Météo du
Moment

Nous sommes en août 2017.

Au matin du 21.08, Archibald
Strogov, Ministre de la Magie
pour l'Ewiland, est retrouvé
pétrifié dans son bureau.
Les circonstances de sa mort
restent obscures.
(pour + d'info)




 

L'Oracle te voit Invité et tu es en train de rêvasser!!! Prends ta plume et va poster!
( Ou clique au moins sur les top sites!)

Il y a de la nouveauté !
Allez consulter le What's new !!

Une cotisation Ulule a été lancée pour financer les dosettes de café.
Même si les puristes préfèrent les cafetières ancestrales.

Les absents ont toujours tort.
Méfiance, nous sommes d'humeur taquine...

Une animation d'Halloween vous attend...

Venez donc nous présenter vos plus beaux sourires.

Hé, t'as vu ton rang?

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 Praesĭdĭum |Kalista|

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Scottish Muffin

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MessageSujet: Re: Praesĭdĭum |Kalista|   Jeu 25 Mai - 22:26

«Nous sommes de la même étoffe que les songes, et notre vie infime est cernée de sommeil.»

Le pan du manteau flottait à la surface. Dans de nombreux rêves, le corps poursuivait inlassablement sa dérive sous les glaces, lentement, avec grâce, rendant le spectacle de la mort sinon tolérable, au moins esthétique. Aucun son, pas un bruit pour venir perturber la lente progression de la petite silhouette immobile.

« Il est un silence où il n'y a jamais eu de bruit. Il est un silence où aucun bruit ne peut être. »*

Dans d’autres, c’était sur ses mains que le plan s’attardait. Elles fouillaient la glace à s’en déchirer la peau. Et sous leurs ongles, le crissement de la surface gelée était insupportable. Il ne prenait fin qu’à l’instant où passait alors le visage de Saoirse - bleui par le froid et la mort - à quelques centimètres à peine, mais sous cette surface, inatteignable. Il se réveillait alors empli d’une terreur qui tétanisait chaque partie de son corps. Le souffle court, il lui semblait avoir manqué d’air aussi longtemps qu’avait duré le rêve.

Etait-ce le bruit de l’eau ? Les grondements réguliers du tonnerre qui se répercutaient dans la caverne et mettaient au diapason les battements de son cœur ?
L’image de l’enfant sous la glace ne s’était pas invité depuis longtemps, pourquoi revenait-elle ainsi aujourd’hui?

Le tonnerre le berçait. Il aimait ça. Les yeux clos, il rassemblait la force nécessaire pour sortir ses affaires et imiter la jeune femme en se glissant dans son duvet.

« Encore un peu de temps… »

Les déchainements de la nature semblaient frapper les cieux et le sol, le bruit rebondissait sur les parois de la caverne et paraissaient se perdre dans les entrailles d’une terre qui tremblait. Le barde soupira. Les orages avaient sur lui un effet envoûtant. En particulier lorsqu’il n’était pas sous une tente. Satisfait de leur abri de pierre, il espérait néanmoins éviter à la malchance que la foudre ne tombe précisément sur leur caverne. La pierre étant conductrice, il adviendrait alors peu de chose d’eux. Mais il aurait fallu pour cela, que les statistiques défient toutes lois du hasard et il s’en remettait pleinement à lui. Mieux valait être ici que sur les flancs du mont, au sommet d’une crête, ou sous une tente.
Kalista quant à elle, ne semblait pas à son aise.

- L’habitude qu’on me prépare des sandwichs. Taquina-t-il pour la détendre un peu en attrapant celui qu’elle avait confectionné avec une expression de crainte et de suspicion théâtralisée.

Qui lui avait préparé le dernier ? Cela datait réellement et méritait qu’on se penche sur la question. Il fronça les sourcils et se perdit un instant dans des réflexions lointaines. Saoirse ? Sa mère ? Shannon ? Avait-il seulement laissé un jour à quelqu’un le soin de lui préparer un sandwich ?

- Je ne relèverai pas le côté « attachant ». Je crois que vous m’avez suffisamment infantilisé pour la journée. Je n’ai pas envie de ressembler à un animal de compagnie. Souffla le barde dans un sourire en direction des chats  

Mordant dans l’objet du délit avec une pointe d’appréhension, il en avala deux bouchées pour ne pas la vexer, mais convint que son estomac n’était toujours pas prêt à faire des concessions. Il déposa à nouveau la préparation de la jeune femme sur son sac et referma ses yeux qui le brûlaient.

- Le plan pour la suite. Voyons… pour tout vous dire, j’ai rarement des « plans ». J’aime aller où le vent me porte. Ou les orages. Convint-il en souriant dans l’obscurité. Cela fait maintenant quelques jours que je suis dans le secteur et j’envisageais jusque-là de pousser l’exploration vers le Canada. Il me semble que je vais devoir revoir mes ambitions à la baisse. Ajouta-t-il en portant une main à son épaule. Je vais essayer de regagner le refuge de Park Butte et voir ce que ça donne ensuite. De là, j’aviserai en fonction de mon état.

Voilà qui sonnait un peu dramatique. Pour prendre le contrepied de telles affirmation il s’arma d’un sourire confiant et paisible.

- Après quelques jours de repos, je pourrai peut-être reprendre mon exploration…

Intérieurement, il savait bien qu’il en serait tout autrement. Il lui faudrait trouver rapidement une solution, pour éviter de laisser le poison envahir tout son corps. Tout en faisant la conversation, son esprit s’armait de calme malgré la fatigue pour tenter d’ébaucher toute sortes d’itinéraires possibles, et mettait bout à bout les idées qui lui permettraient de survivre.

Ses yeux erraient de la jeune femme à l’extérieur, croisant parfois les chats dont les comportements face à l’orage différaient grandement. L’un des deux – Snow ? - roulé en boule sur le duvet de sa maîtresse, paraissait plongé dans un sommeil si profond que l’écroulement de la caverne ne l’en aurait pas perturbé. Le second, en revanche, s’agitait d’un bout à l’autre de la cavité, manifestant la même nervosité que sa maîtresse. Toujours assis à côté de son sac, Ezio n’avait toujours pas trouvé la force d’en extraire son sac de couchage et préféra de loin rester sagement immobile contre la pierre fraîche qui l’empêchait de sombrer dans un sommeil qu’il savait d’ores et déjà peuplé de rêves désagréables.

Dans son désir de répondre à l’attente de la jeune femme qui paraissait en quête de réconfort, il entama quelque légende sur la naissance des orages. Un récit fantasque où se mêlaient diverses créatures imaginaires que son esprit enfiévré transcenda plus que jamais. Les mots franchissaient désormais ses lèvres avec une facilité déconcertantes, si bien qu’il sentit peu à peu son esprit se détacher du fil de ses palabres. Ses pensées erraient parallèlement à ce qu’il racontait, sans que son histoire n’en soit trop troublée. Il l’attribua aux mélanges de plantes qu’il avait ingurgité combiné à la douce chaleur du feu et à sa fatigue. La sensation n’était pas désagréable, bien qu’il eût l’impression d’une perte totale de contrôle. La douleur s’estompait peu à peu, elle aussi, comme s’il avait réussi à séparer les sens de son corps.

Ce ne fut qu’après avoir achevé son récit qu’il lui sembla à nouveau réhabiter son corps. A cet instant, il prit conscience que quelque chose autour avait changé. Ses sens se tournèrent immédiatement vers l’extérieur alors qu’un éclair simultané à un grondement terrifiant lui assurait qu’au dehors, la tempête poursuivait sa rage, sans versatilité. Le temps lui avait appris à faire confiance à ses présentiments, qui s’avéraient sinon toujours, bien souvent justes. Il redressa la tête malgré la fatigue et la lassitude de la journée. Kalista était toujours là, son compagnon à poils également et … où était le second?

Un regard circulaire autour de leur abri lui révéla l’absence de Storm. Aussitôt, ses yeux sombres se posèrent sur l’entré étriquée du boyau qui serpentait au fond de la caverne et qui descendait brutalement vers les caverneuses entrailles de la montagne. Suspicieux, il observa la jeune femme à la dérobée, cette dernière ne paraissait pas avoir noté l’absence du chat, ou du moins, n’en manifestait pas une quelconque inquiétude. Tendant l’oreille pour guetter le moindre son pouvant indiquer la teneur de son présentiment, il perçut – bien évidemment- les grondements et déchirements de la foudre qui s’abattait sur les flancs de leur montagne-abri. En second plan, le roulement du cours d’eau en contrebas qui lui semblait plus intense qu’à son arrivée et pour finir, ce qu’il identifia comme la plainte lointaine d’un animal. Faisant écho à ses doutes, le second chat dressa immédiatement l’oreille et abandonna le refuge douillet de sa maîtresse, piétinant quasiment le barde dans sa précipitation pour se rendre à l’entrée du gouffre du fond de la caverne. Après un dernier soupir, Ezio se leva et lui emboîta le pas, écartant l’animal d’un geste doux mais ferme.

- Pousse-toi, tu risques de tomber aussi.

Non sans lui offrir l’œil courroucé du félin contrarié et désobligeant, ce dernier obtempéra avec empressement. Le ton péremptoire et la voix grave du barde ne laissait pas d’autre choix, pas même au plus têtu des animaux. Il en était certain désormais, le bourdonnement de l’eau était plus intense, dénotant d’un gonflement du fleuve souterrain qui serpentait très probablement sous leurs pieds. Un second miaulement plaintif se fit entendre en contre-bas, effaçant de ce fait les incertitudes restantes. Ezio se tourna alors vers la jeune femme pour lui offrir un visage contrit.

- Kalista, j’ai bien peur que votre chat ne soit coincé un peu plus bas.


*The Piano


HJ: La reprise est délicate, j'espère que ça convient néanmoins.


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MessageSujet: Re: Praesĭdĭum |Kalista|   Mer 14 Juin - 19:15


    En fait, c’était moi qui ne voulait plus dormir.
    J’avais utilisé ce prétexte de l’histoire qu’il me raconterait simplement pour ne pas rester seule avec moi-même durant le déluge. J’avais toujours adoré être spectatrice de ce déchainement de la Nature, mais je n’avais auparavant jamais dû le vivre réellement. En étant en plein dedans quoi. C’était bien de la fenêtre de notre appartement à New-York ; c’était bien de la fenêtre de la maison de mes grands-parents ; ce serait probablement bien aussi de la vitre du camion.
    Mais pas comme ça, en plein en dessous, protégé par une caverne. Ou pas, d’ailleurs.
    Donc, dormir sur mes deux oreilles était de moins en moins envisageable.

    Il pensait réellement que je le prenais pour un animal de compagnie ? Déjà que je ne prenais pas mes chats pour des animaux de compagnie mais plutôt comme des amis, voire même mes enfants –surtout mes enfants- je ne m’imaginais pas infantiliser un homme, plus âgé que moi qui plus est.
    Je m’étais contenté de faire les gros yeux, comme étonnée par cette remarque, mais ne trouvai pas grand-chose à lui répondre. Car il n’avait pas tort sur le fond. Le fait qu’il soit blessé demandait que l’on s’occupe un minimum de lui et à sa place, j’aurais moi-même eu du mal à le supporter. Alors en étant un homme confronté à une gamine, je voyais parfaitement qu’il pouvait se trouver mal à l’aise et gêné par certaines situations.
    Néanmoins, ce n’était pas comme si j’allais conter toute cette histoire sur les toits. J’allais probablement l’écrire dans mon journal, dont l’idée avait d’ailleurs été trouvée grâce à cette mésaventure.
    Mais je n’avais pas pour projet de lui pincer les joues en lui hurlant qu’il est mignon.

    Je me doutais un peu qu’il n’avait pas de plan.
    Du moins, à part son plan de base qui avait probablement été de venir faire une randonnée dans le coin. Je l’imaginais avoir un semblant de chemin en tête, mais pas plus. Cette question avait été posée afin de meubler en premier lieu, mais je me la posai réellement désormais. Et moi, qu’allais-je faire après ? Genre tout de suite après, dans un futur proche ?

    - En effet, un peu tendu pour le Canada. Dès que vous serez remis, j’imagine ?

    Je n’appartenais pas du tout au genre de personnes qui abandonnent les choses qui les ont choquées, effrayées ou traumatisées. Moi quand je tombe de cheval, je remonte immédiatement. Et je ne sais pas pourquoi, j’imagine parfaitement Ezio reprendre son sac de couchage et ses chaussures de randonnée pour repartir à l’assaut de je ne sais quel massif, à peine serait-il capable de tenir debout à peine ses blessures auraient commencé à cicatriser.
    Alors, pourquoi ne pas reprendre son périple pour le Canada, comme il l’avait prévu ? Il me confirma d’ailleurs cette pensée, non sans un petit sourire en coin, car il savait pertinemment qu’il allait avoir du mal à résister et à attendre son rétablissement total.

    - Vous me raconterez, j’espère ?

    Ou comment demander les coordonnées d’un inconnu, de façon discrète et sournoise.
    Eh oui, sinon comment me transmettrait-il son histoire ?
    J’espérai qu’il ne se voyait pas patienter jusqu’à notre prochaine rencontre fortuite pour me conter ses voyages. Si nous devions attendre de se croiser au détour d’un arbre, je serais déçue. Non parce que tout même, il y a un certain nombre d’arbres sur Terre encore, malgré la maltraitance de l’Homme pour sa Mère.
    Cette dernière rappela d’ailleurs son existence en foudroyant un lieu probablement très proche. Je préférai d’ailleurs entendre le grondement du tonnerre que la foudre stridente. Les sons aigus avaient toujours eu pour effet de me briller les tympans, contrairement aux sons graves qui m’apaisaient très vite.
    J’avais toujours adoré m’endormir en écoutant le tonnerre qui s’éloignait.

    Afin de compléter parfaitement la folie de dame Nature, le Barde se lança dans ce qu’il savait faire le mieux : conter des histoires, sur la naissance des orages justement. Et moi, toute emmitouflée dans mon duvet, j’étais toute ouïe, ne laissant dépasser que mon nez et quelques reflets acier de mes prunelles.
    Parfois, je fermais même les yeux, mais les éclairs soudains avaient le don de me les faire rouvrir très vite. Comme s’ils avaient peur que je ne m’endorme alors qu’on était en train de me conter leur histoire. C’en était presque poétique et j’eu un demi sourire à cette pensée.
    Il était tout aussi incroyable de l’écouter que de le regarder. Il avait cette étrange présence alors qu’il contait quelque chose, c’était fou. Ce n’était pas forcément mon délire à la base, de lire et surtout d’écouter des histoires, mais là, j’étais aussi attentive qu’une première de classe.
    Son enseignement à l’IBAS avait dû être sacrément efficace, même si je ne doutais pas d’un talent naturel de conteur chez cet homme.

    A la fin du récit, j’étais comme calmée. Sereine presque. C’était agréable de l’écouter.
    J’étais donc sur le point de me renverser sur le côté pour laisser place à l’imagination de mes rêveries, mais il y eut comme une sorte d’agitation : Ezio qui se lève, Snow qui se précipite en sa direction. Intriguée, je m’étais redressée en position assise et tentai tant bien que mal de voir ce qu’ils voyaient tous les deux. Puis le verdict tomba : Storm s'était probablement promené en dehors des limites et s'était retrouvé coincé après être tombé en contrebas.

    Quoi ? QUOI ? Mon bébé est TOMBÉ ?

    En trois secondes, j’étais déjà sortie du duvet pour me précipiter à la rescousse de Storm, alors que je ne savais pas où il était ni les circonstances de sa chute. Etait-il blessé ? Ou simplement coincé plus bas ? Par Merlin, moi qui semblait calmée comme après avoir fumé quelque chose de suspect qui sent bon, je frôlai désormais la crise de nerfs.
    Et là, je l’entendis miauler. Telle une vieille fille avec ses chats, je m’empressai de lui répondre :

    - Oh mon bébé, tu n’es pas blessé, j’espère ? Maman va venir te chercher !

    Mon regard croisa celui d’Ezio et pendant une seconde, je ressenti une sorte de gêne après les mots qui étaient sortis de ma bouche. En général, on ne parle pas à ses animaux en présence d’autres personnes, et surtout pas en mode maman gâteau.
    Je secouai la tête :  fuck it ! Il fallait sortir mon chat de là !

    - Mais comment a-t-il fait ça ? marmonnai-je pour moi-même. Comment peut-on le sortir de là ?

    Puis, sans hésiter et consciente qu’il n’aimerait pas ça, je me saisis de ma baguette d’un jet vif et le regard illuminé, comme si je venais de trouver la solution à la faim dans le monde et à tous les malheurs possibles. Avec la magie, il était certain que nous pourrions faire quelque chose non ? Un  « accio Storm » étant probablement très déconseillé vu l’étroitesse des lieux, et le fait qu’il s’agisse d’un être vivant.

    - Une idée ? tentai-je, même si j’avais souvenir qu’il n’utilisait plus de magie depuis belle lurette.
    Malheureusement, je n’étais pas en état de réfléchir et l’orage vint manifester une fois de plus son mécontentement, accentuant mon stress et mon impossibilité à me clarifier les idées.
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MessageSujet: Re: Praesĭdĭum |Kalista|   Ven 23 Juin - 20:04

Se gardant bien de préciser qu’à l’heure actuelle, la seule idée qui lui venait à l’esprit était de déclarer la bête définitivement perdue, il s’arrêta sur le visage dévoré d’angoisse de la jeune femme. Ses yeux éperdus fouillaient la galerie sinueuse et ne la quittaient du regard que pour le sonder, lui, d’un éclat clair et suppliant. Le combat étant perdu d’avance, il se sentit capituler face à la montée d’inquiétude de Kalista, qui entamait son capital empathique.

- Laissez-moi réfléchir… Murmura-t-il en posant une main sur l’épaule de la jeune femme dans le but de l’apaiser un peu.

Réfléchir lui paraissait aujourd’hui une tâche plus ardue que d’ordinaire, tant son esprit lui paraissait embrouillé. Les pensées vaquaient, diffuses et confuses à des occupations qui n’engageaient qu’elles et se détachaient entièrement du reste de son être.
Rassemblant le peu d’entre elles qui daignèrent répondre à l’appel, il fit un rapide état des lieux.
Alors que sa raison lui intimait de ne pas se mêler de cette histoire de chat – car après tout, les félins étaient dotés d’une indépendance certaine et d’un instinct de survie développé qu’il ne pouvait que saluer– il se savait vaciller à la vue des yeux emplis de larmes de la jeune femme. Jeune femme à qui il devait la vie, ce qui était, en comparaison d’un peu d’aide pour son chat, plus que valable.

- J’y vais. Soupira-t-il avec fatalité et un brin de mauvaise humeur qu’il tenta de masquer.

«  De quoi tu te plains ? Quelques heures auparavant tu voulais prouver ta résistance… Il faudrait savoir. Lève-toi et marche. »

Pestant intérieurement contre la terre entière, lui-même, sa faiblesse, les orages, les chats et l’ensemble des félins, il fouilla la poche supérieure de son sac pour en extraire sa lampe frontale qu’il alluma d’une pression du pouce. Ne pouvant dissimuler son petit sourire satisfait en constatant qu’elle était bien plus puissante que la baguette de sa compagne d’infortune, il écarta doucement Kalista du boyau de roche et s’y engouffra prudemment, l’élastique de la lampe enroulé autour du poignet.
A nouveau, il repensa à cet après-midi des années auparavant, ne pouvant passer outre quelques similitudes. Il songea à Lilith et son dragon. Aux blessures de la jeune femme et cette grotte dans laquelle ils s’étaient réfugiés tout deux.
Là aussi il avait exploré le fond d’une cavité, mais à cette époque, il n’avait pas servi d’entrée à un Pareharn et se trouvait en pleine possession de ses moyens et non à moitié estropié et confus.

En se contorsionnant pour progresser dans l’étroit passage, il heurta la paroi de son épaule convalescente.

- Taihg nam gasta ort!* Gronda-t-il, furieux contre lui-même.

Au-dessus de sa tête, la voix de Kalista lui parvint, mais le bourdonnement de douleur à ses oreilles l’empêcha de distinguer clairement les paroles prononcées. Supposant qu’elle s’enquerrait de la raison des jurons, il marmonna une réponse hâtive à une question qu’il n’avait pas même entendue.

- Tout va bien.

Si ça se trouvait, elle demandait l’heure.

Jurant et bougonnant de nouveau, il se glissa au fond du passage, les yeux piquants de larmes de douleur chaque fois qu’une partie de son corps frôlait la paroi, guetté par un rire nerveux qui témoigné de l’état actuel de ses nerfs.
Au fur et à mesure de son avancée, les appels plaintifs du chat se faisaient plus puissants et semblaient plus proches. Ils eurent pour conséquences de rassurer doublement le barde : la bête n’était plus très loin et visiblement pas agonisante.
Après avoir traversé un long et sinueux couloir qui lui demanda de prendre sur lui concernant son aversion des espaces clos, il déboucha dans une petite salle dont les parois étaient luisantes d’humidité. Des concrétions chatoyantes ornaient sol et plafond et si la situation avait été autre, Ezio aurait volontiers passé un peu de temps en son sein pour les dessiner. L’heure n’était cependant ni au fusain ni à l’émerveillement si bien que le barde poursuivit sa pénible avancée et traversa la salle en trébuchant.


- Est-ce que vous le voyez ?


Etrangement, les hurlements de la jeune femme lui parvenaient plus distinctement que lorsqu’il était dans le couloir précédent. Dans un énième soupir, il tâcha de la réconforter.

- Pas encore, mais je pense que je me rapproche… Sa propre voix lui parue atone et fatiguée.

Le sang battait à ses temps alors qu’une vague de sueur le submergeait. La combinaison de l’effort, la fatigue, la moiteur de l’atmosphère et le confinement augmentait son malaise déjà bien exacerbé par l’empoisonnement. Alors qu’il s’apprêtait à se laisser envahir une fois encore par un accès maussade et taciturne, le chat appela désespérément, comme s’il sentait la présence d’un potentiel sauveur.

« càite bheil e ? »**


Au bout de la minuscule salle, un gouffre. Pas d’autre mot pour ce trou béant et obscur qui descendait à pic dans une autre cavité dont on ne distinguait même pas le fond. Approchant la lampe du bord il constata que la crevasse avait des bords très étroits et s’enfonçait profondément sous terre, dessinant plus bas, un coude vers la gauche. Les parois étaient tout aussi luisantes que le reste de la salle, si bien que le barde supposa que le chat avait glissé et ne pouvait plus remonter. Pourquoi donc ce chat était-il allé se fourrer dans une telle situation ?

- Alors ????


La voix de kalista était anxieuse, après un long soupir entrecoupé de miaulements plus déchirants les uns que les autres, le barde s’assit au bord de l’abîme le temps de réfléchir posément. Parvenant des profondeurs, des gargarismes aqueux éclataient en remous agités tandis que redoublaient les plaintes du chat. Ce dernier devait être en mauvaise posture alors que les eaux montaient sous l’affluence de l’orage.

« Et tout ça, pour trois cailloux… vraiment, abstient toi la prochaine fois. »

Laisser là le chat et raisonner Kalista aurait été la solution la plus sage. Descendre dans le gouffre et remonter la bête en sauveur, la plus chevaleresque. Mais il n’était ni sage ni chevalier et resta un instant assis sur le sol humide à se poser des questions.

- Arrête de miauler, toi. Tu me déconcentres…

Voilà qu’il parlait au chat, lui aussi.

- Ça y est ?? Vous l’avez… ???????


Le visage dans les mains, Ezio prit une profonde inspiration et levant les yeux au ciel, essaya de faire abstraction, du chat, de sa maîtresse et de son corps tout entier qui semblait se consumer sur place.
Le chat était-il dressé ? Il tenta le tout pour le tout.

- Petit, petit… Allez, viens, grimpe…

«Là, tu touches le fond. »

Il jeta à nouveau un œil désespéré vers le trou, conscient qu’aucune autre solution ne s’offrait à lui.

- greas ort… ***


Il n’était pas certain de pouvoir passer dans ce boyau. Et quand bien même il passerait, il n’était pas certain de pouvoir remonter.

« Si tu es monté, tu peux redescendre. » Avait gravement énoncé son frère alors qu’à l’âge de 4 ans, il s’était retrouvé coincé dans un arbre qu’il avait escaladé. Déjà, à l’époque, il avait un certain don pour s’attirer des ennuis.
Le contraire fonctionnait-il ?
Pourrait-il remonter s’il s’engouffrait là-dedans ?

- Tu vas faire une connerie. Et tu le sais.

« Et ce sera la deuxième en deux jours… »

Le visage en sueur, Ezio y passa une main, puis l’autre et se pencha au-dessus de l’abîme.
Renonçant à pénétrer dans ce passage la tête la première, il prit appui sur le bord du gouffre et y passa les jambes. Glissant sur les parois humides, ses pieds ne rencontraient aucune prise qui lui permette de progresser dans le toboggan de pierres.
Incapable de prendre appui sur son bras gauche, il fut obligé de remonter pour éviter la chute. Se hissant tant bien que mal dans la petite salle, il roula à côté du gouffre et attendit qu’un nouvel étourdissement le laisse en paix. Etendu sur le dos, il s’appliqua à respirer calmement pour éviter de s’évanouir.
Il était beau le héros, vidé de toute énergie, l’esprit divagant, à donner de faux espoirs à un chat qui se déchainait en contre-bas tandis que sa maitresse appelait désespérément en haut.

Si seulement le chat avait su grimper à la corde. Il en avait une dans son sac.

Des images étranges de chat alpiniste envahirent son esprit épuisé et il se sentit glisser dans une douce torpeur sous l’effet du poison et de la fatigue.



Le mur était si haut que les sons semblaient venir de très loin. Et pourtant, on entendait les cris des enfants, les ballons qui rebondissaient, les jeux, les rires. Et la cloche. Souvent, il la guettait et se précipitait à travers les ruelles pour parvenir à temps jusqu’au pied du mur pour se délecter des sons et des voix. Il y apprenait des chansons, rêvait de participer aux jeux et s’imaginait franchir la haute grille qui marquait l’entrée de la cour. Lùan s’était bien souvent moqué de son attrait pour l’école du village, affirmant qu’il ne s’agissait que d’une prison pour enfants incapables de faire de la magie. Ezio, de son côté, voyait un monde entier derrière ses murs, monde de jeux et rires, de chansons et secrets qu’il n’avait pas le droit de connaître. Comme tous les interdits, il n’en était que plus attirant.

Habituellement, il attendait derrière le mur que sonne la cloche une nouvelle fois, puis quand la cour se vidait, il s’accrochait à la grille et essayait de deviner les jeux auxquels pouvaient bien s’adonner les enfants moldus entre eux. Au centre, un grand arbre, mais pas de cabane dans les branches. Il aurait aimé faire une cabane dans cet arbre. Au sol, des marelles, avec quelques cailloux abandonnés. S’il avait pu se glisser à travers les barreaux, il aurait aimé en ramasser un. Juste pour voir à quoi ressemblait un caillou de marelle moldue…
Ce jour-là, néanmoins, pris d’une audace particulière, il s’avança vers la grille avant que la cloche ne retentisse pour la seconde fois. Enserrant de sa main le barreau de la grille, il glissa la tête entre deux barres métalliques et observa les enfants jouer.

- Salut. Chantonna la plus douce voix du monde, juste à côté de lui.

Sursautant, Ezio se tourna vers la petite voix. Une paire de grands yeux bleus l’observait, couronnée d’une masse blonde de cheveux qu’on avait tenté de discipliner avec deux nattes. Des mèches s’en échappaient malgré tout et flottait autour d’un visage délicieux. La petite fille lui souriait avec malice et enroula sa main autour de celle qu’il avait posée sur la grille. Fasciné, Ezio regardait ces doigts posés sur les siens avec un mélange de crainte et d’émerveillement. Elle avait la peau claire et douce et possédait le plus joli sourire qu’on lui ait jamais offert. Pour être honnête, elle était aussi la plus jolie créature qu’il ait jamais croisée.



- Comment va mon bébé ?????


Le souffle court, Ezio émergea douloureusement de sa torpeur. Il aurait aimé rester encore un peu avec la petite fille. Garder sa main au creux de la sienne et rêver à un monde dans lequel elle vivait encore.

Mais le chat se manifesta derechef.

La vision fugace du visage de la petite fille blonde s’imposa à lui. Elle avait les yeux suppliants et tenait un chat dans les bras, enfouissant son visage dans les poils angoras de celui-ci.

- Ça va ! J’arrive ! Maugréa-t-il. Kalista ! Il y a une corde dans mon sac… apportez-là, je vais probablement rester coincé. Lança-t-il avec humeur et pessimisme.


Attendant la confirmation que son message avait été reçu, il adressa une prière muette à quelques dieux – peu importait lesquels - et passa ses jambes dans le trou pour la seconde fois. Sachant que le coude qu’il avait observé ralentirait sa chute, il se laissa glisser en maintenant fermement son épaule douloureuse. La paroi était étroite et serrée autour de son corps. Déjà, il se demandait ce qui le poussait à s’engouffrer toujours plus loin dans des situations perdues d’avance.

« Il n'y a si long chemin qui n'ait son terme. » Disait un proverbe écossais.


Contrairement à ce qu’il pensait, le coude marquait quasiment la fin de l’étroite galerie et une vague d’air frais parvenait d’un peu plus bas, indiquant qu’il débouchait sur quelque chose de plus vaste. Braquant sa lampe vers le bas, il vit le sol juste au-dessous de ses pieds et se laissa glisser jusqu’à lui, soulagé. Ses jambes heurtèrent le sol dans un chuintement affreux qui incombait à la pauvre bête dont il venait d’écraser la queue en tombant.

- Désolé…

Récoltant un coup de dents au mollet, Ezio constata que le chat était réfugié sur les quelques centimètres carrés du sol qui n’étaient pas inondés. Il avait le poil hérissé et les oreilles aplaties. Très mauvais signe, même pour un néophyte en matière de chats. La caverne dans laquelle ils se trouvaient tous deux étaient immense, sombre et très fraîche, ce qui redonna un peu d’énergie au barde. Le sol était envahi d’une eau qui s’écoulait avec hâte vers le fond de la salle voûtée. En orientant le faisceau lumineux dans cette direction, Ezio distingua la raison du grondement entendu plus haut. L’eau dévalait dans un autre gouffre à la surface duquel se formait un tourbillon peu rassurant. Quelque chose d’humide lui frôla le mollet. Peu désireux de rencontrer une nouvelle fois les dents du fauve, Ezio recula d’un pas et sentit son talon s’enfoncer dans l’eau, là où il n’y avait rien que la roche l’instant d’avant. Elle montait à grande vitesse.

- Kalista ? Appela-t-il non sans une pointe d’angoisse.

Avec le vacarme que faisait l’eau, il n’était pas certain qu’elle entende. A moins que sa réponse à elle, ne puisse lui parvenir à cause du tumulte ambiant.
Observant l’animal terrorisé à ses pieds, Ezio s’adressa à lui, le plus sérieusement du monde cette fois-ci.

- On sait tous les deux que si on traîne trop ça va mal finir, d’accord. Alors, sois gentil, laisse-toi faire et ne me mord plus.

Sentant qu’attendre l’approbation du chat était au-dessus de ses forces et son entendement, il s’emparra de l’animal avec maintes précautions et le glissa sous son bras droit avant de réaliser qu’il n’avait, de ce fait, plus de bras valide pour remonter. Levant les yeux au ciel pour la cinquantième fois de la journée, il glissa alors le chat sous son pull en lui intimant de ranger dents, griffes et mauvaises idées, puis se hissa péniblement dans le boyau étranglé. Ses mains tremblaient et glissaient sur la paroi, l’obligeant à forcer sur les bras pour progresser vers le haut. Au creux de son pull, le chat docile, ne bougeait pas d’un poil comme s’il avait compris la gravité de la situation. Hâté par l’éventuelle montée des eaux, Ezio mit la douleur de côté et passa la vitesse supérieure.

Après de longues minutes à peiner pour remonter, à se contorsionner en évitant d’écraser le chat ou de succomber à la tentation de se laisser mourir dans la galerie, ils parvinrent à s’en extraire. Le chat en profita pour se glisser hors du pull – sans trop de ménagement pour son hôte- et Ezio se laissa tomber sur le sol frais de la première salle, pâle et nauséeux. La joue écrasée sur la roche humide, il resta ainsi un instant, un curieux bourdonnement dans les oreilles, le corps agité de tremblements, aux prises avec une furieuse envie de fermer les yeux et de ne plus bouger.



« Sois sage, Ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Pendant que les mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci, va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,
Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;
Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul trainant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche. »****


-Je m’appelle Shannon, et toi ?

Avec accord de Kalista pour son insistance et son inquiétude.

* F*** off!
** Où es-tu, toi?
*** Bouge-toi ...
**** C. Baudelaire.


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MessageSujet: Re: Praesĭdĭum |Kalista|   Lun 26 Juin - 1:53


    Vous vous imaginez si c’était vous ?
    Genre vous faites une balade avec vos gosses et l’un d’entre eux tombent dans un ravin. Vous négociez deux minutes avec votre mari et ce dernier vous répond finalement : « Nan bah tu sais quoi, on en refera un autre, ok ? » Comment ça, cela vous parait improbable ? J’avais pourtant eu l’impression de lire ces pensées dans les pupilles du barde. Bon d’accord, ce n’était ni mon mec ni le propriétaire des félins, mais tout de même !
    Il était hors de question de le laisser ainsi, mourir de faim –ou plutôt noyé vu les circonstances– et de reprendre la route comme si de rien n’était.

    Contre toute attente, il m’affirma avec une pointe de fatalisme, qu’il allait descendre chercher mon bébé.
    Sur le coup, un sourire étira mes lèvres jusqu’à mes oreilles et je me retins de me jeter à son cou après avoir demandé si c’était bien vrai. Il pensait probablement me devoir quelque chose après ce qu’il s’était passé et m’être redevable devait lui peser. Et devait surtout peser sur son ego d’homme fort et viril qui n’a pas besoin d’une demoiselle encore loin de sa majorité pour lui sauver la vie.
    Mais bon, bref. L’important était de sortir mon chat de ce pétrin dans lequel il était tombé. Littéralement.

    Alors que je l’observai se faufiler entre les étroites parois, je ne pus m’empêcher de me ronger un ongle par anxiété.
    Je l’entendis parler, ou plutôt pester mais je n’entendis pas clairement ce qu’il avait dit. Ou du moins, je ne compris pas. En revanche, cela me fit légèrement sursauter. J’étais à fleur de peau. Trop inquiète, je ne résistai pas à lui demander de répéter. Il m’affirma simplement que tout allait bien. Bien.
    Aïe ! Voilà que mon doigt se mit à saigner. Il fallait que j’arrête de me ronger les ongles avant d’attaquer directement dans la peau vu le peu qu’il n’allait pas tarder à rester de cuticule.
    Je secouai ma main dans le vide, les yeux toujours rivés au fond de la caverne alors que je ne pouvais rien y distinguer.

    Le pauvre Barde, en plus d’être blessé et de se faufiler dans des boyaux probablement toujours plus étroits –les endroits favoris de Storm- je ne cessai de lui hurler dessus pour lui demander de ses nouvelles, ou s’il voyait le félin.
    Je sentais bien que je l’embêtais mais c’était vraiment plus fort que moi ! Sa voix fatiguée, ou peut-être plutôt lasse, me parvenait de moins en moins perceptiblement, tandis que les miaulements de Storm se faisaient de plus en plus aigus. Il appelait clairement à l’aide.
    J’allais de nouveau attaquer mes ongles lorsque Snow vint se frotter contre mes jambes. Terrifiée, je la repoussai tout d’abord afin de l’éloigner du bord, avant de finalement la prendre dans mes bras, plus pour me rassurer qu’autre chose.
    Comme si elle m’avait comprise, elle se mit alors à ronronner, me berçant de ses basses fréquences réconfortantes et décontractantes.

    Ezio eut alors un instant de répit.
    De courte durée.

    De nouveau, je lui avais hurlé de me donner des nouvelles mais bien que sa voix me parvenait, je ne comprenais pas ce qu’il disait. J’étais au bord de la crise de nerfs, si bien que Snow augmenta le volume de son ronronnement.
    Malheureusement, un grondement du tonnerre me fit sursauter, ainsi que la demoiselle qui se jeta hors de mes bras pour se précipiter sur mon duvet. Je savais qu’elle n’avait pas peur de l’orage, mais mon stress devait être un peu trop pour elle, et elle avait abandonné.
    Je m’arrachai encore un ongle, puis pestai.

    Je ne tenais plus debout.
    Terrifiée car je n’avais plus de nouvelles malgré mes hurlements, je me laissai tomber contre la paroi glacée de la grotte, la tête dans les mains, le front posé sur les genoux. Après tous les efforts que j’avais fait pour sauver cet inconnu, je l’avais réellement laissé courir vers la mort ? Bon, la vie de mon chat était en jeu, certes. Mais tout de même.
    Je relevai la tête une seconde, observant la situation dans laquelle je m’étais fourrée en me mêlant d’autre chose que mes affaires. Snow m’adressa un regard en coin, avant de se mettre en boule. Eh bien comme ça, on était deux dans cette position.
    Je reposai mon front contre mes genoux et j’eus l’impression d’attendre des heures avant de tenter de nouveau à prendre des nouvelles du Barde.

    Il me répondit.
    Une corde ? Je lançai un « Ok ! » qu’il n’entendit peut-être pas tant ma voix était brisée par l’inquiétude.
    Paniquée, je me levai d’un coup, peu stable sur mes jambes et me mit à la recherche dudit sac, que je trouvais en quelques secondes. Haletante et la corde dans les mains, je me redirigeai vers l’abysse, les mains tremblantes.
    J’étais censée faire quoi au juste ? Simplement lui passer ou l’aider à remonter ? Mes pensées étaient bien trop brouillées par l’anxiété pour être claires et nettes. Il n’y avait plus que mon instinct, et ce dernier me disait de descendre, trouver un endroit où accrocher solidement cette corde et la balancer à Ezio, qui devait se trouver encore plus en contrebas, avec Storm.
    Ecoutons donc cet instinct.

    Mais avant, il fallait sécuriser cet endroit afin que Snow ne soit pas tentée de me suivre. Je me saisis de nouveau de ma baguette, que j’avais probablement rangée sans même m’en rendre compte, pour la diriger vers la minette immaculée, faisant apparaître des liens qui vinrent s’accrocher à son collier pour fixer le tout au mur le plus proche, lui laissant un bon mètre cinquante de marge. De toute façon, elle pionçait paisiblement maintenant.
    Mais cela me motivait à ne pas me laisser mourir en bas, car je devrais remonter pour la délivrer.

    Absolument pas rassurée, je descendis doucement –glissai plutôt- pour rejoindre une sorte de salle. Finalement, elle n’était pas si basse et nous pourrions aisément remonter plus tard.
    En revanche, le truc dans lequel Ezio s’était enfoncé, ce n’était plus le même délire.
    Cela faisait plutôt penser à une sorte de toboggan fermé très étroitement, dont il est évidemment très difficile de remonter comme ça, surtout avec un bras en compote de citrouille, et un chat de treize kilos dans l’autre. Sans bras quoi.

    J’accrochai fermement la corde à une sorte de pic dessiné dans la roche mais, très peu confiante, je consolidai le tout par magie : impossible que ça lâche. Je m'apprêtai ensuite à lâcher la corde sans même l’annoncer à Ezio mais avant d'avoir terminé mon geste, Strom apparut pour me sauter dessus.
    Ce fut l’instant de la libération.
    Je pensais apercevoir Ezio en premier mais ce fut le félin. Ce dernier, à peine avait-il compris qu’il pouvait de nouveau se débrouiller sans aide qu’il s’était dégagé de l’emprise du Barde. Mais il ne s’attarda pas et se faufila sur la roche pour rejoindre sa sœur.
    De rien, petit con.

    Me précipitant pour aider Ezio, je ne pus retenir son poids et me contentai de l’accompagner jusqu’au sol. Il se laissa réellement tomber, visage contre la roche.
    Un bruit d’eau me parvint. J’en conclu que le raz-de-marée était proche et qu’il fallait rejoindre la première caverne dans laquelle nous avions nos affaires et qui était quelques mètres plus en hauteur que cet endroit. Mais j’imaginais que nous allions peut-être la fuir lui aussi ?
    Paniquée, je lui tapotai sur le visage pour tenter de le faire réagir.

    - Eh oh ! Ça va aller ? Ezio ?
    Manquerait plus qu’il me claque entre les doigts après toutes ces péripéties.
    - Décidément, vous et les félins, c’est une grande histoire d’amour. soufflai-je, m’installant près de lui. Je ne sais pas si on va pouvoir tarder ici trop longtemps... D’ailleurs, quelle heure était-il au juste ? Mis à part l’heure de dormir, bien sûr…

    Mais Ezio était incapable de bouger, je le savais. Je lui en avais bien trop demandé.
    Prenant mon courage à deux mains –ma baguette quoi- j’utilisai un sortilège que je maîtrisai fort bien ces derniers jours : le sort de Protection. Si l’eau montait, serait-elle retenue comme si nous étions dans une bulle ?
    Rapidement, j'entrepris de remonter dans la première salle afin de récupérer une partie de nos affaires ainsi que de débarrasser Snow du sortilège d’entrave –qu’elle n’avait même pas notifié. Je lançai un nouveau sortilège de protection autour de la grotte tout entière.
    Après être redescendue, je déposai le duvet du Barde près de lui et installai le mien juste à ses côtés. J'étais exténuée. Désormais, notre refuge avait donc deux étages comprenant un salon, et une chambre.
    Sacrée journée.

    - Merci d’avoir sauvé mon bébé. Pour ponctuer ma phrase, je lui déposai un rapide et chaste baiser sur la joue, avant de continuer, un peu trop joviale. Pour la peine, demain j’irais vous chasser un truc à manger ! Bon en vrai, j’espérai qu’il ne prendrait pas ces termes au sérieux car je les regretterais probablement dès mon réveil.

    Reprenant déjà mon sérieux, j’observai rapidement son épaule, dont il avait passablement détérioré l’état en se frottant sans doute à la roche. Doucement, je marmonnai de nouveau mes formules magiques visant à contenir le poison du Paerhan ainsi qu’à cicatriser les plaies.
    Même avec de la magie, je pouvais le dire sans hésiter : il en garderait de sacrées traces. Il ne risquait pas d’oublier sa virée au Mont Baker et s’il risquait d’oublier mon prénom, il se souviendrait de Storm.
    Pour l’heure, j’étais désemparée devant son état, blême et absent.

    -  Vous devriez vraiment dormir. Ezio ? Vous m’entendez au moins ? Allongez vous correctement.

    Je grimaçai légèrement en tentant de l'aider à se positionner dans son duvet. Il faisait un peu peur à voir et moi, je culpabilisais totalement, tandis que Storm dormait probablement déjà sur ses deux oreilles. L’orage ne le terrifiait plus du tout après ce qu’il avait vécu en bas. Un orage qui semblait d’ailleurs s’éloigner.
    Après la pluie, le beau temps, hein ?


Dernière édition par Kalista Hopkins le Mar 4 Juil - 23:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Praesĭdĭum |Kalista|   Mar 4 Juil - 22:09

- Vous voulez mon avis ? Vous le nourrissez trop ce chat. Marmonna-t-il.


Il décida de prendre quelques instants encore d’immobilité parfaite. Enfin, c’était la version optimiste. Honnêtement, il aurait été bien en peine d’esquisser le moindre mouvement. Allongé là, sur la pierre, il reprenait peu à peu son souffle de l’effort fourni pour remonter avec un chat du poids d’un petit veau. Depuis le début ces chats lui paraissaient trop imposants.

Qu’on ne lui parle plus jamais de chats.

Il ferma les yeux un court instant pour se concentrer sur sa respiration et tenter de calmer les battements de son cœur affolé par l’effort et le poison qui devait y passer.
Passé présent et imaginaire se mêlaient sous ses paupières closes. Ils se côtoyaient, s’embrassaient et glissaient de l’un à l’autre pour sa plus grande confusion.
Le rire de la petite fille résonnait encore à ses oreilles quand il sentit qu’on lui tapotait doucement le visage. La main était fraîche et douce, il la saisit, lui intimant de ne pas s’éloigner pour que le dragon ne l’emporte pas.
Il distingua quelques boucles rousses et ne s’en trouva que plus stupide.

« Juste … une … seconde. » Voulut-il prononcer mais n’entendant sa voix que dans sa propre tête.

Une vague de froid le submergea tandis qu’une impression de solitude s’abattait sur lui. Lilith, Shannon, Kalista et chats étaient partis. Seule demeurait la froideur de la pierre sous sa joue. Il ouvrit les yeux pour entrapercevoir deux pieds achevant de longues jambes se rapprocher à vive allure.

Une étoffe lui tomba sous le nez en caressant son front et passé un instant de surprise il reconnut son duvet. Son corps semblait refuser le moindre ordre de sa part, à moins que sa tête n’ait décidé de ne plus en donner. Toujours était-il que ça coinçait quelque part.
Bercé par le bruit de l’eau en contre-bas, il se laissa de nouveau envahir par une bouffée de souvenirs. Un autre orage, une autre grotte.

Lorsque l’eau s’engouffrait, elle jouait sur les orgues de basaltes, et nul alors, ne mettait en doute le choix judicieux du surnom des lieux. La caverne musicale était un trésor touristique de l’île. En ce jour pourtant, aucune autre âme qui vive que la sienne. Et pour cause, le ciel déchaînait sa fureur sur l’écosse entière. Il aurait tout aussi bien pu transplaner et rentrer mais l’envie de passer l’orage à l’abri de la caverne de Fingall l’avait épris comme s’il s’agissait d’un besoin vital. Il était donc descendu à travers les roches humides et avait trouvé refuge au sein de la grotte. Alors que la mer s’agitait, le remous engendré par les vagues se mêlait au clapotis de la grotte et créait une mélodie qui l’enchanta immédiatement. Se perchant sur une roche suffisamment en hauteur pour lui garantir de demeurer au sec, il passa là quelques heures à rêver avant de se souvenir que Shannon l’attendait pour dîner avec ses parents. Un autre orage l’attendait, probablement plus terrible encore. Il voyait d’ici les éclairs lancés par ses yeux clairs et ne doutait pas que le tonnerre puisse être couvert par sa voix. Il se releva brusquement, attrapa ses affaires et sa baguette.

- Désolé d’être en retard. Murmura-t-il alors qu’il rouvrait les yeux bien loin de l’Ecosse.

Une masse de boucles rousses et soyeuses lui caressait le visage tandis qu’on déposait un baiser léger sur sa joue. Une odeur sucrée et fruitée resta sur place quand la sensation des lèvres sur sa joue s’estompa. Les yeux clairs et le visage mutin de Kalista le regardaient tout en débitant quelques paroles d’un ton taquin. Encore un peu vaseux, il n’en saisit pas la teneur complète mais lui rendit un vague sourire en réponse.
De nouvelles sensations de picotements envahirent son épaule alors que la jeune femme l’examinait une fois encore. Il se laissa faire sans protester et accueillit avec soulagement les effets de ses sortilèges. Pas plus qu’il n’émit la moindre objection lorsqu’elle tenta de l’allonger sur son duvet. Il tenta même de participer.
L’épuisement de la journée finit par avoir raison de sa fierté et il la laissa refermer le duvet sur lui sans esquisser le moindre mouvement pour s’émanciper de ses gestes.
Les yeux rivés sur leur plafond de roche, il laissait ses pensées vagabondaient où bon leur semblaient, ne sachant pas s’il avait trop chaud ou trop froid. Il avait toujours ce désagréable goût de sang dans la bouche et l’impression que ses tempes allaient exploser.

« Dors. »

Alors qu’il fermait les yeux, il imagina une créature pénétrer dans la caverne. Il voyait presque à travers ses yeux et suivit le chemin qui la mena jusqu’à eux, la respiration saccadée. Les rouvrant brutalement, il ne vit que Kalista qui rassemblait ses affaires. A l’air tranquille qu’elle abordait, aucune manticore n’avait traversé le rideau d’eau protecteur de leur abri.

Honteux d’être assailli par des peurs d’enfants, il prit quelques instants pour se raisonner et retrouver un semblant de calme. Aucune bête n’était là, ils étaient seulement deux – enfin quatre – et en cas d’intrusion, il suffirait de jeter un chat sur la créature pour l’écraser.

«  … Tu délires complètement.»

Sentant la pierre appuyer là où la bête avait déchiré la chair, il pivota sur le côté pour préserver son épaule blessée. A quelques centimètres de lui seulement, Kalista entreprenait de se glisser elle aussi dans son sac de couchage. Accroché à la vision que lui offraient ses pieds nus pour s’éviter de sombrer dans un état qui ne lui disait rien qui vaille, il nota une marque sur l’une de ses chevilles. Un croissant de lune blanc, en relief. Semblable à une brûlure et juste sous la malléole. Partagé entre le besoin de basculer dans le sommeil et la peur d’y croiser quelques visions cauchemardesques il entreprit de chercher d’où lui venait la connaissance de ce symbole. Il l’avait déjà vu.

Les yeux mi-clos, il se trouvait stupide de repousser le sommeil quand visiblement, son corps en avait grandement besoin. Il était à peu près certain de passer la nuit à marmonner n’importe quoi et déjà son esprit s’était remis à divaguer.
Elle avait de jolies chevilles...

« … Dors, bon sang. »

A côté de lui, du mouvement.
Rouvrant un œil curieux, il croisa le regard de la jeune femme, allongée à ses côtés. Il lui semblait qu’elle brillait délicieusement dans la nuit. Mais il eut été préférable de ne pas faire confiance à ses sens ce soir. Sentant qu’elle guettait un signe de sa part attestant qu’il n’était pas encore réduit à l’état de cadavre, il marmonna quelques vagues paroles.


- Kalista ? La prochaine fois, laissez-moi plutôt aller chercher mon sac voulez-vous ?

Avant de fermer les yeux et se laisser glisser dans un sommeil agité.


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MessageSujet: Re: Praesĭdĭum |Kalista|   Mer 5 Juil - 14:22


    Comment ça, je nourris trop mon chat ?
    J’écarquillai les yeux une seconde avant de réaliser qu’il n’avait probablement plus toute sa tête. Entre l’adrénaline, les endorphines et le poison qui devaient courir dans ses veines, il ne savait plus tout ce qu’il disait et reportait tout la faute sur le poids de mon chat.
    Mais malheureusement non, je ne le nourris pas trop, c’est un Maine Coon XXL, comme on dit dans les élevages. En général, ces félins font entre 7 et 9 kilos. Les miens sont plutôt vers les 13 et 14 kilos. Je ne comprenais même pas comment Ezio avait pu porter Storm d’un seul bras – mais si, rappelles toi comme il est musclé ! – ni comment il avait grimpé ce toboggan à l’envers avec une épaule en vrac et le poids du chat.
    Peut-être avait-il réellement envie que l’on soit quittes afin que son ego cesse de lui hurler dessus que c’est une honte d’avoir été sauvé par une gamine ? Personnellement, je ne voyais aucune honte à cela, mais bon, l’égo masculin…

    Il ne répondit pas à mes questions, et je finis d’ailleurs par ne plus en poser, ayant trop peur de le perturber alors que le venin avait refait un tour dans son organisme. Décidément, son sang était bien peuplé !
    Il avait même saisit ma main alors que je tapotai sur son visage pour tenter de le faire réagir. Bon, ce n’était certes, pas l’effet escompté, MAIS, il avait eu une réaction, et c’est ce qui était important !
    Il avait aussi réussi à murmurer une autre phrase qui, comme la première, ne faisait pas grand sens. J’avais l’impression qu’il dormait à moitié et qu’il se trouvait en plein rêve, voire même, en plein cauchemar. Fallait-il réellement que le pousse à dormir si ses pensées étaient si sombres ? Oui, il lui fallait du repos et tant pis s’il faisait des cauchemars, il s’en remettrait facilement !

    Comme s’il avait enfin compris, il ne refusa pas mon aide pour rentrer dans son duvet. Du progrès ! Espérons qu’il ne s’imagine pas devoir sauver la peau de Snow ou la mienne en retour pour que nous soyons quittes. Au pire, il ne se souviendrait pas que je l’ai bordé - What a Face - et je me garderais bien de lui rappeler demain matin.
    Il paraissait réellement agité, si bien que je ne pu me résoudre à dormir tant qu’il n’avait pas cessé de gigoter. Une fois dans mon duvet moi aussi, j’avais d’abord écouté l’orage s’éloigner, les ronflements de Storm, le silence de Snow et j’avais finalement reporté mon attention sur Ezio.
    J’allais probablement perdre quelques heures de sommeil supplémentaires à force de vouloir le surveiller en attendant d’être certaine qu’il puisse dormir sans danger. Il semblait se battre contre lui-même, c’était étrange mais intéressant à regarder.
    Peut-être était-ce le poison du Paerhan qui lui donnait des visions chaque fois qu’il osait fermer les yeux ? Je n’avais aucune idée de comment l’aider pour ce coup-ci. L’assommer peut-être ?On va éviter.

    Alors qu’il se calmait quelque peu, je me décidai finalement à m’allonger dans mon duvet, toujours près de lui juste au cas où. J’espérai cependant qu’il ne gigote pas au point de me mettre une droite ou un coup de pied. Manquerait plus que ça !
    Après quelques minutes à contempler le plafond de la caverne, je pu constater que l’orage était bel et bien partit. Avec un léger bruit de glissade, Snow vint finalement me rejoindre pour dormir près de ma tête, comme elle en avait l’habitude. Elle aimait bien mes cheveux apparemment et parfois elle patinait dedans, comme si elle cherchait à téter. J’étais contente qu’elle me considère comme sa maman.
    Storm pour sa part, semblait bouder légèrement et avait décidé de rester dans la première caverne. Je savais qu’il dormait car son ronflement me parvenait encore. Il ne ronflait que lorsqu’il était exténué. Toute cette histoire avait donc bien dû le fatiguer autant physiquement que psychologiquement.
    Comme Ezio, en fait, qui donna finalement signe de vie.

    Comme tout à l’heure, je me contentai d’écarquiller les yeux et de lever un sourcil interrogatif. Il voulait dire quoi par là au juste ?
    Bizarrement, cela ne me semblait pas provenir de ses délires dus à la fatigue et au poison. De quel sac parait-il ? Celui que j’étais allée chercher à mon ancien campement ? Pourquoi disait-il cela ?
    Après quelques secondes de réflexion à fixer le plafond, je me dis qu’il s’agissait peut-être du fait qu’il avait examiné la cascade et qu’il avait donc trouvé cette caverne alors que j’étais allée chercher mes affaires et les siennes. S’il était venu, il n’aurait pas trouvé cet endroit et nous aurions probablement passé la nuit ailleurs.

    Ah parce qu’en fait, il reporte la faute sur moi, c’est ça ?

    Passablement vexée, je me tournai vers lui, déterminée à en découdre, mais il s’était totalement endormi cette fois.
    Attendrie par cette vision, je me calmai et esquissai un petit sourire victorieux. ENFIN, il dormait. Bon, il gigotait encore un peu, comme prévu, mais il dormait vraiment cette fois. Peut-être allais-je moi-même pouvoir passer une nuit correcte cette fois-ci ? Une nuit de deux ou trois heures plutôt, vu l’heure avancée qu’il était probablement déjà.
    Au pire, grasse mat ! Snow bougea sa queue, me faisant remarquer qu’une grasse matinée avec des chats n’étaient pas possible car ils se lèveraient pour réclamer à manger à l’aube.
    Je soupirai, avant de me réinstaller dans mon duvet pour finalement trouver le sommeil moi aussi, en à peine quelques secondes.




    Quelque chose me rappait le visage alors que je m’éveillai doucement.
    Mollement, je levai une main pour voir ce qu’il se passait, même si je m’en doutais fortement car je commençais à avoir l’habitude. Mes doigts glissèrent dans la fourrure que je reconnaissais comme étant celle de Snow. Elle me léchait le front dans l’espoir de me réveiller. J’étais déjà reconnaissante qu’elle ne se soit pas mise à miauler, car Ezio avait probablement encore besoin de sommeil, bien que je n’aie aucune idée de l’heure qu’il était.
    J’ouvris doucement les yeux et m’habituai rapidement à l’obscurité ambiante. En levant les yeux, je vis qu’il faisait déjà jour car un faisceau lumineux provenait de la caverne la plus haute. Impossible de savoir combien de temps j’avais dormi mais clairement pas assez.
    Toujours aussi mollement, je me redressai pour me mettre en position assise sur le duvet. Je me frottai les yeux quelques secondes et regroupai ma tignasse en un chignon avant de porter mon regard à Ezio, qui semblait un peu plus calme. Mieux valait attendre qu’il se réveille de lui-même.
    Le doigt sur les lèvres, j’intimai à mes chats de ne pas faire de bruit sinon ça allait barder. Barder, ahah.

    Avec la même agilité que mes félins, je grimpai la petite paroi pour rejoindre la première caverne dans laquelle se trouvaient encore mon sac et la bouffe. Je servi Snow et Storm qui se jetèrent sur la nourriture comme si c’était la première fois qu’ils en voyaient. Pfff, et après on me dit que je les nourris trop !
    Je mis finalement un pied dehors. Le soleil était déjà haut, nous n’avions pas fait une nuit si courte, finalement ! Le sol était gorgé d’eau, le bois aussi, il serait impossible de faire un feu. Du moins, pas sans magie. J’agitai mon bout de bois dans la direction souhaitée pour que les bûches se positionnent correctement et qu’un petit feu s’allume, voilà qui réchaufferait un peu les environs.
    Je mis ensuite du café à chauffer, agitant de nouveau ma baguette à la manière d’un chef d’orchestre. J’avais toujours considéré que je n’utilisais pas tant la magie que cela, mais comparée à Ezio, j’avais l’impression de ne pas pouvoir vivre sans elle.
    Je revins d’ailleurs auprès de lui pour poser le café non loin, espérant qu’il soit plutôt réveillé par l’agréable odeur qui s’en dégageait plutôt que par un cauchemar, un orage, ou pire... un félin.
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MessageSujet: Re: Praesĭdĭum |Kalista|   Mar 11 Juil - 16:55

Aussi étrange que cela soit, la nuit lui parut presque clémente envers son esprit. Et si elle avait été agitée et peuplée de cauchemars – ce qui fut, malheureusement pour Kalista, le cas - il ne s’en souvenait pas au réveil. En ouvrant les yeux, il eut même l’immense honneur d’essayer de se rappeler la raison pour laquelle il était couvert de courbatures et ankylosé à ce point. Il ne reconnut pas le toit de sa tente, ni le plafond de roche qui lui servait de ciel de lit. Quelque chose dans son crâne sonnait comme un lendemain de gueule de bois particulièrement violent, ce qui était étonnant puisqu’il se savait sobre. L’air était empli d’une odeur de café qui paraissait elle aussi, déplacée dans ce lieu obscur et humide. Alors qu’il levait le bras pour se passer la main sur le visage, une vive douleur à l’épaule se rappela à son bon souvenir et avec elle tout le reste. Paerahn, Pays, Kalista, Chats.

- Aouch…

En se redressant il réalisa à quel point un empoisonnement pouvait ressembler à un lendemain d’ivresse. Sauf que ses lendemains-là étaient lointains désormais et qu’ils ne comportaient pas de chat lui bondissant sur les genoux, provocateur.

Storm – Snow ou l’inverse le regardait avec de grands yeux en amande dans lesquels Ezio essaya de deviner un soupçon de gratitude pour la veille mais qui devait être, plus raisonnablement, de la curiosité envers une grosse bête qui se débattait dans un duvet.

- Hey…

« Tu parles aux chats, maintenant. La mutation en félin débute… »

Il avisa alors dans la pénombre, Kalista sagement assise sur son propre sac de couchage, du café entre les mains. Silencieuse et parsemée d’un brin d’inquiétude – qu’avait-il dit ou fait pendant son sommeil ? il se renseignerait plus tard – elle l’observait comme s’il était un inféri. Peut-être en avait-il le visage après tout. Il lui adressa un sourire se voulant rassurant et tâcha d’inciter vivement le chat à déserter ses genoux.

- Vous avez pu dormir un peu ? Demanda-t-il avec précautions.

- Un peu.


Elle avait lancé sa réponse d'un ton enjoué et enfantin, mais le sourire qu’elle lui offrait démentait la douceur de sa nuit, si bien qu’il se demanda combien de temps elle l’avait veillé et s’il avait été aussi pénible que ce qu’il craignait. Elle paraissait d’humeur égale quoi qu’il arrive quand d’autres auraient très probablement eu envie d’étrangler cet étranger bien décidé à mourir sur le pas de sa tente pour polluer chacune de ses nuits en montagne.
Ne trouvant aucun commentaire à ajouter, il se promit de la laisser en paix le plus rapidement possible.

-Et vous ? Vous vous sentez reposé ?


- Parfaitement bien. Mentit-il.

Lorsque la boule de poils consentit enfin à quitter son duvet – il était possible qu’il l’ait un peu aidé à prendre cette décision – le barde entama la tâche complexe de s’extraire de son sac de couchage. Quelques étapes plus loin, durant lesquels il retint un grand nombre de jurons et serra les dents tout autant de fois, il parvint enfin à se libérer de l’étrave de plumes pour se déplier et s’étirer avec précautions. Un rapide examen lui révéla qu’utiliser son bras gauche était une très mauvaise idée – il était gaucher – mais qu’il pouvait se réjouir de ne plus avoir de fièvre. Son horloge interne habituellement si fiable était dans l’incapacité de lui indiquer si on était le soir ou le matin et combien de temps il avait dormi.
Kalista avait posé près d’eux une cafetière dont le fumet exhalait des odeurs corsées qui lui firent prendre conscience qu’il n’avait pas avalé grand-chose depuis longtemps.

- Merci… Ajouta-t-il à son attention. Il sent vraiment bon pour un café de montagne. Sourit-il.

Son esprit qui fonctionnait de nouveau après l’engourdissement matinal lui remémora les scènes de la soirée, qu’il prendrait soin de ne pas évoquer pour protéger son orgueil fragile. Elle avait poussé son irrémédiable besoin de prendre soin de lui au point de lui faire son café du matin et de lui préparer une tasse. Il n’aurait pas été étonné de trouver des croissants. Cela passa mieux que le sandwich, néanmoins. Peut-être parce qu’il n’était plus à ça près ou parce qu’il aimait vraiment le café.

Il ramassa donc la cafetière et la tasse laissées à son attention et s’en servi une bonne rasade. La journée qui l’attendait comportait au programme l’objectif – non moindre- d’atteindre le refuge et de demander de l’aide. Il lui fallait donc du café.
Alors qu’il tenait la tasse fumante dans sa main droite, il réalisa qu’il n’avait aucun moyen de contacter qui que ce soit qui pourrait lui venir en aide.

« Beaucoup du café. »

Et que le refuge était bien loin. Il soupesa la cafetière avant de la reposer. Il pourrait toujours se resservir.
Contre le rebord de la paroi gisait son sac, tel qu’il – ou elle – l’avait laissé la veille. Déposant avec soin la tasse de café qu’il tenait d’une main, il entreprit de récupérer dans la poche latérale, carnet et crayon ainsi que la blague à tabac utilisée la veille qui contenait quelques analgésiants naturels dont il ne se vanterait pas auprès de la jeune femme. Aux grands maux, les grands remèdes, il avait de la route à parcourir. Et à moins qu’elle ne dissimule une mule ou un poney au fond de son sac, il lui faudrait marcher.*

Mêlant au breuvage fumant quelques remèdes de sa connaissance, il laissa son regard errer le long de la grotte. La sensation familière au fond de sa gorge l’étreignait pour le presser de sortir au grand air. Quelques angoisses nouvelles ne tarderaient pas à surgir pour lui faire prendre conscience de la gravité de la situation, et l’étroitesse de la grotte n’arrangerait en rien les choses.
Un rayon de lumière pâle parvenait de la salle du dessus, rétablissant à défaut de son horloge interne, une certaine logique qui indiquait que le jour était levé.

« Mais depuis quand … »

- On dirait qu’il ne pleut plus. Je vais faire un tour … dehors… Annonça-t-il un peu confus.


D’avance las d’une journée qui s’annonçait sous le signe d’une fatigue d’esprit peu glorieuse, il se dirigea aussi rapidement que possible vers la sortie avant de réaliser qu’elle lui emboîtait le pas, suivie par le reste de la meute féline.


De derrière la chute d’eau qui masquait l’ouverture surgissait un soleil éclatant.
La lumière l’aveugla lorsqu’il franchit le rideau de la cascade, portant une main à ses yeux pour les protéger, il réalisa que c’était la mauvaise et que l’autre qui tenait la tasse de café avait failli la lâcher dans un réflexe de solidarité.
Avec toute la superstition qui accompagnait ses croyances, il fut soulagé de ne pas avoir tout renversé – une partie seulement. Cela aurait été de mauvais augure. Masquant sa maladresse par quelques pas de plus en direction des flancs du Mont Baker, il profita de la fraîcheur de l’air et du paysage fantomatique qui s’offrait à eux. Des panaches de brumes montaient de toutes part pour s’élever vers un ciel dont la pureté semblait tenir du pied de nez à l’orage qu’ils avaient essuyé la veille. Il laissa errer son regard dans un décor somptueux qui l’apaisait et couvrait toutes les angoisses qui avaient tenté de l’assaillir plus tôt. C’était une journée à redescendre tranquillement vers le refuge, à l’allure que voudrait bien supporter son corps. A en croire la course du soleil, il était suffisamment tôt pour qu’il le regagne même en faisant de nombreuses pauses.

« Et ensuite ? »

- Kalista ? Je suis désolé de vous … solliciter une fois de plus, mais … auriez-vous accès à un hibou, par le plus grand des hasards ?

Une jeune sorcière partie à l’aventure ne pouvait être laissée sans accès à un mode de communication avec les siens.

- J’ai une petite chouette pourquoi ?


Evidemment. Elle devait très probablement avoir toute une ménagerie planquée quelque part. Peut-être devrait-il se renseigner pour la mule, qui sait.

- Si vous le voulez bien, je souhaiterais faire parvenir un message à un ami. Je crois que je vais avoir besoin d’un peu d’aide. Avoua-t-il en souriant doucement.


Il n’hésita pas longtemps sur la personne à contacter. Si Saoirse pouvait s’avérer d’une efficacité redoutable, il s’inquiétait de voir débarquer une douzaine d’Aurors du ministère écossais – si elle ne parvenait pas à convaincre Campbell de venir en personne – voir de débarquer elle-même après avoir imaginé mille morts pour lui, même si elle tenait dans les mains la preuve de sa survie. Mieux valait passer la voir lorsque ça irait mieux.
Son choix se porta donc sur Beltrov Austin, son mentor et ami de l’Ibas qui en plus d’être un soupçon plus discret que Saoirse saurait très certainement trouver le remède nécessaire à ses blessures et lui faire parvenir sans en faire trop. Il pourrait ainsi reprendre tranquillement le cours de son voyage sans encombre.

En réalité - ce qu’il ignorait à ce jour - son voyage serait écourté par manque de remède connu pour les blessures dues au Pareharn. Beltrov se déplacerait en personne, mais inquiet, demanderait un rapatriement à l’Ibas pour de meilleurs examens. Saoirse serait mise dans la confidence ultérieurement, bien que la réaction diffèrerait peu de ce qu’il avait imaginé.

Extrayant carnet et crayon de la poche de son pantalon, il rédigea quelques mots maladroits, regrettant de ne pas savoir écrire de l’autre main comme certain. Son écriture longue et fine dessina un bref état des lieux de la situation – essayant d’exposer les faits le plus précisément possible en évitant de sombrer dans le dramatique. Il donna sa localisation, le refuge qu’il souhaitait atteindre et la date de la rédaction de son message.
Le simple fait de se servir de son bras pour écrire lui arracha quelque découragement quant au port de son sac pour la redescente et l’incita à se presser un peu pour se mettre en chemin.

Il tendit ensuite la missive à Kalista, une prière de remerciement au fond des yeux.

- Vous pourriez faire ça pour moi ?




HJ: *Pardonne-moi, je n’ai pas résisté.

Avec accord de Kalista pour ses gestes, paroles et animaux divers et variés.


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MessageSujet: Re: Praesĭdĭum |Kalista|   Mer 12 Juil - 12:02


    Après avoir déposé le café près de Sleeping Beauty – épisode 2 – je retournai faire un tour dans la salle principale pour m’occuper de ranger la nourriture des chats. Ils avaient bien évidemment déjà tout dévoré mais n’avaient pas spécialement touché à leur gamelle d’eau. Je les connaissais, ils adoraient plus que tout l’eau en mouvement ou tout simplement en train de couler. Et cette nuit, ils avaient possiblement été servis avec l’orage que nous avions subi. Surtout Storm, alors qu’il s’était égaré en bas.
    J’imaginai que tout cela leur avait effectivement suffi et vidai donc la gamelle dehors pour la ranger.

    Lorsqu’Ezio serait réveillé, je me doutais que nous n’allions plus trainer ici très longtemps. Voilà pourquoi je m’affairai à rassembler le plus d’affaires possible pour pouvoir me poser et boire mon café calmement, afin de me préparer à affronter cette journée.
    Journée qui serait probablement bien moins compliquée que celle du Barde même si je n’avais pas passé une nuit spécialement reposante, qui faisait suite à une quasi nuit blanche. Autant dire que j’allais bien dormir dans les prochains jours !
    J’allais avoir besoin d’énergie pour la suite car mon voyage ne faisait que débuter. J’avais pour prévision de visiter l’entièreté du Royaume-Uni, et ce ne serait pas de tout repos. Je recroiserais peut-être Ezio dans une forêt perdue d’Ecosse, qui sait ?

    En fouillant dans mon sac, je tombai sur ma montre et pu enfin me rendre compte de l’heure qu’il était. Neuf heures. Ce n’était pas tant une grasse matinée que cela. Mais ce n’était pas l’aube non plus. J’espérai qu’Ezio avait réussi à se reposer un minimum et je me réjouis de réaliser que nous avions le temps. Pour faire quoi, je n’en sais rien, mais nous en avions le temps.
    Nous allions vraisemblablement redescendre au petit village en contrebas du Mont Baker et là-bas je pourrais regagner mon van. Ma maison roulante pour la prochaine année à venir. Voire peut-être même plus si je prenais gout à cette vie de nomade sans domicile fixe.
    Notre arrivée en bas annoncerait la séparation de ce duo de malheur que nous étions devenus. J’aurais peut-être ma petite larme à l’œil !

    Revenant dans la cavité qui nous avait servi de chambre, je découvris un Ezio en train de se réveiller et une Snow paisiblement lovée sur lui. Je vérifiai rapidement qu’elle n’appuyait pas sur une zone sensible avant de vite retourner m’asseoir comme si de rien n’était. Je ne voulais pas qu’il me voit en train de le dorloter et de m’inquiéter pour lui comme s’il avait s’agit d’un enfant.
    Je feins parfaitement la surprise en le voyant émerger pour de bon et ne pus retenir de pouffer alors qu’il s’était adressé au chat. Mooooooow.
    C’était trop mignon.

    J’avais laissé échapper un autre rire moins convaincu lorsqu’il m’avait annoncé être parfaitement reposé. La blague, il n’avait cessé de s’agiter pendant au moins une heure et m’avait réveillée plusieurs fois dans la nuit en bougeant ou en marmonnant. Peut-être avait-il même ronflé ? Je ne suis pas sûre de moi pour ce coup-là. Le fait est qu’il ne pouvait pas se sentir « parfaitement bien » reposé après avoir passé une nuit comme celle-ci. Mais BREF, je ne dis mot, me contentant de lever les yeux au ciel avec un sourire en coin.

    Sa diversion sur le café fonctionna parfaitement.
    Contente qu’il apprécie ma mixture, je levai la mienne comme pour porter un toast avant de terminer le contenu de ma tasse. Le café, c’est la vie. Ça sent bon, ça a bon gout, ça réchauffe, ça réveille… C’est tout bénef quoi.
    Alors qu’il s’était levé pour sortir, je m’étais dépêchée de rassembler le reste de mes affaires pour les ranger avant de lui emboiter le pas et de m’emparer de mon appareil photo dans la première caverne.
    En effet, il ne pleuvait plus depuis un petit moment probablement et nous avions même droit à un peu de soleil. Cet après-midi devrait d’ailleurs être particulièrement ensoleillé si la matinée commençait comme cela. Ce qui était une bonne nouvelle car nous avions du chemin à faire pour rejoindre le village.

    Posée sur un rocher devant la cascade qui nous servait de porte d’entrée, j’observai les alentours, envoutée. Après quelques instants ainsi, sans bouger et en clignant à peine des paupières, je me saisis de mon appareil photo pour prendre quelques clichés.
    En me tournant vers le Barde, le visage toujours cachée derrière ma machine, je me retins d’appuyer sur le bouton, perdant ainsi l’occasion d’avoir un souvenir de lui. Mais il m’avait bien fait comprendre que c’était non. Frustrée, je baissai l’engin pour y consulter les photographies déjà prises et tombai ainsi sur celles qu’il avait faites de moi. Elles n’étaient pas mauvaises mais j’avais du mal à me voir. Je grimaçai légèrement.
    J’imaginai que j’allais devoir me contenter de cela.

    Sortie de ma rêverie par le Barde, je replaçai l’appareil autour de mon cou et me levai avant de répliquer positivement à sa demande.
    J’avais en effet une petite chouette prénommée Athena. Elle était minuscule. Sans rire, vraiment minuscule, mais elle avait pour avantage d’être bien plus rapide que la plupart des autres chouettes ou hiboux. De plus, étant magique, le poids n’était pas un problème pour elle et je l’avais déjà vue soulever de sacrés trucs.
    Je l’avais en ma possession depuis ma première année à Ilvermorny et je devinai que sa longévité avait dû être rallongée par magie. Ce n’était pas pour me déplaire car je tenais beaucoup à elle. Prévoyant de voyager et de n’avoir aucun lieu fixe pour vivre, j’avais même fabriqué et enchanté un appeau qu’elle pouvait entendre où qu’elle soit. Ainsi, elle pouvait vivre où bon lui semblait et être invoquée à tout moment.
    Ce qui me semblait être une bonne nouvelle pour Ezio et son message probablement urgent.

    - Evidemment, assurai-je en me saisissant du bout de papier. Je peux même l’appeler maintenant si vous voulez. Elle est très rapide et votre message sera transmis en un rien de temps !

    N’attendant pas véritablement de réponse de sa part, je m’engouffrai derrière la cascade pour récupérer l’objet magique dans mon sac afin le rapporter à l’extérieur. Je me demande encore où je puise mon énergie après deux nuits sans sommeil réparateur… La jeunesse, peut-être.
    M’avançant légèrement plus loin que le feu de camp, qui succombait d’ailleurs, je portai l’objet magique à mes lèvres pour souffler dedans. Un étrange son s’en échappa. Un son  qu’il aurait été impossible d’obtenir si le appeau n’avait pas été enchanté.
    Quelques instants plus tard, je perçu un bruissement d’ailes très léger dans mon dos et, me retournant vers Ezio, je pu constater qu’Athena était déjà arrivée et s’était posée sur le rocher qui m’avait précédemment servi de siège.

    - Aaaaaah, la voilà ! Gloussai-je en sautillant vers elle tout en lui tendant la main.

    La minuscule chouette fit un petit bon pour escalader mon doigt et, tout sourire, je me tournai vers Ezio. J’étais grave fière de moi, et un brin rassurée aussi. Manquerait plus qu’elle nous snob ! Elle avait sûrement dû saisir la gravité de la situation.
    Pour la remercier d’avoir répondu à mon appel, je lui donnai quelques grains au creux de ma main, qu’elle picora allègrement. Elle mit ensuite un coup de bec sur le papier, essayant probablement de me faire comprendre qu’elle était déjà prête à repartir avec.
    Je libérai donc la missive qu’elle prit dans son bec.

    - Tu sais à qui tu dois l’apporter, hein ? Demandai-je en lui gratouillant doucement la tête du bout de l’ongle.

    Elle sautilla sur mon bras. Il s’agit sans doute de sa façon d’acquiescer. Puis elle déploya ses petites ailes pour s’envoler et prendre rapidement de la vitesse pour finalement disparaitre derrière les arbres. Moi-même, je ne savais pas qui était le destinataire mais je faisais pleinement confiance à Athena.
    Et maintenant ? Il serait peut-être enfin temps de redescendre au village afin qu’Ezio puisse se reposer comme il se doit avant d’être pris en charge. Probablement par Sainte-Mangouste, ou je ne sais quel autre hôpital pour sorcier spécialisé dans les blessures magiques.
    Comme à mon habitude, je ne résistai pas à faire preuve de curiosité, tout en rangeant le reste de mes affaires.

    - Vous savez donc ce que vous allez faire une fois en bas ?

    Pour ma part, je n’en avais pas la moindre idée.
    J’allais probablement déjà prendre la route jusqu’à Seattle. C'était là-bas que j'allais attraper le premier avion de mon long périple. Je devais aussi passer voir des Transporteurs Sorciers, qui devaient « compresser » mes affaires dans une sorte de grosse malle enchantée et tout téléporter directement à Édimbourg.
    Ainsi, j’allais pouvoir conserver la plupart de mes affaires et surtout, ma maison roulante.

    Quelques minutes plus tard, j’étais fin prête à décoller.
    Sur mon dos se trouvait mon sac tandis que Storm et Snow me suivaient de près. Avec mon petit corps, je ne serais pas capable d’aider Ezio à porter ses affaires et je me doutais qu’il n’était pas en état de mettre quoi que ce soit sur ses épaules. Les mains sur les hanches, je contemplai tout cela, alternant entre lui et ses effets personnels, tout en cogitant. Puis, consciente que cela n’allait peut-être pas lui plaire, je me saisis de ma baguette, un air désolé posé sur le visage.

    - Pas le choix ! Lançai-je en pointant mon bout de bois vers son sac avant de marmonner la formule de lévitation. C’est partit ? demandai-je en esquissant déjà un pas vers notre direction.


Dernière édition par Kalista Hopkins le Mer 12 Juil - 22:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Praesĭdĭum |Kalista|   Mer 12 Juil - 14:58

- Il n’en est pas question. Lança-t-il en désignant son sac.

Le ton était sans équivoque. Sa voix, son instrument avait toujours été au service de ses intentions et lorsqu’elle était ainsi grave, décidée aux accents impérieux, il savait ne rencontrer aucune opposition. Il ordonnait peu, mais lorsqu’il le faisait, c’était comme une ombre s’étendant autour de lui, ne souffrant ni entrave, ni protestation d’aucune origine.
S’emparant de son sac sans brusquerie mais sans laisser non plus la moindre place à une quelconque intervention il rompit le sortilège de lévitation. Après en avoir vérifié les différentes fermetures, il le fixa sur ses épaules, jouant de la sangle à la ceinture pour alléger le poids sur ces dernières et enfin jeta à Kalista un regard de défi.
Il avait porté un homme blessé sur son dos des heures durant à travers une forêt d’Albanie, il avait été soumis à bien des challenges physiques et n’entendait pas se faire assister pour regagner un refuge. Certainement pas par de la magie.

Il réalisa par la même occasion que sa descente en solitaire semblait en désaccord avec le programme de Kalista. Elle avait, de son côté, épaulé sac et chats et entamé le mouvement du départ, avec lui.

- Je ne vais pas en bas. Affirma-t-il. Je vais gagner le refuge de Park Butte. Et ce n’est pas le chemin le plus court pour regagner le village. Tenta-t-il avec délicatesse.

Il fit quelques pas pour se trouver à sa hauteur et éprouver la résistance de son corps. Ça tirait, mais les remèdes pris quelques minutes plus tôt endormaient un peu la douleur et pour tout dire, tout type de sensations. C’était un peu comme flotter entre deux eaux. L’état n’était pas très agréable, un peu nauséeux, mais lui permettrait de faire sa route sans s’évanouir. Les lendemains seraient compliqués mais il aurait le temps de les voir venir.

- Une fois là-bas j’attendrai l’aide de mon ami. Je pense qu’il saura me faire parvenir de quoi me soigner un peu mieux. Ensuite… j’aviserai.

Il fut tenté de lui poser la question en retour. Autant par curiosité que pour la mettre en garde sur l’éventualité d’une longue route seule mais se garda de le faire, conscient qu’il ouvrirait ainsi la porte à son insistance pour le suivre. Non pas que sa compagnie soit déplaisante, mais il ressentait le besoin d’être seul désormais et de n’avoir pour témoins de sa difficulté à redescendre que le ciel et son propre sarcasme. Il savait la suite pénible et peu glorieuse et souhaitait la vivre sans le poids d’un regard empreint de pitié.

- Je vous remercie une fois encore, Kalista. Je ne vous dois rien de moins que la vie. Sourit-il. Je crois qu’il est inutile de vous dire que je ne l’oublierai pas…

Un peu gêné par ce qu’il s’apprêtait à dire, il passa du ciel à ses pieds en quelques secondes avant de laisser couler un regard sombre sur le visage juvénile de la jeune femme.

- Je vais poursuivre seul. Enonça-t-il sans appel.

Il enchaina, avant qu’elle ne proteste.

- Je me connais parfaitement, je suis conscient de mes limites et je sais que je peux le faire, alors ne vous inquiétez pas, d’accord ? Inutile d’envoyer la patrouille féline à ma rescousse. Plaisanta-t-il en lançant un œil complice aux deux chats. Je ne m’y engagerais pas si je doutais d’y parvenir. Je vous remercie sincèrement pour tout. Mais… maintenant il faut vraiment que je me mette en route, parce qu’à l’allure où je vais aller, il va me falloir un moment pour atteindre Butte et je souhaiterai éviter de devoir monter ma tente.


S’emplissant une dernière fois de son visage d’un regard intense, il tâcha de capter là, dans cette lumière matinale, l’expression qu’elle abordait. Un peu mélancolique, décidée, forte et fragile à la fois. C’est ainsi qu’il la dessinerait quelques jours plus tard, pour graver sur sa mémoire de papier l’étonnante rencontre d’une petite sorcière rousse au sommet d’un ancien volcan. Avec l’estampe de la jeune femme, il glisserait quelques esquisses des chats, avec moins de précision mais quelque tendresse, malgré tout. Les paysages décharnés des sommets accueilleraient une touche flamboyante ça et là pour retracer le trajet de la jeune fille, portant sacs et félins sous un orage battant.
Après quelques instants de silence, il hésita. Fit quelques pas et se retourna à nouveau vers elle. Il n’avait jamais été à son aise avec les départs, bien qu’ils fussent pour lui un quotidien à chacune de ses rencontres. Il aimait à se dire que la vie croisait les routes pour quelques raisons qui n’appartenait qu’à elle et qu’on ne pouvait à l’avance prévoir ou distinguer ce qui serait un « adieu » d’un « à bientôt ».

Elle se tenait là, étouffée par un sac presque plus gros qu’elle, ses deux gardiens à ses pieds. Visiblement hésitante quant à la conduite à tenir à son égard, quelques mèches écarlates s’échappant de son chignon pour aller s’élancer au souffle du vent. Elle paraissait minuscule dans le décor impérieux du Mont Baker qui se dressait en arrière-plan. Il hésita un instant à la laisser seule ainsi et se rappela que si l’un des deux avait connu des déboires lors de ce périple, il ne s’agissait pas d’elle.


- « Puisse le chemin monter à ta rencontre,
Puisse le vent souffler dans ton dos,
Le soleil briller chaud sur ton visage,
La pluie tomber douce sur tes champs,
Et jusqu'à notre prochaine rencontre,
Que le Seigneur te tienne dans le creux de sa main … »
Souffla-t-il en esquissant un signe qui effleura son front pour aller se poser sur son cœur.

Il souhaita que la bénédiction du conteur accompagne le pas de la jeune femme dans ses prochaines pérégrinations et porte avec elle l’aube d’une rencontre prochaine…

- Beannachd leat, Kalista.

Et s’en retournant, il amorça la longue descente vers le refuge.





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MessageSujet: Re: Praesĭdĭum |Kalista|   Mer 9 Aoû - 16:56



    Autant dire que j’étais sur le cul.
    La première pensée qui me vint fut tout d’abord « comment ça, il n’en n’est pas question ? » mais le Barde m’avait prise de court. Il commençait à me connaitre maintenant et devait savoir que s’il me laissait une seconde pour en placer une, j’allais en profiter pour relancer la conversation et le convaincre de me laisser l’aider.
    Il avait donc imposé ses conditions sans que j’ai le temps de manifester la moindre opposition.

    Pourquoi ne m’avait-il pas parlé de son refuge plus tôt ? Et du reste de son plan d’ailleurs ? Avait-il donc si peur que je m’incruste avec lui jusque là-bas ? Il devait sûrement vouloir éviter qu’on le voit arriver en compagnie de sa sauveuse, une gamine d’à peine 18 printemps et qui entamait à peine son premier long voyage.
    C’est clair que c’était un peu la honte, non ? Pourtant, jamais je n’avais essayé de le rendre mal à l’aise. Je ne dis pas que je ne l’ai pas fait, juste pas volontairement. Mais il avait vraiment l’air de tenir à sa route en solitaire.
    Après tout, moi-aussi, non ?

    Il laissa quelques fois deux ou trois secondes de blanc durant lesquelles j’aurais pu répondre mais je me contentai de le fixer d’un regard surpris au début, puis outré et enfin, rempli d’une mauvaise foi qui ne me ressemblait pas.
    L’aurais-je mal pris ? Moi qui n’accordais toujours que peu d’importance à ce genre de choses ? C’était que j’avais commencé à m’habituer à la présence d’Ezio dans les parages. D’avoir une compagnie différente de celle de mes chats ou de ma famille.
    Néanmoins, mon but premier avait été de voyager seule et même avec cela dans un coin de ma tête, je ne pouvais me débarrasser de mon égo. Je tentai de relativiser. Après tout, le sien en avait pris un coup aussi, je serais parfaitement capable de surmonter ça, et puis, je ne le connaissais pas tant que ça.

    Whatever.

    Ce fut le seul mot qui me vint alors que préférai toujours maintenir la bouche fermée.
    J’étais juste… déroutée. Terme qui ne m’avait encore jamais qualifiée jusqu’à présent. Impossible d’expliquer cette étrange sensation d’abandon. Je résistai à l’envie de parler, me concentrant sur Storm et Snow, s'alternant pour se frotter contre mes mollets. Cela avait toujours eu le don de me calmer et bien que je ne fusse pas énervée, cela m’aidait apparemment dans cette situation.
    D’accord, c’était peut-être un peu abuser, mais quelle femme réagit bien à un type qui lui sort un « allez salut » et se barre en lui tournant le dos ?

    Je dois avouer que je n’écoutai plus vraiment ce qu’il avait à me dire après son annonce comme quoi il allait continuer seul.
    Comme si je n’avais pas déjà compris cela. J’étais en train de caresser Snow alors qu’il racontait je ne sais quoi. Sa voix me parvenait de façon sourde et saccadée, comme si j’avais une sorte d’affreuse migraine. Whatever, whatever, continuai-je de penser tout en prenant la minette dans mes bras. Je ne laissai pas apparaitre qu’elle était sacrément lourde et tournai le dos au Barde pour commencer à prendre la route, mon sac à dos à sa place et Storm trottinant derrière moi, non sans jeter des coups d’œil en arrière.
    Arrête ça, il ne viendra pas avec nous. Résigné, le chat entreprit de m’emboiter le pas alors que je tenais toujours sa sœur tout près de moi.

    - Evitez les félins… soufflai-je toutefois, ne pouvant retenir une dernière parole.

    J’avais écouté les derniers mots du Barde même si je n’en avais pas saisi tout le sens.
    Cela ne me sembla pas négatif mais ne me rendit pas mon éternel sourire. « Notre prochaine rencontre » il avait dit. J’imaginai de plus en plus mal le recroiser, surtout par hasard. S’il était un peu comme moi, il n’irait pas trainer dans des lieux trop touristiques ou dans les villes, cela me semblait alors difficile de nous revoir.
    Je ne compris pas ses derniers mots, probablement prononcés dans sa langue. Je me contentai d’un coup d’œil en arrière pour apercevoir sa petite silhouette une dernière fois et lui fis un petit signe de main rapide, car il me fallait mes deux mains pour porter le félin de 10 kilos.

    Le chemin pour redescendre n’était plus d’actualité.
    Mon exploration commençait tout juste et je n’avais pas prévu de redescendre avant de trouver Ezio baignant dans une marre de son propre sang. Désormais, les plans avaient changés et j’allais pouvoir continuer de marcher, de me vider la tête, de parler à mes chats comme une vieille folle et continuer de croire qu’aucune personne n’était réellement faite pour me tenir compagnie.


To be continued...
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