa propre résistance au charme Ezio, elle se lança.

C’est toi qui vient, c’est toi qui parle.

Peu importe ce que tu as à dire, tu assumes.
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