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2017.

Suite au décès d'Archibald
Strogov, Ministre de la Magie
pour l'Ewiland, le 21 août
dernier, Maureen Kinkaid
assure l'intérim à la tête
du gouvernement sorcier
anglo-saxon. 




 

L'Oracle te voit Invité et tu es en train de rêvasser!!! Prends ta plume et va poster!
( Ou clique au moins sur les top sites!)

Il y a de la nouveauté !
Allez consulter le What's new !!

Une cotisation Ulule a été lancée pour financer les dosettes de café.
Même si les puristes préfèrent les cafetières ancestrales.

Les absents ont toujours tort.
Méfiance, nous sommes d'humeur taquine...

Une animation d'Halloween vous attend...

Venez donc nous présenter vos plus beaux sourires.

Hé, t'as vu ton rang?

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 Tu me manques

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MessageSujet: Tu me manques   Mar 1 Nov - 15:21

Il y a des choses qu'on n'oublie pas.
Des odeurs qui sautent au visage vingt ans après. Des bruits qui rappellent des gens que  l'on n'imaginait pas avoir connus tellement on était jeune. Des chansons qui remémorent des instants, des goûts, des contacts, des images. Tellement de choses ramènent au passé.
Mais le silence. Le vrai silence est celui qui vous rapproche le plus des vrais peurs. Parce que ce jour-là, ce sont les battements de son cœur que l'on perçoit le plus.



Le tintement familier de la clochette l'accueillit, comme bien des samedis. Elle poussa la porte d'un geste énergique. Parce que les gens qui font tout mollement l'ont toujours agacée au plus haut point.

Elle entre dans cette boulangerie chaque fois qu'elle passe devant. Attirée comme un aimant. Et ce n'est même pas à cause du serveur qui aurait pu être mignon, car le est en fait la, et la boulangère n'est pas vraiment son type. Bien que sympathique, cela va de soit.
Non, c'est juste plus fort qu'elle. Lorsqu'elle est à Londres, ses pas la conduisent inlassablement devant cette vitrine. On lui a même un jour proposé une carte de fidélité, c'est pour dire. Elle a refusé. Un peu par surprise, beaucoup par honte. Et oui. Elle regrette. Et chaque fois, le même rituel.

- Pour la petite demoiselle la surprise du chef ?

- Oui, s'il vous plaît. Et mettez m'en une deuxième.

C'est un petit jeu entre la boulangère et elle. Chaque fois qu'elle vient, elle lui fait goûter une nouvelle pâtisserie. A ce rythme-là,elle aura tôt fait de goûter toutes les spécialités de la maison. Mais elle les sent inventifs, et elle est gourmande.

La boulangère glisse dans le sac en papier deux brioches rondes que l'on devine à la praline. Ces petites boules roses que l'on fabrique en France.
La jeune femme règle le tout dans un sourire amusé et promet ensuite de :
1. Bien prendre soin d'elle
2. Revenir bien vite
3. Ne pas partager la seconde brioche avec un homme qui parlerait mal à sa mère, car c'est bien connu, les hommes traitent leurs épouses comme ils traitent leur mère.

Si elle est à peu près certaine de pouvoir assurer les deux premiers points, un doute plane encore sur le dernier.
La seconde brioche est réservée à un être un peu spécial. Et si on n'a rien à dire concernant la façon dont il parle à sa mère, c'est à dire bien trop peu au goût de cette dernière, son amour pour les brioche à la praline n'est pas encore avéré.
Il est actuellement dans sa phase : j'oublie tout, même de manger.
Comment peut-on oublier de manger ? Ça paraît juste incroyable. Saoirse et Luan, l'aîné du trio, aimait souvent à le taquiner à ce sujet. Lui demandant si un jour, il n'oublierait pas de respirer.
Six longs mois sans nouvelles. Sans une lettre, un mot, un coup de fil, un télégramme, un pigeon, un hibou ou un colibri ! Pas l'once d'une brindille de signe qu'il était encore en vie. Une fois de plus.
Parce que c'est récurrent chez Ezio. Il part du principe que tant que personne ne reçoit son avis de décès, c'est qu'il va bien. Alors qu'elle serait plutôt du genre à appeler lorsque tout va bien. Et aussi lorsque ça va mal, pour tout dire...
Une disparition d'une demi-année, donc. Pas la plus longue certes, mais pas des moindres non plus. Par disparition, entendez par là que personne n'entend plus parler de lui et qu'en plus, il n'a laissé aucune adresse où le joindre. Même les plus fins hiboux s'y perdent. Il a le chic, le bougre, pour visiter les endroits les plus inattendus où se fondre simplement dans la masse d'une capitale et rester tout bonnement, introuvable.

Ezio, l'incartable...

Lorsqu'il réapparaît ensuite, c'est toujours le même schéma, amaigri, vide, pas franchement en forme et affamé. D'où ladite brioche. Encore faut-il qu'il aime. Elle imagine déjà la scène.
C'est un artiste. Elle pas. Ils ont une vision de la vie bien différente.

-Tu manges au moins ?
-Oui, Saoirse, je mange, rassure-toi, je respire et que tu le crois ou non je vais bien.
-Non parce que tu n'as vraiment pas l'air en forme tu sais …Tu as fais quoi pendant tout ce temps ???
-J'ai regardé, écouté, écrit...


La jeune femme jeta un rapide coup d’œil à la montre qu'elle portait à son poignet fin. Sans trop savoir pourquoi. Ils avaient rendez-vous à trois heures. Il est moins dix. Les heures pour les rendez-vous, c'est elle qui les fixe. Un insatiable besoin de planifier la journée, de prévoir, de savoir où elle va. Avec lui, c'est inutile, elle le sait bien, mais elle le fait quand même. On ne sait jamais s'il va être en retard ou en avance.
Elle, est plutôt du genre à partir avec une demi-heure d'avance et poireauter vingt minutes devant la porte d'un bistro pour en franchir la porte à l'heure dite.  Elle aime bien la ponctualité. Question de respect de l'autre.
Elle n'aime pas non plus être trop en avance. Attendre seule à une table lorsqu'on est une femme plutôt jolie semble être un appel à l'abordage pour la gente masculine. Difficile de rester seule bien longtemps avant qu'un individu lambda ne se sente obligé de vous proposer un verre et de vanter bien haut votre beauté intérieure. Verre qu'elle refusera poliment une première fois, avec une pointe d'agacement la seconde, et franchement impoliment pour finir. Pour éviter la situation embarrassante du débarquement de la personne avec qui on a initialement rendez-vous en pleine expansion de grossièreté, elle préfère arriver juste à l'heure. Simplifions-nous la vie, merci.


En l'occurrence (avec deux « c » et deux « r » c'est une horreur ce mot) en cette douce journée, c'est au Dane's café qu'ils avaient prévus de se retrouver. Un petit mot d'Ezio deux jours auparavant . Un comme il sait si bien les faire. « Je suis de retour, comment vas-tu ? E.» A traduire « Allez, vas-y, tu peux m'inonder de messages je sais que tu en meurs d'envie, je suis prêt à y répondre. »

Et comme chaque fois, un bref instant de colère « hors de question de répondre à ce malotru qui ne donne pas de nouvelles, cette fois-ci, c'est clair, je ne réponds pas ». Colère qui dure au moins une bonne dizaine de minutes avant qu'elle ne finisse par craquer, prendre sa plume pour un tonitruant «  Ok, on se voit samedi au Dane's à 15h. Sois à l'heure. Tu me manques . S» Mais il ne s'en tirerait pas comme ça, le bougre. Elle allait lui dire ses quatre vérités une bonne fois pour toute.

Le Dane's a une terrasse à l'arrière du bar, dans une petite cour qui donne sur une rue piétonne. C'est là qu'ils se retrouvent même si elle aurait tendance à préférer l'intérieur. Le pub est boisé, chaleureux, le serveur, plutôt charmant, et on y passe de la musique irlandaise qui pourrait donner envie de danser à un légume vert.

Elle traversa le bar d'un pas léger, adressa un sourire au serveur qui le lui rendit bien volontiers, et constata non sans surprise, qu'à la terrasse point d'Ezio, il n'y avait.
Elle tira bruyamment une chaise vers elle, et s'assit en soupirant. Il lui restait 7 minutes.
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MessageSujet: Re: Tu me manques   Mar 1 Nov - 22:31

« Ecrire, c’est mettre en ordre ses obsessions. »

de Jean Grenier

Si l'ordre en question n'est pas une obsession, je dois avouer qu'ordonner ses pensées est parfois une question de survie. Étrange sensation que celles des idées qui butent à l'intérieur de votre tête, un peu comme si cette dernière était devenue trop petite pour elles. Après quelques semaines douloureuses – de rangement intensif- on peut enfin ressentir l'apaisement d'avoir mis en mots les pensées les plus complexes et parachever de creuser là où ça fait mal.

Je ne me sentais jamais aussi vivant qu'après ses longues périodes d'enfermement. J'avais ensuite envie de tout voir, tout toucher, tout sentir et tout raconter. Et de partir aussi... Le Sri Lanka me tendait les bras et cela faisait bien des années que je n'y étais allé. Mais avant, m'emplir de l'odeur des bruyères et des landes, de l'humidité et de l'air frais, parce qu'aucun dépaysement n'est plus délicieux que celui qui vous fait regretter votre pays.

Les ruelles de Londres m'ont toujours captivées. Quel que soit l'endroit où vous posez les yeux, il y a un millier de choses dont on peut se délecter. Les passants sont une source constante de régal. J'aime à leur prêter des pensées qui sont à des lieues – j'imagine- du réel. De la jeune femme qui hésite devant une vitrine à l'homme qui la regarde sans oser l'aborder...

Les couleurs, les odeurs, l'architecture. Je crois que c'est le point qui m'intrigue le plus. Si j'avais été architecte j'aurais fait en sorte de garder une certaine harmonie à la ville. Visiblement, ce n'est pas le choix qui a été fait – peut-être était-ce le bon finalement, Londres a une histoire pour le moins chaotique. Des tours de bureaux modernes qui côtoient de petites échoppes aux allures moyenâgeuses. Des ponts, de toutes sortes. Il n'y a vraiment pas que du beau. Et pourtant, c'est Londres.

Si on s'enfonce un peu dans le cœur de la ville, on tombe parfois sur de petites perles. Sinueuses, peu fréquentées, avec quelques audacieux ayant sorti une table et trois chaises. Parfois même, certains vous invitent à boire une bière – ou deux. Je refuse rarement. Non pas que je raffole des bières, mais j'aime les gens. C'est ainsi que je me retrouvais attablé en compagnie d'un vieil homme à lui conter quelques légendes de son pays natal.
Bhí sin ann agus is fada ó bhí... *
Nous fûmes bientôt rejoints par deux enfants, une femme d'un certain âge et quelques voisins.

Mais si je sers ça à Saoirse pour justifier de mes 30 minutes de retard, je doute qu'elle apprécie... »


Lorsqu'il parvint devant le Dane's, il avait plus de ¾ d'heure de retard. Elle n'allait réellement pas apprécier.
Il traversa le pub en saluant le serveur d'un léger mouvement de tête et sortit par la porte de derrière. L'arrière cour était baignée d'une lumière claire de printemps, les premières lueurs de la sortie de l'hiver, qui donnait à la scène une allure fantomatique. Deux clients étrangers – allemands visiblement- s'entretenaient vivement à propos de la carte, une autre table était occupée par une femme qui écoutait de la musique avec un casque et enfin à la table du fond, Saoirse .

Parce qu'il n'avait pas encore assez perdu de temps, Ezio s'octroya quelques secondes de plus pour l'observer. Penchée sur ce qui était probablement son agenda – un petit carnet minuscule dans lequel elle essayait de faire rentrer beaucoup trop de chose d'une écriture encore plus petite- elle avait l'air doux et paisible. Ses jolis yeux bruns parcourait les lignes qu'elle venait probablement d'écrire pendant que sa main dégageait une mèche de cheveux châtains qui lui retombait devant le visage. En la voyant, comme à chaque fois, il sentit une bouffée de bien-être l'envahir.

Ils avaient toujours eu un lien particulièrement fort. Si Saoirse avait réussi l'exploit de garder tous les liens qu'elle avait créé avec sa famille, aussi puissants que dans sa prime jeunesse, il n'en était rien pour lui, plus proche de sa jeune sœur que d'aucun autre membre. Elle avait le privilège d'être la personne pour qui il était prêt à renoncer à bien des choses. Y compris des principes qui lui étaient chers. Elle était Saoirse, avec sa bonne humeur, ses bouderies, son envie de sauver le monde, ses rêves et ses éclats de voix... avec un cœur plus gros qu'elle et toujours prêt à faire une place à ceux qu'elle rencontrait.
Il avança rapidement et tira la chaise qui faisait face à la jeune femme. Cette dernière sursauta et leva les yeux vers lui.

- Bonjour, désolé du retard ! Oui, je vais bien, mon dernier repas remonte à moins de deux heures, non, je ne me suis pas marié dans la semaine, je suis parfaitement heureux de vivre et ne suis pas mort au fond d'un caniveau dans un lointain pays que tu ne peux pas atteindre pour venir me sauver.

Un baiser sur son front au dessus de la table.

Puis dans un sourire.

- Toi aussi, tu m'as manqué.


* Il était une fois et c'était il y a fort longtemps...

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Tu me manques   Mer 2 Nov - 19:23

Il a le chic pour déclencher les réactions les plus épidermiques. On l'adore, on le déteste, il intrigue, il apaise, il touche, fait pleurer, rire, passionne, agace, énerve, implique des questionnements qu'on voudrait éviter... et parfois, comme maintenant, on a juste envie de lui planter sa main dans la figure et de le planter là.

- C'est malin... Tu te crois drôle ?
Et une fois encore, elle s'emballa toute seule. Questions et réponses dans sa propre tête, jusqu'à parvenir à un état d'énervement contre une personne qui finalement, n'avait rien dit ailleurs que dans son imagination.

- Parce que le jour où tu te retrouveras, seul comme un … chais pas quoi …

Pourquoi fallait-il que les mots lui manquent chaque fois que l'émotion prenait le dessus ?

- … Au fin fond d'un désert Saoudien, en train de te vider de ton sang, avec personne ne s'inquiétant pour toi parce qu'une fois de plus tu n'as pas donné de nouvelles ça te fera moins rire ce genre de blagues pourries !

Les autres clients s'étaient retournés à ses cris. Elle les ignora copieusement et enfila une paire de lunettes de soleil pour éviter qu'il ne voit ses yeux s'humidifier. Il ne réalisait pas à quel point il pouvait être blessant à se moquer de son inquiétude. Il s'en fichait. Il était indépendant là où elle, avait besoin d'être entourée.
Le serveur choisit bien évidemment cet instant de froid intersidéral pour débarquer, plateau en avant, sourire aux lèvres pour prendre leur commande.

-Deux thés Jade d'Amoy S'il vous plaît...

Alors qu'habituellement il restait bavarder avec elle quelques temps, le serveur pris ses jambes à son tablier, de peur que l'ambiance ne déteigne sur sa chemise.
Saoirse pinça les lèvres un instant et croisa les yeux d'Ezio. Il avait ce regard doux qui semblait s'excuser et lui faisait ravaler sa colère. Elle détourna le regard.
Aujourd'hui, elle avait envie d'être en colère. Elle aurait voulu qu'il culpabilise pour ces semaines sans nouvelles . Ces mois où si lui ne jugeait pas bon d'en donner, aurait tout au moins pu en prendre. Comment un être sensible dont l'existence était tournée vers les sentiments, la poésie et les sensations pouvait-il être aveugle au point de remarquer qu'elle avait parfois besoin de lui ? OU envie qu'il ait besoin d'elle !!!
Luan était présent... physiquement. Elle le voyait régulièrement, mais ils n'avaient pas les même conversations. Il ne lisait pas en elle aussi facilement. Il ne comprenait pas... ou n'avait pas envie de comprendre.
Ils avaient tous trois des liens bien différents. Ces frères se parlaient à peine. Ils avaient peu de choses en commun, aucun ne semblait en souffrir. Lorsqu'il se retrouvaient tous les trois, choses qui se faisait rarissime, voire en voie d'extinction, ils bavardaient tout deux de choses et d'autres comme l'auraient fait des étrangers. Ezio était capable de parler avec n'importe qui de n'importe quoi de toutes façons. Sauf de lui. Quant à Luan, il aimait tellement parler de lui, qu'il était difficile de ne pas avoir de conversation avec lui tant il suffisait de l'écouter. Au milieu de ces deux êtres qu'elle aimait profondément, elle essayait de retisser les liens de leur enfance. Luan poursuivait son rôle de grand frère protecteur, plus par habitude qu'autre chose, mais elle s'en contentait. Quant à Ezio … même s'il brillait par son absence, ils étaient liés à jamais par quelque chose de plus fort.
Elle verrait toujours son visage à travers la glace et s'accrocherait à sa main jusqu'à la fin... Vingt ans plus tard, le souvenir était présent comme s'il s'était agit de la veille.

Elle se risqua à lui jeter un regard en coin.
Évidemment il avait maigri. Comme à chacune de ses disparitions. Bien entendu il paraissait épuisé. Mais il semblait serein. Et c'était tout ce qui comptait...
Et une fois de plus, elle s'était faite embouser. A laisser errer son esprit parmi ses souvenirs elle ne ressentait plus la moindre petite once de pointe de colère. Juste une furieuse envie de se blottir contre lui et de l'écouter parler.
Ce fut la fierté et l'orgueil, cendres de sa colère, qui la retinrent. Elle se contenta d'une petite moue des lèvres.

- T'es bête tu sais...

Comme s'il attendait ce hissage de drapeau blanc, le serveur débarqua avec les commandes qu'il disposa sur la petite table. Il adressa à Saoirse un léger clin d'oeil d'encouragement. Elle se risqua à sourire et régla le tout. Ezio n'avait probablement pas un sous en poche. Elle lui tendit le petit paquet contenant les brioches sans un mot puis fini par enlever ses lunettes. La bouffée de larmes était passée avec la colère... impossible de se disputer avec lui. Il savait très bien s'y prendre, il suffisait d'attendre.Elle sortit sa brioche et croqua dedans à pleine dents avant de daigner relever les yeux.

- De toutes façons, si tu t'étais marié sans m'inviter, je pense que je vous aurais fait buter tous les deux par mon stagiaire.
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MessageSujet: Re: Tu me manques   Sam 5 Nov - 20:06

Peut-être y était-il allé un peu fort ...

Il attendit, patiemment, que passe l'orage. Parce que Saoirse avait les émotions sur le bout des lèvres. Les rires, les larmes, l'amour, la colère. Tout était toujours si proche. Parfois il l'enviait.
Elle ne se posait pas réellement la question du convenable. Elle faisait selon son cœur.
Elle enfila ses lunettes noires comme une barrière entre eux et il se sentit un peu coupable. Ses absences répétées avaient toujours été un sujet de discorde. Avec elle, comme avec sa mère. Il avait souvent besoin d'air et de solitude. Peut-être parfois devrait-il être un peu plus présent.

« Quelles tempêtes as-tu encore traversées petit soldat ?»

Il observa sa lèvre trembler un instant, avant de détourner les yeux, pour lui laisser un peu d'intimité. Il savait, par expérience, que tenter de l'apaiser avec des mots serait un suicide immédiat et que le moindre regard trop appuyé était une porte ouverte à l'étonnant déferlement de larmes que pouvaient contenir ses jolis yeux bruns.
Il en profita pour observer la jeune femme qui écoutait sa musique. Elle souriait doucement, le visage levé et les yeux clos. Elle était la seule à ne pas s'être retournée lors des éclats de voix de Saoirse. Il se retint à nouveau de sourire en évoquant l'image de sa mort au fond d'un caniveau Saoudien, se gardant bien d'ajouter qu'il espérait bien mourir seul.
Dans la mort en elle-même rien de bien effrayant. Un voyage de plus. Un aller simple vers d'autres lieux où tout était encore à connaître. Ce qui l'effrayait, en revanche, c'était que ce passage puisse se faire dans un mouvement d'hystérie collective. La panique, la peur, l'angoisse d'une mort à plusieurs avec des cris et des luttes pour s'accrocher à un brin de vie qui s'échappait.
Mourir seul dans un désert avec le ciel pour seul témoin, il signait immédiatement.

Lorsqu'il fut certain que le plus gros de la tempête était derrière eux – preuve en était qu'elle avait ôté ses lunettes- il risqua un sourire à l'attention de sa sœur. Le jeune poète s'empara de la brioche tendue avec méfiance. Leurs goûts culinaires n'étaient pas toujours en accord. Il la reposa avec précaution sur son coin de table sans faire mine de l'ouvrir immédiatement.

Il ne put retenir cependant une légère grimace, à l'évocation de son potentiel mariage. Saoirse était une femme pour qui se marier semblait important. Sur ce sujet non plus ils n'étaient pas en accord. Elle avait déjà annoncé trois ou quatre fois – il ne se rappelait plus- ses fiançailles à leur famille. Qui s'étaient toutes soldées par un échec. Ces pauvres crétins n'avaient pas compris ce qu'ils perdaient. Saoirse était une belle femme, au visage doux et attirant. Elle conjuguait l'intelligence et de nombreuses qualités de cœur, auxquels se mêlaient d'aussi nombreux défauts qui la rendait toujours plus attachante. A moins que ces hommes – dieu qu'elle choisissait mal -  n'aient été comme lui. Le mariage ? Un bout de papier, une institution religieuse, politique – ou familiale - qui ne servait qu'à mettre un article devant l'amour.

Mon mari, mon toujours. Des mots si chauds mais à la fois si froids.

L'amour n'a pas besoin de ça.
Il avait toujours su qu'il ne se marierait pas. Pour commencer, tomber à nouveau amoureux lui semblait bien trop lointain et peu plausible. Il n'en avait pas réellement envie. La souffrance était déjà là, depuis plus de sept ans, inutile d'aller frapper à sa porte. Appartenir à quelqu'un en se passant une bague au doigt et se persuader qu'elle empêchera l'autre de partir un jour. Non merci.

Je n'appartiens qu'à moi.

L'amour. C'était un vaste sujet qu'il savait dangereux d'aborder avec Saoirse. Leurs visions de la chose étaient on ne peut plus opposées. Elle voulait quelqu'un sur qui compter, s'appuyer. Une personne de qui prendre soin, ne faire plus qu'un, tout vivre à deux. Il voulait être libre.

Shannon avait été son plus grand amour. La seule probablement. Leur relation avait toujours été étrange, mais chacun d'eux avait toujours été libre de partir à n'importe quel moment. L'un comme l'autre, ils étaient toujours revenus. Ils se laissaient de l'espace, du temps pour exister seuls. Cela lui paraissait essentiel dans une relation. Ne pas devenir un tout. Un lot. Continuer à être soi et n'avoir de compte à rendre à personne.
Il pensait n'avoir besoin de personne pour exister. Pourtant, il avait eu la sensation de disparaître lorsqu'elle s'était donné la mort. De n'être plus rien sans elle, lui qui s'était toujours refusé à être un couple.
Il balaya le souvenir de ces dernières années où la souffrance avait pris le dessus sur la vie.


- Je te promets un faucon argenté pour le faire-part.
Se risqua-t-il pour chasser la mélancolie qui l'envahissait soudain.

Il devrait arrêter d'entretenir ses espoirs de cette façon. Même si la plaisanterie lui permettait d'alléger une atmosphère qui lui pesait, il devait bien se douter qu'elle ne s'arrêterait pas en si bon chemin.

- Bon, alors, raconte-moi. Où en es-tu ? J'ai vu que tu étais sur la campagne de Campbell. Il m'a même semblé lire du Shepherd en première page.
Ajouta-t-il dans un clin d’œil à l'attention de la jeune femme.

Spoiler:
 


Dernière édition par Ezio Shepherd le Jeu 17 Nov - 23:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tu me manques   Mer 9 Nov - 17:24

Son cœur manqua un battement.
De fierté bien sûr !
Il avait lu ! Il avait, non seulement, pris la peine d'ouvrir un journal Ô miracle ! Mais en plus, il avait ouvert la Gazette et de surcroît : il avait vu son nom.

Peut-être que tout n'était pas fichu pour ce garçon, finalement.

Elle aborda un sourire triomphant de fierté. Les yeux brillants, les joues rosies par l'envie de lui raconter tout ce qu'il avait raté de fooooooooooooormidable, elle décida de mettre sa colère de côté, pour le moment.

- Oui tu as vu ! J'ai fait deux fois la une ! Le 30 c'était aussi moi. ( Entendre par là, le 30 novembre bien sur. Nul écossais ne pouvait désormais parler DU 30 sans réaliser qu'il s'agissait là, du jour de l'indépendance.)

Elle remarqua ce petit air qu'il abordait innocemment et qui en disait long. Il n'avait pas lu le 30. C'était bien Ezio, ça. Si dans un petit village perdu en Inde, une maison menaçait de s'écrouler, vous pouviez être sûr qu'il en avait entendu parler et se précipiterait pour offrir son aide. Par contre, le Royaume-Uni pouvait entrer en guerre, qu'il se contenterait de hausser les épaules.

- Mais enfin !! Le 30 !!! Tu étais où toi en novembre ??? Non laisse tomber, je suppose que c'était au sommet de l’Himalaya ou dans les grottes de Gueldaman.

Elle s'en souviendrait toute sa vie de ce jour-là. Pour la première fois, elle avait eu son entrée au premier rang, entourée de grands noms du journalisme international, sans être dans l'ombre de Lenny. Elle avait couvert de nombreux événements palpitant, mais jamais en son nom à elle. Toujours parce qu'il avait accepté de l'emmener.

Où es-tu passé toi ?

Cela faisait des mois qu'il avait aussi disparu de la circulation. Enfin pas vraiment disparu non plus puisque Barny (Le chef suprême de la Gazette ) lui, savait où il était. Bref il fallait se délecter de la notoriété actuelle,et surtout bien en profiter puisque si Lenny était sur autre chose, il s'agissait probablement d'un truc énorme qui ferait la une pendant des siècles après son retour. Exit la petite Saoirse. Reléguée aux dossiers avec Pearce.
Oui, elle était folle de rage après lui.
Premièrement parce que ce goujat cherchait à revenir dans sa vie pour la prendre une nouvelle fois pour une imbécile.
Deuxièmement, parce qu'elle se savait trop faible pour l'envoyer bouler jusqu'à ce qu'il se lasse. Ce bougre d'abruti était beau comme un dieu, talentueux et ambitieux.
Et enfin, parce qu'il n'avait pas jugé intéressant de l'emmener cette fois-ci. Ni même de la tenir dans le secret des dieux.

Pourquoi tous les gens qui comptaient s'acharner à disparaître dans la nature ?
A moins qu'elle ne soit attirée que par les troubadours sans cœur ? Un œil à son frère et elle regretta ses pensées. Il avait un cœur c'était indéniable. Elle l'avait vu suffisamment mal pour le savoir.

- Et j'ai même un stagiaire tu sais ?? Enchaîna-t-elle vivement. Enfin, ce n'est pas mon stagiaire. Rectifia-t-elle. Mais bon ça y ressemble un peu parce que je l'emmène souvent avec moi et c'est plutôt agréable d'être de l'autre côté !

A côté d'eux, justement, la fille qui écoutait de la musique venait de jeter un œil dans leur direction. Elle adressa un petit sourire à Ezio qui agaça immédiatement Saoirse.
Elle attrapa sa main au-dessus de la table et y glissa la sienne, beaucoup plus petite. Cela faisait des années qu'elle jouait à ce petit jeu. Elle ne pouvait s'empêcher en public de resserrer une étreinte possessive sur lui. De le toucher, se blottir dans ses bras. Elle s'amusait des réactions des autres femmes. Ezio était un bel homme. Un grand ténébreux. Poète en plus. Ce qui n'ôtait rien. Il ne semblait pas s'apercevoir des réactions qu'il provoquait, toujours dans sa bulle. Ce qui était encore plus amusant d'un point de vue extérieur.

- J'ai personnellement été invitée par Campbell suite à l'article du 12 pour une entrevue. T'imagines ? Je pense que certaines choses l'ont un peu agacées. Tant mieux. Je sais, que tu ne l'aimes pas beaucoup, mais je crois que c'est un homme bien pour le pays. Regarde, on est indépendant !!

Elle guetta une quelconque réaction. Non sans inquiétude.


Dernière édition par Saoirse Shepherd le Dim 13 Nov - 15:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tu me manques   Sam 12 Nov - 17:14

Il exerça une légère pression sur la petite main qui venait de se glisser dans la sienne.
Elle était incorrigible, et parfois un peu gênante.

Campbell. Le nom lui fit rapidement lever les yeux au ciel. En premier lieu, parce qu'il était sur toutes les lèvres. Le Ministre écossais semblait avoir conquis la plupart des esprits et paraissait avoir raflé beaucoup de cœurs au passage. Et enfin, parce que Saoirse s'imaginait une sorte d'animosité entre eux depuis des années. Animosité qui n'existait que dans son imagination. Et fertile comme elle l'était, il était fort possible qu'elle imagina un combat à mains nues entre les deux hommes.
Alors qu'il n'en était rien.
Ils s'étaient tout au plus vaguement croisés à Poudlard, et s'étaient retrouvés en 1996, le jour où il avait comparu comme témoin devant les bureaux du ministère pour violation de la restriction d'usage de la magie aux sorciers de premier cycle, par son frère aîné, en l'occurrence.
Campbell était alors une jeune stagiaire dans le département de la justice et effectivement, ce jour-là, il n'avait pas été très agréable avec Lùan. Il sortait à peine de ses ASPICS et devait probablement faire ses preuves. Un accès de zèle tout au plus. L'enquête révéla qu'aucun moldu ne se trouvait suffisamment près pour avoir été témoin du sort. Lùan n'avait pas été blâmé, malgré le désaccord évident du jeune Campbell pour le verdict. Il s'en était tiré avec un bon sermon de la part du greffier qui avait pris sa déposition et Ezio avec une immense trouille de révéler un jour L'existence sorcière.

C'était l'hiver 1996. L'année où elle était passée à travers la glace de Loch Scavaig.


Le Loch avait gelé cette année là. Ce qui était suffisamment remarquable pour que tous les enfants du voisinage sortent leurs patins à glace et colorent le paysage de leurs manteaux vifs.
Saoirse avait insisté tant et si bien pour y aller aussi que ses deux aînés avaient fini par céder et l'avait emmenée avec eux pour faire ses premiers pas sur la glace. Ils n'avaient à l'époque qu'une paire de patins pour trois, mais se la prêtaient volontiers et ne se privaient pas pour tenter l'activité sans accessoire. Ils s'étaient mis un peu à l'écart, Saoirse étant âgée de 5 ans à l'époque et ayant beaucoup de mal à retenir ses questions gênantes sur le fait que les moldus « se compliquaient vachement la vie en n'utilisant pas la magie. » et patinaient chacun leur tour, gardant un œil à tour de rôle sur la plus petite.
Son petit manteau était aussi rouge que ses joues rosies par le froid. Elle riait aux éclats à chaque chute de ses frères et tentait de tournoyer comme le faisait Lùan, le plus doué des trois.

- Ezio, regarde !! Je suis une danseuse !!!

Le garçon souriait aux pitreries de sa sœur.
On ne sut jamais réellement si la glace céda ou si les pouvoirs de Saoirse s'étaient manifestés inopportunément, toujours est-il qu'alors qu'elle tournait sur elle-même, le sol se déroba sous ses pieds et la fillette fut brusquement plongée dans les eaux gelées, son hurlement interrompu par la surprise et le saisissement du froid sur son petit corps. Elle coula comme une pierre.
Ezio accouru en hurlant, attirant l'attention de Lùan qui patinait bien plus loin, en compagnie d'une fille qu'il avait croisé près de l'autre rive.

- Oh mon Dieu !!! Sors-la de l'eau !!!! Hurlait Lùan au loin ayant compris la situation. Ses jambes d'adolescent le portaient aussi vite qu'elles le pouvaient pour rejoindre son frère.

Ezio, pris de panique, savait que sortir une personne de la glace était délicat, voire impossible, les bords de la crevasse pouvant céder sous le poids du secouriste, à chaque instant. Cependant lorsqu'il arriva à hauteur de Saoirse, il ne vit aucune anfractuosité sur la surface froide et polie. Son cœur s'emballait alors qu'il en fouillait la surface, et manqua s'arrêter lorsqu'il aperçut une petite tache rouge sous ses pieds.

- Ça s'est refermé !!!! Hurlait-il. Je peux pas l'atteindre !!

Il martelait de ses poings la couche épaisse de glace, s'acharnait avec les ongles, les coudes, en vain. Elle n'avait jamais parue plus épaisse. Une voix hurlait sans cesse, des mots sans queue-ni-tête, l'empêchant de se concentrer pour atteindre sa sœur. Sa gorge contractée et douloureuse lui fit prendre conscience, que les hurlements venaient de lui. Lùan semblait encore à des kilomètres. Au loin, d'autres personnes, alertées par les cris des enfants commençaient à s'approcher.
Les mains écorchées par ses efforts vains, Ezio pleurait en s'acharnant lorsque Lùan arriva à leur hauteur et jeta tous les sorts qu'il connaissait. L'un d'entre-eux déchira la glace comme une feuille de papier. Sous leurs pieds de sinistres craquements se firent entendre. Ils reculèrent.

Ezio se coucha sur la glace et sans réfléchir, plongea les bras dans l'eau. Le choc thermique fut si douloureux qu'une petite voix lui souffla que pour Saoirse, il était trop tard. Sa main gauche se referma sur un pan de manteau qu'il ramena à lui et bientôt il put se saisir du petit corps gelé de sa sœur.

- Mon dieu!!!Elle est morte ! Elle est morte !!!!! Hurlait Lùan.

Ezio, les bras engourdis, ne parvenait pas à réfléchir. Il serrait sa sœur comme si la vie qui l'habitait pouvait se transmettre au petit être marbré de bleu.

Des gens les atteignirent enfin. Un homme arracha la petite des bras d'Ezio, on lui enleva sa veste trempée pendant qu'on emmenait Saoirse et qu'une dame calmait et questionnait Lùan pour savoir où trouver leur parents.




Saoirse n'avait plus rien de la petite fille joufflue qu'elle était à l'époque. Si ce n'est les questions gênantes qu'elle posait toujours. Et peut-être le sourire qu'elle abordait actuellement, d'un air mutin.

- Je n'ai rien contre Campbell, Saoirse. La dernière fois qu'on s'est parlé plus de trois minutes j'avais 12 ans.

Elle esquissa un haussement d'épaules. Se souvenait-elle de la scène ? Probablement pas, elle était trop jeune.

- Je suis sûre que tu n'as pas voté pour lui ! Lança-t-elle taquine, dans une délicieuse pirouette pour ramener la conversation à Campbell.
- Je n'ai pas voté tout court.
- Quoi ????? S'insurgea-t-elle. Mais tu sais qu'il y a des gens qui sont morts pour qu'on ait le droit de s'exprimer ? Je trouve ça hallucinant que TOI, avec toutes tes convictions sur le monde, tu ne prennes même pas la peine de venir t'exprimer quand tu en as la possibilité !! ça me dépasse ça tu sais ! Je ...

Et bientôt elle s'enflammerait sur le droit des femmes, l'égalité, la démocratie. Il craignit un instant que cette banale conversation ne tourne au vinaigre et ne saccage le calme ambiant qui avait fait que les gens autour avaient, précisément, choisi ce lieu.

- Je sais, je sais... Viens, on va discuter de ça en marchant. Ok ? Tu auras plus d'espace pour faire de grands gestes en t'énervant et t'exprimer sans déranger tout le monde.

Il la tira par le bras.


HJ: Avec l'accord et la participation de Saoirse pour ses faits et gestes et un Hibou de Monsieur notre Ministre pour l'utilisation de son passé. Je lui promets par la présente, de lui accorder mon vote prochain. Si vote il y a... Rolling Eyes  chantage, chantage...

HJ réactualisé: t'aurais pas eu un léger problème avec ton nouveau code? Very Happy
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MessageSujet: Re: Tu me manques   Dim 13 Nov - 16:01

Cela faisait plus de vingt ans et pourtant elle se souvenait mieux de ce jour que de son entrée à Poudlard.
Peut-être que son esprit avait brodé d'autres images sur la situation. Mais les sensations étaient toujours aussi prégnantes.
Le visage d'Ezio qui l'observait, amusé, puis le sentiment que le sol se dérobait sous ses pieds et enfin la douleur. Comme si des milliers de petites lames s'étaient plongées dans sa chair. Elle avait tenté de hurler, de se débattre, mais la brûlure du froid semblait avoir paralysé tous ses membres. Elle se souvenait même de son incapacité à réfléchir. A comprendre autre chose qu'une seule et unique évidence : elle avait cinq ans et elle allait mourir.
Ses petites mains avait essayé de trouver un chemin, dans un dernier sursaut pour la vie mais n'avait rencontré qu'une surface glacée au-dessus de sa tête. Elle se sentait dériver dans le silence qui régnait sous le lac, sa tête butant à chaque fois contre un plafond qui ne lui laisserait pas reprendre d'air. Ne lui parvenaient que de vagues sons, étouffés, par delà la surface épaisse. Le visage d'Ezio déformé par la terreur...

Et puis ses bras et de l'air à nouveau. Les battements de son cœur ,à lui, paraissaient vouloir entraîner le sien, si faible. Le noir, la sensation de partir, mais ses bras. A jamais.



Elle se leva, à contre cœur. Prenant bien garde :
Premièrement, de récupérer les brioches . Deuxièmement, de se coller à son frère en passant devant la jeune femme à la musique et ,troisièmement, de jeter à ce dernier un regard très explicite quant à sa désapprobation.

Il la tira vers la petite rue piétonne qui partait de l'arrière cour. Par discrétion probablement. Parce qu'il la connaissait par cœur et la sentait prête à s'emballer. Et il avait bien raison, le garçon! A peine avait-il lancé le sujet, que déjà ses veines s'étaient gonflées d'une détermination obsessionnelle. Elle avait senti monter en elle la passion qui l'animait lorsque les sujets lui tenaient à cœur. Et la douceur s'effaçait pour laisser place à un déchaînement d'arguments, de questionnement, de remise en question, de larmes parfois, de pétillement des yeux, de grands gestes, en effet, d'alternance d'expressions passant de la plus outrée à la plus convaincue.
Elle se savait très convaincante et finissait souvent ses longs argumentaires les joues roses, l'oeil brillant, encore plus convaincue qu'elle ne l'était avant de commencer.
Oui, ça marchait aussi sur elle.
Sauf qu'avec lui, ça ne fonctionnait pas autant que sur les autres. Il attendait que ça se calme, sans entrer dans son jeu.

Rabat-joie.

Un peu vexée d'être aussi prévisible, elle se détacha de lui sans ménagement pour aller admirer la vitrine d'une petite échoppe qui ne payait pas de mine. Elle tentait de refouler le flot de paroles qui butait derrière ses dents. Sujet sensible. Le vote, le monde, les droits.

Quatre petits foulards, deux sacs à main et quelques bijoux...

Son idéalisme et sa naïveté s'étaient toujours heurtés au calme d'Ezio. Elle voulait que ça change, ici et maintenant, quand lui parlait de choses qui ne se mesuraient pas à l'échelle humaine. Dans cent ans, elle ne serait plus là, elle n'avait pas envie d'attendre trop pour que les choses bougent!! La réincarnation, l'énergie, la poussière retournant à la terre, très peu pour elle, une fois mort on n'est plus là et on en peut décemment pas profiter des changements. Morts enterrés et en voie de décomposition. Peu glamour mais pragmatique.

Dans la vitrine, son visage grave lui faisait face. Deux yeux bruns en amande, une moue un peu boudeuse qu'elle effaça rapidement d'un sourire adressé à elle même . Elle en profita pour remettre un peu d'ordre dans ses cheveux le vent ayant pris goût à jouer avec.

Derrière elle, se tenait le reflet d'Ezio. Ses épaules carrés semblaient quelques peu voûtées sous le poids d'un nouveau tourment. Elle ne lui avait même pas demandé comment s'était passé son voyage. Quelle truffe ! Elle frôlait l'égoïsme. Elle parcouru les lignes de ce visage qu'elle connaissait par cœur. Ses yeux sombres, le sourire doux, cet air farouche. Elle lui tira la langue dans la glace et n'y tenant plus se retourna vivement.

- Tu sais quoi ? Je ne te comprends pas. Tu es le premier à repousser le monde dans lequel tu vis et tu ne lèves pas le petit doigt quand on te propose de changer les choses !

Il n'avait pas encore ouvert la bouche pour répondre que déjà elle se précipitait vers lui pour y poser ses doigts.

- Non, stop. J'ai vraiment pas envie qu'on se dispute.

Puis plus doucement.

- J'ai envie de passer du temps avec toi sans qu'on aborde les trucs qui fâchent ok ? Viens on disait qu'on bannissait les mots « mariage », « vote », « Lenny », « papa » et … « Saoirse, je repars. »

Viens on disait... Tous les gamins jouaient à ça. « Viens on disait qu'on était Harry Potter et Hermione Granger ». Quand elle avait une dizaine d'année, ce jeu faisait fureur. Ses frères avaient toujours refusé d'y jouer. Peut-être parce qu'ils avaient vécu la bataille et que tout de suite, ça paraissait moins drôle.
Elle, était fascinée.
Elle leur avait fait raconter leur récit des milliers de fois. A l'époque, Lùan était en quatrième année et Ezio avait douze ans. Tous les deux avaient été grandement impressionnés. Chacun à sa manière. Lùan s'était senti pousser des ailes après ça et personne ne sut jamais s'il extrapolait son récit, mais à l'entendre, il avait joué un rôle essentiel dans les opérations. Accordons-lui que c'est un excellent sorcier. Il leur avait rebattu les oreilles de ses exploits, certains de ses camarades témoignant parfois, si bien que personne n'avait osé remettre en doute ses affirmations.
Il avait alors choisit sa voie, la protection. Il était l'un des meilleurs briseurs de sorts du pays. Même si ce qu'il protégeait était actuellement, de l'argent.
Chacun ses priorités.

Elle délivra enfin la bouche de son frère de la main fraîche qu'elle avait posée dessus et se nicha au creux de son épaule. Elle y resta quelques secondes à peine, ne voulant pas le mettre mal à l'aise. Bien que cela fut très tentant et facile. Juste le temps de capter le son de son cœur et avoir la sensation d'être à l'abri.
Elle se redressa rapidement, abordant à nouveau ce petit air mutin qu'elle greffait si bien à son visage et lui fit un petit signe pour l'inviter à continuer leur chemin.


HJ: Je te merde.
Mais avec beaucoup d'amour.  tongue

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MessageSujet: Re: Tu me manques   Jeu 17 Nov - 23:38

«Saoirse, je repars.»

Là, c'était la crise assurée. De nerfs, existentielle, d'angoisse, d'anxiété, de la trentaine, systémique, mondiale, écologique, le tout conjugué en dix fois pire. Ce qu'on appelle communément: une mauvaise idée.

Pourtant il faudrait bien y venir tôt ou tard. Il n'était, une fois de plus, que de passage sur Londres. Passage éclair.
Il ne savait pas vraiment où et à peine quand. Un train à prendre le lendemain en direction du sud. Il avait une vague idée de là où il comptait atterrir, mais rien de plus précis.

Une fuite ? Probablement. Une de plus. L'éternelle fuite en avant avec l'impression qu'on laissera le mauvais derrière soi. Échec total puisqu'on emporte toujours sa vie – ennuis compris - dans ses bagages, aussi légers soient-ils. Certains ont le courage d'affronter leurs angoisses, d'autres les fuient, les couchent sur papier en espérant ainsi les laisser loin derrière, en vain. Rien de plus collant que les tourments. Si, peut-être la praline de la brioche de Saoirse.

Peu d'attaches, peu de choses, peu de pertes possibles.
Pas très courageux ? … Oui, peut-être. Sûrement même.
Encore moins lorsqu'il s'agissait de faire de la peine à Saoirse.
De nature franche, il se renferma un peu, conscient que chaque minute passée à ne pas lui dire était un peu lui mentir. Il l'accueillit d'un bras distrait autour de ses frêles épaules, lorsqu'elle se blottit contre lui. Sans protester, muré dans le silence taciturne qui l'avait rattrapé une fois de plus.

Il était incapable de rester trop longtemps au même endroit. Sa soif de voir et d'apprendre plus le traînait aux quatre coins du monde et son besoin de solitude l'éloignait rapidement de toutes les rencontres qu'il faisait. Ce n'était pas par manque d'envie. Il aurait probablement aimé passer du temps avec Saoirse. Apprendre à mieux connaître la femme derrière la sœur. Mais bien vite, il tournait en rond, s'angoissait, rêvait de contrées lointaines et finissait par lâcher prise pour partir rejoindre son esprit qui était déjà ailleurs.
Il n'était pas un bon frère, probablement pas un bon ami et ne ferait certainement pas un bon époux.

Quant à Saoirse, elle était déjà repartie d'un pas bondissant. Il secoua la tête et chassa les nuages qui embuaient son esprit. Saoirse était le meilleur vent qui soit pour l'humeur. Un brin de folie dans un courant de fraîcheur, avec des idées impulsives et un très joli sourire.
Il s'autorisa une grimace amusée et la suivit, poussant même le jeu à lui passer un bras protecteur autour du cou.

«Se morfondre ne sert à rien. Sois au moins bon quand tu es présent.»

Ils marchèrent quelques minutes ainsi, au début sans rien dire, puis en bavardant de choses et d'autres. Ezio avait senti peu à peu ses élans nostalgiques s'évaporer dans la joie de Saoirse. Il l'écoutait palabrer avec énergie ne se lassant pas des douces intonations de sa voix, se moquant parfois – ou peut-être souvent...- de son air outré lorsqu'elle abordait des sujets qui lui tenaient à cœur.

- Tu as raison, c'est purement révoltant. Si j'étais toi je m'enchaînerais nue devant le ministère de la Magie et entamerais une grève de la faim sur le champ.

Aucun risque pour la deuxième partie. Elle était juste bien capable de réaliser la première. Il regretta aussitôt de lui avoir insufflé l'idée. Un éclair venait de passer dans ses yeux et il pu presque lire « bonne idée » sur ses lèvres.
Il retint avec beaucoup de peine un éclat de rire lorsque se forma l'image de sa sœur enchaînée aux grilles du ministère, brandissant pancartes et vêtements sous les yeux médusés de la population moldue.

- Tu m'en crois pas capable ?
- Si... justement.

Il l'attira un peu contre lui et planta un baiser sur le sommet de son crâne, avant de la repousser gentiment. Elle portait le même parfum depuis des années. Frais et légèrement fruité. Elle en mettait probablement dans son shampoing car c'est cette odeur là qu'il perçut dans ses cheveux.

Ils finirent de descendre la petite rue piétonne et s'enfoncèrent un peu plus encore dans des artères dallées où les échoppes avaient laissé place à de jolies arrière-cours. Ezio enfonça les mains dans ses poches et laissa vagabonder son esprit, bercé par les bavardages de sa sœur. Sa main gauche rencontra le petit paquet qu'il avait prévu de lui donner.
Pourquoi n'avait-il pas commencé par ça ?
Il s'y prenait toujours comme un pied avec les femmes et sa sœur ne faisait pas exception.
Ce n'était qu'une toute petite chose. Mais symbolique. Pour une fois, il avait envie de lui annoncer quelque chose. Etant peu bavard sur sa vie privée habituellement, il ne savait pas comment s'y prendre pour faire ça simplement. D'autant plus que Saoirse, avec sa discrétion digne du débarquement d'un troupeau de lutins de Cornouailles, en ferait certainement tout un plat. S'en suivrait le schéma suivant : grands cris perçants – bonds partout – lui, mal à l'aise – elle, insistante – lui, calmant le jeu – questionnement intense – bottage en touche – bouderie. Classique, efficace, prévisible.
Gagnons un peu de temps.

Il bifurqua sur la gauche, l’œil attiré par un petit jardin, entouré d'une vieille grille rouillée, au centre duquel trônait une petite chapelle privative qui paraissait avoir traversé les âges.

«Quand je disais que Londres est une pléthore de styles architecturaux surprenants.»

Il interrompit Saoirse en pleine phrase et lui attrapa le bras.

- Viens, j'ai envie d'aller voir.

Elle protestait déjà – propriété privée, loi, ennuis - , il l'encouragea d'un clin d’œil et l'aida à en franchir la grille, en prenant soin de glisser dans la poche de son blouson, le petit paquet à son attention. Lorsqu'elle fut de l'autre côté – ce qui ne se fit pas sans protestations, néanmoins plus pour la forme puisqu'elle enjambait la grille – il la rejoint par le même chemin et sauta à son tour dans l'herbe du jardin.



HJ: Avec une fois encore la participation de Saoirse.

J'accepte tes insultes énamourées.
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MessageSujet: Re: Tu me manques   Mar 22 Nov - 21:34

Il n'y avait que lui pour avoir envie d'aller voir ça. Il l'avait traînée dans des temples, des églises, des chapelles, des cathédrales, des pyramides et tout un autre tas de lieux de cultes dont elle ignorait tout, jusqu'au nom. Une déformation professionnelle, à coup sûr. Elle avait toujours dit que dans son trucs de moines on les avait un peu trop formatés à l'ésotérisme.
Elle sentit au moment de franchir la grille, une légère résistance textilienne.

- Oh nan ! Regarde avec tes bêtises !!

Elle désigna l'accroc qui venait de déchirer son jean, d'un geste accusateur, alors qu'Ezio franchissait les grilles avec bien plus d'aisance. Ésotérisme et sport. On appelle ça le barde moderne. Et en plus, il est tatoué le bougre.

Y a de la chance que pour la canaille, c'est bien connu.

Elle laissa échapper un petit soupir agacé, sortit sa baguette après avoir vérifié qu'ils étaient bien seuls et répara l'affront textilien d'un petit sortilège silencieux. Elle vit du coin de l’œil qu'il levait les yeux au ciel et prit bien son temps pour ranger sa baguette. Après tout, c'était sa faute. Et s'il n'était pas content, qu'il sorte aiguille et fil.

- Tu as toujours des idées toi...Murmura-t-elle avant d'avancer un peu plus dans ce jardin qui... finalement était plutôt agréable.

Le jardinier de la propriété avait un goût sûr pour l'agencement des plantes et des senteurs. Des parterres de fleurs aux couleurs chatoyantes couvraient les pieds d'arbres et d'arbustes plus exotiques. Un petit banc avait été posé sous un grand saule pleureur dont les branches tombaient si bas qu'il formait comme une coupole autour de l'ornement boisé. Emporté par la curiosité, Saoirse s'approcha du banc et s'y posa un instant. Elle ferma les yeux quelques secondes et s'imagina posséder un tel havre de paix. La chapelle qui se trouvait sur la gauche était faite de vieilles pierres et possédait deux ouvertures. Un vitrail en ogive d'un côté et une porte de l'autre. Saoirse en fit rapidement le tour, abandonnant Ezio à la contemplation de... d'elle ne savait quoi d'ailleurs , un truc que lui seul pouvait remarquer. (Fleur ? Escargot ? Pierre ? Fourmi ? )
La propriété qui faisait face au petit jardin privé était une haute bâtisse dont toutes les fenêtres étaient closes par de grands volets de bois blancs. Une résidence secondaire à en juger par l'entretien impeccable et l'absence de mouvement. La jeune femme se leva enfin et s'avança vers la chapelle ronde en contemplant la porte de bois massive. Drôle d'idée que d'implanter une chapelle privée dans un jardin.

Les gens n'aiment-ils pas se retrouver pour prier justement ?  A quoi cela peut-il bien servir ? Y a des messes privées dans ce genre de truc ? Est-ce qu'on loue le prêtre qui va avec ? Ou bien... est-ce plutôt une couverture pour des activités plus crapuleuses ?

Saoirse s'éclaira d'un sourire immense. Rien de tel, finalement, que de jouer les bigotes pour pouvoir mener à bien un bon vieux trafic de mandragores !
Si ça se trouvait, derrière ces murs étaient entassés tout un tas de choses bizarres et illégales.

Attention, imagination galopante lancée à plein régime.

Les croyances, dieu et compagnie... c'était pas vraiment son genre. Une overdose peut-être. Entre une mère voyante persuadée que tout est écrit dans les astres et un frère habité de légendes, rituels et superstitions diverses, elle aurait pu basculer aisément du côté obscur. Il n'en était rien. Assez terre à terre et franchement pas emballée à l'idée d'un dieu tout puissant régnant sur son petit monde, elle préférait de loin s'en tenir aux faits. Et à ce qu'elle voyait. Elle avait eut cette conversation de nombreuses fois avec Ezio. Lui, croyait. En quoi, on ne savait pas trop. Lui seul était capable d'en dire plus. Pas en un dieu, plutôt en trente six mille... et c'était pas vraiment des dieux … mais elle n'avait pas tout compris. Ce n'était pas faute de s'être fait expliquer les choses plusieurs fois. Elle semblait juste hermétique à ces choses-là. Peut être parce qu'elle posait trop de questions et qu'il y avait bien trop peu de réponses pour la satisfaire.
Ezio était toujours patient avec ses questions. Il y répondait inlassablement. Ne tentait pas de la faire changer d'avis. Il se contentait de la comprendre, de l'accepter. D'être là et d'être lui.

Allez, ça vaut bien une visite de chapelle, ça.

par curiosité, elle posa sa main sur la lourde porte de bois et poussa. Rien ne bougea. Elle renouvela l'expérience avec un peu plus de conviction et de force. En vain.

-Flûte... c'est fermé.

Rien n'aurait pu la motiver d'avantage pour avoir envie d'entrer, qu'une porte fermée. Oui, esprit de contradiction, elle assumait. Il fallait faire avec.

-Ezio ?

Où donc ce bougre était-il allé se fourrer ?

Une grosse serrure barrait l'entrée de la porte. Évidemment, pas de clé en vue.
Saoirse se pencha un instant pour tenter d'apercevoir Ezio, un de ses cheveux ou un bout de chemise . Il semblait avoir disparu du jardin, qui pourtant n'était pas bien grand. La jeune femme se laissa aller à un sourire mutin et extirpa une fois encore sa baguette de sa cachette.

- Alohomora. Murmura-t-elle en s'éclairant du petit cliquetis qui s'offrit en réponse.
- Et après, tu me parles de violation de propriété ? Glissa une voix grave à son oreille.

La bouche entrouverte, les yeux dans ceux de son frère, elle cherchait rapidement une excuse à lui fournir. N'en trouvant pas, elle opta pour un sourire un peu désolé et tendit la main vers l'entrée de la chapelle.

-Après toi, je t'en prie ! Tenta-t-elle avec un air un peu honteux. Juste un peu.
Ezio s'engouffra à l'intérieur et elle lui emboîta le pas.

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MessageSujet: Re: Tu me manques   Mar 29 Nov - 9:41

La fraîcheur de la pierre, un peu de salpêtre et une vague odeur de renfermé. Il était aux anges. Il passa devant Saoirse en lui adressant un léger clin d’œil et pénétra dans la chapelle d'un pas empreint de respect. Non pas pour le culte, mais pour la pierre. Il avait toujours eu un faible pour les ruines, les vieux bâtiments et les pierres. Il fit courir sa main sur la surface froide et un peu rugueuse du mur et avança jusqu'à l'autel, en contemplant le plafond. Le bruit de ses pas résonnait dans le silence qui fut bien vite rompu par l'adorable raffut produit par Saoirse.
Il se retourna pour embrasser du regard la petite silhouette qui avait déjà touché à la moitié des objets présent dans la chapelle. Il dissimula son sourire derrière un geste pensif.

- Tu t'es faite attaquer par un chandelier?

Pour toute réponse elle l'effaça d'un regard à l'air faussement courroucé. Il aimait contempler chacune de ses expressions. Lorsqu'elle souriait, de petites fossettes se creusaient sur ses joues et ses yeux pétillaient- Il aurait pu la deviner sourire rien qu'en voyant ses yeux. Lorsqu'elle était exaspérée – comme à présent- , elle les levait au ciel et entrouvrait légèrement la bouche en une moue délicieuse. Il plongea les mains dans ses poches et laissa à Saoirse le temps de trouver une autre bêtise à faire. Il l'observa à la dérobée un moment encore, attendant qu'à son tour, elle glisse une main dans ses poches. Lorsqu'elle l'aurait trouvé, il serait plus facile d'aborder le sujet. Néanmoins, elle semblait bien plus encline à déposer ses mains sur tous les objets contenus dans la chapelle que d'aller explorer la poche de sa veste. Il haussa les épaules. Ce n'était pas le bon moment. Alors qu'il détournait la tête, un rayon de lumière traversant un petit vitrail s'invita sur son visage. Il le suivi des yeux jusqu'à ce qu'il touche le sol. Juste devant l'autel.
Ce dernier était incrusté de petit morceaux de porcelaine colorée qui lui arrachèrent une grimace. Étrange manque de goût pour le propriétaire d'un jardin qui semblait avoir calculé au millimètre près quelles essences pouvaient flirter ensemble. Il s'accroupit à côté du laraire et posa ses doigts sur les petits débris à la surface lisse.

« Toi aussi tu touche à tout finalement. »

Une écriture fine semblait avoir apposé sa marque sur chacun des morceaux. De par leur taille on ne pouvait distinguer que quelques lettres sur chacun d'entre eux. Néanmoins, ils paraissaient tous avoir subit les assauts d'un écrivain en mal de support.

« Valeur sentimentale ? »

Il revint sur la faute de goût. Ces fragments n'avaient pas vocation à décorer l'autel. Il s'agissait de souvenirs. De ces petits rien que l'on conserve dans des boîtes des années durant, persuadé que si on s'en sépare, la personne qu'ils représentent s'effacera un peu de notre mémoire. Idée stupide, certes, mais obstinée. Il se souvint avoir beaucoup pleuré pour la perte de petits rien, plus petit. Adulte, il avait tenté de se séparer du matériel pour des raisons pratiques et pour préserver son âme de ses petits désagréments. Tenté. Il se retrouvait finalement à s'être détaché de tout, sauf de ses petits rien qu'il trimbalait dans ses poches, dans son sac... ou qu'il laissait chez Saoirse entre les pages de ses livres. Il était pourtant conscient que les souvenirs les plus importants sont dans la tête et le coeur. Néanmoins... les cailloux, les bouts de papiers, les herbes séchées, les morceaux de bois était encore pour lui des trésors touchés par des êtres précieux, trente ans plus tard. Au même titre que les odeurs, les musiques, les voix et les sensations qu'à défaut de conserver dans ses poches, il gardait précieusement dans un coin de sa tête.
Lorsqu'il se releva enfin, la chapelle était entièrement silencieuse. Il se retourna brusquement pour la trouver à deux pas derrière lui. Soulagé, il lui attrapa le bras pour la tirer un peu vers lui et lui désigna l'autel et ses petits mots doux.

– Qu'en penses-tu ?

Elle marqua un temps d'arrêt pendant lequel elle semblait essayer de deviner où il voulait en venir, puis se pencha également sur les petits morceaux brisés avant de lancer :

- C'était sûrement des lettres de sa femme...
– Sur des... assiettes ? Plaisanta-t-il. Elle rougit, piquée, pendant que lui se retenait de rire.
- On peut être amoureuse et originale non ?
- Soit. Et pourquoi forcément sa femme ? Pourquoi forcément une histoire d'amour?
- Pourquoi les aurait-il collées ici si ce n'est pas de l'amour ? C'est toujours une histoire d'amour, Ezio.
- L'amour ça n'est pas que ça, Saoirse. soupira-t-il.
- J'en sais rien... Tu imaginais quoi toi ? murmura-t-elle un peu tristement.

Il se releva brusquement et passa une main sur son front. Quelque chose dans le ton de la voix de Saoirse lui faisait mal sans qu'il su dire exactement pourquoi. La sensation qu'elle souffrait sans vouloir le lui dire s'insinua, insidieusement, en lui. Il se sentit blessé. Doublement. De comprendre qu'elle était triste et plus encore qu'elle ne lui en parle pas. Saoirse... La passionnée de la famille. A l'émotion sur le bout des lèvres... On avait souvent tendance à ne pas l'imaginer trop affectée tellement les sentiments les plus extrêmes semblaient s'enchaîner dans son cœur. Elle se relevait toujours de ses peines et accueillait les nouvelles joies avec plus d'entrain encore...

– J'imaginais que c'était ses pensées à lui. Ou ses souvenirs. Des mémoires ? Quelque chose de précieux...

- C'est une écriture de femme. Trancha-t-elle. Et puis les mémoires... y a plus précieux quand même! Pure provocation. Qu'il ignora.

- Tu es devenue graphologue ?

Nouveau regard fulgurant. Si elle avait eu des baguettes à la place des yeux, il n'aurait jamais dépassé les 10 ans.

- Je sais que c'est une femme. C'est tout.
- D'accord. murmura-t-il à son tour, capitulant. Il posa une main sur son cou et l'incita à se relever d'une légère pression sur l'épaule.
Sa voix basse se fit un peu plus sourde qu'habituellement lorsqu'il demanda dans un souffle :

- Tu es heureuse, Saoirse ?


HJ: Je ne sais pas s'il va falloir le préciser à chaque fois mais, oui, elle a encore bien voulu participer.

Avec beaucoup, beaucoup de retard....:
 
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MessageSujet: Re: Tu me manques   Mer 30 Nov - 14:37

Si je suis heureuse... ?

Machinalement, elle répondit par un sourire. Parce que c'était ce que les gens attendaient la plupart du temps lorsqu'ils posaient cette question. Sois belle et tais-toi.
La majorité d'entre eux se souciait peu de la réponse et ne voyait là qu'une occasion de pouvoir s'étendre sur leur propre bonheur. Ou au contraire, en profiter pour déballer leurs malheurs.

Qui ne l'avait jamais vécu?

- ça va toi?
- bof...
- Non parce que MOI tu vois, il m'arrive que ...

bla bla bla.


Simple parodie de conversation. Je lance un sujet pour parler de moi. Sois bref dans ta réponse s'il te plaît parce qu'on s'en fiche de toi, ce qui compte, c'est que tu me prêtes une épaule rapidement pour que je puisse me répandre... et c'est à peine si l'on écoute votre réponse.
Parmi ceux qui écoutent, plus rares encore sont ceux qui se soucient réellement de ce que vous ressentez.

Son sourire se figea presque aussitôt sur ses lèvres. Elle baissa rapidement les yeux sur le bout de ses chaussures.

Ezio n'étaient pas de ceux-là. Il n'enchaînerait pas sur lui-même à moins qu'on le lui demande. Et là encore, les chances d'avoir une réponse seront bien minces. Une question jetée avec son air un peu étrange et hors du monde, mais avec de l'intérêt. Un intérêt réel qui tira à nouveaux quelques larmes au fond de ses yeux. Petite montée salée qu'elle réprima en aspirant une grande goulée d'air.

Pitié, pas encore.
Le jour où quelqu'un trouve une potion permettant de gérer les émotions avec plus de recul, je commande le stock jusqu'à épuisement.
J'ai une hypertrophie du canal lacrymal, c'est sûr.


Elle ouvrit la bouche pour répondre plus sincèrement que son sourire mais la referma bien vite, réalisant qu'elle n'avait aucune idée de ce qu'elle souhaitait dire. Il était là, à la fixer de ses grands yeux doux, un air un peu farouche et vaguement inquiet dont elle s'emplit et s'imprégna pour ne plus jamais avoir à douter de l'intérêt qu'il pouvait lui porter. A cet instant précis, oui, elle était heureuse. Parce qu'il venait de lui dire qu'il l'aimait. A sa façon un peu étrange, mais c'est ainsi qu'elle le décodait. Elle plissa un peu le nez avant de détourner la tête pour masquer les grandes vagues d'émotions contradictoires et envahissantes qui montaient en elle.
Elle profita de ces quelques instants de réserve pour réfléchir à sa question.
Être heureux...

Elle était jeune, plutôt jolie, en bonne santé, elle avait une famille sur qui compter, des gens qu'elle aimait et qui l'aimaient, un métier, des amis et des rêves.

On a le droit de se dire malheureux dans ces cas-là ?

Et pourtant dire qu'on est heureux juste parce qu'on n'est pas malheureux était un peu... réducteur pour une émotion de cette envergure.

S'engager sur le terrain du bonheur avec lui serait probablement fragilisant.
Et peut-être plus pour lui que pour elle.
Oui, elle était heureuse... Certainement.... Peut-être un peu désenchantée par les derniers événements de sa vie personnelle et du monde extérieur, mais heureuse.

Merlin que ce garçon est pénible!

Avec Ezio, tout prenait une autre dimension. En sa compagnie, on avait toujours envie d'être emportée par les émotions. Dans sa bouche, le mot bonheur prenait une teinte si savoureuse que le reste paraissait fade et dénué de sens. Les paysages qu'il décrivaient étaient plus beaux que ce que nos yeux pouvaient voir. Ses chansons avaient des accents impossibles à reproduire et ses histoire donnaient l'impression que tout était possible. Quand il parlait d'amour on avait l'impression de ne jamais l'avoir connu. Lorsqu'il dissertait sur la vie, on avait envie de commencer enfin à vivre.
Et pourtant, il était si torturé qu'on avait du mal à l'imaginer heureux, à long terme.

Et toi? Tu ressens quoi au milieu de toutes ses saveurs ?

Elle se dégagea de la main qu'il avait posée sur son épaule et lui tourna rapidement le dos. De toutes façons, si elle revenait vers lui, elle verrait son regard sombre et aurait à nouveau envie de se blottir dans ses bras. Il en déduirait qu'elle était complètement désespérée, ce qui était loin d'être le cas, et s'en suivrait tout un processus de culpabilisation qui finirait par lui faire prendre la fuite pour son plus grand désespoir, à elle. C'est qu'elle le pratiquait depuis quelques années, le bougre.
Elle fit quelques pas vers le présentoir à cierges et constata qu'ils étaient tous éteints. Sortant une fois de plus sa baguette, elle en alluma-un. Le bruit que fit la mèche en s'enflammant n'eut pour écho qu'un nouveau soupir d'Ezio qui l'avait rejointe.

- Tu es infernale, Saoirse.  

Bien qu'ayant lancé ça sur un ton amusé, elle ne put s'empêcher de constater qu'il paraissait toujours inquiet.

- Je sais...
-Tu sais que se sont des prières, ces cierges ?  
- C'est ridicule. Comme si on avait besoin d'allumer des bougies pour penser aux gens. Elle réprima l'envie de souffler dessus pour l'éteindre. Juste au cas où quelqu'un meurt foudroyé sur place à cause d'elle.
-C'est un symbole.
- Sans blague … je préfère un bon hibou ou une visite plutôt qu'un bâton de cire qui brûle pour moi dans une cathédrale où je ne mettrai jamais les pieds.
Elle se pinça les lèvres, consciente de sa brusquerie envers lui.
- Désolée... c'est juste que... ta question là... J'ai envie de m'asseoir dessus.
-Je sais.
Sa voix de velours s'acheva dans un murmure.
- Excuse-moi.
-Non c'est moi.

Wow.

Ezio s'excuse.


Saoirse fit un pas vers lui et s'arrêta, un peu gênée.Elle se tue un instant pour le fixer droit dans les yeux. Parfois, on fait passer plus de choses avec les yeux qu'avec des mots. Elle fut un peu triste de constater que si leurs métiers à tous les deux étaient censés leur octroyer une parfaite maîtrise des mots, ils étaient tout bonnement incapables de les utiliser à bon escient pour se parler. Puis, saisissant enfin son courage à pleine main, elle se lança.

- Je suis heureuse ne t'en fais pas pour moi.

"Ne t'en fais pas pour moi" ?!!!!!

Ma pauvre fille.... une heure plus tôt tu rêvais qu'il s'inquiète et te pose la question. Et voilà qu'une fois devant l'obstacle tu te dérobes bassement en tentant de le protéger lui. Complètement cinglée...Pauvre conne.


Le regard brillant, elle le couva des yeux une fois encore. Dans un accès de sincérité ponctué d'amour elle poursuivit.

-  Bon, je ne vais pas te dire que je suis transportée de bonheur à chaque instant de ma vie... je suis souvent en colère, parfois triste et fréquemment déçue. Mais tu me connais. Les grandes douleurs comme les grandes joies. Alors, ça vaut bien quelques larmes, parfois. Mais globalement, je suis heureuse.

Globalement ? Tu lui sers du globalement???


- Le bonheur en fait, j'y connais rien. Avoua-t-elle. Parfois j'ai juste l'impression d'essayer de survivre dans un simulacre de vie où tout le monde fait comme si on avait tous des missions particulières et des voies toutes tracées. Alors qu'en fait, c'est le bordel partout. Je fais du mieux que je peux et j'ai l'impression de pas trop mal m'en sortir.

Elle avait débité ça d'un trait. Histoire de ne pas avoir le temps de se laisser interrompre. Et parce qu'elle ne voulait pas croiser une étincelle de pitié ou de douleur dans ses yeux sombres. Quand elle eut fini, elle leva le menton vers lui, un semblant d'air de défi greffé au minois.

- ça doit te sembler idiot non?


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Tu me manques   Ven 9 Déc - 18:27

- Non, ce n'est pas idiot.

Fut à peu de choses près la seule réponse qu'il daigna formuler à haute voix. A l'intérieur, les mots se bousculaient, les émotions se mêlaient et un peu de culpabilité de ne pas être en mesure d'être plus présent ponctua le tout.
Elle avait raison sur bien des points. Notamment sur le fait de bien s'en sortir. Derrière son apparence un peu fragile et ses débordements émotionnels, Saoirse était probablement la personne la plus courageuse qu'il connaisse. Elle était pleine de peurs, toutes plus adorables et agaçantes les unes que les autres, pleines d'idées préconçues et de répulsion à faire certaines choses, mais elle finissait toujours par les faire ; par braver les interdits qu'elle se mettait elle-même. Il ne l'avait jamais vu abandonner quoi que ce soit – pour son plus grand désarroi lorsqu'il s'agissait d'essayer de lui tirer les vers du nez - et sa persévérance avait toujours été un modèle pour lui qui, a contrario, avait tendance à préférer observer plutôt qu'agir dans un milieu qui le fragilisait.
Il se contenta d'hocher la tête en lui adressant un sourire un peu timide avant de prendre à son tour son courage à deux mains.

- Je trouve que tu t'en sors très bien. C'est une chance que de ressentir les choses et d'être capable de le montrer. C'est une belle qualité. Même si le budget mouchoirs est un peu conséquent. Ajouta-t-il pour alléger un peu l'ambiance.

« Ne t'en fais pas pour moi... »

Elle avait lancé ça sur un ton étrange et avait presque parut le regretter immédiatement.
Elle qui s'en faisait pour tout le monde... Peu lui renvoyaient l'ascenseur, lui le premier. C'était pour lui une marque de confiance et non pas de manque d'intérêt. Il n'aimait pas qu'on s'en fasse trop pour lui, se sentant capable de prendre soin de lui-même sans aide. Il savait qu'elle aussi s'en sortirait quoi qu'il arrive. Pourtant, il avait déjà manqué la perdre une fois. La petite tâche rouge à travers la glace dansa un instant sous ses yeux bruns et il envisagea alors une vie sans elle. Il était peu de matins qui ne se heurtent à un souvenir ou une pensée pour elle, peu de voyages qui ne lui donnent envie qu'elle voit ça aussi... Forte, mais pas indestructible. Il devrait s'en souvenir un peu plus souvent. Il chassa immédiatement l'idée d'une vie où Saoirse Shepherd n'existerait pas. Rien n'aurait alors la même teinte, le même goût. Tout serait probablement plus terne et insipide.

Il attrapa le petit menton levé vers lui et maintint un instant le visage de sa sœur levé, face au sien. Il connaissait chaque trait qui le composait par cœur, pour les avoir observés et dessinés de nombreuses fois, bien que ces derniers se superposent parfois avec les souvenirs de la frimousse qu'elle possédait enfant. Il soupira bruyamment. Que le temps passait vite. Pour lui, elle avait toujours sept ans. Douze au plus s'il fallait lui accorder quelques années. Lorsqu'il la lâcha, ce fut pour mieux agripper ses frêles épaule et l'attirer contre lui. Sans lui laisser le choix de se dégager, – elle ne ferait pas le poids - il la pressa fortement sur sa poitrine et enfouit une fois encore son visage dans ses cheveux à l'odeur fruitée, tout en souriant avec un peu de nostalgie. Une fois de plus, la culpabilité le rattrapa. Pour les fois passées où il n'avait pas su être là et pour les fois futures, parce qu'il savait impossible d'être plus présent que ça. Il en était tout simplement incapable. Il espérait seulement qu'elle sache à quel point il l'aimait et la place importante qu'elle occupait dans sa vie. Même si cette dernière ne lui permettait pas d'être présent aux instants qui lui paraissaient importants, à elle. Qu'elle sache qu'il emportait partout avec elle la fillette au manteau rouge et aux joues roses. Que sa petite voix résonnait dans sa tête à de nombreux instants. Et qu'à chacun de ces moments, il se sentait bien. Un court instant il fut tenté de lui dire qu'il était désolé mais ne le fit pas. Parce que ce n'était pas vrai. Il n'était pas désolé d'être ce qu'il était et de faire ce qu'il faisait. C'était comme ça, voilà tout. L'amour ne peut se mesurer en mots ou en actes quoi qu'on en dise. Seul celui qui le ressent est capable d'attester de sa réalité. Personne d'autre.

Il la relâcha rapidement, conscient de l'étouffer un peu dans la brusquerie de son geste et légèrement intimidé par l'intimité liée à une telle démonstration. Il lui adressa un regard l'encourageant à ne pas formuler de commentaires sur cette effusion qui n'était pas dans ses habitudes. Commentaires auxquels il n'était pas certain de survivre si elle y mettait un peu trop d'entrain...

- Viens, j'ai froid. Lança-t-il ex abrupto.

Archi-faux une fois encore, mais les murs de pierres qui l'avaient fasciné l'instant d'avant lui paraissaient maintenant menaçants, comme s'ils se refermaient autour de lui, enserrant un peu plus ses poumons à chaque inspiration qu'il prenait.
Et c'était ainsi pour tout. Il avait parfois l'impression d'user l'énergie de chaque pièce dans laquelle on l'enfermait. De s'en emplir jusqu'à ce que son corps lui même dise stop ou que sa tête perde pied -sans mauvais jeu de mots- au point de nécessiter rapidement un changement d'air. Il gardait l'enfermement pour son besoin d'écrire. Il n'avait jamais prétendu ne pas être complexe.

Il la tira vers la sortie de la chapelle sans plus de ménagement, ouvrit la porte de cette dernière d'un bras énergique et plongea à nouveau dans les rayons du soleil qui déclinait peu à peu, retrouvant air et impression de liberté par la même occasion. Il laissa son regard se perdre dans la végétation qui autour d'eux, essayait de reprendre l'ascendant sur un hiver finissant. Les bruits de la rue, étouffés jusqu'alors par les épais murs de pierre, venaient à nouveau se mêler aux sons provenant du jardin. Ezio ferma les yeux un instant et s'amusa à les isoler et essayer de distinguer chacun d'entre eux. Des vrombissements de voitures au loin, au brouhaha des conversations de rue qui s'entrelaçaient, en passant par des aboiements lointains, des claquements, roulements, cris et autres manifestations témoignant que la vie, quoi qu'il arrive, suivait toujours son cours ; il passa en revue tout ce qui atteignait ses oreilles. Ce jeu l'avait toujours amusé et le calmait. En se concentrant attentivement, on réussissait à isoler les sons, les faire passer au premier plan, et la musique obtenue était différente à chaque tentative. Il distingua, au-dessus des autres, la voix portante d'un homme qui donnait des instructions à un autre, percevant dans ses intonations, une pointe d'agacement qui ne tarderait pas à se transformer en colère. La sensation d'étouffement l'avait quittée lorsqu'il rouvrit les yeux. Saoirse attendait à ses côtés, l'air pensif, le regard perdu au loin. Il aurait donné cher pour deviner ses pensées mais ne la questionna pas. Préférant, pour les minutes à venir, éviter les sujets trop personnels qui semblaient être à l'ordre du jour. Conscient qu'elle ne resterait pas silencieuse bien longtemps – ou alors faudrait-il s'en inquiéter - il profita de cet instant de répit pour reprendre un peu d'assurance et de sérénité. Lorsqu'il porta à nouveau son regard sur sa sœur, c'était elle qui l'observait à la dérobée. Il lui accorda un sourire tranquille. Tout allait bien. Tout irait bien.

A quelques pas d'eux, derrière les grilles du jardin voisin, un vieil homme les observait d'un air suspicieux, un râteau à la main. Abrités derrière de petites lunettes rondes, ses yeux allaient de l'un à l'autre et se posèrent sur la porte ouverte de la chapelle. Appuyé sur son râteau, il semblait lui aussi, attendre quelque chose. Ezio prit son sourire le plus doux et son air le plus innocent pour lui faire un petit signe de la main avant d'entraîner Saoirse dans sa suite et de contourner leur chapelle pour rejoindre la grille rouillée, dévorée par le temps.

- Si tu ne veux pas faire la "une" des journaux moldus comme « pilleuse de lieu de culte », je crois qu'il est temps de regagner la voie publique. Lui murmura-t-il en l'aidant à remonter sur le muret pour franchir les grilles dans l'autre sens.


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