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L'Oracle te voit Invité et tu es en train de rêvasser!!! Prends ta plume et va poster!
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Une cotisation Ulule a été lancée pour financer les dosettes de café.
Même si les puristes préfèrent les cafetières ancestrales.

Les absents ont toujours tort.
Méfiance, nous sommes d'humeur taquine...

Une animation d'Halloween vous attend...

Venez donc nous présenter vos plus beaux sourires.

Hé, t'as vu ton rang?

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 Coilltean Ratharsair [Coleen]

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Scottish Muffin

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MessageSujet: Coilltean Ratharsair [Coleen]   Dim 6 Nov - 17:24

«Choisich mi cuide ri mo thuigse
a-muigh ri taobh a’ chuain;
bha sinn còmhla ach bha ise
a’ fuireach tiotan bhuam.»


Sorley MacLean, An Roghainn *

22 novembre 2016 - Entre Skye et Raasay


Les nuages avaient sagement attendu les dernières lueurs de l’aube pour faire leur apparition. La lumière pâle et rosée avait, dès lors, eu l’occasion d’illuminer le sommet des Cuillins avant d’être engloutie par la grisaille venant de la côte. L’espace d’un court instant, elle les avait coiffées d’une couronne chatoyante, tels des monarques se dressant face à la mer. L’île des Brumes, Eilean a' Cheò, N'avait jamais aussi bien porté son nom que ce jour-là.

Il avait quitté la maison tôt, évitant ainsi d’y croiser l’ombre de quiconque. Son escale serait brève, ce qui lui convenait parfaitement.
Ses pas l’avaient une fois de plus, menés sur des sentiers qu’il connaissait par cœur sans trop de but, prenant soin d’éviter des lieux pouvant altérer l’humeur plutôt légère de la matinée. Il avait survécu au dîner de la veille avec brio, écoutant poliment les innombrables détails qu’Ingrid et sa mère avaient déversées tout au long du dîner, à propos du prochain mariage. C’était visiblement l’événement de l’année. Bien que le sens des priorités, chez certaines personnes, lui échappent totalement.

A bien y réfléchir, il s’était presque amusé au cours de la soirée. Non pas que les détails l’aient fortement intéressé – il était, déjà, tout à la recherche d’une excuse pour être absent ce-jour là - mais l’attitude mutique de Lùan concernant l’organisation de son propre mariage, ainsi que ses soupirs exaspérés au moment des choix cruciaux de la couleur d’un chemin de table – dire qu’il ignorait jusqu’à hier que ces choses-là portaient un nom – lui avaient valu de retenir un immense sourire tout au long du dîner. A chaque question qu’il avait voulu éviter concernant le déroulement de son année, il s’était contenté de tendre une perche à l’une des deux femmes à propos de la cérémonie et on lui avait octroyé une paix royale. Il reverrait peut-être son jugement à propos du mariage. Il y avait du bon en l’acte parfois.

Le sol spongieux paraissait avoir absorbé l’entièreté des nappes phréatiques d’Ecosse. Une bonne partie de ses chaussures de marches disparaissaient dans la tourbe à chacun de ces pas, lui procurant la joie enfantine de marcher dans la boue. Le temps était comme il l’aimait. Avec cette lumière si particulière qu’ont les jours de brumes sur Skye, dessinant des ombres un peu fantomatiques et faisant ressortir le contraste entre la mer et le ciel, l’herbe et les lochs. Il montait des collines de verdure, cette odeur caractéristique des jours de pluie. Mélange d’humidité, de plantes et de sel qui jouait le rôle de catalyseur sur toute la morosité capable de l’assaillir. Il avalait la distance comme si sa vie en dépendait, alors qu’au contraire, son regard semblait traîner deux pas derrière, profitant de chaque parcelle du paysage.

Il avait repoussé sa visite aux parents de Shannon au lendemain, et s’était promis de ne pas y penser ce jour. L’année avait été éprouvante et il en avait assez de se sentir en colère. Trois jours plus tôt, il était passé à l’IBAS et une fois encore, Beltrov avait su trouver les mots. Il se sentait bien, en paix. Il voulait profiter de ces instants hors du temps où il pouvait ne penser ni à hier, ni à demain.

Au détour d’une route, un vieil homme le salua. Le vieux McFiney, une nasse sur les épaules, rentrait au village, visiblement ravi de ses prises. Ezio lui rendit son salut et s’esquiva rapidement avant qu’on lui propose de venir admirer les bêtes. Il n’était pas certain de supporter la vision luisante du poisson mort, de bon matin.
Sconser s’animait – à une échelle respectable et proportionnelle à la taille du minuscule village – alors que la journée débutait. Le barde se percha sur une pierre en bordure de route et profita des embruns que la mer portait à son visage. A peu près persuadé qu’il ne reviendrait pas sur Skye avant un bout de temps, il s’enivrait du paysage pour pouvoir agrémenter ses nuits de quelques souvenirs sensoriels. Extirpant un carnet et un feutre de l’une des poches de son sac, il entama une rapide esquisse du port. Machinalement, sans y prêter réellement attention, pour occuper ses mains alors que son esprit s’égarait tranquillement. L’air était frais mais relativement doux pour ce mois de novembre, du moins, pour lui. Saoirse avait d’ores et déjà sorti bonnets et écharpes.  Au loin, à travers la brume, un Ferry annonçait son entrée dans le port. Il releva la tête et le suivit des yeux un instant.


- Viens, on monte dedans et on verra bien où il nous mène !
- Il va à Tarbert, celui-là.
- Merde Ezio, tu veux pas me laisser rêver cinq minutes ?
- Si tu veux. Mais il va à Tarbert alors si on monte dedans… on ira…
- Ben tu sais quoi ? je vais le détourner moi, ton Ferry !


Ses yeux sombres toujours fixé sur le MV de la Caledonian MacBrayne, il se surprit à esquisser un doux sourire à l’évocation du souvenir. Il s’était insinué discrètement, avec plus de douceur que de douleur, pour une fois.

Aussi soudainement que si on l’avait chassé de son promontoire, il referma carnet et feutre, rangea le tout dans son sac, et bondit de son rocher. En quelques enjambées, il traversa les mètres qui le séparaient du quai, salua le capitaine du MV loch Striven et grimpa à bord.

La traversée durait à peu près 15 minutes au cours desquels il profita du paysage et laissa son esprit errer dans des histoires où les ferries n’avaient pas de trajets précis et pouvaient vous porter n’importe où.

Raasay pouvait se parcourir dans la journée. Il n’y était pas allé depuis de nombreuses années et se trouva un peu dépourvu lorsqu’il fallut prendre une direction à la sortie du petit port. Il opta pour ce qu’il affectionnait le plus, atteindre le point culminant des endroits qu’il visitait. En l’occurrence, ici, il s’agissait de Dun Caan et son sommet atypique, aussi plat qu’un bac. Bordé de trois lochs, il offrait un point de vue exceptionnel.

Après s’être arrêté un instant au bord du Loch na Man et avoir profité de l’atmosphère magique du lieu – on le disait habité d’un Each-uisge – il avait poursuivi son ascension vers la colline. Pensant trouver les lieux déserts en cette période de l’année, il fut surpris d’y distinguer une silhouette rouge qui parcourait la falaise surplombant le loch.
Nullement découragé, il se mit à la recherche d’un rocher qui voudrait bien abriter ses pensées pendant qu’il contemplerait la vue. Si le Ferry ne l’avait pas surpris en le déposant à l’endroit prévu, il était, en revanche, étonné que la beauté des lieux ne l’ait pas plus souvent attirée dans le secteur. De son perchoir, la vue était à couper le souffle. La mer, la côte, Skye. Le vent lui fouettait les joues et tirait quelques larmes à ses yeux.

En dépit du fait que l’exercice s’annoncerait difficile à cause des conditions climatiques, il extirpa à nouveau ses ustensiles, dans le but de graver dans sa mémoire autant que sur papier, les détails de sa jolie découverte de la journée.
Dans la mesure où l’autre silhouette était aussi absorbée que lui par ses activités – mais que faisait-elle à proprement dit ? – il accepta volontiers de partager sa solitude avec un autre. Autre qui était une, à en juger par la silhouette et les vêtements qu’elle portait. Un pantalon noir, recouvert de bottes, une veste rouge couronnée d’une grosse écharpe jaune. A croire qu’elle aussi, considérait que la température était désormais hivernale. L’image fugace de l’arrivée de Saoirse la veille, emmitouflée comme si elle partait au pôle Nord lui traversa l’esprit en lui arrachant un sourire, au passage. De son côté, il avait tout au plus enfilé un pull sur sa chemise.
Poursuivant ses crayonnages, il surprit sa main à accueillir parmi ses traits, la petite silhouette en bord de falaise. L’autre serait immortalisée dans ses souvenirs. Il releva à nouveau la tête pour l’observer davantage.
Alors qu’elle s’était un peu rapprochée, il obtint la confirmation qu’il s’agissait bien d’une femme et que cette dernière lisait. En marchant. Son sourire se mua en froncement de sourcils alors que les bottes martelaient la roche, si près du vide, pendant que les yeux restaient rivés à des pages de papier. Il haussa les épaules et reprit son activité silencieuse.

A plusieurs reprises, il nota que la jeune femme aussi luttait contre le vent, qui non content d’essayer de la déséquilibrer, jouait dans les pages de son livre. Il réalisa par la même occasion qu’il avait arrêté de dessiner et qu’il l’observait à la dérobée.

« Espérons que le livre ne soit pas passionnant au point de dégringoler une falaise pour le plaisir d’achever le chapitre… »

Il hésita à se lever et lui conseiller de s’assoir pour lire. Bien qu’il entende parfaitement que le sol soit trop humide pour rester longuement assise. Il se retint, à plus forte raison, qu’il n’aurait pas aimé que quelqu’un le dérange pendant une lecture pour lui prodiguer des conseils bien-pensants.
Il rangea néanmoins son carnet et abandonna son rocher pour faire quelques pas.
Imaginons qu’elle tombe sous son nez…il devrait vivre avec la culpabilité de ne pas lui avoir ouvert les yeux sur une évidence sommes toutes logique : on ne lit pas en marchant au bord d’une falaise. Tout à son hésitation, il se rapprochait d’elle, incapable désormais, de profiter de la quiétude des lieux tant que ce petit pantomime rouge jouerait les funambules de bibliothèque.



*The Choice
I walked with my reason
out beside the sea.
We were together but it was
keeping a little distance from me.



HJ:
 
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MessageSujet: Re: Coilltean Ratharsair [Coleen]   Jeu 17 Nov - 22:13

Il était des journées belles comme des soleils couchants, douces comme des mines blanches d’enfants ; de celles qui invitaient à l’oisiveté la plus complète, aux flâneries et à la douceur de vivre. Celles-ci, perdues entre les luminosité diaphanes d’époques indéfinissables, vous portaient comme les vagues l’écume et vous emmenaient, au cours d’escapades, au plus profond de vous-même, là où l’imagination percute les couleurs azurées du ciel et explose en mille fables nouvelles.

C’étaient de ces journées qui poussaient Coleen, chaudement emmitouflée, à quitter les murs de l’université pour retrouver les pierres vieillies de la chaumière qui l’avait vue grandir ; de ces journées qui l’invitaient à s’asseoir autour de l’antique table de bois – inchangée depuis plus de cent ans, racontait son père à qui voulait l’entendre – une tasse de thé ou de lait chaud à la main et à conter à ses parents incrédules les dernières aventures dont la régalaient les rues achalandées de Pré-au-Lard.

C’était un chocolat épais, accompagné de ses petits sablés traditionnels qui, de bon matin, avait aujourd’hui satisfait ses papilles avant de faire naître en elle l’insatiable besoin de se lover dans les bras confortables d’Éole. Après avoir affectueusement embrassé la joue de sa mère qui s’affairait alors à un tricot orangé, Coleen s’était donc vêtue de sa veste rouge, l’une de ses favorites, avant de s’embarquer dans la grisaille épaisse de Raasay. Entre deux pas maladroits, elle avait salué son père qui partait à la pêche et avait ensuite vogué de roches en lochs. Sans même s’en apercevoir, elle avait ensuite emprunté the calum’s road qu’avait, en son temps, construit son arrière-grand-père, Malcolm MacLeod, et qui menait jusqu’au Brochel Castle, où elle avait toujours aimé se perdre à loisir.

Des hauteurs de la ruine, elle s’était plu à écouter le bruit familier des flots, les cris de la bise et l’infini silence qui résultait de leur surprenante rencontre. Rattrapée par le sujet de ses études, elle avait sorti un carnet de notes de sa poche et avait fait quelques croquis succincts de la flore locale, orobanches et chardons, et des cailloux qui les entouraient, notant sans bien y réfléchir les quelques idées qu’ils lui inspiraient. Elle s’était ensuite rappelée la bonne promesse qu’elle s’était faite le matin-même : s’offrir une pause et penser à tout sauf à ses chaudrons. Alors, une fois chassée la brève culpabilité d’avoir l’esprit indiscipliné au point de ne parvenir à s’octroyer de véritable répit, elle avait rêvassé jusqu’au sommet de Dun Caan, où elle lisait actuellement avidement les mots qu’avait posé sur le papier, il y a longtemps déjà, l’irremplaçable James Matthew Barrie lorsqu’il s’était épris de l’enfant, en lui, qui n’avait jamais voulu grandir, et qui lui survivrait très certainement longtemps encore.

If you shut your eyes and are a lucky one, you may see at times a shapeless pool of lovely pale colours suspended in the darkness; then if you squeeze your eyes tighter, the pool begins to take shape, and the colours become so vivid that with another squeeze they must go on fire. But just before they go on fire you see the lagoon. This is the nearest you ever get to it on the mainland, just one heavenly moment; if there could be two moments you might see the surf and hear the mermaids singing.

Ce passage était l’un de ses favoris. Elle avait souvenir que, jadis, lorsqu’Eanna le leur contait à Naomh et à elle-même, elle fermait les yeux à s’en fendre les paupières et, alors qu’elle se perdait en rêveries, elle entrapercevait, presque réel, le loch qu’elle longeait désormais dans un silence presque religieux. Et parfois, lorsqu’à force de s’être imprégnée de la voix maternelle, elle se surprenait à ne même plus percevoir les contours de sa chambre boisée, là, perdue au fond de son lit, elle jurait entendre les sirènes chanter. Elle courait ensuite le jour dans l’espoir de les retrouver pour souvent revenir les genoux écorchés mais la bouche pleine d’histoires.

Alors qu’elle rêvassait en toute indolence, s’attardant parfois à écouter le craquement caractéristique des herbes sous ses bottes de caoutchouc, une bourrasque plus forte, plus fraîche que les précédentes, s’engouffra dans sa chevelure et elle sourit en fermant les yeux, les doigts serrés sur la couverture vieillie de l’ouvrage, une couverture tannée de cuir, ornée de dorures d’un style ancien. En proie à ses songes elle s’était, sans s’en apercevoir, approchée du bord de la falaise le long de laquelle elle avançait désormais indolemment, telle une funambule suspendue sur la ligne floue de l’horizon. En cet endroit, le souffle du temps était plus puissant, plus vivifiant également. Il fouettait allègrement les obstacles, cheveux en bataille et pages ouvragées, et offrait aux téméraires des sensations plus mordantes que nulle part ailleurs. Coleen avait toujours été une adepte de ce genre de ressentis, et avoir un jour dégringolé un escarpement, bien loin de l’apeurer, lui avait, au grand déplaisir parental, davantage donné goût aux escapades risquées que de raison. Elle était d’ailleurs désormais si coutumière des pentes escarpées que son maintient le long du vide, bien que parfois maladroit, semblait relativement naturel.

Perdue entre deux lignes, elle se risqua donc à clore les paupières et à se laisser guider par un instinct primaire, presque animal, droit devant elle, un pied devant l’autre, d’une démarche probablement chaloupée, mais néanmoins confiante et assurée, en élément anonyme du décor.

If you close your eyes and think about something you really want, you'll fly.

Pourquoi diable n’avait-elle jamais fait de quidditch ?

Comme pour répondre à son interrogation muette, le vent mêlé d’embruns, soudainement plus fort et plus virulent qu’auparavant, revint la houspiller en trombe et, sans toutefois cesser sa lecture, elle se laissa doucement chanceler entre vide et terre avant d’accélérer subitement le pas pour se maintenir droite. Tout à son histoire, elle ne remarqua malheureusement pas la masse vivante qui s’avançait dans sa direction, et comme elle était adepte des situations embarrassantes, elle ne manqua pas de maladroitement se heurter à celle-ci. Elle tangua alors dangereusement de gauche à droite et, bien qu’elle retrouva relativement vite son équilibre, la surprise fut si grande de trouver âme qui vive en ces lieux qu’elle sursauta et libéra de son emprise l’ouvrage tant affectionné, lequel s’écrasa comme une étoile sur les rochers en contrebas. Prise d’effroi, elle observa le bouquin chuter, comme au ralenti, avant de se souvenir qu’il était probablement plus important de s’enquérir de l’état de la personne avec laquelle elle venait d’entrer en collision que de s’inquiéter pour… du papier et un peu de cuir.

« Merlin ! Que faites-vous là ? Vous pourriez tomber ! », constata-elle sur le ton de l’évidence , les joues rougies, en levant si brièvement la tête qu’elle ne prit la peine de détailler son interlocuteur.

La moue contrite, elle recula d’un pas en jetant un ultime coup d’oeil à l’oeuvre qui, à la recherche de nouvelles aventures, menaçait de bientôt s'improviser exploratrice des eaux du loch, et elle sentit le vent encombrer ses sinus et lui voler une larme coupable.

Well, indeed, If you shut your eyes, you may… fall.

Elle soupira. L’homme qui lui faisait face – elle avait au moins constaté ce détail – devait être, ou plutôt était désormais, la première de ses préoccupations, n’en déplaise aux pages déjà détrempées du précieux volume.

« Vous allez...  »

Tout en soufflant ce début de phrase, elle consentit enfin à lever le regard sur le personnage qui la surplombait d’au moins une tête. Les traits agréables, le visage régulier, les yeux sombres et les cheveux châtains ; son visage, bien que peu souvent croisé, ne lui était pas inconnu, et lui en rappelait un autre, étrangement plus familier.

« Bien ? »
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MessageSujet: Re: Coilltean Ratharsair [Coleen]   Mar 22 Nov - 22:38

Avait-il accéléré le pas pour se précipiter à la rencontre d’un corps qu’il avait imaginé tomber sous ses yeux ? Ou avait-il seulement mal estimé la distance qui les séparait ? A moins qu’elle ne se soit brusquement jetée sous ses pas…
Un battement de cil, un soupir ou une bourrasque plus audacieuse que les autres avait causé la rencontre de leurs deux corps pour sa plus grande surprise, un léger élancement irradiait toujours son épaule encore convalescente après l’impact. Elle n’eut pas besoin qu’il la retienne pour garder son équilibre de funambule, alors que de son côté il dû se concentrer pour assurer la prise de ses chaussures sur la roche humide. L’ouvrage quant à lui -last but not least- n’eut guère de chance et prit son envol vers d’autres aventures, effeuillé sous les effets de la chute. Le barde le suivit des yeux un instant, obnubilé par la vision de l’objet réalisant le grand saut, heurtant la roche de part et d’autre, désarticulé et fendant l’air comme un corps qui aurait voulu tenter l’impossible. Persuadé qu’il pouvait ressentir, au plus profond de son être, chacun des chocs subit par le livre, il mit un certain temps à détourner son regard de l’ouvrage plongeant dans les géhennes, pour le porter sur la jeune femme.

- Je suis … désolé. Bredouilla-t-il tout à la surprise de sa maladresse, si tant est qu’elle fut sienne - car il en doutait toujours.

Mais déjà, elle s’enquerrait de sa santé à lui, protestant visiblement quant à une inconscience de sa part qu’il n’était pas certain de pouvoir faire rivaliser avec la sienne. Car après tout, qui jouait les pantomime équilibriste les yeux rivés sur un livre ?

Quel était-il donc, ce livre ?
Captivant au point de ne pas voir que l’on marche vers le danger. Ou au contraire, aux échos si audacieux qu’il attirait le lecteur vers des défis plus impétueux à chaque page. Un élan de curiosité s’empara de son être, lui faisant oublier tout le reste.

Du peu qu’il avait pu en apercevoir, la couverture n’était plus de prime jeunesse. Elle revêtait l’habit impétueux des livres lus mille fois, dont l’intérêt certain n’avait d’égal que la valeur sentimentale qu’on leur accordait.

Alors qu’elle soupirait bassement, il se sentait comme l’assassin d’un livre inconnu – et c’était bien là le drame -, si bien qu’il ne put résister au réflexe de jeter un œil à ses propres mains en quête des traces d’encre que le crime y aurait laissé. Lorsqu’il redressa la tête, la jeune femme offrait une mine contrite et quelque peu inquiète, l’œil irisé d’une larme naissante. Alors qu’elle reculait d’un pas, il en fit un vers elle, le regard assombri et l’attrapa vivement par le bras. La veste rouge crissa au creux de sa main lorsqu’il la referma sur la jeune femme plutôt menue.

- J’irai bien mieux si vous vouliez bien regagner la terre ferme. Tenta-t-il de plaisanter, sans pouvoir détacher à nouveau les yeux de la pauvre petite chose qui s’était écrasée au sol, bien plus bas. C’était quoi ? Lâcha-t-il dans un murmure alors que la question lui brûlait les lèvres depuis plusieurs secondes maintenant.Le livre, je veux dire.

Il se mordit la lèvre en lui jetant une œillade désolée avant de se ressaisir et de la lâcher enfin, constatant qu’elle ne semblait pas vouloir se jeter dans le vide à son tour. Espérons qu’elle avait déjà lu le livre entièrement. Que ce ne soit pas un cadeau précieux. Ou pire : une pièce unique.

Une pièce de théâtre peut-être ? Shakespearienne, à coup sûr.
Quelques vers de la tempête lui revinrent en mémoire. C’est précisément ici qu’il aurait fallu la lire, La Tempête.

« Mon art, repose ici.
Et toi, essuie tes yeux, console-toi,
Car l'horrible spectacle de ce naufrage
Qui éveilla ta compassion, si vertueuse,
Mon art, ma clairvoyance l'ont réglé
Si précautionneusement que pas une âme
N'en a pâti ; et que sur ce vaisseau
Où l'on criait si fort et que tu vis sombrer
Personne n'a perdu pas même un cheveu. »


«Trop épais. »

- Excusez-moi. Ça doit vous sembler étrange…

 « De la part d’une fille qui lit en faisant de la poutre sur une falaise ? vraiment ? »

Il haussa les épaules et lui accorda un sourire entre amusement et gêne.

- Je suis sincèrement désolé pour votre livre, je ne sais pas ce qui s’est passé, je m’inquiétais de vous voir si proche du bord, mais il semblerait que vous vous en seriez mieux sortie sans mon intervention. Finit-il par lâcher franchement en la dévisageant avec plus d’intensité.

«Un journal intime ?»

Non. Elle souriait à la lecture. On ne sourit pas ainsi en relisant ses propres écrits. A moins qu’il ne s’agisse là de quelques confessions.

Elle offrait un visage adolescent aux embruns, empreint pourtant d’une maturité qui laissait entrevoir quelques années de plus que ce à quoi on pouvait s’attendre. A peine plus grande que Saoirse et dotée d’une paire de grands yeux aussi pâles que l’arctique, la jeune femme, tout en contraste, affichait une peau diaphane couronnée d’une chevelure sombre. Un air doux et rêveur saupoudré de quelques malices qu’on devinaient au pétillement du regard parachevait le tout. Elle ne lui était pas étrangère et il était tout occupé à fouiller sa mémoire pour mettre un nom sur son équilibriste du jour, lorsque le livre revint le hanter à nouveau. Si seulement, il avait pu le récupérer pour elle.

«Un conte.»

C’était forcément un conte. Au sommet de Dun Caan, toute Tempête mise à part, on ne pouvait lire qu’un conte fantastique destiné à vous entrainer plus loin que toute civilisation, par-delà lochs et falaises.

Déjà ses yeux sombres traçaient en contrebas le chemin des possibles qui lui permettrait de recouvrer l’ouvrage à travers les rochers, pour le restituer à sa propriétaire.
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MessageSujet: Re: Coilltean Ratharsair [Coleen]   Jeu 5 Jan - 18:25

Il s’était excusé. Elle n’avait pourtant pas l’impression qu’il fût à l’origine de leur hasardeuse rencontre. Elle avait en effet été tant et si bien absorbée par cette histoire lue déjà mille fois qu’elle était certaine d’être l’unique coupable de la situation désastreuse à l’issue de laquelle les mots couchés sur le papier par Barrie s’en iraient définitivement vers des aventures plus audacieuses. L’émotion qu’elle retenait au coin de ses yeux était dès lors l’ultime hommage qu’elle pouvait rendre au précieux volume, aussi usé et corné était-il. Elle ne pouvait, cependant, faire un étal démesuré du trouble qui s’était niché dans sa gorge, au risque de mettre mal à l’aise le jeune homme dont les traits semblaient déjà, alors qu’il observait ses propres mains, exprimer une forme de culpabilité – mais à qui pouvaient bien appartenir, justement, ces traits qu’elle était à ce point persuadée d’avoir déjà croisés ?

Elle s’apprêtait à interroger l’inconnu à ce sujet quand sa main, immense sur son bras léger, l’enserra puissamment, joignant le geste à des paroles qui devaient la convaincre de s’éloigner du précipice époustouflant de beauté qu’elle longeait depuis une durée incertaine. S’imaginait-il vraiment qu’elle frôlait, en goûtant ainsi aux plaisirs cumulés de la lecture et du vertige, l’idée saugrenue de couronner le conte d’une fin tragique ? Elle pouvait certes sembler imprudente, mais ces escarpements où les embruns épousaient le ciel étaient son foyer depuis si longtemps qu’elle avait le sentiment de pouvoir les parcourir sans peur, paupières closes, comme étant elle-même un élément à part entière du paysage. L’individu dont elle ne retrouvait toujours pas le nom n’en pouvait pour autant rien savoir, et la confusion lui monta aux joues à l’idée de l’avoir tourmenté malgré elle.

Le plus grand de son inquiétude, pourtant, semblait concerner l’irremplaçable fascicule qui, irrémédiablement, s’imprégnait d’une eau glacée et inhospitalière en laissait pleurer son encre. Qu’était-il ? Un livre. Il le savait, bien sûr, mais ce n’était pas tant le contenant que le contenu qui l’intéressait. À nouveau elle voulut entamer une réponse, mais le regard affligé que lui offrit le jeune homme raviva sa gêne, en réponse de quoi et elle se contenta simplement de fixer ses pupilles sombres de ses yeux écarquillés, elle-même étonnée par son propre mutisme.

Il la libéra enfin de son emprise et, tandis qu’il la dévisageait un peu plus intensément en lui offrant un sourire embarrassé, elle ramena son bras vers sa poitrine et fit un pas de côté afin de rassurer son vis-à-vis sur ses intentions. C’est ainsi que, tout en délivrant enfin une larme téméraire, elle abandonna finalement son expression interdite au profit d’une nouvelle, plus lumineuse, plus douce également, et qui raviva le rose de ses pommettes.

« Ne vous excusez pas ce… c’est entièrement de ma faute. Je…  »

En contrebas, Wendy, son âme d’enfant craintif si grise à présent, affrontait une fois de plus les impitoyables sirènes.

The children often spent long summer days on this lagoon, swimming or floating most of the time, playing the mermaid games in the water, and so forth. You must not think from this that the mermaids were on friendly terms with them: on the contrary, it was among Wendy's lasting regrets that all the time she was on the island she never had a civil word from one of them. When she stole softly to the edge of the lagoon she might see them by the score, especially on Marooners' Rock, where they loved to bask, combing out their hair in a lazy way that quite irritated her; or she might even swim, on tiptoe as it were, to within a yard of them, but then they saw her and dived, probably splashing her with their tails, not by accident, but intentionally.

« …suis désolée. Je ne voulais pas… vous effrayer », bredouilla-t-elle en fouillant de nouveau son esprit à la recherche du souvenir qui lui échappait.

Un autre sourire et elle se mordit la lèvre inférieure en suivant du regard le chemin invisible tracé par les prunelles du promeneur qui semblait, de toute évidence, caresser l’idée de trouver un chemin qui pourrait le mener au niveau du loch. Suivant son exemple, elle caressa ainsi doucement le roc de ses rétines humides jusqu’à y rencontrer, une fois de trop probablement, l’épave de papier qui gisait sur sa paroi glacée. Le souvenir du velouté de la voix d’Eanna qui les enchantait, Naomh et elle, de tant d’histoires venues d’univers inconnus lui revint alors en mémoire, berçant ses oreilles d’un goût d’autrefois.

« Peter Pan  ».

Elle marqua une pause en même temps que lui revenait ce souvenir, et sembla perdue un court instant, à l’issue duquel elle compléta simplement « Le livre  ».

Son dernier vol ? Elle ne le lui accorderait pas. Car il lui semblait désormais évident qu’elle ne pouvait décemment l’abandonner à son triste sort. Mais, puisqu’elle était seule responsable de la situation, elle ne permettrait pas non plus que le téméraire inconnu entreprenne à sa place la descente, aussi risquée qu’insensée, qu’il semblait déjà envisager.

« Restez là. Je… Je reviens  », conclut-elle dans un souffle en appuyant le regard afin de signifier à son interlocuteur qu’elle ne souhaitait pas être aidée dans sa démarche. Pas un seul instant elle ne songea que l’individu à l’air rêveur pourrait ne pas être surpris si elle venait à se servir de sa baguette pour accomplir l’exploit qu’elle s’apprêtait à tenter. C’est ainsi qu’impulsivement, elle s’aventura sur la voie toute tracée par les pupilles de son compagnon d’infortune. Car il y avait, à moins de cinq mètres de là, un pan de roche moins abrupte qui, semblait-il, serait suffisamment hospitalier que pour offrir un appui acceptable à ses bottes trempées et ainsi lui permettre de rejoindre plus ou moins souplement les rochers qui, en contrebas, se faisaient de plus en plus menaçants à l’égard de l’inestimable objet. Sans plus de réflexion, elle s’élança donc, vive et rapide, sur cette voie pentue dans l’espoir de sauver le bouquin des desseins de l’each uisge qui habitait, c’était une évidence, les eaux nébuleuses du loch.
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MessageSujet: Re: Coilltean Ratharsair [Coleen]   Dim 8 Jan - 16:38

« Peter Pan. »

Son air se fit encore plus désolé à l’annonce du titre. Il affectionnait tout particulièrement cette histoire qui avait bercé son enfance des rêves les plus fous, où il s’imaginait libre et volant tel un oiseau. Ce rêve-là, en dépit de ses déboires avec la magie, ne l’avait, dès lors, plus jamais quitté. Nombreuses étaient encore les nuits où ses pieds abandonnaient le sol alors que deux ailes se déployaient sur ses flancs pour le mener plus haut encore, et plus loin. Ils lui paraissaient alors si réels, qu’au réveil il avait encore la sensation du vent sur son visage, la vitesse au creux de son estomac et des paysages qu’ils n’avaient encore jamais foulés, plein les yeux.

S’il avait pu choisir la vie suivante, il aurait imploré d’être un oiseau.

Pour leur dernier envol, néanmoins, Peter et les garçons perdus avaient échoués non sans douleur – il en restait persuadé - dans les eaux sombres du loch ou le froid devait à l’heure qu’il était, déjà avoir engourdi leurs plus folles aventures.

Il soupira une fois encore et fronça les sourcils lorsque sa compagne lui demanda de l'attendre ici même.

Nullement satisfaite de jouer les funambules le long d’une falaise, voilà que la jeune femme – suicidaire, il en était certain désormais – entreprenait de désescalader cette même falaise, chaussée de bottes détrempées.

Elle avait parcouru les premiers mètres sur une roche aussi glissante que la surface des lochs l’hiver, avant même qu’il n’eût réalisé ce qu’elle comptait faire.
Les yeux clos, il soupira profondément, tâchant – vainement – de se persuader qu’il n’avait pas à s’en mêler et que sa première intervention était déjà la cause d'une noyade littéraire. Mieux valait la laisser faire.

Ne sachant que faire de lui, les bras le long du corps, il la regarda franchir les premiers obstacles d’un pas assuré et presque sautillant alors que le vent, redoublant d’effort dans sa tentative d’attirer à lui au moins un promeneur aujourd’hui, tâchait de la déséquilibrer. Alors qu'il avait presque achevé de se convaincre qu’elle s’en tirerait bien toute seule, une bourrasque plus téméraire que les précédentes lui fit faire un écart qu’elle ne sembla pas remarquer, mais qu’il nota non sans effroi. Ses yeux sombres glissèrent le long de la roche que martelaient les bottes aux semelles inadaptées. La vision fugitive de sa glissade lui traversa l’esprit. Une silhouette rouge emportée par le vent, empruntant le même chemin que l’ouvrage de Barrie et heurtant les mêmes rochers. La chute fut terrible alors qu'elle n'existait que dans son esprit et la vision du corps désarticulé de la jeune femme lui arracha une grimace. Il secoua la tête pour la chasser de son esprit, puis s’avoua vaincu. Un profond soupir plus tard, il levait les yeux au ciel et lui emboîtait le pas.

– Attendez ! Vous allez vous rompre le cou… Puis, pour lui-même. Et je ne vois pas du tout ce que je vais pouvoir faire de plus en bas…

Effectivement, le sol était plus que glissant. Ses chaussures à lui, bien que forgées pour la montagne, perdirent contact avec le sol à deux reprises. Il dû envoyer les mains sur les roches de la paroi pour se retenir et accusa le coup d’un choc un peu violent dans son épaule gauche, tout juste remise de ses dernières… aventures. Réprimant jurons et exclamation de douleur, il fronça les sourcils et reprit sa marche.

Ses grandes enjambées lui faisaient gagner du terrain sur la jeune femme, pourtant tout à son affaire, gambadant comme un chamois. Il songea avec amertume, qu’une fois encore, il se fourrait dans une situation qui, en plus de lui avoir été défendue – n’avait-elle pas insisté pour y aller seule ? – était inconfortable. Le vent sifflait de plus belle et si l’altitude pouvait donner l’impression de voler, il était clair que le moindre faux pas mènerait indubitablement à un atterrissage forcé et douloureux, pour ne pas le qualifier de mortel.

Quelques minutes plus tard, il avait rejoint sa compagne adepte du risque et marchait dans ses pas, les yeux fixés tantôt sur la veste rouge, tantôt sur le chemin emprunté par ses bottes. Elle semblait à peine regarder où elle mettait les pieds, comme si ces derniers avaient eu parfaite connaissance et maîtrise du terrain foulé. Alors qu’il commençait à envisager l’inutilité de l’avoir rejointe ici-bas, la botte droite de la jeune femme prit appui sur une roche qui vacilla dangereusement…

- N aire !*

… pour se détacher de ses congénères et rouler plus bas en dévalant la falaise.
D’un geste vif, il envoya à nouveau sa main vers la jeune femme et l’attrapa au vol en emprisonnant l’épaisse manche rouge de ses doigts, une fois encore. Il l’attira brusquement à lui, vers la paroi, lui faisant effectuer une demi-volte dans les airs de par la vivacité de son geste. Emporté par leur élan, il se retint de l’autre main à la roche humide et eut tout loisir d’observer la spectaculaire chute de la pierre à leur pied. Elle rebondit à cinq reprises -empruntant le chemin qu'avait tracé son esprit lorsqu'il avait imaginé la chute de sa compagne - sur d’autres roches dans un bruit mat, qui lui parut résonner puissamment, avant de plonger à son tour dans les eaux.

Conscient que la prise de ses doigts était peut-être un peu serrée – et de ce fait douloureuse – autour du bras de la jeune femme, il la relâcha après s’être assuré que ses deux pieds touchaient le sol. Un peu embarrassé d’avoir dû la plaquer contre lui avec autant de brusquerie, il fit un pas en arrière pour leur restituer à tous deux un semblant d’espace vital.

- Pardonnez-moi…je vous ai vu glisser et je ne savais pas si…

« Vous saviez voler… » Fut la première pensée qui voulut achever sa phrase. Il réprima un sourire gêné.

- ... Si vous aviez réalisé que la pierre bougeait. Je ne vous ai pas fait mal?

Ne sachant trop si son intervention avait été nécessaire ou simplement ridicule, il tenta de reprendre l'air sérieux que leur position de sauveurs de livre leur imputait.  Alors qu’ils étaient toujours face à face, il fut à nouveau frappé par la sensation de déjà vu que lui provoquait la jeune femme. Ne pouvant décemment se permettre à cet instant même de lui jeter au visage un maladroit « On ne se serait pas déjà vu quelque part ? » qui en plus d’être inapproprié aurait achevé de jeter le voile du ridicule sur sa personne, il se contenta donc de plisser les yeux et de fouiller sa mémoire à la recherche des gens qu’il avait fréquentés dans le secteur.

Dans le but d’éviter de paraitre trop insistant sur son observation de la jeune femme, il détourna la conversation vers leur but premier en désignant du menton, le chemin – si tant est qu’on pouvait qualifier quelques rochers sur lesquels prendre appui, de tel – qui se poursuivait devant eux.

- Peut-être devrions-nous avancer encore un peu. Il me semble que la voie s’élargit, ensuite.

Ils étaient à peu près à mi-chemin et un œil jeté sur la distance parcourut lui suggéra que la remontée n’allait pas être une partie de plaisir non plus.

Hj: Avec l'accord de Coleen pour la glissade.

*Attention!
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MessageSujet: Re: Coilltean Ratharsair [Coleen]   Dim 29 Jan - 22:20

Fallait-il vraiment qu’elle s’engage sur les pentes les plus glissantes de Raasay pour sauver la vie éphémère de quelques feuillets ? Le vent ne semblait pas disposé à la laisser s’improviser apprentie équilibriste, mais elle était forte tête et, toute conditionnée qu’elle était à ses humeurs, elle luttait avec un naturel non feint qui donnait à sa démarche des détours chaloupés mais non moins souples et assurés. Sous ses yeux confiants, la roche était immense de beauté, couverte par endroits d’une verdure humide qui rendait son accroche plus superficielle, mais ajoutait au grandiose du paysage. Malgré l’urgence de la situation – elle venait à nouveau de trancher en faveur du droit à la vie des personnages d’encre et de papier de Barrie – elle ne pouvait s’empêcher de se laisser emplir par l’émerveillement que lui inspirait le lieu et que renforçait l’ivresse de la précipitation. Tout à sa descente qu’elle voulait aussi rapide que faire se pouvait, elle ralentit bientôt le pas pour se risquer sur une voie autrement plus abrupte que celle qu’elle venait de parcourir mais qu’il lui faudrait néanmoins franchir pour atteindre sa destination. Elle aurait espéré que les bourrasques s’époumonent à mesure qu’elle s’aventurait en contrebas, mais la vigueur avec laquelle elles continuaient de s’acharner la forcèrent à se débarrasser de ses gants et à s’agripper à la paroi. De là où elle se trouvait, elle n’entendait rien de plus que les cris aigus de la bise qui s’escrimait toujours plus et la forçait à plisser les paupières sur ses pupilles humides. Elle manqua d’ailleurs bientôt de choir, mais elle se redressa finalement sur un pan plus clément. Elle progressa ainsi de longues minutes au rythme de foulées prestes et élancées qui ne virent passer ni le temps ni les quelques musaraignes qui, surprises d’être ainsi dérangées dans un logis qu’elles supposaient si bien gardé par le relief, s’étaient repliées dans leurs abris.

Et puis ce fut la surprise. Alors qu’elle avait manifestement regagné en assurance, elle s’élança avec trop de fougue sur la surface luisante de la roche graveleuse et, comme malgré son assurance à toute épreuve, elle avait toujours été particulièrement maladroite, elle n’eut pas le réflexe salvateur de changer d’appui lorsqu’un bout de roc se détacha de la falaise pour saluer, après quelques voltiges, la surface menaçante du loch. Son cœur rata un battement mais, alors que son estomac se nouait, happé par l’abîme elle défia, sans bien comprendre comment, la gravité pour atterrir non pas sur l’une ou l’autre pierre polie, mais bien contre ce qui semblait n’être rien d’autre que le buste de l’homme qu’elle pensait avoir abandonné sur le sommet de Dun Caan et dont elle n’avait jusqu’alors pas remarqué qu’il lui avait emboîté le pas.

Les prunelles encore dirigées vers le brisant, elle observa la pierre rebondir de pics en caps jusqu’à rejoindre les fonds lacustres, et resta coite dans une contemplation silencieuse le temps de quelques secondes qui résonnèrent comme une éternité. Ce n’est que lorsque le spectacle prit fin qu’elle redressa la tête vers l’inconnu, le souffle court et les joues rosies d’embarras, tandis que celui-ci daignait enfin abandonner sa déconcertante étreinte. Plus confuse encore qu’à leur première rencontre – quelle façon incongrue de faire connaissance, songea-t-elle – elle bredouilla un incompréhensible son et imita le mouvement de son « sauveur » en reculant d’un pas et en ramenant, une fois de plus, son bras contre sa poitrine. Le jeune homme, quant à lui, se confondit à nouveau en excuses, ce qui eut pour effet de la détendre, voire même de l’amuser.

S’il lui avait fait mal ? De toute évidence, mais elle prenait volontairement des risques en s’improvisant sauveuse d’histoires et pensait, après mûre réflexion, pouvoir survivre à quelques rougeurs diffuses sous l’épaisse couche de son manteau.

« Ne vous inquiétez pas, je… c’est moi qui suis désolée de vous… avoir mis dans cette situation. Je… Merci. »

Cette situation, en l’occurrence, était tout bonnement ridicule. Certes, il l’avait empêchée de chuter et elle lui en était reconnaissante, mais et elle se demandait bien comment elle expliquerait à la famille du jeune homme la façon dont celui-ci avait péri sur les rochers, désarticulé et couvert d’écume et de sang, s’il venait à tomber pour l’avoir suivie et pour avoir voulu, par deux fois, la protéger du vide.

« Non, vous ne m’avez pas fait mal. Ne vous inquiétez pas… »

Ou si peu. Mais quelle importance ? pensa-t-elle en se remémorant le chemin que venait d’emprunter avec tant de conviction la pierre coupable. La douleur, elle n’y avait même pas pensé. Et elle était un moindre mal comparé à celui auquel elle aurait pu – ou même auquel ils auraient pu – faire face.

« Mais vous ne devriez pas me suivre. J'ai l'habitude, je... je ne suis jamais tombée. »

Ce n’était pas tout à fait vrai. Les chutes avaient, en réalité, été plus que nombreuses, mais elles n’avaient jamais provoqué de blessures conséquentes et elle les acceptait comme un risque inhérent à son amour des monts et des vaux.

« Ou du moins pas mortellement », marmonna-t-elle en sentant ses pommettes rougir d’autant plus qu’il la dévisageait avec insistance.

Cette dernière phrase était d’une logique implacable. Et idéale pour le rassurer. Et comme elle se sentait à la fois embarrassée par sa propre répartie et par les iris sombres de l’inconnu, elle baissa le regard avec la moue d’une gamine prise en flagrant délit de sucreries, et ne le redressa que pour mieux examiner l’accès qu’il lui montrait d’un geste assuré. Venait-il vraiment de dire « nous » ? Allait-il vraiment l’escorter jusqu’en bas ? Cette entreprise était la sienne, et elle ne comprenait pas bien pourquoi il tenait à l’y accompagner. Considérant cependant la distance qu’il leur restait à parcourir, tant pour atteindre le loch que pour remonter au sommet, elle haussa les épaules, comme résignée. Dans un cas comme dans l’autre, ils étaient désormais tous deux embarqués dans cette histoire, et elle ne pourrait pas l’empêcher de la suivre si telle était vraiment son envie, même si cette décision était au-delà de tout entendement.

« Vous allez vraiment continuer avec moi ? », le questionna-t-elle sans cacher sa stupéfaction. « Très bien... Mais si vous le faites, sachez que vos futures excuses sont d’avance toutes acceptées. Vous vous êtes assez excusé pour mes propres… faux pas… je crois. »

Bien que le feu de ses joues ne perdît rien de sa verdeur, elle eut enfin un sourire aimable et estima silencieusement le temps qu’il leur faudrait pour atteindre les rives du loch en essayant tant bien que mal de ne pas s’attarder sur la carcasse de papier qui devait probablement n’être déjà plus que le reliquat de ce qu’elle avait jadis été. Elle n’était, en définitive, pas bien certaine que le sauvetage serait d’une quelconque utilité, mais elle ne vivrait au moins pas avec la culpabilité de n’avoir pas essayé.

« Je vais prendre le chemin que vous avez indiqué. Vous pouvez vraiment remonter, si vous le souhaitez. Ou m’attendre là si vous préférez ne pas repartir seul. Mais ne vous sentez pas obligé de descendre, je serai brève et prudente. Tout ira bien ».

Et sans ajouter le moindre mot elle reprit donc sa route, plus lentement qu’auparavant toutefois, en jetant de temps à autres des regards derrière elle pour observer les faits et gestes de son mystérieux interlocuteur.


Dernière édition par Coleen MacLeod le Jeu 30 Mar - 21:24, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Coilltean Ratharsair [Coleen]   Mar 21 Fév - 22:28

Le « j’ai l’habitude » qu’elle lui jeta au visage avec tant d’embarras et de coloration en joues n’eut d’autres effets que dessiner sur ses traits un sourire amusé et porter avec lui les estampes d’une petite fille aux cheveux tressés et figure rebondie sautant d’une roche à l’autre pour taquiner crabes et oiseaux. Peut-être mêlait-il quelque peu ses traits à ceux de Saoirse, néanmoins, le résultat lui parut satisfaisant. Evidemment, l’habitude. Elle était probablement native de l’Île ou ses alentours. On devinait dans sa façon d’embrasser le paysage et les effluves marines, le même attachement qu’il portait à Skye, de son côté.

Par deux fois, il hocha la tête alors qu’elle poursuivait ses explications prônant une absence de chutes qu’il ne pouvait se résoudre à croire, devinant presque les genoux couverts de bleus de l’enfant qu’elle avait dû être. Lorsqu’elle ajouta « Ou du moins, pas mortellement », il tourna la tête pour masquer un sourire plus franc.

- « Si vous craignez les chutes, ne gravissez pas la montagne… » Cita-t-il en observant le chemin qui restait à parcourir en contrebas.

Dans son insistance pour poursuivre seule, il essaya de déceler une possible envie de l’éconduire poliment, mais ne parvint qu’à ressentir une incompréhension de sa part quant à sa volonté de la suivre. Comment pouvait-il décemment lui expliquer qu’il se sentait à la fois impliqué dans la chute du livre et dans tous les futurs faux pas qu’elle pourrait commettre à cause de ce bibliocide dont il était en partie responsable ? Elle l’aurait – et ce, à juste raison- pris pour un illuminé, quand bien même elle tenait probablement plus au livre que lui-même. Prenant le parti de se faire prendre pour un fanatique de la littérature planante, il haussa les épaules et lui emboîta le pas à nouveau sans un mot de plus que ceux qu’il avait en tête.

« The moment you doubt whether you can fly, you cease for ever to be able to do it. »*

Alors qu’elle se retournait quelques fois – probablement pour attester du choix pour lequel il avait finalement opté – il poursuivait tranquillement la descente, avec cet air obstiné qui pouvait le caractériser, non sans se départir d’un léger sourire en songeant à la rencontre du jour. Un étrange petit funambule aux joues roses, sautillant de roches en roches.
Il aurait pu joindre sa voix à la sienne.

« J’ai l’habitude… » Songea-t-il.

Alors qu’elle se retournait une énième fois, il ne put s’empêcher de la taquiner.

- C’est à mon tour de vous demander de ne pas vous inquiéter. De mon côté, je suis déjà tombé un grand nombre de fois.

Combien de chutes avait-il à son actif ? Il ne pouvait les dénombrer tant elles étaient pléthoriques. De la plus insignifiantes à la plus dramatique, elles étaient venues en nombre grossir les rangs de ces souvenirs de voyages. Et si certaines n’étaient survenus que pour lui rappeler la bonne prudence quel que soit l’habitude acquise le long des chemins, d’autres avaient champlevé sa peau en différents endroits, tâchant de lui apprendre l’humilité.

Ce fut donc avec prudence et obstination qu’il suivit la jeune femme jusqu’au bas de leur descente, ne posant les pieds que sur les sols dont il était sûr et n’hésitant pas à mettre à contribution ses mains sur des rochers qu’il avisa comme autant de soutiens dans cette entreprise. A plusieurs reprises, son épaule protesta, mais il ne s’arrêta pas pour autant, l’ouvrage se trouvant à chaque pas, plus prêt.
Lorsqu’il parvint à la rattraper, elle était à portée de mains de son livre et les pages détrempées sur lesquelles coulait l’encre, arrachèrent au poète un regard de désolation et lui fendirent cœur, bien que conscient de la disproportion de telles émotions. Alors qu’il allait à nouveau se confondre en excuses, il se remémora qu’elle l’avait d’ores et déjà pardonné à l’avance pour toutes les suivantes qu’il lui prendrait l’envie de formuler.

- Vous pouvez le faire sécher. Désignant le livre du menton, il attendit patiemment qu’elle sorte elle-même l’ouvrage de l’eau. A sa place, il aurait, très certainement, mal vécu qu’une autre main que la sienne ne lui porte secours ou en effleure simplement la couverture. Je suis tombé à l’eau avec un de mes livres, il y a quelques années. Un recueil auquel je tiens beaucoup. Et si ses pages sont encore gondolées à ce jour, il reste néanmoins le compagnon de mes voyages. Lui sourit-il en se voulant rassurant.

Détournant pudiquement le regard pendant qu’elle procédait à la levée du livre, il laissa ses yeux sombres errer le long du relief, et ses souvenirs s’égarer dans les eaux profondes qui l’avaient accueillies ce jour-là. Un pincement au cœur lui rappela les circonstances de la chute et il se rendit à l’évidence, malgré les années et ses indéniables pas en avant, la blessure saignerait toujours à flots.

*― J.M. Barrie, Peter Pan


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MessageSujet: Re: Coilltean Ratharsair [Coleen]   Ven 31 Mar - 22:36

   
Elle évoluait à bon rythme, quoique plus lentement et moins agilement que quelques minutes auparavant, ses pas étant ralentis par l’inclinaison de la pente, autrement plus prononcée en cet endroit, plus abrupte également. Non loin derrière elle, son ombre lui avait emboîté le pas, épiant ses faits et gestes d’une attention consciencieuse, comme pour s’assurer qu’elle ne lui ferait pas faux bond. Elle se retournait parfois pour attester de sa présence et rencontrait de temps à autres ce regard intrigant qu’elle était toujours aussi intimement persuadée avoir déjà rencontré auparavant, ce qui lui arrachait des demi-sourires amusés. Comme la situation était incongrue ! Deux âmes supposément anonymes qui se suivaient sur les flancs oubliés de Raasay, sans même probablement savoir ce qui les avaient l’une et l’autres réunies en cet endroit, à la poursuite de feuillets éphémères. Cette improbabilité égayait Coleen, dont le tempérament encore souvent enfantin trouvait en la situation de quoi se délecter. Raasay était ce lieu de rencontres improbable qui n’avait de cesse d’agréablement la surprendre, quand bien même persistait en son esprit une vive inquiétude relative à la sécurité du jeune inconnu, inquiétude qui ne décrut pas lorsque celui-ci tenta avec une pointe d’humour de la rassurer. Elle esquissa cependant un sourire, les yeux levés vers l’azur sombre et la tête dodelinant de gauche à droite lorsqu’il termina sa réplique, imaginant aisément les nombreuses chutes qui avaient pu mener ses pas jusqu’ici. Elle resta néanmoins silencieuse et, constatant qu’il la suivait sans trop de peine bien qu’il restât un peu en retrait, accéléra à nouveau le pas, soucieuse de parvenir suffisamment vite à destination que pour éviter le naufrage funeste de l’ouvrage.
 
C’est ainsi qu’elle parvint finalement à hauteur du lac, atterrissant les pieds dans une flaque opaque après un dernier saut preste, son sourire désormais oublié dans une moue sceptique et des yeux alarmés. Elle hésita un instant. Consciente que récupérer l’œuvre reviendrait à constater son triste état, elle se demanda une infime seconde si le laisser rejoindre les eaux profondes du loch ne serait pas lui rendre plus bel hommage que le contraindre à une survie malingre. Elle ne pouvait pourtant définitivement pas se résoudre à l’abandonner à son pénible sort. Outre l’évident attachement sentimental qui la liait à l’objet, elle avait toujours été persuadée que les livres vivaient dans les yeux de leurs lecteurs, qu’ils n’étaient pas immuables et n’avaient de sacré que le souffle qu’on leur conférait, les histoires dont on les chargeait. Une histoire qu’on ne lisait pas était une histoire éteinte ; elle mourait avec l’absence de lecteur. Aussi, mis à part quand elle se trouvait face à des livrets centenaires, elle était de ceux qui n’hésitaient pas à noircir les pages de leurs propres pensées si l’envie leur en prenait, comme pour les marquer d’un vécu nouveau. Un livre tombé l’eau ne serait jamais que le témoin d’une autre aventure qu’il conterait ou laisserait imaginer à ses prochains lecteurs, tout enrichi qu’il serait de ses précédentes vies. À moins qu’il ne soit trop abimé que pour être encore parcouru ? Sa gorge se noua à cette idée et c’est à ce moment que la voix du jeune homme s’éleva à nouveau, l’arrachant à ses pensées comme elle arracherait le livre au lac pour tenter de la rassurer quant au devenir de celui-ci ; et elle trouva l’intention parfaitement adorable. Il était tombé, lui aussi, de nombreuses fois, il le lui avait dit. Mais l’image de son corps chutant emportant avec lui un recueil précieux à son être lui serra la poitrine plus qu’elle n’aurait pu l’imaginer. Il vivait pourtant avec ce souvenir et semblait s’en être parfaitement remis. Elle hocha donc la tête dans un sourire qu’elle voulait confiant et, alors qu’il détournait religieusement ses prunelles, elle plongea ses doigts dans l’eau glacée pour s’emparer des pages trempées et ramener à elle ce bouquin qui l’avait si longtemps suivie dans ses péripéties qu’elle s’imaginait presque parfois qu’il y avait pris part, voire même en avait été le moteur. La couverture de cuir corné s’était amollie et ses pages jaunies imprégnées d’eau et d’algues noires. Le long des rainures du papier coulait une encre accablée qui lui teinta la pulpe des doigts et son cœur se pelotonna, lui arrachant une nouvelle larme timide qui se perdit dans le vent avant même de s’être donnée en spectacle. C’était absurde. Quelle femme de vingt-quatre ans s’émotionnait à ce point pour quelques pages dont elle pourrait trouver une copie dans la première librairie venue ?
 
« Désolée, je suis ridicule », fut tout ce qu’elle trouva à murmurer, comme une excuse confuse qui ne lui avait pas été demandée.
 
Sans même s’en apercevoir, ses mots avaient dépassé sa pensée, mais ceux-ci n’en n’étaient pas moins emplis de bon sens : elle leur faisait courir à tous deux un risque démesuré pour rien de moins qu’une broutille. Mais puisqu’ils étaient désormais en contrebas de la falaise et qu’ils n’avaient plus d’autre choix que de remonter – s’aventurer à la nage à trouver une berge avoisinante n’était décemment pas une option à considérer en plein mois de novembre et par temps de grands vents – il n’était plus guère temps de s’apitoyer. Sans mot dire, alors que des rafales de vent lui fouettaient allègrement le visage et qu’elle humait cet air glacé qui lui emplissait délicieusement les poumons, elle considéra la falaise dans toute sa hauteur. Elle baissa ensuite les pupilles sur le livre rescapé avant de capter le regard du jeune homme, qu’elle gratifia d’un sourire discret.
 
« Vous avez raison, je peux le faire sécher… Qu’est-ce qu’une page gondolée, après tout ?  » l’interrogea-t-elle de façon rhétorique qu’elle espérait convaincante tout en haussant les épaules et en appuyant son sourire. « Mais il va d’abord falloir remonter… »
 
Comme pour contredire ses propres paroles, elle agita fermement l’ouvrage chagrin pour évacuer le plus gros de l’eau qui s’y était imprégnée et entreprit ensuite d’en éponger le papier du mieux qu’elle le pouvait avec les gants qu’elle avait précédemment abandonnés dans sa poche. Une fois ceux-ci imbibés, elle s’affaira avec les bouts de son écharpe jaune et, quand elle jugea le résultat satisfaisant en dépit de l’état déplorable dans lequel se trouvaient désormais ses vêtements et le précieux objet, elle plaça soigneusement ce dernier dans une autre poche qu’elle referma avec précaution.
 
Les iris de nouveau accrochés à la falaise, la tête levée en offrande au ciel qui se faisait pluvieux, elle afficha enfin un visage serein. « Si vous craignez les chutes, ne gravissez pas la montagne », répéta-t-elle pour elle-même dans un murmure si faible qu’il se perdit dans  une bourrasque, tel un écho tardif.
 
Par chance, elle ne craignait ni l’un ni l’autre. Aussi entreprit-elle, après avoir profondément inspiré une bouffée de courage, d’escalader cette roche escarpée qui semblait ne jamais finir en espérant que son compagnon de route la suivrait sans trop de difficultés. Elle avançait depuis cinq bonnes minutes déjà, accrochant ses mains à la paroi humide, les écorchant de-ci de-là, quand, se remémorant les détails de cette mission de sauvetage inopinée, elle se retourna tout d’un coup vers l’homme qui continuait inlassablement de la suivre sagement, piquée au vif par une curiosité soudaine :
 
« Il parle de quoi, votre recueil ? »

Ce disant, elle prit conscience que s’il ne l’avait pas spécifié quand il avait évoqué le sujet, c’est peut-être tout simplement qu’il n’en n’avait pas l’envie ou l’intention, et ses joues se colorèrent à nouveau d’une teinte rosée d’embarras : « Pardonnez ma curiosité, c’est sans doute indiscret ». Et sans attendre la réponse, elle se retourna et reprit doucement une ascension sur une roche qui, en cet endroit, commençait à se faire à la fois plus pentue et plus glissante.



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MessageSujet: Re: Coilltean Ratharsair [Coleen]   Dim 9 Avr - 18:55

Son émotion était palpable lorsqu’elle ramassa le livre. Bien qu’il eût détourné le regard pour lui offrir en piètre consolation, ces quelques minutes d’intimité avec Peter, il ne pût s’empêcher de ressentir les vagues de tourments de la jeune femme et de capter un œil humide. Il se risqua à glisser un regard vers elle et leurs yeux se croisèrent un court instant, durant lequel, elle s’excusa pour la situation. Il fut tenté de répliquer qu’il comprenait et qu’au vu de sa propre réaction à la chute du livre, il ne trouvait pas ça ridicule, mais s’abstint de tout commentaire. L’attachement au matériel – ou plutôt l’inattachement – était un combat qu’il avait entrepris de longues années auparavant. Persuadé d’y être arrivé - bien que certaines situations lui aient pourtant prouvé le contraire - il accordait volontiers que les livres formaient une catégorie bien à part qu’il ne pouvait se résoudre à classer parmi les objets. Ils étaient évasion, souvenirs, mémoires, émotions, aventures, une part parfois de l’auteur, comme du lecteur. Une parcelle d’âme tout aussi vivante que celui qui en parcourait les pages. Alors comment ne pas s’embuer l’âme en assistant à la noyade de tout cela ?

Un sourire échangé plus tard et ils étaient déjà repartis. Elle, en brave petit soldat, menant la marche avec une farouche détermination, lui, plus malhabile avec son épaule blessée, suivant dans un silence pesant. L’odeur des embruns s’entremêlait à une humidité moins salée venue du ciel. La pluie s’annonçait. Si la perspective d’une averse ne lui déplaisait pas, elle rendrait cependant la roche plus glissante qu’elle ne l’était déjà et il ne tenait pas à devoir poursuivre la remontée à quatre pattes.
Les cieux, peu cléments et probablement taquins, ne lui demandèrent pas son avis et entreprirent d’abattre sur leur tête la bruine caractéristique d’Ecosse. Loin des trombes d’eaux ruisselantes du continent, elle se dispersait dans l’air comme si elle souhaitait se mêler à lui avec d’autant plus de discrétion qu’elle était inaudible. S’infiltrant partout malgré sa faible intensité, elle avait tout de même un pouvoir détrempeur suffisamment notable pour être mentionné. En quelques minutes, la roche fut plus luisante et glissante que jamais. L’eau céleste poussait le vice jusqu’à caresser leurs visages comme s’ils étaient familiers. Il sourit avec un soupçon d’ironie et s’accrocha plus vivement à la paroi pour s’assurer une prise sécurisante. Nul besoin de démonstration de chute supplémentaire. De son côté, son petit guide rouge avançait bravement, mains écorchées et visage résolu. Il lui emboîtait toujours le pas, tout en jetant quelques coups d’œil en contrebas alors qu’ils prenaient de l’altitude. Fort heureusement, il n’avait jamais été sujet au vertige. Bien au contraire, gagner en hauteur lui avait toujours procuré cette sensation grisante d’avoir un point de vue différent sur les situations et les paysages. Il notait çà et là quelques détails que l’on ne pouvait déceler qu’en étant au-dessus des choses. Le loch dans lequel avait échoué Peter avait une teinte aussi sombre qu’un crépuscule d’hiver. Sa surface, rendue mouvante par la bruine qui la constellait d’ondes, paraissait prête à engloutir quiconque y déposerait sa main. Il se prit à imaginer quelques Kelpies venant s’y abreuver. Secouant la tête pour émerger d’une de ses nombreuses rêveries, il rattrapa l’écart qui se creusait entre la jeune femme et lui et manqua la percuter de nouveau alors qu’elle se retournait vivement pour le questionner.

Dans un embarras visible, elle renonça à la réponse et poursuivit sur sa lancée, le laissant là, accroché à son rocher, des souvenirs pleins les yeux.




Il avait parcouru le chemin des jours durant, dans un sens puis l’autre. S’y était arrêté de longues heures. En avait exploré chaque herbe, chaque rocher, dans l’espoir d’un indice ou d’un signe indiquant qu’il ne s’agissait là que d’un long et douloureux cauchemar. Ses doigts avaient parcouru les encoches faites sur la roche, témoins d’un passe-temps qui l’avait toujours fait sourire et qui devait encore marquer bien des tables de Poudlard. Dans un ciel plus tourmenté encore que celui d’aujourd’hui, il avait manqué de souffle quand il voulait crier son désespoir. Ses yeux manquaient de larmes, ses nuits de sommeil, sa tête de raison, son corps de vie et sa vie, d’elle.

L’eau était gelé et sombre. Agitée par les vents violents venant de la côte. Il avait soudainement ressenti plus de sensations qu’au cours des dernières semaines. D’abord la morsure du froid, l’engourdissement qui suivit bien vite, une rencontre fortuite avec les rochers de la côte alors que le courant le projetait contre l’un d’eux, et cette eau gelée et salée qui lui entrait dans les narines et la bouche. L’espace d’un instant, il avait été tenté de laisser le courant faire son affaire, d’arrêter de se débattre et attendre. Et puis ses pupilles avaient capté sous l’eau le mouvement d’un manteau rouge, qui n’était autre que la réminiscence d’un souvenir exhumé. L’effluve d’une mémoire abîmée par le froid et la douleur. La petite silhouette rouge dansant sous la glace alors qu’elle avait failli mourir. Saoirse. L’horreur de la vision entraîna une décharge d’adrénaline qui lui arracha quelques mouvements. Il gagna rapidement la surface et toussant l’eau qui s’était infiltrée, avait entrepris de s’extirper de là.





- De la corruption de l'innocence et de l'amour ... Songs of innocence and experience... Murmura-t-il tout de même, bien que conscient qu’elle n’attendait pas de réponse.

Il songea à l’état du recueil. A sa présence rassurante dans l’une des poches de son sac. La petite édition, format poche, qui ne le quittait plus depuis. Et si certaines pages étaient délavées et attestaient d’une vie emplie d’aventures, elles n’en demeuraient pas moins encore lisibles et parcourues par ses yeux de nombreuses fois l’an. Il l’avait tout d’abord cru perdu. N’avait pour ainsi dire pas pu ressentir autre chose que le vide immense qui peuplait déjà son être. Qu’était-ce d’autre qu’une liasse de feuille sur lequel on avait imprimé les pensées d’un autre après tout ? Mais il y avait toutes ses annotations. Tout ce qui avait fait de ce livre le guide de nombreux jours. Tout ce qui avait transformé l’œuvre d’un autre en partenariat, contrat entre l’auteur et lui. Tout ce qui avait fait de lui ce qu’il était désormais. Un peu de chaque personne croisée, de chaque livre lu, de chaque moment vécu. Et puis il y avait surtout, ces quelques mots griffonnés sur la première page. Cette écriture qui ne serait plus jamais et qui n’existait plus que dans les traces qu’elle avait déjà laissées. Et ce fut comme une nécessité alors. La condition à sa survie. Sauvegarder quelques précieux instants à travers l’encre et les pages ruisselantes. L’allégorie de ses propres larmes qu’il était depuis lors, incapable de verser.

- William Blake… Cru-t-il bon de préciser.

Lui arrachant un soupir contrit, il chassa les obscures mémoires de son esprit et poursuivit également son ascension sur une roche détrempée. Alors que ses pensées s’égaraient sur les vers de Blake, qui l’avait toujours fasciné, il s’en remémora quelques passages qui avaient marqué sa vie.
Il songea amèrement au passage de l’innocence à l’expérience, qui par définition ne se faisait que dans la douleur. Alors qu’une ombre passait sur son visage, il contempla ses pieds qui, inlassablement, avançaient de roches en roches, ne pouvant s’empêcher d’y voir là le parallèle avec toute une vie. Des embuches, des averses, des chutes, des rencontres surprenantes mais une avancée malgré tout. Il détourna le regard de ces chaussures pour le porter plus loin. De là où ils étaient, ils pouvaient apercevoir la côte de Skye. Il se demanda alors ce que faisait Saoirse à cette heure-ci et ce qu’il pourrait lui raconter de sa journée. Une fois encore, il lutterait entre son insistance et l’envie de garder une part des événements pour lui. Cette rencontre peut-être. Qu’aurait-il pu en dire qui soit compréhensible par quelqu’un n’ayant pas assisté à la scène ? Relater l’aventure du livre sauvé des eaux n’avait de sens que si on avait pris part à la chose. Il lui semblait qu’à part la jeune femme, Peter et lui, personne ne pouvait réellement deviner les enjeux qui avaient été posés aujourd’hui.

Il leva un visage à nouveau souriant vers son guide et la baptisa alors Wendy. Il lui semblait qu’elle  ne pouvait porter d’autre nom alors, que celui de l’héroïne qu’ils venaient d’arracher à la noyade.  Plus tard, peut-être, il lui demanderait son prénom. Mais nul autre ne lui conviendrait aussi bien, il en était certain.  

Alors qu’il s’égarait en suppositions concernant la vie de cette étrange rencontre, son pied gauche glissa sur une roche ornementée de saxifrage. La sanction fut immédiate, il se retrouva plaqué contre la paroi ruisselante, un pied dans le vide, une main agrippée à quelques racines émergentes, les yeux étincelants de la douleur qui lui traversa le bras gauche. Se remettant rapidement sur ses pieds en espérant secrètement que sa glissade était passé inaperçue, il coula un regard accusateur vers le Perce-pierre qui décorait le sentier de roches qu’ils empruntaient, et fut soulagé de constater qu’ils étaient bientôt arrivés au sommet.


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Coilltean Ratharsair [Coleen]
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